Lyon 1-0 APOEL Nicosie, l’analyse tactique

Avec sérieux, l’Olympique Lyonnais est sorti de son huitième de finale aller de la Ligue des Champions avec un avantage avant de se rendre à Nicosie pour le match retour. Après une première mi-temps où ils ont peiné pour prendre à défaut le bloc défensif adverse, les joueurs de Rémi Garde sont revenus des vestiaires avec des solutions qui ont finalement fait reculer et craquer leurs adversaires.

Les compositions :

Malgré la présence de la plupart de ses cadres, Rémi Garde décide de faire ses choix au moment de composer son onze de départ : si Bastos et Lisandro sont bien présents, Gomis n’est pas là. Et Lacazette, en forme depuis quelques semaines, est préféré à Briand : Lloris (1) – Réveillère (13), Koné (4), Cris (3), Cissokho (20) – Gonalons (21), Kallström (6) – Lacazette (17), Ederson (10), Bastos (11) – Lisandro (9).

Du côté de l’APOEL Nicosie, Ivan Jovanovic aligne un 4-2-3-1 forcément tourné vers la défensive. L’équipe est un mélange entre joueurs chypriotes et lusopohones. A noter la présence de Nuno Morais, passé par Chelsea sous l’ère Mourinho : Chiotis (22) – Poursaetides (7), Paulo Jorge (3), Kaka (4), Boaventura (28) – Morais (26), Pinto (23) – Charalambides (10), Helder (31), Trickovski (11) – Ailton (8).

L’APOEL en place dans l’entrejeu :

L’entame de la rencontre ne réserve aucune surprise, bonne ou mauvaise, pour le public de Gerland. Comme prévu, le 4-2-3-1 de l’APOEL Nicosie attend sagement son adversaire derrière la ligne médiane… Mais sans trop reculer non plus. Les deux ailiers (Charalambides et Trickovski) soutiennent leurs latéraux face aux montées de Cissokho et Réveillère. Mais surtout, dans l’axe, le trio formé par Morais, Pinto et Helder bloque bien le milieu de terrain lyonnais.

Alors que sur le tableau noir, l’APOEL Nicosie présente un milieu de terrain axial avec Helder en pointe pour évoluer en soutien de Ailton, la formation chypriote se calque en fait sur le milieu de terrain lyonnais. Ainsi, Pinto évolue sur la même ligne que Helder afin de former une paire qui s’oppose à celle formée par Kallström et Gonalons. Le but est évidemment d’empêcher les deux milieux de l’OL de trouver la profondeur, soit pour servir Ederson, soit pour trouver Lisandro en appui devant la défense. Censé évoluer entre les lignes, Ederson est lui chassé par Morais dans ses déplacements latéraux. Derrière, les marquages sont suivis : Poursaetidis suit Bastos dans ses décrochages. Boaventura en fait de même avec Lacazette mais a un peu plus de difficulté à contenir l’international espoir.

Bien en place derrière, l’APOEL ne prend que très peu de risques sur le plan offensif. En général, seulement quatre joueurs participent à la remontée des ballons. Tout démarre dans l’axe avec Helder à la baguette ; le Portugais cherche avant tout à atteindre son seul attaquant, Ailton, qui touche la majorité de ses ballons dans des positions excentrées puisqu’il est dominé par Koné dans l’axe. La suite des mouvements voient les deux milieux excentrés (Trickovski, Charalambides) tenter de rentrer à l’intérieur pour offrir des solutions. Le quatuor offensif ne se trouve finalement qu’en fin de première mi-temps. Car précédemment, le milieu lyonnais Kallström-Gonalons coupe à la source les contres en annihilant la relation au sol entre Helder et Ailton.

A la recherche de la profondeur :

Bien bloqué dans l’axe par le trois contre trois crée par le milieu de l’APOEL, l’OL doit trouver d’autres solutions pour éviter de s’enfermer dans la latéralité -comprendre avoir un circuit de passes passant par les milieux défensifs pour atteindre ensuite les latéraux puis tenter de prendre le dessus par un deux-contre-deux dans les couloirs, situation qui serait certainement la plus favorable pour la défense de l’APOEL, a priori dominatrice dans les airs par rapport aux attaquants lyonnais-. Les Lyonnais sont donc à la recherche doit créer des situations de surnombre dans l’axe, afin de libérer des positions de passes pour ses milieux ou pour Ederson. Ainsi, si Lacazette reste très haut sur son côté droit, Bastos quitte parfois son aile gauche pour rentrer à l’intérieur et se placer dans les intervalles derrière les deux milieux chypriotes sortis sur Kallström et Gonalons.

Malgré le marquage de Poursaetides qui l’empêche de se retourner, le Brésilien peut ainsi offrir un relais en une touche de balle au coeur du jeu pour Ederson, qui peut se mettre dans le sens du jeu en revenant à hauteur de Kallström-Gonalons- ou pour ses deux milieux de terrain. Malheureusement, ces derniers restent dans un rôle très conservateur, limitant les prises de risque et s’attachant à bien couvrir pour éviter les mauvaises surprises. Au final, l’OL est surtout dangereux grâce à ses individualités (Lacazette, Bastos de loin), et à la qualité de centre de Bastos, capable d’envoyer les caviars quelquesoit sa position dès lors que l’adversaire lui laisse un peu de champ. Le Brésilien est finalement l’élément-clé de la solution trouvée par Rémi Garde au retour des vestiaires.

L’entraîneur de l’OL décide en effet de faire permuter ses deux excentrés au retour des vestiaires : Lacazette passe à gauche, Bastos à droite. Conséquence, les deux hommes ne sont plus dans des registres de joueurs de débordement mais sont désormais censés joueur vers l’intérieur du terrain. Si Lacazette conserve son rôle de deuxième attaquant et reste très haut tout au long de ce second acte, le changement de côté de Bastos chamboule l’organisation lyonnaise. Evoluant plus bas que les trois autres offensifs de l’OL, il se dégage du marquage de son adversaire direct (Boaventura, souvent loin) et devient la cible privilégiée par ses relanceurs (en blanc). De sa position d’excentré droit, il rentre sur son pied gauche en quelques touches de balle et peut dès lors trouver la profondeur.

Le Brésilien n’a ainsi besoin que de deux petites minutes pour trouver Ederson dans la profondeur (en jaune) pour la première très grosse occasion de but de l’OL (47ème, sauvée sur sa ligne par un défenseur de l’APOEL). L’OL insiste ensuite de ce côté, Bastos construisant un triangle avec Ederson (puis Gourcuff) et Réveillère pour animer l’aile droite. L’APOEL est obligé de s’adapter à cette nouvelle animation de l’OL : les milieux axiaux doivent désormais prendre en compte le pied gauche de Bastos et coulisser pour lui fermer la profondeur. Au lieu de deux joueurs pour bloquer Kallström et Gonalons, il en faut désormais trois. Le bloc chypriote recule… Et se fait punir de l’autre côté : Cris dépasse sa fonction de défenseur, n’est attaqué par personne jusque dans les 20 mètres adverses. Lacazette hérite du ballon et ouvre le score (58e).

Coaching et finition :

Passée cette ouverture du score, Rémi Garde se contente de faire des changements poste pour poste et rôle pour rôle avec les sorties de Ederson et Lacazette au profit de Gourcuff et Briand. Le côté droit lyonnais continue de fonctionner mais l’équipe ne réussit pas à continuer sur sa lancée de l’ouverture du score. Bastos passe tout près d’une passe décisive pour un service sur Gourcuff. Les dernières minutes verront ensuite Nicosie mieux terminer la rencontre, sous l’impulsion de ses entrants, Manduca et Marcinho, mais Lloris restera vigilant pour repousser le seul tir chypriote de la rencontre. L’OL l’emporte et a certainement fait le plus dur tout en étant loin de son meilleur niveau à l’instar de Lisandro, très discret en attaque.

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6 réponses

  1. The teacha dit :

    Comme trés trés souvent, on s’aperçoit que lorsque qu’une équipe fait face à un coffre fort défensif avec 8 joueurs à vocation quasi défensive, la solution vient encore d’un defenseur central! On attend souvent le surnombre des latéraux pour qu’ils arrivent lancés et qu’ils amènent de la percussion mais en réalité le dépassement de fonction d’un defenseur central est bien plus dangereux comme il a déja été évoqué dans d’autres articles et hier la montée de Cris a fait toute la diff ».
    A titre perso’ et en plus en jouant à domicile au match aller, j’aurais opté pour un 4 4 2 a plat avec Gomis devant pour fixer les 2 defenseurs centraux et Lopez tournant autour ainsi que 2 ailiers jouant trés trés large comme bastos et Lacazette. Et surtout, optant pour un duo gonalons – Grenier dans l’axe car ce dernier est trés fort dans le jeu en une touche de balle un peu comme un Bodmer et donne du rythme au jeu mettant en difficulté le replacement adverse.

  2. Agapit dit :

    Belle analyse comme toujours. Mais j’attends toujours l’analyse du match Osasuna vs Barcelona du weekemd passe….vous comptez en faire une?

    Merci

  3. Non, ce n’est pas au programme. Je ne peux pas non plus voir tous les matchs hein :)

  4. François dit :

    Le petit poucet de ce 8ème de finale de la C1. Un cadeau pour l’OL qui a perdu de sa superbe depuis quelques années, ils ne sont plus aussi redoutables et ont eu tout de même de la difficulté face à cette équipe.
    Mais ils ont assuré l’essentiel avec ce 1-0

  5. samirhenry dit :

    Bsr tout le monde, pour commencer je dirai que j’ai été très déçu par la production lyonnaise (joueurs et coach), personne pratiquement n’a tenu son rang. Avec des prestations pareil, je pense pas qu’on peut parler de débat tactique, d’ailleurs je félicite Florent pour son professionnalisme.
    Entre des joueurs très limités techniquement (Cissoko et koné), d’autres trop juste avec un minimum de prise de risque (Gonalon et Kalstrom)(pourtant y avait le Nicosie en face), d’autres qui ont tout foiré (Bastos, Ederson et Licha)et cerise sur le gâteau: R.Garde et ses choix qui laissent a désirer, franchement ca été dur pour moi de regarder le match. En tout cas l’OL a perdu son ADN de LDC qui le transcendé dans ce genre de rdv. Bref, un match a mettre aux oubliettes!

  6. samirhenry dit :

    @ florent: bsr, j’ai lu votre chronique sur « le travail silencieux de Bastos » et franchement je n’arrive pas trop a me mettre de ton coté, lol.
    Moi au contraire je n’ai pas du tout aimé la permutation effectuée a la mi-temps entre Lcazette et Bastos, autant on a vu le premier cité rentré dans l’axe et enchainé (action du but par exemple). autant pour le brésilien je n’ai pas compris grand chose, vous dites qu’il peut constituer une solution de relance supplémentaire, moi je dis que face a un adversaire aussi médiocre, on n’avait pas besoin de ca, c’était plutôt a Gonalon ou Kim de prendre plus de risque et de monter d’un cran(et laissé les premières relances aux défenseurs centraux). De plus, il n’a jamais réussi a s’ouvrir l’axe du terrain et d’enchainé (soit par un tir ou une combinaison), bien au contraire je l’ai vu souvent s’embarquer sur le coté droit (donc son mauvais pied).
    Vous croyez pas qu’il aurait été plus judicieux de de ne pas permuter entre les deux ailiers, et de faire rentrer Bafé (a la place d’ederson, on passe a un 4-4-2) a la pointe de l’attaque afin de pouvoir profiter des centres millimétrés de Bastos? surtout qu’ils ont déjà réussit ce genre d’action cette saison pas mal de fois!!
    Autre chose, que pensez vous du changement de lacazette (Briand)? était t il un choix judicieux??

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