Naples 3-1 Chelsea, l’analyse tactique

Le football italien prend sa revanche. Après Arsenal coulé par au Milan AC, le Napoli s’est offert la tête de Chelsea, après avoir éliminé Manchester City durant la phase de poules. Menés au score après un but offert par sa défense, la formation de Mazzarri a eu les ressources pour se remettre dans le match et s’assurer un avantage de deux buts qui devrait suffire lors du retour à Stamford Bridge.

Les compositions :

Forcé de regarder le match depuis les tribunes du San Paolo, Walter Mazzarri n’a pas réservé la moindre surprise à son adversaire du jour. L’équipe est au complet et le onze-type débute ce huitième de finale aller : De Sanctis (1) – Campagnaro (14), Cannavaro (28), Aronica (6) – Maggio (11), Inler (88), Gargano (23), Zuniga (18) – Hamsik (17), Cavani (7), Lavezzi (22).

A l’inverse, du côté des Blues, André Villas-Boas a décidé de faire des choix de taille. Lampard et surtout Cole sont écartés du onze de départ, le technicien portugais leur préférant Malouda et Bosingwa qui forment tous les deux le flanc gauche des Londoniens : Cech (1) – Ivanovic (2), Cahill (24), David Luiz (4), Bosingwa (17) – Meireles (15), Ramires (7) – Sturridge (23), Mata (10), Malouda (15) – Drogba (11).

Une période d’observation :

Les premières minutes de la partie lèvent le doute sur l’organisation tactique proposée par Villas-Boas. Alors que les diffuseurs présentaient un véritable 4-3-3 plaçant Malouda dans l’axe avec Meireles et Ramires, l’entraîneur des Blues a en fait choisi d’opposer un 4-2-3-1 au 3-4-3 traditionnel du Napoli. Par ailleurs, ces joueurs débutent la rencontre en attendant dans leur camp, de manière à prendre leurs marques et jauger leurs adversaires.

Chelsea ne laisse que deux joueurs dans le camp adverse. Pour gêner les relances axiales de Gargano et Inler, Mata et Drogba font le travail de pressing. Suite logique, le Napoli envoie le jeu se développer dans les couloirs de la moitié de terrain de Chelsea. Des situations de deux contre deux se créent : Lavezzi et Zuniga face à Ivanovic et Sturridge à gauche, Hamsik et Maggio face à Cole -puis Bosingwa- et Malouda à droite. Dans l’axe, Ramires et Raul Meireles travaillent sur la largeur pour empêcher les pénétrations balle au pied et autres passes dans l’axe depuis les couloirs.

Placé côté gauche, Lavezzi est le joueur le plus en vue (en jaune). L’Argentin profite des déplacements de Zuniga sur l’aile, le Colombien étant libéré par Sturridge dans les 25 derniers mètres, pour faire des différences en un-contre-un et crée le danger. Plus tard en première mi-temps, il passera sur l’aile droite pour effectuer le même travail avec Maggio, avec la même réussite.

Néanmoins, même si Ivanovic a du mal à stopper Lavezzi, Chelsea conserve l’ascendant dans dans ses 20 mètres, notamment grâce au travail de ses milieux défensifs qui protègent bien l’axe central. Naples ne trouve des espaces que sur les ailes, ou presque. Les Italiens paient alors leur manque de présence dans la surface londonienne. Gargano et Inler préfèrent rester devant les milieux adverses pour les mettre sous pression et limiter les risques de contres. Ne restent donc que deux ou trois attaquants dans la zone de vérité pour être à la réception des centres.

Au final, le Napoli se montre surtout dangereux grâce à du jeu direct dans le dos des défenseurs des Blues -de la ligne médiane via Inler jusqu’à Cavani-. Dans leur première organisation, les joueurs de Villas-Boas répondent de la même façon. Une fois le ballon récupéré, celui-ci est remonté le plus rapidement possible afin d’attaquer la défense du Napoli avant que les milieux n’aient le temps de se replier pour la protéger. Ainsi, Malouda aide à la remontée rapide des ballons dans l’axe. Drogba offre un relais au niveau de Gargano et Inler pour perturber leur repli. Et Mata et Sturridge prennent les espaces autour de la défense napolitaine (en bleu).

Chelsea sort de sa moitié de terrain :

Malgré des difficultés certaines dans les duels, les Blues réussissent à rééquilibrer les débats. Les longs ballons aboutissant à des deux -Mata et Sturridge- contre trois ont des conséquences sur l’organisation de Naples. Les latéraux sont moins entreprenants qu’en début de rencontre, Zuniga revenant notamment à hauteur de ses défenseurs pour fermer le couloir droit à Sturridge et suivre ses déplacements.

Son adversaire mis sur le reculoir, Chelsea semble alors prendre l’ascendant dans l’entrejeu. Ressortant désormais les ballons par les côtés, les Londoniens évitent la pression mise par Gargano et Inler sur Ramires et Raul Meireles. Si le Portugais reste en retrait une fois le ballon dans le camp adverse, Ramires trouve naturellement des espaces. Exemple : lorsque Malouda récupère les ballons de relance de Cole (en jaune), le Français voit venir à lui Inler. Dans le couloir, Maggio ferme le couloir en cas de montées de Cole. Partenaire de Inler, Gargano est lui au marquage de Mata (en rouge). Résultat, Ramires se retrouve libéré dans l’axe (en orange).

Mis en infériorité numérique dans l’entrejeu, Naples connaît aussi des difficultés pour ressortir les ballons. Plus proches de Mata et Drogba, Malouda et Sturridge pèsent désormais sur l’axe pour gêner la relance adverse. Celle-ci se retrouve forcée de passer par les airs pour chercher Cavani ou Lavezzi qui, malgré leurs qualités, ont du mal à rivaliser à l’impact avec les défenseurs des Blues. Bien qu’elle trouve son origine dans une erreur de Cannavaro, l’ouverture du score de Mata intervient durant ce temps positif des Blues. Un temps fort qui ne va néanmoins pas durer bien longtemps, car Naples trouve vite la solution pour reprendre le dessus.

Par son jeu direct puis par son pressing à quatre sur la relance adverse, Chelsea a donc étiré les lignes du Napoli et crée une situation de surnombre en sa faveur au milieu. Pour y remédier, les Italiens resserrent tout simplement les distances, notamment entre la ligne d’attaque -Lavezzi, Cavani et Hamsik- et les milieux de terrain. En phase défensive, les attaquants viennent ainsi combler les brèches qui pourraient profiter aux milieux de Chelsea -Cavani dans l’axe, dans la zone de Ramires-.

C’est aussi cette cohésion retrouvée qui permet à Naples de faire la différence dans la zone de vérité. Si Lavezzi trouve le petit filet de Cech sur l’égalisation, c’est parce que Cavani évolue dans la même zone que lui et attire l’attention des défenseurs adverses les plus proches de l’Argentin. De la même façon, la montée de Campagnaro -stoppeur droit- sur l’aile enfonce le flanc gauche de la défense de Chelsea, laissant ainsi le temps à Inler d’ajuster un superbe ballon transformé en but par Cavani.

Naples dans son rôle favori :

Fort de l’avantage au tableau d’affichage, Naples revient des vestiaires dans sa configuration favorite. Le bloc reste très compact, tous les joueurs participent à l’effort défensif et l’équipe compte sur la vitesse de Cavani et Lavezzi en contre pour faire tuer le match. Il auront finalement besoin de vingt minutes pour parvenir à leurs fins. Une période utilisée par Chelsea pour tenter une dernière approche.

Mata est l’élément-clé de ce dernier essai. L’Espagnol quitte son rôle de catalyseur dans les derniers mètres pour décrocher et aider ses milieux de terrain.  L’Espagnol profite du pressing d’un des deux milieux défensifs de Naples sur le porteur (en rouge) pour offrir un relais supplémentaire (en jaune). Sans solution dans l’axe, Drogba excepté, Mata doit ensuite envoyer le jeu sur les ailes (en orange) où les milieux excentrés peuvent créer des différences grâce aux montées des latéraux dans les couloirs (en noir).

Malheureusement pour Chelsea, les couloirs ne fonctionnent pas. Les dédoublements sont rares et l’équipe va en plus payer le rôle plus offensif de ses latéraux : sur le troisième but de Naples, Cole est pris dans son dos par l’ouverture de Campagnaro et l’appel de Cavani. Côté gauche, Lavezzi profite lui aussi des espaces dans le dos de Ivanovic. Les deux attaquants napolitains restant aux avants-postes, Hamsik revient travailler à hauteur des milieux de terrain pour conserver au moins cinq joueurs dans l’axe, et donc le surnombre, dans l’axe (au cas où Aronica et Campagnaro soient forcés de combler des brèches sur les ailes).

Le troisième but inscrit, Naples confirme ce 3-5-2 avec les entrées en jeu de Dzemaili à la place de Lavezzi -Hamsik devenant le deuxième attaquant- puis de Pandev à la place du Slovaque -poste pour poste-. Du côté de Chelsea, André Villas-Boas décide de passer en 4-3-3 : Essien entre pour aider ses défenseurs centraux à mieux couvrir la largeur. Une ligne plus haut, Lampard remplace Malouda pour tenter de faire parler ses qualités dans la zone de vérité, sans succès. Plus tranchant dans les duels et plus consistant sur le plan tactique, Naples remporte haut la main ce premier huitième de finale face à une équipe de Chelsea incapable de capitaliser sur son ouverture du score inattendue.

<p style= »text-align: justify; »>Une chose est sûre : cette saison, le football italien reprend une revanche méritée sur l’anglais.  Après Arsenal coulé face au Milan AC, le Napoli s’est offert la tête de Chelsea, après avoir éliminé Manchester City durant la phase de poules. Menés au score sur un but offert par leur défense, les Napolitains ont eu les ressources pour se remettre dans le match et s’assurer un avantage de deux buts à 90 minutes de coup de sifflet final de la confrontation.</p>

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9 réponses

  1. The teacha dit :

    merci pour l’analyse. J’ai raté la 1ere heure du match mais j’ai quand meme l’impression que cette équipe de naples a le potentiel d’atteindre les demi finales, je lui souhaite juste de ne pas avoir de blessés car leur banc est moyen.

  2. samirhenry dit :

    Bonne analyse, sauf que je ne pense pas que chelsea a débuté le match en 4-2-3-1, c’est plutôt un 4-3-3 qu’AVB a mis en place, malouda rentrant dans l’axe, laissant l’initiative a Mata de prendre le coté gauche (il est vrais que l’espagnole est très attiré par l’axe du terrain). ce n’est que vers le début du second half que chelsea reviens au 4-2-3-1 pour finir la rencontre en 4-3-3 comme vous le signaler après les rentrées de Lampard et Essien.
    Sur le troisième but, c’est vrais que Cavani profite des montées de Cole, mais il faut signaler aussi l’erreur flagrante de A.Luiz, d’ailleurs je n’est pas du tout aimé le rendement générale de la défense londonienne (les 4 de derrières, pris a défaut a chaque fois qu’un ballon est balancé dans leurs dos).

  3. Gallarno dit :

    Merci pour cette analyse, et plus globalement pour toutes les chroniques publiées ici, j’ai peine à trouver des analyses tactiques d’un niveau équivalent, à moins de surfer sur le web anglophone.

    Pour répondre à SamirHenry, même si je n’ai pas vu le match, je ne serais pas étonné que Chelsea ait joué en 4231, parce que :
    1) c’est un système qui a déjà utilisé récemment
    2) c’est accessoirement le système qui permet au joueur le plus important de Chelsea – Mata – de s’exprimer pleinement.
    Je te/vous renvoie d’ailleurs à cet article sur le sujet :

    http://www.guardian.co.uk/football/blog/2012/feb/06/juan-mata-chelsea-football-tactics

    Toujours charmé par cette équipe napolitaine en tout cas. En dehors des raisons purement affectives, il est plaisant de voir qu’une équipe qui ne faisait pas partie du gratin européen il y a 2 ans, ni même du gratin italien, a réussi à se bâtir un team hyper compétitif, pas à pas, sans grosse dépense, principalement grâce à un recrutement bien pensé, un collectif homogène et un coach de très haut niveau pour orchestrer le tout avec brio. Ils arrivent maintenant à concurrencer les clubs les plus riches du monde (City, Chelsea), même s’ils ont plus de mal cette année en championnat. En cela, ils me rappellent d’ailleurs un peu la glorieuse équipe de Monaco 2004, même si la philosophie de jeu est assez différente.

  4. Alem dit :

    Sacrée combat tactique et encore une fois c’est l’intelligence dans le jeu qui gagne face au talent ..
    J’aime beaucoup le 3-5-2 de Napoli leurs matchs ne ressemblent pas aux autres matchs .. C’est assez original comme tactique .. Privilégiant la Solidité et l’efficacité au beau jeu ..Typiquement Italien .

  5. christophe dit :

    La défense a 3 la plus aboutie pour moi… un gros bloc défensif, des joueurs rapide comme la foudre… J’aimerai voir cette équipe de Naples face à Barcelone dans son 3-4-3!!!

  6. The teacha dit :

    Il est clair que Mata à pris une dimension incroyable, techniquement il est phénoménal et son activité sur le terrain est toujours trés bonne. Toujours disponible, toujours dans les intervalles, il est pour moi la meilleure recrue de tout le championnat anglais cette saison malgré le classement de Chelsea. Il est en tout cas pour moi dans le top 5 des meilleurs milieux offensifs de ligue anglaise après David Silva bien sur qui lui est encore plus top. L’espagne a encore de belles années devant elle

  7. samirhenry dit :

    lol, on s’enflamme trop au tour de Mata, les gars un commentaire sur le prestation de Lavezzi ?!

  8. christophe dit :

    Pour Mata en même temps quand on voit l’équipe de lumières éteinte qu’est devenu Chelsea, il a pas beaucoup à faire pour briller !!!

  1. 22 février 2012

    […] Une  analyse tactique du match  e-foot. Tweet A lire également […]

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