Naples 2-1 Manchester City, l’analyse tactique

Le San Paolo en rêvait. Le Napoli l’a fait. Après avoir ramené un point de son déplacement à l’Ettihad Stadium lors de la première journée, il a battu Manchester City chez lui pour lui chiper la deuxième place du Groupe A de la Ligue des Champions avant d’aller à Villarreal, déjà éliminé, lors de la dernière journée. Une victoire qui met fin à une série de neuf victoires de rang des Skyblues. Un véritable exploit qui mérite son analyse.

Les compositions :

Certainement satisfait de la prestation de ses hommes au match aller, Mazzarri ne fait qu’un seul changement par rapport à l’équipe qui est allé chercher le nul en Angleterre. Dossena remplace Zuniga dans le couloir gauche. Le 3-4-3, capable de se transformer en 5-3-2, est évidemment toujours de rigueur : De Sanctis (1) – Campagnaro (14), Cannavaro (28), Aronica (6) – Maggio (11), Inler (88), Gargano (23), Dossena (8) – Hamsik (17), Lavezzi (22), Cavani (7).

Du côté de Manchester City, Roberto Mancini a décidé de muscler son milieu de terrain en alignant De Jong en plus de Touré et Milner. Devant, Silva occupe le flanc droit tout en participant au jeu alors que Dzeko et Balotelli, à gauche en phase défensive, interviennent dans le dernier tiers du terrain : Hart (25) – Zabaleta (5), Kompany (4), Lescott (6), Kolarov (13) – De Jong (34), Touré (42), Milner (7) – Silva (21), Balotelli (45), Dzeko (10).

Adaptation :

Les premières minutes de la rencontre dévoilent un Napoli très attentiste, qui abandonne le ballon à City et décide de l’attendre très bas sur le terrain. Symbole de ce choix tactique de Mazzarri, les deux joueurs de couloir napolitains (Dossena et Maggio) évoluent très bas sur le terrain, à hauteur des trois défenseurs centraux.

Conséquence directe de ce choix de début de partie, City n’a aucun problème à contrôler le milieu de terrain. Les latéraux montent d’un cran pour offrir des appuis sur les ailes, ce qui libère Silva et Balotelli et leur permet de rentrer dans l’axe. L’Espagnol rentre au coeur du jeu pour évoluer à la création avec Touré et Milner. Balotelli se déplace lui en fonction des courses de Dzeko. Lorsque ce dernier décroche pour offrir un appui à ses milieux de terrain, Balotelli occupe la pointe de l’attaque ou cherche à proposer dans la profondeur. Ce sont donc trois joueurs (Touré, Milner, Silva) qui sont susceptibles de percuter dans la zone intermédiaire a priori couverte par Gargano et Inler, sans oublier Dzeko dont les décrochages peuvent offrir un appui supplémentaire.

Résultat, très rapidement, le Napoli réagit et adapte son bloc en conséquence. Dans l’entrejeu, les lignes se resserrent : fini le pressing haut de Lavezzi sur les défenseurs de City, l’Argentin se replie, tout comme Hamsik pour défendre face aux deux milieux de terrain adverse venant de l’arrière (Touré et Milner). Dès lors, c’est une ligne de quatre, voire de cinq parfois lorsque Cavani descend travailler, qui se forme pour couper les relations entre les milieux de terrain et les attaquants anglais. Par ailleurs, à la relance, la densité de joueurs présents à l’arrière côté napolitaine favorise les ressorties de balle et empêche City d’imposer véritablement un pressing dans le camp des Italiens.

Animation :

Sitôt le ballon récupéré, Naples tente donc de déployer son bloc depuis son propre camp : du 5-3-2 au 3-5-2 en finissant, parfois, par un 2-3-5 en phase de finition… City va ainsi connaître de très gros problèmes pour gérer les montées de Dossena et Maggio dans les couloirs. Désertant souvent leur aile pour varier le jeu offensif de l’équipe, Silva et Balotelli sont rarement présents pour les stopper au départ de l’action. Or, une fois que la machine napolitaine est lancée, à partir du moment où elle touche l’un de ses trois offensifs, rattraper Dossena ou Maggio devient extrêmement compliqué : c’est alors au latéral de s’en charger et des situations de deux contre un peuvent rapidement en découler (voir par ailleurs, le second but de Cavani).

Outre le facteur de la supériorité numérique dans son propre camp, le Napoli joue sur l’aisance technique de Lavezzi et Hamsik et l’explosivité de ces deux joueurs de couloirs pour créer des différences. Dans l’ordre des choses, le ballon est d’abord remonté par les défenseurs (tous doués à la relance) jusqu’à Lavezzi ou Hamsik (en jaune). Selon leur positionnement sur le terrain, ils cherchent le dribble pour éliminer l’adversaire direct et changer le jeu ou le jeu sur l’aile pour Dossena ou Maggio. Dans les 30 derniers mètres, Cavani intervient pour offrir un appui plein axe (en orange). Vient ensuite le moment de la construction/finition : Gargano et Inler suivent le mouvement pour offrir du soutien dans l’axe et sont suivis par les trois défenseurs.

C’est ainsi qu’après avoir gagné en maîtrise dans son camp, le Napoli a fait reculer son adversaire jusqu’à ce qu’il craque sur un corner mis au fond par Cavani. Petit problème en revanche sur les ailes : si Silva et Balotelli sont souvent lâchés défensivement, ces derniers restent aussi aux avants-postes. City se retrouve ainsi avec plusieurs ballons de contre à jouer à trois contre trois face à la défense napolitaine. Intelligemment, Silva, Balotelli et Dzeko vont jouer de manière à occuper la largeur du terrain. Souvent, on en verra deux dans un petit périmètre pour attirer les défenseurs, le troisième s’éloignant de la zone pour se retrouver démarquer. Bref, après quelques alertes de la sorte, City égalise par Balotelli et reprend la main sur la rencontre.

Le va-tout de Mazzarri :

Mais cette maîtrise retrouvée des Skyblues ne va durer que jusqu’à la reprise des débats. Bien conscient qu’il doit absolument l’emporter pour entretenir vraiment l’espoir de qualification, Mazzarri change ses plans et demande à ses hommes de sortir au pressing. Fini la ligne de cinq : Naples décide de prendre de vrais risques. Maggio et Dossena sortent désormais plus hauts se joindre au travail des milieux de terrain.

Première conséquence, les défenseurs n’ont désormais plus le droit à l’erreur face à Dzeko ou Balotelli. Ils n’en feront pas. Et le Napoli bénéficie ainsi d’une plus grosse densité encore une fois accrue de joueurs dans l’entrejeu. Dès lors, c’est un véritable pressing qui peut se mettre en place face aux créatifs de City que sont Touré, Milner et Silva en ce mardi soir. Les montées de Maggio et Dossena permettent parfois aux deux milieux axiaux de sortir de la ligne de quatre qu’ils forment désormais. Gargano n’hésite ainsi plus à monter d’un cran pour gêner la mise en place du jeu des Anglais. Et les défenseurs d’anticiper aussi sur les relances en profondeur censé casser le premier rideau défensif. C’est de cette façon qu’Aronica récupère le ballon qui aboutit au second but du Napoli…

Derrière, les Napolitains enchaînent sur un temps fort d’une dizaine de minutes où leur pressing maîtrise complètement le milieu de terrain de Manchester City. Forcément, ils subissent ensuite le contre-coup physique des énormes efforts produits (en plus de la blessure de Inler, remplacé par Dzemaili) et City retrouve un peu de maîtrise dans son jeu en passant par les côtés, libérés pour les montées de Zabaleta et Maggio. Dès lors, le match tourne autour de deux choses : Naples contre en profitant justement des espaces dans le dos des latéraux adverses (Hamsik à droite pour Lavezzi à gauche puis Cavani à gauche pour Hamsik à droite, sans succès). Et Mancini ajoute Nasri puis Johnson pour dédoubler sur les ailes avant de tenter la solution Aguero dans l’axe. Sans succès.

Conclusion :

Le colosse de la Premier League 2011/2012 n’est pas encore taillé pour l’Europe. Le Napoli, troisième du dernier Calcio, l’est déjà. Ce mardi soir au San Paolo, les Skyblues ont pris une leçon de cohérence tactique (les adaptations de Mazzarri), de cohésion d’équipe (la gestion des distances entre les joueurs, le travail défensif à onze joueurs) et de gestions temps fort/temps faible de très haute volée. Un match qui rend forcément très curieux quant à l’avenir du Napoli au sein d’une Ligue des Champions où il semble se surpasser. Mais avant, il faudra prendre les derniers points nécessaires à Villarreal.

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