Marseille 2-2 Paris SG, l’analyse tactique

Un collectif face à une formation qui laisse parler ses artistes. Voilà comment résumer le choc entre l’OM et le PSG… Avant comme après la rencontre. Face à l’armada adverse, les Marseillais ont fait front avec leur détermination et leur rigueur dans l’entrejeu, bousculant des Parisiens qui ont dû s’en remettre à leur attaquant-vedette pour se tirer d’un début de match manqué. Rééquilibrés, les débats ont ensuite vu les deux équipes se résoudre à accepter le partage des points au cours d’une deuxième mi-temps beaucoup moins rythmée.

L’OM coupe les transmissions :

Sachant que le PSG conserverait sa formation en 4-3-3, la première véritable question tournait autour des choix tactiques d’Elie Baup. Malgré le cinglant revers encaissé à Valenciennes, le technicien marseillais a décidé de ne pas modifier son système de jeu, conservant le 4-2-3-1 qui a fait la force de son équipe depuis le début de la saison. Deuxième indication importante, ses joueurs n’ont pas cherché à priver le PSG du ballon, faisant plutôt le choix d’un quadrillage intelligent de leur moitié de terrain afin de bloquer les Parisiens chargés de la transition défense-attaque.

A la pointe de ce travail défensif, Valbuena a eu un rôle capital pour limiter l’influence de Verratti. Une fois Paris ressorti de ses 30 mètres, zone où le quatuor offensif de l’OM tentait de forcer la relance adverse (voir ci-dessous), l’Italien se retrouvait à la première passe encadré par Thiago Silva et Alex. Face à ce trio, deux Marseillais, Gignac et donc Valbuena, faisaient en sorte d’empêcher toute relance vers le coeur du jeu (comprendre le rond central). Derrière cette première opposition, les quatre milieux marseillais formaient une ligne compacte, qui ne couvrait pas la largeur du terrain mais qui coulissait selon la circulation de balle parisienne. Le rôle de cette première ligne, positionnée dans la première moitié du camp marseillais, était de mettre sous pression les Parisiens qui recevaient les ballons venant du trio Verratti-Alex-Thiago Silva.

Le pressing de l’OM : dans une situation où le bloc parisien n’est pas encore déployé (Maxwell en possession du ballon, au lieu d’être dans le camp marseillais). Amalfitano sort de la ligne sur son adversaire direct. Abdallah compense en restant au marquage de Matuidi (en bas à gauche). Gignac et Valbuena encadrent Verratti. Les quatre solutions de transition parisiennes sont visibles (en bleu). Décrochant de sa position dans le camp marseillais, Pastore est suivi de près par Kaboré.

En début de partie, les trois relanceurs parisiens avaient donc quatre solutions : Matuidi et Chantôme évidemment, mais surtout Pastore et Ibrahimovic qui ont tous les deux beaucoup décroché pour lutter avec la première ligne marseillaise. Au pressing, l’OM se montrait particulièrement rigoureuse pour bloquer le coeur du jeu. Entre le repli de Valbuena sur Verratti et les sorties au pressing de Kaboré ou Cheyrou, le PSG n’a pas dominé ce secteur comme il avait pu le faire lors de sa victoire à Lille fin août.

Réaction parisienne :

Au-delà des buts d’Ibrahimovic, inscrits sur coups de pied arrêtés, les Parisiens sont véritablement entrés dans le match après avoir procédé à quelques ajustements dans leur circulation de balle. Comme face à Porto, Chantôme et Matuidi se sont mis à décrocher à hauteur de Verratti (et dans les couloirs, en réponse au pressing marseillais) pour le suppléer. Les positions avancées des latéraux parisiens fixaient les milieux excentrés marseillais dans leur camp, les empêchant de sortir aussi au pressing. Les deux relayeurs parisiens se retrouvaient du coup avec du champ libre devant eux pour se retourner et effectuer cette fameuse première passe (voir ci-dessous). Dans ce cas, les deux lignes de quatre du bloc phocéen restaient bien visibles, coulissant sur le terrain pour suivre la circulation de balle parisienne.

Les solutions qui s’offraient au porteur pour progresser dans le camp marseillais venaient du latéral (avancé, vers l’extérieur du terrain) ou d’un attaquant décroché (Ibrahimovic ou Pastore, vers l’intérieur). Les choses ont changé durant les petites périodes qui ont vu Verratti plus libre : immédiatement, les milieux parisiens ont pu former de véritables duos avec leurs latéraux pour attaquer la première ligne marseillaise. Les Parisiens sont en fait revenus dans le match grâce à une meilleure utilisation de la largeur, et de leurs latéraux. S’ils n’étaient pas oubliés par le système défensif adverse, Jallet et Maxwell permettaient d’étirer la première ligne marseillaise.

Le temps que le bloc phocéen vienne fermer le couloir, les deux hommes devaient être les relais entre les relanceurs et les attaquants, positionnés entre les lignes ou demandant le ballon en profondeur. Chantôme et Matuidi ont parfois pu prendre des risques balle au pied, profitant du champ libre qui leur était laissé pour fixer les milieux de terrain adversesavant de servir leurs partenaires. Autre solution pour le PSG, le jeu long n’a pas été des plus efficaces : l’OM a conservé un large avantage numérique devant et les soutiens habituels des Parisiens sur les seconds ballons participaient à la relance (Chantôme, Matuidi) ou étaient sans impact dans les 30 mètres adverses (Pastore).

Marseille et le ballon :

Très bien entré dans son match, l’OM a ouvert logiquement le score au quart d’heure de jeu. Au départ, un corner du PSG renvoyé par la défense et un bloc qui s’est bien déployé pour empêcher l’utilisation du second ballon par les Parisiens. Revenu dans son camp sur le corner, Gignac est rapidement sorti du bloc pour s’opposer à Verratti, entraînant une mauvaise transmission latérale de l’Italien vers Matuidi. Forcé de revenir en arrière, l’international français s’est retrouvé sous la pression de Ayew, suivi dans sa montée par Amalfitano et Kaboré qui a finalement récupéré le ballon. Le Burkinabé a ensuite rapidement retrouvé Ayew, qui a profité du mauvais repli parisien pour lancer Gignac dans son un-contre-un face à Jallet.

Avec le ballon, les Marseillais ont comme prévu insisté sur les côtés en utilisant l’apport de Valbuena. La première ligne parisienne restant dans l’axe mais n’appliquant aucune pression sur la relance phocéenne, les latéraux se sont retrouvés à effectuer les premières passes. Leur objectif était de passer dans le dos des milieux excentrés parisiens (Matuidi, Chantôme) afin de trouver Valbuena et un ailier (Ayew, Amalfitano) pour ensuite jouer dans les intervalles. Devant, Gignac était dans un pur rôle d’attaquant, chargé de prendre la profondeur si nécessaire (relation directe avec Morel, au-dessus de Jallet) et d’être dans la surface de réparation. Excepté les quelques minutes où ils ont été menés au score, les Marseillais ont surtout usé de centres en profondeur : le duo Valbuena-ailier forçait les milieux parisiens à reculer pour protéger leur défense, ce qui laissait du champ aux latéraux (Abdallah) ou aux milieux axiaux (Cheyrou, Kaboré) pour des tentatives lointaines (frappes ou centres).

L’OM dans les couloirs : Valbuena dézone pour récupérer le ballon d’Abdallah. Dans l’axe, le milieu marseillais reste en place et n’a pas à se découvrir. Devant le n°28 marseillais, c’est un deux-contre-deux qui se joue avec Gignac et Amalfitano d’un côté, Maxwell et Thiago Silva de l’autre. Dépassé sur la passe, Matuidi devra revenir soutenir son latéral, laissant le champ libre à Abdallah dont la montée ne sera pas suivi du repli d’un attaquant parisien.

Deuxième mi-temps :

Passé à côté de sa mi-temps, Pastore a été remplacé dès la reprise par Gameiro. Installé à la pointe de l’attaque parisienne, l’attaquant a repris le rôle de rupture dévolu jusqu’ici à Ménez. L’ancien Romain a à son tour participé à la construction parisienne, se montrant plus efficace que l’Argentin dans les duels. C’est d’ailleurs lui qui a trouvé Gameiro sur une belle passe dans l’intervalle pour ce qui a été la seule occasion franche des Parisiens en deuxième mi-temps. La sortie rapide de Verratti, remplacé par Armand, a ensuite révélé les intentions parisiennes : rester à trois points, et donc à portée de victoire, sur l’Olympique de Marseille n’était sans doute pas un mauvais calcul pour Carlo Ancelotti à l’issue d’une semaine difficile.

Et le point de vue était peut-être le même côté marseillais. Après sa grosse débauche d’énergie en première mi-temps, la formation d’Elie Baup n’a pas trouvé de second souffle pour relancer la machine. Excepté un décalage à nouveau crée par Valbuena (tête de Ayew), les Marseillais n’ont pas eu d’opportunités. La sortie de Ménez au profit de Van der Wiel a sonné la fin des velléités offensives à un quart d’heure de la fin. Le latéral néerlandais a fermé le couloir droit, laissant Ibrahimovic et Gameiro devant. Passé en 4-4-2, Paris a mieux bloqué les couloirs et définitivement neutralisé la partie entre les deux collectifs. Et comme les individualités s’étaient aussi évaporées au cours du second acte, le score ne pouvait qu’en rester là. Un score de parité logique et deux équipes qui sont restées sur les lignées de leurs débuts de saison respectifs.

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3 réponses

  1. Gilles YapiYapo dit :

    Excellent, comme d’habitude.

    Merci beaucoup!

  2. fevil dit :

    tres bonne copie en effet.

  3. alex dit :

    comme d’ab vos analyses sont judicieuses Pour ce qui est de la suite pour l’om je crains que le rève soit fini.Contre les derniers dimanche dernier il me semble que les africains quand ils reviennent ont un peu trop la grosse tête avec une fatigue qui les fait déjouer On va vite voir jeudi si on est retombé dans les travers de saison dernière? Baup devrait s’inspirer de tes analyses pour motiver ses troupes sur le comment bien jouer

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