Marseille 3-0 Paris SG, l’analyse tactique

De choc il n’y a pas eu, excepté sur les nombreuses fautes qui ont émaillé la rencontre. Les Marseillais ne le savaient peut-être pas à ce moment-là, mais lorsque Rémy a ouvert le score à la 9ème minute de jeu, ils avaient fait le plus dur. Dès lors, ils se sont retrouvés à dominer un match que l’on pourrait résumer ainsi, avec un brin de démagogie : un bloc-équipe, ça ne s’achète pas.

Les compositions :

Les remous et la défaite face à l’Olympiakos durant la semaine ont poussé Didier Deschamps à faire quelques changements au moment de composer son onze de départ. Diarra et Mbia prennent place dans l’entrejeu derrière un Lucho positionné en soutien de Rémy. Amalfitano prend lui le couloir droit : Mandanda (30) – Azpi (2), Diawara (21), Nkoulou (3), Morel (15) – Diarra (4), Mbia (17), Amalfitano (18), Lucho (8), Ayew (20) – Rémy (11).

Côté parisien, si le quatuor offensif est reconduit sans la moindre surprise, Antoine Kombouaré décide de faire quelques ajustements à l’arrière. Ainsi, Sissoko et Matuidi se retrouvent à la récupération. Jallet et Lugano forment eux le flanc droit de la défense aux côtés de Sakho et Armand côté gauche : Sirigu (30) – Jallet (26), Lugano (15), Sakho (3), Armand (22) – Matuidi (14), Sissoko (23), Menez (7), Nenê (10), Pastore (23) – Gameiro (19).

L’OM à la récupération :

Au moment de découvrir la composition des deux équipes, une zone attire particulièrement l’attention : le milieu de terrain avec le duel annoncé entre les deux paires de milieux récupérateurs : Sissoko et Matuidi face à Diarra et Mbia. L’affrontement tourne rapidement à l’avantage de la paire marseillaise en raison d’un soutien de meilleure qualité de la part de ses milieux offensifs. Ainsi, à l’instar des attaquants bordelais ou brestois, les deux joueurs en pointe de l’organisation marseillaise (Lucho et Rémy puis Ayew) travaillent pour gêner la relance parisienne.

Leur pressing est complété par celui de Amalfitano et Ayew sur les côtés, ce dernier étant combiné à un marquage serré de la part de Morel et Azpilicueta dans leur dos. Conséquence de ce gros travail des offensifs de l’OM, Diarra et Mbia n’ont que très peu à sortir de leur position devant la défense. La plupart de leurs déplacements sont latéraux, en fonction de la position du porteur de balle adverse. Ils peuvent dès lors se concentrer sur les déplacements des trois créateurs du PSG : ainsi, quand Pastore décroche depuis sa zone, Diarra en sort pour l’empêcher de se retourner.

Légende : les cercles rouges représentent les zones du pressing marseillais, généralement dans les derniers mètres du camp parisien ; les flèches rouges représentent les sorties des défensifs de l’OM en fonction en couverture de ce pressing ; les flèches bleus représentent les déplacements habituels de Mbia-Diarra ; la flèche jaune un exemple de déplacement côté parisien (Ménez qui rentre dans l’axe), rapidement couvert par la sortie de Mbia de sa zone.

Zéro prise de risques :

Comme le montre le schéma ci-dessus, Marseille ne presse plus dès lors le Paris Saint-Germain dans son camp. Exceptés Lucho et Rémy puis Ayew, déchargés du travail de repli et qui tentent de gêner la circulation de balle adverse en attendant les contres, tous les joueurs de l’OM se dépêchent de se replier sur deux lignes de quatre joueurs. Afin de limiter un maximum les espaces entre les lignes, les distances entre les joueurs sont très resserrés et c’est un bloc extrêmement dense qui se forme et qui coulisse dans ses 30 mètres en fonction de la circulation de balle adverse.

Le but ici est très simple : empêcher les possibilités de combinaison au coeur du jeu pour les Parisiens (Menez, Pastore et Nenê en tête) et repousser le jeu sur les côtés pour en faire de même. Car si l’OM ne se fait pas déborder dans ces zones, ses défenseurs centraux feront le reste pour écarter les tentatives de centre parisiennes : la domination aérienne de Nkoulou-Diawara sur Gameiro n’est pas à prouver. A la récupération de balle, relance classique : Amalfitano et Ayew jaillissent du bloc pour offrir rapidement des solutions à Lucho, servi en priorité.

Légende : en bleu, le bloc marseillais replié, les flèches représentant l’évolution de ce repli pour densifier l’axe ; en rouge, la position de Lucho qui redescend parfois lui aussi travailler défensivement ; en jaune, les paires mises à contribution par le jeu parisien sur les ailes.

Utilisation du ballon :

Le choix d’aligner ensemble Diarra et Mbia dans l’entrejeu n’est pas sans conséquence pour le jeu offensif de l’OM. L’un comme l’autre n’ont a priori par les qualités d’un Cheyrou pour jouer vers l’avant, suivre les actions etc… Dès lors, la formation marseillaise doit compter sur une autre zone du terrain pour s’animer et construire ses attaques… D’où l’importance du choix de Morel et Azpilicueta pour occuper les couloirs et soutenir A.Ayew et Amalfitano. Les deux paires récupèrent les ballons dans leur camp et ont pour travail de les remonter.

Dans le camp adverse, ils peuvent ensuite compter sur Lucho pour venir jouer le troisième homme dans le couloir et créer une situation du surnombre, l’Argentin étant généralement plus prompt que Sissoko ou Matuidi dans ses déplacements latéraux. Devant, les prises de profondeur de l’attaquant de pointe (Rémy puis J.Ayew) offre au duo devenu trio une solution supplémentaire qui perturbe la défense parisienne et permet à plusieurs reprises d’accélérer le jeu. Une fois le ballon perdu, on en revient au pressing marseillais avec une présence en nombre dans le camp adverse (six joueurs).

Légende : en blanc, les ballons ressorti par les récupérateurs marseillais ; en jaune, zone Morel-Ayew ou Azpi-Amalfitano ; en bleu, la zone d’influence et les déplacements de Lucho sur la largeur ; à la rencontre des deux cercles, les zones de formation des triangles côté marseillais ; en orange, les appels en profondeur de l’attaquant de pointe.

Paris sans réaction :

Aux antipodes du marseillais, le bloc-équipe parisien n’a tout simplement pas existé sur ce match. Loin du travail abattu par Lucho, aucun des offensifs parisiens n’a ainsi tenté de peser sur la relance marseillaise et son axe pourtant pas toujours irréprochable techniquement. L’OM n’avait donc aucun problème pour remonter les ballons dans ses zones de prédilection pour construire ensuite (sur les côtés).

On touche là au gros problème du PSG depuis le début de saison : l’équipe semble n’avoir aucune force capable de lancer le pressing devant. Or, toutes les meilleures équipes d’Europe ont d’abord d’énormes travailleurs aux avants-postes. Si Ménez et Gameiro se donnent plus ou moins, Pastore et Nenê n’ont pas cette qualité. Reste à savoir si Antoine Kombouaré est de la trempe de ces entraîneurs qui transforment certains joueurs de ce type pour les emmener plus haut…

Conclusion :

Si l’OM s’est facilité la tâche en marquant rapidement, son emprise sur la rencontre a été telle qu’il aurait été étonnant de voir Paris repartir du Vélodrome avec ne serait-ce qu’un point. Largement dominateur, que ce soit sur physiquement le terrain ou tactiquement dans les têtes, les Marseillais ont géré le match sans aucune difficulté, terminant la rencontre avec un milieu renforcé par l’entrée de Cheyrou pour assurer. Côté parisien, les problèmes sont ciblés. Il s’agira de les corriger rapidement sous peine de voir ce type de scénario se multiplier, les équipes ayant enregistré la recette pour gêner le club de la capitale.

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6 réponses

  1. L_M dit :

    Une question sur l’animation parisienne qui n’a rien de définitf et ne condamne aucun joueur mais :

    Est ce qu’il y a un problème de complémentarité dans les profils des 4 devant?
    Les 3 joueurs en soutien de Gameiro sont 3 joueurs qui aiment faire la différence individuellement ( Ils sont aussi capables de donner de très bonnes ouvertures).

    Gameiro qui est un finisseur il participe pas beaucoup au jeu (Sur ce que j’ai vu récemment)et ne se crée pas d’occasions seul.

    Un Hoarau en 9 et demi avec Gameiro devant et un Pastore qui ferait le lien entre les blocs ca pourrait corriger quelques problèmes?

  2. Automobile.fr dit :

    Oui j’y pense aussi, gameiro et hoarau devant et pastore qui fait le lien pourrait être la solution à un PSG beaucoup trop individuel ! En plus si cela marche bien ca ne peut être qu’un plus pour eux en équipe de france !

    Mais je ne pense pas que cela se fera car je pense qu’ils vont recruter un attaquant qui voudra jouer en tant que titulaire et avec gameiro et hoarau qui ne veulent pas perdre leurs placent… je le sens mal tout ça !

    En tout cas vraiment un très bon travail d’analyses dans ce blog ! Chapeau !

  3. « Un Hoarau en 9 et demi avec Gameiro devant et un Pastore qui ferait le lien entre les blocs ca pourrait corriger quelques problèmes? »

    Ce schéma de jeu pourrait être sympathique, le souci c’est qu’il te prive de Nenê ET de Ménez. Ce que tu proposes, c’est ce qui pourrait ressembler à un milieu en losange avec Pastore en 10 et trois récupérateurs/relayeurs derrière lui (en imaginant Sissoko, Matuidi et Chantôme par exemple). Personnellement, je demanderai vraiment à voir cette solution en effet. Mais aligner Hoarau, Gameiro, Pastore et les deux autres, ou un des deux, ça te déséquilibre salement défensivement (ou alors cela te pousse à mettre Pastore sur une aile, ce qu’il n’a jamais fait à ma connaissance).

    Après, la deuxième solution c’est de faire sans Pastore et de revenir à un 4-4-2 plus traditionnel pour Kombouaré avec Nenê dans le rôle de Nenê et Ménez dans le rôle de l’ex-Giuly à droite. C’est une autre possibilité…

  4. L_M dit :

    « Ce schéma de jeu pourrait être sympathique, le souci c’est qu’il te prive de Nenê ET de Ménez. »

    Ménez sans doute mais je pense que Nene pourrait s’intégrer à un poste de relayeur gauche il en a des qualités : conservation de balle bonne qualité de passe (Di Maria à Benfica occupait ce poste)le problème serait dans le repli défensif qui doit etre impeccable dans ce système à droite Chantome serait parfait.

    Pastore sur une aile ca laisserait d’énormes boulevards en contre.

  5. Hamada Jambay dit :

    C’est grave vous pensez d’en être à lire un article datant de trois ou quatre ans?
    Le style est toujours aussi agréable.

  6. Haha merci. Il a pourtant bien changé (et heureusement !).

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