Lyon 1-3 Lille, l’analyse tactique

Les Lillois ont remis ça. Au mois de septembre dernier, ils avaient dominé tactiquement une équipe lyonnaise qui avait dû s’en remettre à des sauvetages de Vercoutre et un exploit individuel de Lisandro pour ramener le nul du Grand Stade. Encore une fois au-dessus de leurs adversaires, les Nordistes ont cette fois été assez réalistes pour sécuriser la victoire avant même l’heure de jeu.

Lille refait le même coup :

Lors du match aller, le LOSC avait profité d’un 4-4-2 lyonnais expérimental pour dominer la majeure partie de la rencontre (lire : Lille 1-1 Lyon, l’analyse tactique). Organisés en 4-1-4-1 ou en 4-2-3-1 selon les situations dimanche soir (Elana – Béria, Basa, Chedjou, Digne – Gueye, Balmont, Martin – Payet, Rodelin, Kalou), les hommes de Rudi Garcia ont une nouvelle fois pris le meilleur sur leurs adversaires. Les Lyonnais évoluaient pourtant dans leur système de jeu habituel, avec notamment le trio Gonalons-Malbranque-Grenier dans l’entrejeu. Seule petite surprise au coup d’envoi, la titularisation de Lisandro en pointe : préféré à Gomis, l’Argentin était encadré par Ghezzal et Lacazette (Vercoutre – Réveillère, Bisevac, Umtiti, Dabo – Gonalons, Malbranque – Lacazette, Grenier, Ghezzal – Lisandro).

En faisant le choix de ne pas aligner Gomis, Rémi Garde donnait les clés à son ex-capitaine qui, en tant qu’attaquant de pointe, était le seul joueur déchargé des tâches défensives. Problème, Lisandro a été invisible en première mi-temps, coupé du reste du bloc lyonnais, que ce soit avec ou sans le ballon. Pour y parvenir, les Lillois ont utilisé la même recette que lors du match aller dans l’objectif briser toute possibilité de pressing des attaquants lyonnais. Alors que leurs défenseurs préparaient la relance, Digne et Béria prenaient les couloirs pour aller dans le camp adverse. En réaction, Lacazette et Ghezzal se repliaient pour couvrir ces montées et protéger leurs latéraux, déjà aux prises avec Rodelin et Payet.

Les compensations Martin-Payet-Kalou :

Lisandro se retrouvait dès lors seul pour gêner les transmissions entre Basa et Chedjou, qui recevaient en plus les soutiens de Gueye, Balmont et même Martin. En réaction aux déplacements des milieux de terrain lillois, Grenier et Malbranque sortaient au pressing mais l’avantage du nombre (cinq contre trois) était toujours en faveur du LOSC. Les premières approches lilloises sont ainsi parties de longs ballons de Martin ou Gueye à destination de leurs latéraux ou de Kalou, qui avaient pour rôle de prendre la profondeur dans le dos des latéraux lyonnais. Pour espérer gagner en efficacité au pressing, l’OL devait en fait compter sur le soutien de Gonalons, notamment pour contenir les décrochages de Martin.

La relance lilloise - Sur cette image, les présences de Payet (voir ci-dessous), Balmont et Martin fixent les trois milieux de terrain lyonnais et laissent énormément de champ à Gueye pour ajuster sa relance. Devant, Rodelin et Kalou resserrent la défense lyonnaise sur l'axe alors que Béria et Digne tentent d'apporter de la profondeur sur les ailes, en démarrant dans le dos de leurs adversaires directs.

Dès que Gonalons quittait sa zone habituelle, devant la défense lyonnaise, pour suivre Martin, Payet en profitait pour repiquer à l’intérieur et offrir une solution courte à ses partenaires. Comme face au PSG il y a deux semaines (lire : Paris SG 1-0 Lille, l’analyse tactique), l’ancien Stéphanois a été particulièrement inspiré dans ce rôle de faux ailier/n°10. Sa vitesse a fait mal au premier rideau défensif adverse. Autour de lui, Kalou, Rodelin et Balmont étaient là pour lui offrir des solutions, quand dans le même temps les latéraux suivaient les mouvements sur les ailes. A l’instar des décrochages de Martin compensés par la présence dans l’axe de Payet, Kalou a souvent occupé les zones délaissées par ce dernier, forçant Réveillère ou Dabo à rester à leur place au lieu de suivre son coéquipier.

Le pressing lillois :

Au-delà de son animation offensive, le LOSC a aussi retrouvé ce qui a fait la force de son milieu de terrain ces dernières années : son agressivité. Dans leurs temps forts, les Lillois ne cédaient aucun centimètre de terrain aux deux rampes de lancement lyonnaises, Gonalons et Malbranque : Balmont et Martin sortaient au pressing et Gueye suivait les déplacements de Grenier, ne le lâchant pas s’il tentait de décrocher au milieu de terrain. Derrière, Digne, Béria et la paire Basa-Chedjou serraient le marquage sur Lacazette, Ghezzal et Lisandro. Le second but du LOSC est d’ailleurs directement parti d’un pressing gagnant de Martin sur Malbranque, suivi par un relais de Kalou vers un Payet dans sa position axiale préférentielle.

Le pressing et les marquages lillois

Dans ses temps forts, le LOSC ne laissait qu’une seule solution à son adversaire dans l’entrejeu : utiliser les latéraux, qui bénéficiaient d’un minimum de liberté, Payet ou Rodelin évoluant plus vers l’intérieur du terrain pour aider leurs milieux en cas de besoin. Les premières approches de l’OL sont ainsi venues d’ouvertures de Dabo ou Réveillère, soit à destination de Lisandro vers l’intérieur du terrain, soit en profondeur pour Ghezzal ou Lacazette. Mais les attaquants lyonnais se retrouvaient ensuite esseulés face à deux joueurs lillois : Basa et Chedjou (+ Gueye) pour Lisandro, Béria et Rodelin pour Ghezzal, Digne et Payet pour Lacazette. L’absence de Gomis du onze de départ permettait en effet aux Nordistes de laisser des espaces aux latéraux adverses pour envoyer des centres de loin, Basa et Chedjou étant sans rivaux dans les airs. L’objectif était de limiter les possibilités de perdre des duels dans les 20 derniers mètres, d’où les deux-contre-un.

Dans leurs temps plus faibles, les Nordistes se réorganisaient en 4-2-3-1 avec le seul Martin en soutien de Kalou en pointe. L’ancien Sochalien avait pour tâche de rester dans la zone de Gonalons afin de l’empêcher de participer à la relance, forçant ainsi Malbranque à redescendre et supprimant de fait une solution créatrice de danger devant. Gueye et Balmont formaient alors un milieu à plat chargé de couper les transmissions à destination de Grenier ou Lisandro. Si le bloc lillois était amené à se replier dans ses 40 mètres, Martin restait en pointe du premier rideau défensif, toujours dans le but de perturber Gonalons dans sa zone de jeu, ce dernier étant le soutien et l’organisateur du jeu lyonnais lorsqu’il s’agit de multiplier les temps de jeu dans le camp adverse.

Lille en position d'attente : l'équipe laisse décrocher Malbranque mais conserver une présence dans la zone de Gonalons.

La deuxième mi-temps :

Menés 2-0 à la pause, les Lyonnais sont revenus avec le devoir de jouer plus haut. Symbole de ce changement tactique, la présence de Grenier sur la même ligne que Lisandro : les deux hommes s’opposaient désormais à Basa et Chedjou afin d’empêcher les premières transmissions lilloises. L’entrée en jeu de Gomis (55e) a été accompagnée par un pressing plus important de la part de Malbranque qui, à son tour, a joué plus haut pour aller chercher Gueye dans sa zone. En couverture, Gonalons suivait Martin à la trace dans ses déplacements verticaux (décrochages, prises de profondeur). Une situation qui, en plus du score réduit à 1-3, a poussé les latéraux lillois à limiter leurs montées pour permettre de soulager leurs joueurs axiaux.

Avec le ballon, l’OL a profité de son passage à deux attaquants pour se montrer plus efficace, tant dans ses offensives que dans ses remontées de balle. La présence de Gomis offrait un appui en cas de relance longue. Mais surtout, Lisandro a retrouvé une certaine liberté et s’est régulièrement excentré côté gauche afin de pousser Béria à reculer pour ne pas être pris dans son dos. Ghezzal désormais plus libre, l’OL avait enfin un appui pour ressortir les ballons de sa moitié de terrain. Les offensives passaient ensuite par des tentatives de changements de jeu, notamment en utilisant les relais de Malbranque dans l’axe, là aussi plus haut sur le terrain. C’est d’ailleurs la sortie de ce dernier, remplacé par Fofana (75e) qui a mis fin au suspense. Le remplaçant s’est positionné à hauteur de Gonalons, diminuant à la fois la pression sur la relance lilloise et la présence en phase offensive.

Le pressing de l'OL en deuxième mi-temps : plus de présence face à la relance adverse avec Lisandro et Gomis et un marquage serré des relayeurs favoris des Lillois jusqu'à ce moment de la partie (Martin et Gueye). Seul Balmont bénéficiait alors d'une certaine liberté, mais il était difficilement trouvable en raison du pressing lyonnais. Il en était de même pour Payet, Kalou ou Rodelin.

Conclusion :

Comme évoqué en introduction, les Lillois ont ajouté le réalisme à leur partition du match aller. Malgré l’absence de Mavuba dans l’entrejeu, ils ont une nouvelle fois surpassé un OL qui n’avait semble t-il rien retenu des problèmes connus dans le Nord.  Grosse satisfaction de la soirée côté lillois, au-delà de la performance de Payet, Marvin Martin s’est mis au diapason du reste de l’équipe en terme de présence défensive et d’agressivité, sans perdre son habitude d’orienter correctement les premières passes. Assurément à suivre en 2013. Côté lyonnais, l’absence de Gomis en première mi-temps semble avoir pesé lourd ; l’équipe n’aurait pas souffert de sa présence pour pouvoir sauter le milieu de terrain et se défaire du pressing lillois.

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3 réponses

  1. rivaoul dit :

    tout d’abord merci pour toutes les analyses tactiques que vous effectuez à travers plusieurs styles différents,ce blog est une perle pour tout amoureux de jeu et de tactiques ,

    Ma demande va peut être assez étrange ;
    j’aimerais que vous m’aidiez a reproduire la tactique du barça et d’arsenal
    sur le jeu football manager 2013 au plus prés du réel car depuis des années
    que je joue à ce jeu,j’ai beaucoup de mal par
    rapport à la possession du ballon mais dans les autres cas de figure je pense avoir des ressemblances assez proches. n importe quel aide extérieur est la bienvenue

    merci de me répondre ça me ferait plaisir ;

    a bientôt

  2. feniks 18 dit :

    les analyses sont bien faîte et cohérente,mais ce serais bien d’avoir des commentaires avant certains match pour connaitre les force et faiblesse de chaque équipe et sur quoi sa peut ce jouer,
    sa permettrais de regarder les match autrement!
    Car c’est un peu facile de commenter après coup de tactique,on aimerais avoir une petite mise en bouche avant les grand match type ce soir valence et psg!

  3. @rivaoul : j’ai moi-même du mal avec Football Manager depuis quelques saison. Donc je ne vais pas pouvoir vous aider.

    @feniks18 : il m’arrive d’écrire des avant-matchs, mais je manque souvent de temps pour le faire régulièrement. Toutefois, en me suivant sur twitter (@flotoniutti), vous pourrez trouver quelques indications avant les rencontres.

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