Monaco 1-1 Paris SG, l’analyse tactique

Au bout d’un match assez équilibré, le PSG et l’AS Monaco se sont une nouvelle fois séparés dos à dos pour leur deuxième (et dernier) affrontement de la saison. Pouvant être découpées en plusieurs séquences, cette opposition a vu Monaco poser différents problèmes et son adversaire y répondre jusqu’à l’heure de jeu et un coaching défaillant, qui a permis aux Monégasques de revenir dans le match et au tableau d’affichage.

Au coup d’envoi, Claudio Ranieri avait décidé de créer la surprise son monde en revenant au 4-4-2 qui avait permis à son équipe de faire bonne impression en début de saison (et de prendre 1 point au Parc des Princes en septembre). Lucas Ocampos a été le grand gagnant de cette réorganisation puisqu’il a réintégré le onze de départ en tant que milieu gauche (Subasic – Fabinho, Carvalho, Abidal, Kurzawa – Rodriguez, Moutinho, Toulalan, Ocampos – Rivière, Germain). Côté parisien, une petite surprise était aussi à relever avec la titularisation de Pastore, là aussi sur l’aile gauche (Sirigu – Van der Wiel, Alex, Thiago Silva, Maxwell – Thiago Motta, Verratti, Matuidi – Lucas Moura, Pastore, Ibrahimovic).

Les premières minutes de jeu ont vite permis de décrypter le projet de jeu de l’ASM. Dans l’axe, Germain et Rivière naviguaient entre les rampes de lancement parisiennes : de gauche à droite, Thiago Silva, Thiago Motta et Verratti. A deux contre trois toutefois, les deux attaquants ne pouvaient pas être tout le temps présents sur les trois Parisiens, particulièrement sur les plus excentrés. C’est alors qu’intervenaient Rodriguez et Ocampos, qui étaient chargés de sortir au pressing lorsque la relance parisienne s’excentrait et que les attaquants ne pouvaient plus s’y opposer. A ce niveau, c’est Ocampos qui s’est montré le plus actif afin de répondre à l’activité de Verratti de son côté.

Monaco organise son pressing autour du milieu de terrain parisien. Germain et Rivière coulissent sur la largeur (de Thiago Silva à Verratti). S’ils sont trop loin du ballon, ils sont complétés par Ocampos et Rodriguez. Ici, c’est le Colombien qui se retrouve au contact de Matuidi.

Ce travail des deux premières lignes monégasques a pu rappeler à certains le Malaga de Manuel Pellegrini la saison dernière, lorsqu’il affrontait le Barça. Milieux et attaquants sont focalisés sur les joueurs axiaux, quitte à prendre le risque de délaisser les couloirs. Maxwell et Van der Wiel bénéficiaient d’ailleurs d’une grande liberté sur les ailes, n’étant jamais pressés. Paris les recherchait donc en priorité afin de se défaire du pressing adverse et d’entrer dans le camp monégasque.

En revanche, il était ensuite difficile de progresser puisque le repli de l’ASM visait – une fois encore – à bloquer l’axe. Une fois le ballon en leur possession, les latéraux parisiens manquaient de solution : en cas de passe latérale (vers l’axe) ou en retrait, les Monégasques déclenchaient le pressing et rendaient difficiles la conservation du ballon. Du coup, le PSG était la plupart du temps amené à se projeter rapidement vers l’avant et à attaquer la profondeur. Ces percées étaient principalement portées par les courses de Matuidi côté gauche, et les dribbles de Lucas Moura à droite.

Monaco concentre ses deux premières lignes dans l'axe, en se focalisant sur les milieux parisiens.

En première ligne, Germain est au contact de Verratti et Rivière sur Thiago Motta. Les milieux monégasques sont eux aussi en place, concentrés dans l’axe. De chaque côté du terrain, les latéraux parisiens sont laissés libres par le système de l’ASM.

Même si Paris a logiquement tenu le ballon, Monaco apparaissait plutôt en place. Mais comme lors du match aller, les Monégasques ont encaissé un but très rapidement. Sur son premier corner de la partie, le PSG a en effet pris l’avantage (1-0, 8e). Un but qui a eu le don d’accélérer le rythme de la rencontre, sous l’impulsion d’un ASM décidé à revenir rapidement au score. Offensivement, le 4-4-2 monégasque appuyait sur les ailes afin d’éviter la pression de la paire Matuidi-Verratti dans l’axe.

A cause de ce pressing, Moutinho et Toulalan n’ont eu que très peu d’influence sur le jeu en première mi-temps. Les deux hommes ont laissé à leurs latéraux le soin de lancer les actions dans le camp parisien. A droite, Fabinho s’est servi à plusieurs reprises des appels de Rivière dans le dos de Maxwell – au contact de James Rodriguez – pour faire reculer le bloc parisien en obligeant Thiago Silva à s’excentrer pour couvrir son latéral. Moutinho ou Toulalan récupéraient les ballons lorsque ces derniers ressortaient des couloirs, bénéficiant alors d’une certaine liberté en raison du repli de Matuidi et Verratti avec le reste du bloc parisien. Les deux milieux pouvaient alors changer le jeu ou rechercher leurs attaquants.

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En passant par les ailes, Monaco évite la pression habituelle du trio parisien dans l’entrejeu. Attaquant les espaces, Rivière est une menace dans le dos de Maxwell, qui doit surveiller James Rodriguez. L’attaquant entraîne Thiago Silva, ce qui décale le reste du bloc parisien (Thiago Motta, Matuidi, Verratti…). Si le ballon ressort, Toulalan et Moutinho en profitent au milieu de terrain.

Malgré quelques alertes sur les buts de Sirigu (12e et 13e), les Parisiens ont tout de même pris l’ascendant sur leurs adversaires au fil des minutes. Clé de cette réussite, les changements de zone de Verratti et Pastore, dont les déplacements ont perturbé le pressing adverse. A l’instar de Thiago Motta, le premier a souvent décroché à hauteur de ses défenseurs centraux afin de créer le surnombre face à la paire Germain-Rivière. Le second repiquait lui dans l’axe afin de s’intercaler entre la relance (Motta-Verratti-Silva) et Ibrahimovic, gênant ainsi le travail de Moutinho et Toulalan.

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Les déplacements de Pastore et Lucas Moura gênent le pressing monégasque et l’activité de Ocampos et Rodriguez. A l’aise au milieu de terrain, l’Argentin offre à ses milieux les relais qui leur permettent de se défaire de la pression adverse et de s’ouvrir de nouvelles possibilités de passes, toujours dans le but d’atteindre les couloirs avec Maxwell et Van der Wiel.

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En plus de Pastore, Verratti dézone aussi afin de modifier la relance parisienne. En décrochant entre ses défenseurs, il crée un surnombre face à Germain-Rivière. Moutinho doit le suivre pour compenser le décalage. Toulalan restant dans un rôle plus défensif, Thiago Motta se retrouve sans adversaire dans l’axe, et peut ensuite rechercher Pastore ou Matuidi dans l’intervalle laissé par le milieu portugais.

Preuve de l’adaptation des Parisiens face au pressing monégasque, Verratti, Pastore et Maxwell (l’un des latéraux) étaient les trois joueurs à avoir touché le plus de ballons après 25 minutes de jeu (29 chacun). Au fil des minutes, les Parisiens se sont aussi adaptés derrière. Monaco utilisant les ailes, Lucas Moura et Pastore ont redoublé d’efforts pour protéger leurs latéraux. Plus présents défensivement, ils ont permis à Matuidi et Verratti de remonter d’un cran pour gêner la relance adverse et l’orientation du jeu par la paire Moutinho-Toulalan.

C’est sans doute ce travail défensif – assez nouveau – de Pastore et Moura sur les ailes qui a encouragé Claudio Ranieri à changer de système après la pause. En passant du 4-4-2 à plat à un milieu en losange, le technicien italien s’assurait un surnombre dans l’entrejeu face aux milieux parisiens : Kondogbia, Moutinho et Toulalan s’opposaient alors à Matuidi et Verratti. De quoi faciliter la transition en attendant de trouver des solutions dans les 30 derniers mètres.

Mais les premières minutes de la deuxième mi-temps ont soulevé d’autres problèmes pour les Monégasques. La première ligne du losange (Germain-Rivière-Rodriguez) se révélait incapable de gêner la relance adverse. Les Parisiens écartaient le jeu avec beaucoup plus de facilité qu’en début de partie. Sauf que désormais, le second rideau de l’ASM n’était plus composé que de trois joueurs, contre quatre en première mi-temps. Impossible de déclencher un pressing depuis cette ligne, d’autant plus que les attaquants ne revenaient que très peu aider leurs partenaires. Bilan : un ASM beaucoup plus passif en phase défensive et des Parisiens plus à l’aise au milieu de terrain.

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Après la pause, les Monégasques ont du mal à perturber la relance parisienne. Dès que le PSG parvient à écarter le jeu vers Maxwell ou Van der Wiel, l’ASM paye le passage à 3 milieux de terrain contre 4 en première mi-temps. La fermeture des couloirs est moins efficace, et les trois milieux doivent limiter les prises de risque défensives (pressing) pour ne pas dégarnir l’axe.

Fort de cet avantage tactique au milieu de terrain, le PSG semblait en mesure de poser définitivement sa main sur le match (et sur le titre). Les joueurs de la capitale assuraient l’essentiel en faisant courir le ballon dans le camp adverse. Ils insistaient aussi sur les côtés grâce aux triangles formés par les ailiers, les milieux et les latéraux. Mais, premier signe de faiblesse, ils n’ont jamais su inquiéter la défense monégasque durant ce temps fort, se contentant seulement d’occasions sur coups de pied arrêtés (Ibrahimovic vs Subasic, 55e).

Une fois l’heure de jeu passée, les coachs sont entrés en scène. Côté monégasque, Berbatov a fait ses débuts en L1 en remplaçant Germain (65e). Une minute plus tôt, Laurent Blanc procédait à un double changement avec les sorties de Verratti et Pastore (deux joueurs-clés du début de partie, rappelez-vous…) au profit de Cabaye et Ménez. Un coaching qui s’est avéré défaillant puisque les Parisiens ont perdu la maîtrise qu’ils avaient sur la rencontre en l’espace de quelques minutes. Plus (trop ?) portés vers l’avant, Cabaye et Ménez ne faisaient plus les déplacements de Pastore et Verratti pour faciliter les sorties de balle.

Assez rapidement, Paris n’est plus parvenu à ressortir de sa moitié de terrain. Même le jeu long vers Ibrahimovic n’était plus une option. Et Monaco a alors pu user des avantages de son losange face au milieu de terrain adverse (pour rappel, le surnombre face à Cabaye-Matuidi). Désormais installés dans le camp parisien, l’ASM s’appuyait sur Toulalan, Moutinho et Kondogbia pour réaliser la première passe à destination de Berbatov, Rivière ou James Rodriguez qui évoluaient tous les trois dans l’axe. L’occasion de voir les prémices d’une belle relation technique entre Moutinho, Berbatov et le Colombien. Avec trois solutions devant, au contact de la défense parisienne (et de Thiago Motta), Monaco a resserré la défense parisienne autour de son axe. L’objectif était de finir ensuite sur les côtés grâce aux appels de Kurzawa et Fabinho.

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Avec le ballon et la domination territoriale, le losange monégasque prend l’ascendant. Pris par Matuidi et Verratti en première mi-temps, le duo Moutinho-Toulalan est désormais en surnombre grâce à l’ajout de Kondogbia. S’assurant la possession de balle, les Monégasques cherchent à fixer la défense parisienne dans l’axe grâce aux relais de Berbatov ou James Rodriguez dans l’axe, attendant le bon moment pour créer le décalage sur l’aile grâce aux appels de Fabinho ou Kurzawa.

Le PSG a ainsi encaissé plusieurs alertes des deux côtés de sa défense avant de finalement craquer à l’entrée du dernier quart d’heure (Thiago Silva, csc 74e). Passé ce dernier évènement, l’opposition tactique n’a plus évolué. La faible intensité de la fin de partie, voire de l’ensemble de  la deuxième mi-temps, s’expliquait par l’incapacité des deux équipes à presser efficacement une fois leur premier rideau éliminé : Monaco à cause de son changement tactique de la mi-temps, et le PSG par l’infériorité numérique désormais concédée dans la zone de Cabaye et Matuidi.

Pendant plus d’une heure, le PSG a donné l’impression de gérer la rencontre – et son avantage rapidement acquis -, non sans être inquiété par une bonne organisation monégasque. Les joueurs de Claudio Ranieri ont posé différents problèmes à leurs adversaires mais à chaque fois, un joueur parisien parvenait à trouver la solution pour conserver la maîtrise du jeu. Le vrai point noir de ce match côté parisien réside bien dans le coaching de Laurent Blanc – finalement sa seule « action » visible de la rencontre -, qui a complètement relancé et offert l’ascendant tactique à l’ASM. Une gestion qui laisse tout de même Monaco à 5 points, mais qui sonne comme un avertissement à quelques jours du retour de la Ligue des Champions.

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6 réponses

  1. Tinmar dit :

    Hello Florent,
    Les discussions aujourd’hui ont bcp tourné sur la « faute » de Ménez, coupable sur le but monégasque d’avoir délaissé son coté, laissant Fabinho centrer tranquillement pour l’égalisation de Thiago Silva csc.
    Menez a-t-il vraiment fauté sur le but ? Pour ma part, je pense que son pressing vers l’axe n’était pas une mauvaise idée en soi, je vois plutot que l’action de l’ASM ayant mené au but était de grande classe : Toulalan trouvant un coéquipier entre les lignes 1 et 2 du PSG, celui-ci attirant plusieurs joueurs sur lui (dont Ménez), créant un espace coté droit en une touche de balle pour le débordement de Fabihno… Ton avis ?

  2. julien dit :

    tinmar , ta question n’est pas bête, le fait que menez défende cette zone la n’est pas forcement un erreur car surnombre dans l’axe! l’erreur de menez est la façon dont il défend et la façon dont il s’oriente ! il doit etre tourné vers l’extérieur et de 3/4, de façon a amener le porteur de balle vers l’extérieur, mais surtout a défendre tout en gardant un œil sur son latéral qui est le joueur dont il a la responsabilité ! si il avait défendu avec cette attitude la, il gardait le contrôle de fabinho et évitait le but de Monaco ! après ce n’est que mon avis après avoir revu cette action , maxwell a également un manque d’agressivité flagrant

  3. Oui, l’action de Monaco est très bien menée, et ils ont de quoi en faire d’autres avec Berbatov, Rodriguez et Moutinho. Néanmoins, Ménez est bien fautif parce qu’il y a bien un moment où le pressing doit être relâché pour défendre une zone. C’est toujours la même histoire : savoir quand on arrête le pressing pour couvrir sa zone en phase défensive. Or là, il aurait dû se replacer bien plus tôt. J’ai pas l’action exactement en tête, mais dans l’idée, à partir du moment où Monaco fait deux passes dans entre les lignes parisiennes, il doit tout faire pour revenir sur Fabinho.

  4. brice dit :

    hello, super analyse encore, chapeau !
    je pense aussi que Menez est fautif (l’égalisation du FCN dans la semaine, c’est une action similaire et là aussi il est fautif).
    Je pense que Blanc a voulu faire de ce match une repetition générale avant la C1 et la compo titulaire hier sera celle face à Leverkusen.
    Et quand à l’heure de jeu il a fait ses 2 changements, il était deja en mode gestion (il est possible aussi qu’il craignait un 2eme jaune de Verrati..). Pêché d’orgueil là dessus.

  5. mick dit :

    Pas d’accord sur l’analyse du coaching de Blanc et sur la supposée erreur de marquage de Menez.
    Le coaching de Blanc est cohérent, comme l’ASM décide de laisser l’animation des couloirs aux seuls latéraux et de renforcer l’axe, la réponse de Blanc avec 2 ailiers (Menez et Lavezzi)censés plonger dans l’espace abandonné par les latéraux adverses est la bonne.
    Selon moi l’erreur est commise par les latéraux parisiens qui rentrent intérieur au lieu de bloquer la ligne.Seul le latéral opposé au jeu doit coulisser mais jamais Maxwell.
    La solution était de rapprocher les lignes Milieux-défenseurs et de défendre bas pour aspirer l’adversaire (ibra en pointe du losange en bloquant les liaisons avec Toulalan), puis à la récupération sur pressing au 30m, un jeu long dans le dos du latéral.

  6. Le coaching de Blanc ne prend pas en compte les faits et la première heure de jeu, où Verratti et Pastore avaient des rôles importants pour défaire le pressing de Monaco. Au-delà des erreurs sur le but, Paris a perdu totalement la maîtrise de la partie après le double changement, ce n’est pas anodin, ni surprenant.

    Sur le but, les latéraux parisiens doivent rentrer car le PSG se retrouve dans une situation de trois contre trois dans l’axe sinon (Motta, Silva et Alex contre Berbatov, James et Rivière). Ils sont obligés de serrer à l’intérieur afin de conserver un avantage numérique dans cette zone, d’autant que Monaco a l’avantage du nombre au milieu de terrain. Et ce n’est pas franchement un très gros travail tactique que de suivre un adversaire direct (ailier sur latéral adverse).

    Par contre, je te rejoins sur Ibrahimovic. Mais tout le monde sait qu’il ne défend jamais. A partir de là…

    Si le double changement pouvait paraître cohérent au départ (individuellement, Cabaye et Ménez ont aussi été en-dessous des sortants), Blanc aurait aussi pu rattraper son coup avec son 3e changement : Rabiot en plus par exemple pour renforcer son milieu de terrain. On aurait eu Ibra et Ménez devant, quitte à pencher sur un côté en fonction de ce dernier. Et Rabiot, Cabaye et Matuidi pour s’opposer aux lancements de jeu de Moutinho, Toulalan et, dans une moindre mesure, Kondogbia. Rien que ça déjà, ça aurait permis d’atténuer les difficultés rencontrées après le double changement.

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