Naples 3-3 Juventus, l’analyse tactique

Le San Paolo, c’est toujours un succès. La semaine dernière, Naples avait réalisé une superbe démonstration face à Manchester City en Ligue des Champions. Cette fois, ils ont remis le couvert le temps d’une grosse demi-heure face à la Juventus Turin. Car après, ce fut au tour de la Vieille Dame de trouver les bons mécanismes pour reprendre le dessus pour finalement aboutir sur un nul logique entre deux équipes très agréables à voir jouer.

Les compositions :

Côté napolitain, deux changements sont à signaler par rapport à l’équipe qui a battu Manchester City la semaine dernière. Zuniga remplace Dossena dans le couloir gauche et Cavani, forfait de dernière minute, cède sa place à Pandev devant : De Sanctis (26) – Campagnaro (14), Cannavaro (28), Aronica (6) – Maggio (11), Gargano (23), Inler (88), Zuniga (18) – Hamsik (17), Lavezzi (22), Pandev (29).

Dans le camp turinois, Antonio Conte doit composer avec l’absence de Marchisio, compère habituel de Pirlo au milieu de terrain. Dès lors, il choisit d’opter, à première vue, pour un 4-4-2 à plat… Mais les premières minutes de jeu n’iront pas dans ce sens : Buffon (1) – Lichtsteiner (28), Barzagli (15), Bonucci (19), Chiellini (3) – Pepe (7), Vidal (22), Pirlo (21), Estigarribia (28) – Vucinic (14), Matri (32).

Première mi-temps :

La Juve en mouvement :

Les dix premières minutes de la rencontre permettent de véritablement découvrir l’organisation de la Juventus, bien loin du 4-4-2 à plat annoncé. Ainsi, sitôt le ballon récupéré, les joueurs d’Antonio Conte ont pour premier objectif de repartir calmement de l’arrière. Pour y parvenir, à l’instar d’autres grosses équipes, elle base sa construction sur une ligne de trois défenseurs qui s’écartent sur la largeur du terrain. Mais au lieu d’avoir le classique bien connu en Catalogne (milieu de terrain qui redescend, stoppeurs qui s’écartent et latéraux qui montent d’une ligne), ce sont Chiellini (latéral gauche) Bonucci (stoppeur gauche) et Barzagli (stoppeur droit) qui forment cette première ligne.

A ce trio vient s’ajouter Andrea Pirlo pour faire face aux trois attaquants du Napoli, en première ligne pour le pressing. L’ancien Milanais évolue sur la largeur, à hauteur des attaquants napolitains et joue les relais entre ses trois défenseurs et la ligne créative de la Juve. Celle-ci est composée de quatre joueurs. Estigarribia et Lichtsteiner occupent les couloirs gauche et droit. Dans l’axe, Pepe et Vidal ont eu des rôles d’accélérateurs dans le camp adverse. Le Chilien forme notamment un triangle intéressant côté droit avec Lichtsteiner et le travail entre les lignes de Vucinic. Dernier maillon de la chaîne, Matri évolue lui plus dans un registre de buteur, principalement concentré sur la finition des actions.

Légende : les joueurs sont placés selon leurs positions lorsque l’équipe est en possession du ballon. En noir et blanc sont indiqués les positions et les lignes présumées au coup d’envoi de la rencontre.

La réponse du Napoli :

Après quelques minutes difficiles où il n’a pas réussi à mettre en place son pressing dans la partie haute de son camp, le Napoli prend petit à petit l’ascendant sur son adversaire à partir du quart d’heure de jeu. La raison première ? L’encerclement de Andrea Pirlo, homme-clé de la relance turinoise. Repositionné entre Pandev à droite et Lavezzi à gauche, c’est Hamsik qui hérite du marquage et du suivi des déplacements de la plaque tournante adverse.

Derrière, une ligne de quatre est bien en place pour s’opposer aux accélérateurs du jeu turinois : Maggio et Zuniga ferment les couloirs face à Estigarribia et Lichsteiner. Si le premier n’hésite pas à jaillir de sa position pour lancer des contres, le second est dans un rôle plus conservateur en réponse au triangle formé par le Suisse avec Vidal et Vucinic. Dans l’axe, Vidal et Pepe sont pris par Inler et Gargano. Une ligne plus bas, Aronica se charge de surveiller les déplacements de Vucinic dont les déplacements posent parfois des problèmes au milieu de terrain napolitain.

Pirlo étant suivi individuellement, il peut, selon ses déplacements, se retrouver en situation très périlleuse dans son propre camp (deux contre un et des ballons perdus en fin de première mi-temps). Les défenseurs doivent alors opérer la relance depuis leurs positions plus reculées, ce qui rend les passes facilement lisibles pour la deuxième ligne du Napoli. Ainsi, Gargano, Maggio ou Inler gagnent énormément de ballons en anticipant et en jaillissant devant leurs adversaires directs. Et devant eux, le trio d’attaquants est immédiatement disponible pour poursuivre le mouvement dans le camp adverse.

La Juve sans le ballon :

Lorsqu’elle n’a plus le ballon et qu’elle est repliée dans son propre camp, la Juve fait le choix de densifier au maximum l’axe du terrain, certainement pour couper les courses de Lavezzi ou Hamsik vers l’intérieur du terrain ou lorsqu’ils décrochent. Ainsi, du 4-4-2 à plat imaginé au coup d’envoi, il ne reste qu’une sorte de 4-3-1-2 avec un trio formé par Estigarribia, Pepe et Pirlo devant la défense et un Vidal légèrement plus haut, censé presser et perturber la circulation de balle napolitaine en plus de Vucinic et Matri aux alentours du rond central.

Problème, ce schéma provoque un énorme déséquilibre sur le côté droit de la Juve. Et le Napoli en profite parfaitement. Sans véritable adversaire direct, Zuniga se retrouve ainsi à plusieurs reprises lancé dans le camp turinois par des ballons venus de la droite sans adversaire direct pour venir à sa rencontre. Lichsteiner se replie en effet à hauteur de ses défenseurs pour former une ligne de quatre traditionnelle. Les courses de Lavezzi viennent s’ajouter aux chevauchées du Colombien et la Suisse se retrouve en difficulté. Le coup-franc à l’origine du premier but napolitain provient ainsi d’une faute concédée sur Zuniga.

Deuxième mi-temps :

Mouvements verticaux :

Complètement à la ramasse en fin de première mi-temps, la Juve revient complètement transformée des vestiaires. En première mi-temps, elle avait pêché par manque de mouvements au coeur de son jeu. A la relance, Pirlo s’était retrouvé à plusieurs reprises en difficulté face à la pression adverse. Antonio Conte a corrigé ce défaut à la mi-temps : désormais, Pepe et/ou Vidal n’hésitent pas à redescendre sur la même ligne que leur distributeur de ballons pour offrir une deuxième possibilité de relais à leurs défenseurs. De fait, ils sont logiquement suivis par les deux milieux axiaux du Napoli (Gargano et Inler) qui évoluent du coup plus haut mais ne prennent toutefois pas le risque d’aller chercher leurs adversaires jusque dans le camp adverse.

Des espaces se créent alors entre les deux lignes napolitaines (défense et milieu de terrain) ; Vucinic va les exploiter à plein en décrochant beaucoup plus que durant le premier acte, offrant ainsi un relais pour les percées venus des milieux de terrain, notamment de la part de Vidal. Sur les côtés, Estigarribia et Lichsteiner conservent leur positionnement haut qui fixent Maggio et Zuniga sur les ailes, les empêchant de resserrer dans l’axe pour couvrir ou compenser les montées des deux milieux axiaux. C’est alors à l’un des défenseurs de sortir de la ligne pour tenter de limiter l’influence de Vucinic mais le Monténégrin se montre particulièrement habile dans le jeu en une touche et les arrivées lancées de Pepe et Vidal à ses côtés déstabilisent l’arrière-garde de Mazzarri.

Légende : en noir la ligne de trois, base du système de la Juve ; en orange, les solutions de première relance qui s’offrent à elle désormais ; soit au maximum trois joueurs sur une même ligne blanche, Pirlo, Vidal et Pepe dont les déplacements sont symbolisés par une flèche, tout comme celle de Vucinic (cerclé de jaune) ; en rouge, les déplacements défensifs qui en découlent du côté du Napoli.

Défense à trois :

Menées 2-0 à la mi-temps, la Juventus va aussi revenir avec une organisation défensive différente en deuxième mi-temps. Plus agressive, elle reprend la partie par une grosse phase de pression sur le milieu de terrain napolitain. Les trois défenseurs restent en couverture mais le reste de l’équipe évolue très haut et cherche à enfermer le Napoli dans des petits périmètres pour ensuite récupérer le ballon. A l’inverse du premier acte, Lichsteiner reste haut sur le terrain pour bloquer Zuniga dès que celui-ci peut recevoir le ballon. Le premier but est d’ailleurs à la conclusion d’une grosse phase de pressing turinois côté gauche. Obligés de reculer, Naples s’en remet à un long ballon de De Sanctis, récupéré par la défense turinoise qui met en place un mouvement passant ensuite par Pirlo, Vucinic puis Vidal pour la passe décisive (voir paragraphe précédent et voir le but ici).

Lorsqu’il inscrit le but du 3-1, le Napoli profite aussi de ce changement tactique audacieux de la Juventus. Lorsque Maggio décroche Estigarribia, il n’a aucun adversaire qui vient à lui jusqu’à ce que ce soit Chiellini qui se décale pour venir tenter de le bloquer côté gauche. L’international italien ne réussit pas à l’empêcher de centrer. Et même si Pandev se sort d’un deux-contre-un, c’était un deux-contre-deux qui se jouait dans la surface de Buffon, Lavezzi étant complètement seul au second poteau lorsque l’ancien attaquant de l’Inter met le ballon au fond (voir le but ici).

Suite et fin :

Les minutes passant, le facteur physique va évidemment se faire de plus en plus important. Les Napolitains perdent en poids devant avec la sortie de Pandev au profit de Santana. Désormais quasiment seul en pointe, Lavezzi manque de soutien pour être véritablement dangereux pour la défense turinoise. Seul Zuniga tire vraiment son épingle du jeu offensivement en fin de partie en profitant des soucis de Lichtsteiner pour terminer la rencontre. Le Suisse terminera sagement la partie en défense, laissant à Vidal le soin d’animer le couloir droit. L’entrée de Pazienza (plus conservateur) à la place de Pepe scellera le sort de la rencontre malgré les remplacements poste pour poste opérés par les deux entraîneurs pour insuffler un peu de fraîcheur en fin de partie. Une partie exceptionnelle sur le plan du spectacle et de l’intérêt tactique. L’un des plus beaux matchs de la saison, à n’en pas douter.

Exercice bonus : le but de Estigarribia

Petit exercice à vitesse réelle qui permet d’illustrer le dernier schéma présenté dans cette analyse : le second but inscrit par la Juve, signé Estigarribia. Ci-dessous, il faut particulièrement regarder les marquages effectués par la défense du Napoli pour comprendre pourquoi le Paraguayen se retrouve complètement seul au second poteau.

Vu ? Au moment de sa prise de balle, Vucinic a Campagnaro (stoppeur droit de Naples) dans son dos. Ce dernier retourne en défense dès lors que Vucinic a redonné son ballon en arrière (tout en évitant le pressing de Inler d’ailleurs). Lorsque le Monténégrin est resservi, c’est Aronica (stoppeur gauche) qui sort de la défense pour venir à sa rencontre. Là aussi, sans succès. Campagnaro, qui a vu la sortie manquée, reste de ce côté du terrain pour compenser la sortie de son coéquipier. Vucinic centre. Le mal est déjà fait : dans la surface, Matri et Pepe, qui a suivi l’action puisque ne participant pas à la construction, occupent Cannavaro et Maggio, latéral droit rentré à l’intérieur pour couvrir la disparition de son stoppeur (Campagnaro). Résultat, Estigarribia se retrouve seul au second poteau et peut terminer l’action (presque) tranquillement.


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