Naples 4-1 AS Rome, l’analyse tactique

En clôture de la phase aller de la Serie A, le Napoli a largement dominé une triste Roma dans son stade San Paolo. Parfaitement lancés dans les deux mi-temps par deux buts très rapides de Cavani, les Napolitains ont contrôlé un adversaire loin d’être sans ressources mais trop peu efficace dans les zones de vérité.

La force du bloc-équipe napolitain :

Pas de surprise à signaler au coup d’envoi : les deux équipes s’avancent dans leurs formations traditionnelles. Côté romain, De Rossi est positionné devant la défense à quatre, encadré par Bradley et Pjanic. Devant, Totti est associé à Destro et Lamela. Du côté des locaux, Mazzarri peut compter sur un effectif quasiment au complet, si l’on excepte la suspension de Cannavaro pour son implication dans le CalcioScommese. Britos est titularisé à sa place, au coeur de la défense napolitaine. Devant, c’est du classique avec le trio composé de Cavani, Pandev et Hamsik devant le duo Inler-Behrami.

Ce sont d’ailleurs ces cinq hommes, accompagnés par Maggio et Zuniga par séquences, qui font le début de match en imposant un gros pressing à leurs adversaires. Sitôt le ballon perdu, les cinq axiaux du Napoli mettent la pression sur les trois milieux de terrain romains. Cavani et Pandev se retrouvent régulièrement dans la zone de De Rossi tandis que Inler et Behrami suivent les déplacements verticaux de Bradley et Pjanic. Pour Naples, l’objectif est double. Il s’agit d’abord d’aller chercher la Roma très haut sitôt le ballon perdu pour éviter de se faire prendre en contre. Ensuite, il faut empêcher les transmissions directes et au sol vers Totti (axe Totti-De Rossi) qui quitte souvent  sa position d’attaquant -ou d’ailier gauche- pour récupérer les ballons de relance derrière les milieux napolitains.

Sur l’importance de Totti dans le système romain, quand Naples n’est pas replié – Balzaretti est en possession du ballon, Maggio sort sur lui. Tous les joueurs de transition de la Roma (milieu et latéral à l’opposée de l’action) sont marqués. Totti voit un intervalle entre Inler, excentré pour suivre Bradley, et Behrami. Il veut décrocher pour y demander le ballon au sol mais sera suivi de près par Campagnaro, le stoppeur droit du Napoli.

Dans ces déplacements, le capitaine de la Roma est chassé par l’un des trois défenseurs adverses (Campagnaro en général), qui cherche à le ralentir l’attaque adverse, soit proprement -en l’empêchant de se mettre dans le sens du jeu-, soit en provoquant une faute afin de permettre à ses milieux de se replacer. Campagnaro sera d’ailleurs assez rapidement averti (22e) pour une faute de ce type. Une fois dans son camp, le bloc défensif du Napoli se replie dans ses 30 derniers mètres. Côté gauche, Zuniga ferme le couloir gauche à Lamela et reçoit le soutien de Hamsik si Piris monte aux avants-postes.

Dans l’axe, Inler et Behrami bénéficient du soutien de Cavani et Pandev, qui permettent de gérer plus facilement les déplacements de Totti dans leur zone. Les attaquants du Napoli empêchent ainsi la création d’un surnombre en faveur de la Roma (trois contre deux) et permettent à leurs milieux -et même leurs défenseurs par instants- de sortir sur le porteur de balle. Résultat de ce bon repli, une grande densité d’Azzurri derrière le rond central et une obligation pour les défenseurs romains de dépasser leurs fonctions de relanceurs et d’abandonner la couverture. Plus agressif dans les duels, le Napoli résiste et en profite pour placer ces contres. Proches du reste de l’équipe, Cavani et Pandev offrent les premiers relais dans leur propre camp et les montées de Hamsik, Zuniga ou Maggio accompagnent les remontées de balle sur les extérieurs.

Une illustration du bloc-équipe napolitain – Cavani est redescendu pour répondre à la montée de Burdisso (en bas à gauche) ; Pandev l’a suivi et se retrouve en bonne position pour empêcher toute possibilité de passe en retrait vers De Rossi, ou latéral vers Bradley. Lamela n’a d’autre choix que de filer vers le but où il est attendu par Gamberini -sans adversaire direct- et Britos, qui assure pour le moment la prise à deux de Destro.

La Roma remet le pied sur le ballon :

Il faut attendre une grosse demi-heure, et un but encaissé pour enfin voir la Roma sortir la tête de l’eau. Première explication, la fatigue naissante du Napoli qui a abandonné son pressing quasi tout-terrain. De Rossi et Totti ont toujours droit à un traitement de faveur mais Pjanic et Bradley ont désormais plus de libertés lorsqu’ils se déplacent dans leur propre camp. Le premier peut ainsi décrocher à hauteur de De Rossi pour le soulager du travail de relance ; le second accompagne de son côté les montées de Balzaretti dans le couloir gauche. La remontée de balle est plus simple et la baisse de rythme du Napoli permet à la Roma de poser son jeu, à défaut de pouvoir placer ces contres habituels.

Même s’il est toujours serré de près lorsque le bloc ciel et blanc n’est pas replacé, Totti trouve enfin des espaces lorsqu’il revient à hauteur de ses milieux de terrain. En fin de première mi-temps, il évolue ainsi souvent côté gauche où il combine avec Bradley et Balzaretti, l’axe étant bien fermé par Inler et Behrami soutenus par Hamsik lorsqu’il ne se charge pas de Piris côté opposé. La Roma prend aussi les choses en main dans sa moitié de terrain en maîtrisant les longs ballons de relance de De Sanctis : Destro, Totti et Lamela s’opposant aux trois défenseurs, le gardien du Napoli n’a généralement pas d’autre solution que d’allonger vers ses milieux et attaquants. En début de partie ces derniers étaient présents à la retombée ou sur les seconds ballons, mais ils ont fini par abandonner plus vite la possession à l’approche du repos. A 1-0 à la mi-temps, rien ne semble joué.

Totti en liberté – Dès que le Napoli est replacé, les décrochages du capitaine de la Roma ne sont plus suivis par Campagnaro et les autres défenseurs du Napoli. Le bloc des Partonepei le laisse avec le ballon mais lui bloque la profondeur. Il est donc libre d’envoyer le jeu d’une aile à l’autre, de Piris à Balzaretti.

Cavani Matador :

Au retour des vestiaires, la Roma reprend la partie là où elle l’a laissée. Elle a le ballon et le fait tourner face à des Napolitains désormais en place pour contre-attaquer. Cavani et Pandev restent aux avants-postes et l’Uruguayen va justement frapper encore plus vite qu’en première mi-temps. Pour l’une des premières fois du match, le Napoli ressort au sol de sa moitié de terrain via une montée balle au pied de Zuniga. Au duel avec Piris, le Colombien obtient une touche. Une combinaison avec Hamsik plus tard, il est décalé sur son aile et se retrouve à l’origine de l’action qui aboutit au second but de la soirée de son meilleur buteur (48e).

Une parenthèse qui fait très mal à la Roma qui remet toutefois le pied sur le ballon. Replacé au coeur du jeu en phase offensive, après une entame de deuxième mi-temps côté gauche, Totti retrouve la liberté qui était la sienne en fin de première mi-temps. Devant lui, le bloc défensif napolitain l’empêche de jouer en profondeur (voir ci-dessus), mais personne ne vient travailler sur ses transmissions latérales. Totti envoie ainsi le jeu à gauche (Balzaretti) et à droite (Piris). Surtout, il reçoit le soutien de Pjanic qui trouve enfin des espaces dans le camp romain en partant de plus bas, laissant à Lamela le soin de s’infiltrer à sa place entre les lignes napolitaines.

L’origine du seul but romain de la partie – Pjanic à la passe ; Bradley et Lamela entre les trois milieux napolitains ; Piris pour offrir une solution sur l’extérieur. Devant, l’appel parfait d’Osvaldo dans la profondeur, avec Britos en retard. La finition de l’Italien sera aussi parfaite que la passe de son partenaire.

C’est justement dans cette position que le Lyonnais offre une balle de but à Osvaldo, entré en jeu à la place de Destro. Malheureusement pour les Romains, ils avaient déjà loupé le coche à 0-2 en faveur de leurs adversaires, Destro et Bradley manquant plusieurs opportunités. Avant le but d’Osvaldo, Cavani avait déjà puni ces ratés en ajoutant un troisième but sur corner. Sans donner l’impression de forcer son talent, le Napoli a simplement profité des espaces laissés par une Roma forcée de se livrer et peu efficace au moment d’empêcher son adversaire de ressortir de sa moitié de terrain. Cavani et Pandev (puis Insigne) se sont régalés de ballons renvoyés dans les zones abandonnées par des latéraux romains partis aux avants-postes.

Conclusion :

Un nouveau match-exemple en faveur des anti-possession de balle. Le Napoli est connu pour ça depuis plusieurs saisons, la Roma était prévenue et pourtant, les locaux ont récité leur partition habituelle dans leur stade. Pour espérer mieux, il aurait fallu que la Roma résiste dans les premières minutes des deux mi-temps car, paradoxalement pour une équipe dite de contre, le Napoli est une équipe qui a de moins en moins de chance de prendre l’ascendant au fil des minutes, en raison d’un système qui demande beaucoup d’efforts de la part de ses attaquants… Pour peu que l’adversaire reste équilibré bien sûr. On avait notamment pu le voir lors de sa défaite sur la pelouse de la Juve au mois d’octobre (lire : Juventus 2-0 Naples, l’analyse tactique).

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