Montpellier 0-1 Marseille, l’analyse tactique

Trois matchs, trois victoires et une qualification bien embarquée pour la phase de poules de la Ligue Europa. L’OM d’Elie Baup a réussi sa reprise. Dimanche après-midi, les Marseillais sont allés confirmer leurs bonnes dispositions sur la pelouse de Montpellier. Dominés en début de partie, les Phocéens sont montés en puissance alors que le champion en titre se faisait de moins en moins dangereux. Au final, un but heureux de Gignac et trois points on ne peut plus logiques. Analyse.

Les compositions :

Montpellier : Jourdren (16) – Yanga-Mbiwa (3), Congré (12), Hilton (4), Bedimo (5) – Pitau (14), Stambouli (22) – Camara (19), Belhanda (10), Utaka (7) – Herrera (11).
Marseille : Mandanda (30) – Fanni (24), Nkoulou (3), Mbia (17), Morel (15) – Kaboré (19), Cheyrou (7) – Amalfitano (18), Valbuena (28), A.Ayew (20), Gignac (9).

Pression montpelliéraine :

Avec un seul point pris en deux rencontres, Montpellier n’a pas débuté le championnat de la meilleure des manières. Devant leur public, les Héraultais se devaient de réussir face à l’un de leurs principaux rivaux. Et le début de partie a tourné en leur faveur. Face à des Marseillais évoluant eux aussi en 4-2-3-1, les joueurs de René Girard ont pris le dessus en se montrant beaucoup plus agressifs, allant jusqu’à s’installer dans la moitié de terrain adverse. De Pitau à Herrera, tous les joueurs participaient à la gêne de la relance marseillaise. Symbole de cette entame de match réussie des Héraultais, la pression mise sur Amalfitano : positionné ailier droit, l’ex-Lorientais avait pour rôle de décrocher à hauteur de Cheyrou et Kaboré pour soutenir la relance marseillaise. Suivi par Bedimo lorsqu’il restait dans son couloir, Amalfitano se retrouvait aussi sous la pression des axiaux montpelliérains dès lors qu’il tentait d’intervenir dans l’axe.

Sur l’image ci-dessus, les trois milieux relanceurs de l’OM sont en bleu ciel. Amalfitano a quitté sa zone sur l’aile droite (échangeant avec Fanni) pour tenter d’offrir une solution courte. D’abord aligné sur Stambouli (en orange), Pitau sort à sa rencontre afin de l’empêcher de se retourner. Autour de lui, toutes les solutions courtes sont marquées (en rouge) : Belhanda sur Kaboré, Camara sur Cheyrou, Stambouli sur Ayew revenu dans l’axe. Et pour ne pas faciliter les choses, Utaka est sur la trajectoire de la passe la plus simple vers Fanni. En couverture, Montpellier conserve la supériorité numérique avec quatre joueurs pour gérer les déplacements de Gignac (profondeur ou sur les ailes) et Valbuena (entre la défense et le milieu de terrain).

En plus de Fanni, Valbuena compensait les déplacements d’Amalfitano au coeur du jeu : Fanni offrait des relais sur l’aile droite, Valbuena recherchait lui l’espace et prenait la profondeur. Malheureusement, l’OM n’a que très peu réussi à allonger et trouver ses attaquants au cours du temps fort de Montpellier. Dominateurs, les hommes de René Girard insistaient sur les côtés pour finir leurs actions. Milieux et soutiens (latéraux ou ailiers) travaillaient à l’intérieur pour fixer le bloc marseillais avant de dégager un excentré pour qu’il aille au duel avec le latéral adverse. En l’espace de quelques minutes, John Utaka s’est retrouvé à plusieurs reprises en position favorable pour centrer côté gauche. Yanga-Mbiwa s’est aussi essayé à l’exercice côté droit. Mais l’avantage restait en faveur de l’OM dans la surface de réparation.

Rééquilibrage :

A l’approche du quart d’heure de jeu, le pressing des locaux a perdu en intensité. Celui-ci ne se concentrait du coup plus que dans les 30 premiers mètres de l’OM. Une fois les premières passes effectuées, les Marseillais voyaient leurs adversaires se replier à hauteur de la ligne médiane, à la manière d’ailleurs de ce que la formation d’Elie Baup proposait depuis le début de la partie. Du coup, les Phocéens ont enfin pu ressortir les ballons de leur moitié de terrain. Jusqu’ici, leurs relances longues n’avaient trouvé personne si ce n’est Gignac dans des positions peu favorables sur les ailes. L’OM étant déséquilibré de par le rôle entre-deux d’Amalfitano, c’est le flanc gauche qui s’est chargé de remonter les ballons, via Morel et Gignac qui dézonait souvent pour offrir des solutions à son latéral. Les deux hommes se sont souvent trouvés sur l’aile, le premier bénéficiant du repli défaillant de Camara pour offrir relais ou appuis dans la moitié de terrain montpelliéraine. A l’inverse, de l’autre côté, Fanni a moins apporté en raison du très bon travail défensif de Utaka.

Bénéficiant du soutien de Valbuena puis d’Amalfitano dans l’axe, l’OM s’est offert plusieurs plages de possession de balle dans le camp montpelliérain, sans toutefois inquiéter Jourdren. Les observateurs ont ainsi pu constater la transition défense-attaque de l’OM, celle-ci passant d’un 4-4-2/4-2-3-1 en phase défensive à un 4-3-3 en phase offensive avec un Amalfitano en piston, censé faire le lien entre milieux et attaquants. Lui et Valbuena étaient très libres dans leurs déplacements et évoluaient sur toute la largeur du terrain (Valbuena penchant à gauche, Amalfitano à droite). Lorsque Marseille maîtrisait le ballon, Ayew quittait lui aussi son aile pour venir peser dans l’axe aux côtés de Gignac. Malheureusement pour les Marseillais, le repli de Montpellier était tel qu’il empêchait toute possibilité de passe en profondeur de la part des créateurs (Amalfitano, Valbuena) vers les deux finisseurs (Ayew, Gignac). Du coup, l’OM se contentait d’envoyer quelques centres dans la surface de Jourdren, sans danger pour la défense héraultaise.

Ci-dessus une image pour tenter de symboliser la transition défense-attaque de l’OM. En bleu, les lignes défensives (4-4-2). En blanc, les rôles offensifs (4-3-3) avec Amalfitano lié à Cheyrou et Kaboré ; Ayew lié à Valbuena et Gignac. En jaune, les déplacements du quatuor offensif au fil de la remontée de balle : Valbuena sur toute la largeur du terrain ; Amalfitano d’une ligne (milieu) à l’autre (attaque, à hauteur de Valbuena, entre les lignes adverses) ; Gignac, de l’axe vers l’aile gauche ; Ayew, vers l’avant pour se retrouver à hauteur de Gignac.

Toutefois, le rééquilibrage des débats a rendu plus difficile la création côté montpelliérain. Obligés de repartir de plus bas, les Héraultais ont cherché trop rapidement leurs attaquants et ont perdu beaucoup de ballons. Herrera a été difficile à trouver et Camara n’a pas semblé au mieux sur son aile droite. En voulant aller trop vite vers l’avant, les Montpelliérains n’ont plus trouvé de situations favorables sur les côtés comme en début de partie, et ont rendu beaucoup de ballons. Après la pause boisson néanmoins (22e), ils ont semblé mieux revenir : reprenant le pressing, ils ont pris de nouveau le dessus sur l’OM qui se ressentait peut-être de son match européen de jeudi dernier. Montpellier a retrouvé des positions similaires à celles du début de partie (fixation sur les côtés, à hauteur de la surface de réparation) et s’est crée sa plus belle occasion par Belhanda avant la mi-temps (tir sur la barre, mais position de hors-jeu signalée). A la mi-temps, rien n’était joué mais Montpellier semblait dicter le tempo de la rencontre.

L’OM olympique : plus pressant, plus haut, plus fort

Mais à la reprise, l’OM est revenu avec plus d’ambitions. D’entrée de jeu, les Phocéens se sont faits plus pressants et agressifs dans l’entrejeu. Offensivement, ils ont réussi à mettre Ayew sur orbite dès la première minute sur un mouvement parfait. Alors que Yanga-Mbiwa le serrait de près, le Ghanéen a profité de la liaison directe entre Morel et Gignac pour se lancer et bénéficier d’une déviation parfaite de l’attaquant marseillais pour prendre le dessus dans son couloir. Le ton était donné, la tendance inversée. L’OM évoluait une dizaine de mètres plus haut et c’était Montpellier qui devait placer des attaques rapides sous peine de voir ses milieux de terrain subir l’impact de la paire Cheyrou-Kaboré. Excepté sur contre-attaque, les Héraultais étaient poussés à sauter l’entrejeu (Pitau-Stambouli) pour trouver Belhanda qui cherchait ensuite en une touche ses ailiers. C’était à eux que revenait la tâche de progresser dans le camp marseillais avec le soutien de leurs latéraux. Mais à chaque fois, les milieux marseillais se repliaient parfaitement et la défense ne reculait pas.

Mieux, les Phocéens ont beaucoup mieux ressorti les ballons qu’en début de partie. De sa position axiale, Gignac s’est installée sur l’aile gauche afin de gêner Yanga-Mbiwa, libérant dans le même temps Ayew qui a offert des relais utiles à Valbuena au coeur du jeu pour remonter le terrain. A droite, Amalfitano a retrouvé un registre plus classique de joueur de couloir jusqu’à la sortie du n°28 marseillais. Replacé alors en soutien de la pointe, l’ancien Lorientais s’est retrouvé à l’origine du but en récupérant une mauvaise relance de Congré avant de glisser le ballon à Gignac. La réussite de ce dernier et un Jourdren peu inspiré ont fait le reste. René Girard a eu beau réagir en faisant entrer Mounier à droite (pour Camara) et Charbonnier (pour Herrera), l’OM est reparti de la Mosson avec trois points. Et Elie Baup peut envisager le mois de septembre avec sérénité.

Conclusion :

Si le match a semblé basculer sur un coup du sort, voir l’OM sortir victorieux de la Mosson après les 90 minutes n’est pas une surprise. Sans être brillants, les Marseillais ont été constants dans l’effort alors que les Héraultais n’ont fait que baisser de régime après une très grosse entame de match. Les deux formations ne sont peut-être pas au même niveau sur le plan physique (Ligue des Champions en septembre pour l’un, Ligue Europa déjà débutée pour l’autre) mais huit points les séparent après cette troisième journée. Rien n’est joué, mais l’une semble avoir des fondations plus solides au moment d’entamer les choses sérieuses…

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