Milan AC 3-0 Inter Milan, l’analyse tactique

Sept buts. C’est la différence qui sépare les deux derniers Milan-Inter. La saison dernière, les hommes de Mourinho, futur champion d’Italie et d’Europe, étaient allés atomiser leur rival milanais (4-0) lors de la deuxième journée. Cette fois, dans un match au sommet en vue de la course au titre, la roue a largement tourné en faveur des Rossoneri. Après un petit succès (1-0) à l’aller, ces derniers ont survolé le second derby de l’année emmené par un Pato brillant à la conclusion et un Seedorf lumineux dans l’entrejeu. Analyse.

Les compositions :

Privé d’Ibrahimovic, Allegri décide de faire confiance au duo Pato-Robinho sur le front de l’attaque avec Boateng pour les soutenir. Dans l’entrejeu, l’équipe s’appuie sur un milieu à trois avec Van Bommel, Seedorf et Gattuso. Derrière, c’est classique mis à part le choix de titulariser Zambrotta côté gauche au détriment d’Antonini : Abbiati – Abate, Nesta, Thiago Silva, Zambrotta – Gattuso, Van Bommel, Seedorf – Boateng – Robinho, Pato.

Côté Nerrazzuri, Leonardo a dû composer sans sa défense centrale titulaire, Lucio-Samuel (le premier est suspendu, le second blessé). Chivu est passé dans l’axe et a laissé son couloir gauche à Zanetti. Le Roumain est associé à Ranocchia qui ferme le côté droit couvert par l’indéboulonnable Maicon. Devant, pas de surprise à signaler : Julio César – Maicon, Ranocchia, Chivu, Zanetti – Cambiasso, Thiago Motta – Pandev, Sneijder, Eto’o – Pazzini.

Seedorf libéré :

Pas le temps pour un round d’observation, le but de Pato dès la 45ème seconde lance immédiatement les hostilités. Sur la lancée de l’ouverture du score, les joueurs d’Allegri prennent le dessus sur leurs adversaires. Au coeur de l’animation milanaise, Seedorf oriente parfaitement le jeu… Et bénéficie des déplacements de ses partenaires pour se libérer du marquage adverse.

Sur le tableau noir, le Néerlandais est positionné sur le côté gauche du milieu à trois milanais. Face à un Inter organisé en 4-2-3-1, il n’a aucun adversaire direct. A priori, son positionnement doit le faire évoluer évoluer dans les zones de Cambiasso et Maicon (traits rouges et rectangles bleus sur le schéma). Pandev aurait pu s’ajouter à ce duo mais les attaquants de l’Inter ne se replient que très rarement dans leur moitié de terrain (voir par ailleurs). Pour pouvoir orienter le jeu tranquillement, Seedorf bénéficie des déplacements de Zambrotta et Robinho.

Le premier prend régulièrement son couloir pour participer à la construction et fixe ainsi Maicon, puisqu’aucun des trois attaquants milanais ne fasse l’effort de se replier. De son côté, Robinho abat un très gros travail de dézonage pour perturber le flanc gauche milanais. Excentré sur l’aile pour fixer Maicon ou en décrochage pour attirer Cambiasso (en gris), le Brésilien aide aux démarquages de Seedorf. Et lorsqu’il quitte la zone de Cambiasso pour aller dans celle de Maicon, c’est Boateng qui compense et apporte une présence dans la zone tenue par l’Argentin (Gattuso compensant à son tour côté droit).

Solidité défensive :

Outre une certaine capacité à se démarquer et trouver des espaces sur des attaques placées, le Milan est très efficace en contre-attaque. Sa défense sur deux lignes (4+3), très dense dans l’axe pose d’énormes problèmes aux attaquants de l’Inter et l’explosivité de Boateng et Robinho pour relayer et lancer Pato dans la profondeur font très mal à la charnière Ranocchia-Chivu.

Première victime de la densité milanaise dans l’axe et devant la surface d’Abbiati, Sneijder est complètement éteint par Van Bommel qui l’oblige à s’exiler sur les côtés pour trouver des espaces. On retrouve ainsi le meneur de l’Inter sur le flanc gauche (flèche blanche), plus bas qu’à l’accoutumée et avec peu de solutions autour de lui. Pour compenser ce déplacement et aider Pazzini dans l’axe, Pandev se recentre et abandonne l’animation du couloir droit au seul Maicon. Conséquence logique, il n’est la plupart du temps sollicité qu’en fin de mouvement, la construction passant surtout par le couloir gauche.

Opposée à Abate et Gattuso, la paire Zanetti-Eto’o réussit à trouver quelques espaces sur l’aile pour combiner, notamment grâce à l’arrivée de Sneijder dans la zone. Le problème arrive lorsqu’il s’agit de revenir dans l’axe. Dans la surface, les centres sont facilement renvoyés par Nesta et Thiago Silva qui dominent Pazzini et Pandev dans les duels. Les rentrées à l’intérieur devant la surface sont, elles, stoppées par la défense ou les milieux milanais : en plus de compenser devant, Boateng vient combler les brèches derrière (flèche orange). Lorsqu’il doit redescendre, Robinho reprend seul le rôle du relanceur.

La suite :

Forcés de se découvrir, les Nerrazzuri souffrent sur toutes les relances de leurs adversaires. Cambiasso et Motta sont incapables de contenir Boateng et Robinho et Pato est régulièrement mis sur orbite dans le dos de Ranocchia et Chivu. Le Milan se crée plusieurs occasions ainsi alors qu’Abbiati brille une fois sur un corner avant que Eto’o ne loupe un immanquable juste avant la mi-temps (voir Eto’o se rate). A l’arrivée, l’expulsion de Chivu (53e) n’est que la résultante des difficultés de l’Inter de la première mi-temps. Un fait de jeu qui tue le match alors que Leonardo s’apprêtait à faire entrer Kharja pour changer la donne au milieu de terrain.

Beaucoup plus efficace que Cambiasso et Thiago Motta dans les petits périmètres, le Marocain aurait certainement apporté des solutions intéressantes. Sa tendance à gauche aurait notamment pu permettre à Eto’o ou Sneijder de retourner dans l’axe. A la place, c’est Cordoba qui est entré en jeu à la place de Pandev. Du coup, Eto’o a abandonné son couloir pour prêter main forte à Pazzini. Un changement qui a complètement libéré Abate qui a passé la deuxième mi-temps à attaquer… D’où sa présence opportune à la réception de la passe de Seedorf sur le second but du Milan.

Conclusion :

Un match à sens unique, facilité par l’ouverture du score très rapide, et une vraie victoire tactique d’Allegri sur Leonardo : la libération de Seedorf, la fermeture de l’axe pour éteindre Sneijder et l’activité de Boateng, Robinho et Pato pour mener les contres, c’est le Milan qui a fait la rencontre. Et l’efficacité étant personnifiée par Pato samedi soir, il l’a très logiquement emporté.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *