Milan AC 4-0 Arsenal, l’analyse tactique

De match il n’y a pas eu. Alors que le tirage au sort promettait une double confrontation assez ouverte en le Milan AC et Arsenal, les Rossoneri se sont attachés à la plier au bout des 90 premières minutes. Supérieurs à leurs adversaires dans tous les domaines -et en particulier sur le plan tactique-, ils se sont imposés logiquement et en faisant forte impression.

Les compositions :

Par rapport à sa sortie d’il y a dix jours face à Naples, Massimiliano Allegri conserve dix des onze joueurs qui ont débuté la rencontre de Série A. De retour de blessure, Boateng remplace Emanuelson dans le onze de départ : Abbiati (32) – Abate (20), Mexès (5), Thiago Silva (33), Antonini (77) – Van Bommel (4), Nocerino (22), Seedorf (10), Boateng (27) – Robinho (70), Ibrahimovic (11).

Du côté des visiteurs, Arsène Wenger fait le choix d’une milieu densifié. L’une des flèches habituellement alignées sur les ailes en fait les frais : Oxlade-Chamberlain débute sur le banc, et laisse le flanc gauche à Rosicky : Szczesny (13) – Sagna (3), Koscielny (6), Vermaelen (5), Gibbs (28) – Song (17), Arteta (8), Ramsey (16), Rosicky (7) – Walcott (14), Van Persie (10).

Le Milan AC attend le contre :

Le premier fait marquant de la rencontre se trouve dans les compositions des deux équipes : à défaut d’évoluer dans les mêmes systèmes de jeu (4-2-3-1 pour Arsenal, 4-3-1-2 pour le Milan), les deux formations alignent des profils assez similaires parmi les six plus offensifs. Au-delà des défenseurs et latéraux, Arsenal et Milan alignent quatre joueurs préférant l’axe (Rosicky, Ramsey, Arteta et Song contre Boateng, Nocerino, Seedorf et Van Bommel), un accélérateur (Walcott contre Robinho) et un attaquant sachant tout faire (Van Persie contre Ibrahimovic). Reste à savoir comme tout cela va s’articuler.

Premier point très important de la rencontre : l’absence de pressing des milieux de terrain milanais (Van Bommel, Nocerino et Seedorf) passé les premiers instants de la partie. Lorsqu’il n’a plus le ballon, le Milan AC se replie sur trois lignes dans sa moitié de terrain : une défense à quatre sur ses 20 mètres, protégée par trois milieux de terrain à environ 35 mètres de leurs buts et trois attaquants devant au niveau de la ligne médiane. Ces derniers (Boateng, Ibrahimovic et Robinho) évoluent ainsi à hauteur de la ligne Arteta-Song et perturbent, voire interceptent, les transmissions des deux rampes de lancement des Gunners.

Offensivement, Arsenal propose trois lignes de deux joueurs dans l’axe, l’occupation et l’animation des couloirs revenant aux latéraux. Ainsi, devant les relanceurs Arteta et Song, Rosicky et Ramsey évoluent au coeur du jeu, entre la défense et le milieu adverse. Devant, Van Persie et Walcott doivent peser sur la défense et tenter de la percer en prenant la profondeur. Problème, l’ensemble de ces solutions sont bien enfermées par le bloc des sept Milanais dans leurs 30 mètres.

Bien bloqués par les trois attaquants milanais, Arteta et Song ont du mal à trouver des solutions au coeur du jeu, et lorsque Sagna et Gibbs se présentent pour tenter de contourner le milieu à trois milanais, ils font face à quatre ou cinq Milanais tentant de bloquer deux ou trois solutions parmi les plus courtes. Bref, excepté sur de trop rares passes dans des situations où Arteta et Song se sont libérés du milieu de terrain et font face à des Milanais sur le reculoir, Arsenal ne trouve pas ses meneurs.

Et quand ils écartent, les latéraux manquent de soutien pour combiner sur les ailes… Et le Milan réagit en conséquence : en cas de tentative de débordement de Gibbs ou Sagna, l’un des milieux excentrés -Nocerino ou Seedorf/Emanuelson- vient à la rencontre de celui-ci et Boateng redescend d’une ligne pour conserver une ligne de trois joueurs dans l’axe.

Forcés de monter, les latéraux d’Arsenal libèrent aussi les couloirs et les Milanais en profitent en contre. Sur chaque ballon ressorti de son bloc défensif (4+3), le Milan élimine au minimum six joueurs et se retrouve avec au minimum un quatre contre trois à jouer face à des axiaux. Arteta et Song ne peuvent pas se livrer, sous peine de risquer l’égalité -voire l’infériorité- numérique. Le premier relais milanais (Ibrahimovic) peut alors orienter le contre à sa guise alors et ses deux partenaires exploitent les espaces dans le dos des latéraux des Gunners.

Le Milan AC avec le ballon :

Mais les Milanais ne sont pas dangereux que sur leurs contre-attaques. Ils font aussi preuve d’une très grande intelligence sur leurs attaques placées et quadrillent parfaitement la moitié de terrain des Gunners lorsqu’ils y conservent le ballon. Comme face à Naples il y a dix jours, les positionnements excentrés des deux milieux relayeurs ont une importance capitale dans l’animation du Milan.

Sur le papier, Arsenal avait calqué ses milieux de terrain sur ceux du Milan AC : Ramsey sur Van Bommel et Arteta-Song face à Seedorf et Nocerino. Dans la pratique, et -toujours- comme face à Naples, les milieux milanais évoluent en fait très loin de la zone où étaient positionnés les milieux d’Arsenal en phase défensive. Ainsi, sur la plupart des constructions milanaises, Arteta et Song redescendent devant leur défense afin de la soutenir face aux trois attaquants milanais pesant sur l’axe. A chaque fois, l’un de ces trois derniers évoluaient entre eux (ci-dessus Boateng).

Sur les côtés, les deux ailiers d’Arsenal semblent avoir pour mission première de défendre face aux montées des latéraux milanais, un classique du 4-2-3-1. Résultat, Nocerino et Seedorf (puis Emanuelson), en s’excentrant légèrement pour quitter la zone où Arteta ou Song peuvent sortir au pressing, se retrouvent sans véritable adversaire direct pour limiter leur influence dès leurs prises de balle.

En d’autres termes, lorsque l’un ou l’autre touche le ballon dans le camp adverse, un joueur d’Arsenal doit dézoner et libérer un espace pour tenter de l’arrêter. Si c’est un milieu défensif (Arteta ou Song), cela libère de l’espace dans l’axe pour un attaquant. Si c’est un ailier (Rosicky ou Walcott) au cas où Arsenal évoluerait très bas, c’est le latéral qui se retrouve libéré sur l’extérieur. Enfin, si c’est un latéral (Sagna ou Gibbs) qui sort, cela libère la profondeur pour l’appel d’un attaquant. C’est ce qui arrive sur le second but du Milan, avec le débordement d’Ibrahimovic sur l’aile gauche dans le dos de Sagna sur passe d’Emanuelson.

La tentative de réaction des Gunners :

Le dernier quart d’heure de la première mi-temps voit les Gunners tenter de mettre plus de mouvement verticaux devant pour tenter de perturber le bloc défensif milanais. Van Persie tente notamment de décrocher pour toucher des ballons mais est suivi de près par Thiago Silva (qui fera d’ailleurs plusieurs fautes sur le Néerlandais dans ces situations). A la reprise, Wenger fait en sorte de rémédier à cela en ajoutant un second attaquant axial (Henry), espérant de la sorte libérer Van Persie afin qu’il puisse offrir un relais entre les lignes milanaises.

Conséquence de ce changement, Arsenal passe dans un véritable 4-4-2. Ramsey récupère à droite le poste laissé vacant par Walcott, remplacé. Avec Rosicky, le Gallois s’attache notamment à limiter l’influence de Emanuelson et Nocerino dans le camp adverse. Mais les joueurs d’Arsenal ne pourront rien pour endiguer la montée en puissance de Ibrahimovic en deuxième mi-temps. Obligés de se rapprocher de leurs attaquants, Arteta et Song s’éloignent de leurs défenseurs qui se retrouvent rapidement aux duels avec le Suédois qui fait les différences.

A vingt minutes de la fin, et après une alerte sur une première combinaison entre Henry et Van Persie devant la défense (sur service de Song), Allegri passe en mode gestion en faisant entrer Ambrosini à la place de Boateng pour passer en 4-4-2. Calqués l’un sur l’autre, les deux systèmes de jeu se neutralisent, ne laissant de la place qu’aux réussites individuelles pour faire des différences. Ibrahimovic en fera une pour ajouter un quatrième but, Oxlade-Chamberlain en fera aussi une sur son aile droite pour un centre repris par Van Persie mais capté par Abbiati.

Conclusion :

Pas de photo possible entre les deux formations, Milan a dominé la rencontre du début jusqu’à la fin et ce, sans avoir la possession de balle au bout des 90 minutes. Les Milanais se sont appuyés sur leur efficacité dans les 30 derniers mètres des deux camps. Le bloc de sept joueurs n’a laissé que très peu de failles en défense et la justesse d’Ibrahimovic combiné à la vitesse des appels de Robinho et Boateng a fait éclater la défense d’Arsenal. Il faut dire que les Gunners n’ont jamais su trouver la solution pour faire autre chose que subir une fois le ballon perdu et ce, quelque soit la distance séparant le cuir et Szczesny au moment de la perte.

Vous aimerez aussi...

16 réponses

  1. Coxal dit :

    Comme toujours, très belle analyse. Hier soir, j’ai été impressionné par la rigueur et l’efficacité tactique du Milan. Quel professionalisme, quel sérieux, quel concentration ! Ce fameux « bloc de 7 » comme tu l’appelles dans ton analyse (Défense+MVB/Nocerino/Emanuelson) était parfaitement coordonné, il n’a commis quasiment aucune erreur, n’a laissé aucune faille à exploiter.

    Dans le fond, Arsenal n’a pas mal joué. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils ont bien joué attention (4-0 tout de même), mais j’insiste, ils n’ont pas mal joué. C’est véritablement le Milan qui gagne ce match en ne laissant aucune possibilité de marquer à son adversaire.
    Défensivement en revanche, Arsenal a pêché… L’équipe à Wenger n’aura jamais réussi à contenir les attaques milanaises et la réussite des italiens, couplée à un Ibra des grands soirs, fait que le score est corsé à la sortie.

    Je pense, depuis le début de la compétition, que le Milan fait parti des rares équipes capables de sortir Barcelone dans cette LDC. Cette exploit passe par ce type de prestation et de rigueur tactique, il en faudra même plus pour contenir le talent et la vitesse des catalan, qui n’ont pas pour habitude de rester sans réponse durant 90min face à un schéma tactique.

    Malgré le manque de suspense hier soir, j’ai pris un véritable plaisir à regarder ce beau match, et quel bonheur de revoir Milan déployer un tel jeu, de revoir Milan gagner avec cette qualité tactique dont il disposait sous l’ère Ancelotti. Bravo Allegri qui a construit une belle équipe et développé une belle alchimie malgré la présence de gros caractère (Ibra, KPB, Cassano…). C’est assez important pour être souligné (qu’on ne me parle pas de la gestion difficile de Menez, Néné et Pastore à côté de ça).

  2. Pellouze dit :

    Très bonne analyse, je suis d’accord avec toi concernant l’attitude défensive de Milan qui permettait de lancer des contre-attaques portées par la puissance de Zlatan, et la vitesse de Robinho. Un peu moins d’accord avec ta remarque sur les placements de Nocerino et Emmanuelson quand Milan s’installait dans la moitié Gunners. C’est toujours à Arteta/Song de venir bloquer un des deux joueurs, l’autre restant sur KPB, et c’est l’ailier non concerné par l’action (Walcott ou Rosicky) qui décroche de son aile pour venir bloquer l’autre.
    Arsenal n’a pas réussi à s’organiser défensivement, ce qui est en grande partie du à la sortie de Koscielny pour Djourou, puis au repositionnement de Song en défense centrale (pour décaler Vermaelen à gauche, et Gibbs sur le banc). 3 charnières centrales dans le même match, ça aide pas à discipliner les lignes.
    La seconde chose à souligner, c’est l’absence de cohérence offensive du côté d’Arsenal. C’est assez brouillon, et je n’arrive pas à voir clairement où Wenger voulait en venir en s’acharnant dans l’axe (3 milieux axiaux + Rosicky sur l’aile en 1ère période; 2 milieux axiaux + Ramsey et RVP qui reviennent dans l’axe en 2nde), qui était très bien tenu par Milan. Je ne sais pas si c’était à Song de sortir de sa zone pour porter le danger devant, ou à Ramsey de se librer de Van Bommel en descendant chercher les ballons. Je n’ai pas vu de tendance claire.
    Reste au final que Milan a survolé ce match, et a été très efficace. La victoire est logique, mais le score reste un peu dur à digérer.

  3. The teacha dit :

    Moi je ne vais pas trop m’étendre sur la prestation individuelle des gunners car on est a la limite de la faute professionnelle tant il y avait aucune agressivité, aucune rebellion, aucune percussion, c’etait une équipe de CFA hier soir a part Van persie en 2nde période!
    Que l’adversaire soit plus fort d’accord mais au moins qu’on se batte ou qu’on empeche l’adversaire de frapper au but, c’est un minimum ! en 1ere mi temps, le milan a du frapper au moins 6 fois au but en toute tranquilité en dehors de la surface dont 2 buts de Boateng et Robinho.

    Ce que je retiens surtout, c’est la rouste qu’a pris Wenger sur le plan tactique, il joue en 4-3-3 depuis le debut de saison et Allegri a évolué en losange au milieu ! Van Bommel a joué comme dans son jardin tant il a été tranquille, Ramsey avait toujours 4 secondes de retard sur lui ce qui est trop tard! Ibra s’est positionné tranquillement dans la zone de Song ce qui a permis les percussions de Boateng, Nocerino ou Emanuelson !!
    Bref, je suis vraiment déçu du plan de Wenger, il etait pas obligé d’attendre la mi temps pour passer en 4-4-2, a 25mn de jeu j’aurais deja fait les changements carson equipe était noyé!

    bravo milan

  4. @Pellouze : « C’est toujours à Arteta/Song de venir bloquer un des deux joueurs, l’autre restant sur KPB, et c’est l’ailier non concerné par l’action (Walcott ou Rosicky) qui décroche de son aile pour venir bloquer l’autre. »

    Certes, et ça n’a jamais été fait. Surtout côté gauche où Walcott restait plus haut, sans doute pour essayer de jouer le contre, et n’a jamais défendu sur Emanuelson ou Seedorf.

  5. christophe dit :

    Typiquement italien, une équipe coupée en 2, 7 en défense, peu de possession, ça contre et ça tue!!!

    Très belle analyse, comme d’hab… Arsenal va devoir vraiment ce surpasser pour aller plus loin, je pense qu’il en va de l’avenir de Wenger chez les gunners !

  6. julien dit :

    1ere fois que je vien sur ce site est il fait deja parti de mes favoris.en descendant la page je decouvre une superbe analyse,Merci et bravo pour ceux boulot. Apres avoir fini de lire cette aritcle, je me dit que arsenal etait vraiment a la rue pendant ce match, et sa minquiete pour les autres grands matchs qui nous attend. Sur ceux que dire a par gunners un jour , gunners toujours. <3 arsenal <3

  7. Alem dit :

    Bonjour .
    Une Question : Pensez vous que le Barca peut s’inspirer du systéme défensif Milanais (Vu que les 2 équipes joue en 4-3-3 ) Si oui pourriez vous m’expliquez briévement .
    Merci .

    Ps : Je suis un lecteur assidu depuis bientot 4 mois !

  8. samirhenry dit :

    Bsr, pour voir un bon match, il faut avoir 2 équipes, or on en avait qu’une seule hier a san siro, d’ailleurs je suis surpris que « coxal » prenne autant de plaisir a regarder ce beau match, lol !
    moi je rejoins l’avis de « the teacha » et je trouve qu’il a été plutot clément quand il a qualifié les londoniens d’équipe de CFA, moi je dirai des cadets contre des seniors. je n’aime pas trop P.Evra, mais apparemment, il ne s’est jamais trompé quand il a qualifié cette équipe d’équipe de gamins!
    @ julien: rassure toi je suis un supporteur des gunners depuis mon enfance, mais welah quand je vois cette équipe se faire balayer de cette manière, j’ai envie de pleurer! Arséne se foute de nos gueules. ca fait pratiquement 7ans que cette équipe n’a rien gagné.
    Si « the teacha » remet en cause le schéma tactique de Wenger, moi c’est plutôt la politique d’Arséne Wenger que je n’arrive pas a comprendre! c’est quoi cette cascade de joueurs moyens et jeunes qui ne font que banalisé (voir ridiculiser) ce club, autre fois respecté sur la scène européenne?
    Ou sont les D.Seaman, A.cole, S.Combell, C.Adams, R.Parlour, P.Vieira, D.Berckamp,R.Pires, Overmars, S.Wiltord, T.Henry et les autres ??

  9. samirhenry dit :

    à Alem: les deux équipes n’évoluent pas de la même manière: le barca joue en 4-3-3 (de temps a autre en 3-4-3) et le milan joue en 4-4-2 (les 4 au milieu forment un losange, on peut le voir comme un 4-3-1-2.

  10. The teacha dit :

    @alem: c’est pas trop le sujet de l’analyse mais bon…le barca n’a pas besoin de copier le systeme defensif du milan, ce n’est pas la meme culture ni la meme philosophie . Milan opère souvent en contre attaque ou sur une action individuelle d’Ibra qui crée un décalage et donc si la contre attaque echoue, il leur faut un systeme defensif un peu plus renforcé pour ralentir l’adversaire et attendre le retour des joueurs qui etaient en contre attaque auparavant.
    Pour etre plus précis Alem, Milan defend surtout dans leur 40 derniers metres, ils sont ultra compact entre les lignes et la culture defensive du barca comme nous le savons tous,c’est plutot l’inverse, c’est a dire qu’ils vont chercher l’adversaire trés haut avec un pressing vraiment bien maitrisé dans les 30mètres adverses, voila pourquoi le barca n’a pas besoin du style Milan pour défendre. ;))

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *