Newcastle 3-0 Bordeaux, l’analyse tactique

Fort de sa victoire à Lyon dimanche, Bordeaux se déplaçait à Newcastle avec des ambitions. Confiant dans son groupe, Francis Gillot avait même présenté une équipe au visage séduisant au coup d’envoi avec un 4-4-2 en losange, synonyme d’allant offensif. Sauf qu’en face, Newcastle, qui avait déjà besoin de points, avait décidé d’oublier le choc à venir face à Manchester United et s’avançait avec quelques cadres (Cabaye, Anita, Tioté, Cissé) devant une défense remanié. Suffisant pour venir à bout de Girondins trop faibles derrière…

Newcastle au tableau :

Comme évoqué en introduction, Newcastle devait faire face à des Bordelais organisés en losange, système récemment utilisé face à Bruges ou Ajaccio. Devant une défense composée de Mariano, Henrique, Planus et Trémoulinas, Sané était l’unique milieu défensif derrière trois créateurs (Obraniak, Saivet et Plasil). Devant, Jussiê et Gouffran formaient le duo d’attaque. Face à ce système, Newcastle semblait à première vue opposer un 4-2-3-1. Devant une défense renouvelée à 75% (Simpson seul titulaire), Anita et Tioté formaient le double pivot derrière Cabaye, positionné en soutien Ameobi. Obertan et Cissé complétaient le onze de départ sur les ailes. Premier constat de cette opposition, le milieu de Newcastle était calqué sur celui des Girondins. Et les premières minutes de la partie l’ont confirmé puisque Cabaye sortait mettre la pression sur Sané dans le camp bordelais, tandis que Tioté et Anita surveillaient les déplacements de Saivet et Obraniak (relayeurs en début de partie avant de permuter avec Plasil selon les situations).

Néanmoins, sitôt le ballon ressorti par les Girondins, les Magpies cherchaient avant tout à bien se replier dans leurs 40 mètres afin de limiter les espaces entre leurs deux lignes défensives ; des espaces qui auraient pu profiter au troisième milieu de terrain bordelais. Dans sa moitié de terrain, Newcastle laissait donc le ballon aux Girondins. Seuls Cissé et Ameobi restaient en pointe pour jouer les ballons de contre : Cissé à droite dans le dos de Trémoulinas, Ameobi entre la défense bordelaise et Sané qui évoluait devant celle-ci. Derrière ces joueurs dédiés aux tâches offensives, deux lignes de quatre tentaient de contenir la circulation de balle bordelaise : la première était formée par Obertan, Tioté, Cabaye et Anita, la seconde par Ferguson, Perch, Williamson et Simpson. Le premier rideau avait pour particularité d’être très resserrée, de manière à faire face aux trois Bordelais normalement présents dans sa zone (sur le papier, Plasil, Obraniak et Saivet).

Sur la capture ci-dessus, ce ne sont pas forcément les trois créateurs bordelais qui s’opposent à la ligne de quatre de Newcastle mais l’opposition numérique restait toujours la même. Avec un trois contre quatre dans cette zone du terrain, le porteur de balle bordelais pouvait se retrouver sous pression, par la sortie au pressing d’un adversaire (Cabaye, Tioté, Anité…). Il fallait donc que d’autres Girondins viennent s’ajouter dans cette zone. En début de partie (et sur la capture), Sané faisait cet effort offensif. Problème, les milieux adverses en avaient fait leur cible au pressing, entraînant plusieurs pertes de balle dangereuses ; surtout, il s’éloignait de sa défense centrale, laissant Ameobi complètement seul et capable d’offrir un point d’appui pour les remontées de balle anglaises. Du coup, le rôle est finalement revenu à Jussiê, qui décrochait de sa position de deuxième attaquant pour permettre la circulation au milieu de terrain. Sa qualité technique aidant, Bordeaux a pu se défaire de la pression adverse et envoyer le jeu sur les côtés.

Les couloirs… Justement le point faible de l’organisation de Newcastle en début de partie. Face à une première ligne adverse très resserrée dans l’axe, les latéraux bordelais avaient beaucoup de libertés dès lors qu’ils entraient dans la moitié de terrain de Newcastle. Les décrochages de Jussiê pour participer au jeu dans l’axe ont permis à Obraniak et Saivet de s’écarter pour devenir des rampes de lancement idéales pour Trémoulinas et Mariano (et inversement, Mariano pour Saivet par exemple). En début de partie, les Bordelais ont beaucoup attaqué sur l’aile gauche, profitant de l’absence de travail défensif de la part de Cissé. La première grosse occasion a d’ailleurs été bordelaise, Obraniak ne trouvant pas le cadre de la tête malgré un excellent centre de Trémoulinas. Plus tard, c’était une action venue de la droite qui aboutissait par un tir de Gouffran dans l’axe, tentative déviée par la défense adverse.

Avantage Newcastle :

Sans le savoir, les Bordelais avaient déjà loupé le coche. Dans la minute suivant l’occasion de Gouffran, les Magpies prenaient à défaut l’organisation bordelaise. En phase défensive, les Girondins voyaient comme d’habitude leur milieu de terrain à trois têtes coulisser sur la largeur afin de soutenir leurs latéraux dans les couloirs. Exemple sur les remontées de balle anglaises côté gauche, Obertan se retrouvait face à deux adversaires : Saivet en ralentisseur et Mariano en deuxième lame. Face à un tel système, pour créer les conditions d’un duel entre ailier et latéral, il n’y a pas de solutions plus aisées que le changement de jeu rapide. Et c’est exactement ce qu’il s’est produit sur le premier but des Magpies : Cissé a fixé le bloc et le milieu bordelais côté droit, Cabaye a hérité du ballon et a immédiatement renversé le jeu pour Obertan dans le couloir gauche. Le milieu bordelais, et donc Saivet, étaient mis hors de position par cette tranversale et Obertan se retrouvait lancé pour un un-contre-un face à Mariano. Le Français n’avait plus qu’à remporter son duel pour achever le décalage. Le mauvais positionnement de la défense bordelaise (Henrique en tête) lui a ensuite permis d’offrir le premier but à Ameobi.

Une fois ce premier but inscrit, Newcastle a poursuivi sur sa lancée sur le plan défensif jusqu’au dernier quart d’heure de la première mi-temps, période où l’équipe a décidé de réagir face aux montées régulières de Mariano et Trémoulinas dans les couloirs. A gauche comme à droite, Obertan et Anita sont devenus les gardes du corps attitrés des deux latéraux bordelais lorsqu’ils prenaient leurs couloirs. Anita a d’ailleurs été le premier à effectuer ce travail défensif, fermant le couloir gauche et obligeant du coup Bordeaux à passer de l’autre côté. Ces nouveaux rôles ont diminué l’efficacité du pressing de la première ligne des Magpies, qui a du coup adopté un attitude plus conservatrice et laissé le ballon aux Girondins. Un changement tactique qui explique justement pourquoi les Bordelais ont paru mieux dans le match après le but encaissé : ils subissaient moins le pressing dans l’entrejeu et pouvaient faire tourner le ballon, mais ils avaient aussi plus de mal à se créer des occasions : un seul tir de loin au final, mais plusieurs corners et autres coups de pied arrêtés.

La réorganisation de Newcastle – A voir avant tout, la position d’Anita, signalée par le point d’exclamation rouge. En conséquence, Newcastle joue plus bas (voir les positions de Cissé et Ameobi) et Bordeaux bénéficie d’un certain surnombre dans la première moitié du camp adverse grâce aux décrochages de Jussiê qui continue de participer au jeu.

Deuxième mi-temps anecdotique :

Après le repos, Francis Gillot décidait d’abandonner son 4-4-2 en losange pour revenir au schéma à trois défenseurs avec lequel il avait vaincu Lyon dimanche dernier. Plasil et Obraniak étaient remplacés par Nguemo et Diabaté. Le premier récupérait son poste dans l’axe du milieu à trois, encadré par Jussiê et Saivet. Sané redescendait en défense centrale. Diabaté rejoignait Gouffran en attaque. Le troisième but rapidement encaissé n’a toutefois pas permis aux Bordelais d’espérer quoi que ce soit. Au final, Newcastle a pu gérer une large partie de la rencontre, bénéficiant des cadeaux de la défense bordelaise (Henrique pour le csc, Sané pour l’alignement sur le dernier but).

Au-delà des buts encaissés, la faiblesse de la défense bordelaise a aussi grandement pesé sur l’animation offensive de l’équipe. Une arrière-garde plus sûre aurait par exemple pu permettre aux Girondins de faire monter leurs deux latéraux en même temps dans leur temps fort, comme en fin de première mi-temps. Dans ce contexte (en imaginant un comportement identique de la part des Magpies : toujours deux attaquants), Newcastle se serait forcément découvert, soit dans l’axe (si ses deux milieux excentrés étaient restés au marquage des latéraux), soit sur une aile (exemple sur l’image ci-dessus : le surnombre bordelais dans l’axe aurait pu permettre un renversement rapide du jeu côté opposé). Mais Bordeaux n’était pas assez serein, que ce soit derrière dans les duels ou techniquement dans l’entrejeu, pour se permettre de telles ambitions.

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1 réponse

  1. 5 octobre 2012

    […] D’un autre pote du footballogue. […]

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