Milan AC 2-2 Lazio Rome, l’analyse tactique

Pour un championnat soi-disant en perdition, le Calcio a offert un match de rentrée très intéressant entre le champion en titre, le Milan AC, et son outsider de la première partie de saison dernière, la Lazio Rome. Après une énorme entame romaine, les Milanais se sont mis en route et ont eu les ressources pour revenir au score. A 2-2, les deux formations se sont créées des situations pour l’emporter mais aucune n’a su concrétiser.

Les compositions :

Du côté du champion en titre, inutile de changer une équipe qui gagne. Excepté l’arrivée d’Aquilani à gauche du milieu à trois, le onze de départ aurait pu se composer avec des Milanais champions lors de l’exercice 2010/2011 : Abbiati (32) – Abate (20), Nesta (13), Thiago Silva (33), Antonini (77) – Gattuso (8), Ambrosini (23), Aquilani (18), Boateng (27) – Cassano (99), Ibrahimovic (11).

A l’inverse des hôtes, les visiteurs ont transformé leur ligne d’attaque après le départ de Zarate à l’Inter. Klose est arrivé du Bayern et Cissé du Panathinaïkos. En revanche, très efficace la saison dernière, le bloc défensif ne bouge pas : Bizzarri (1) – Konko (29), Biava (20), Dias (3), Zauri (78) – Ledesma (24), Brocchi (32) – Mauri (6), Hernanes (8), Cisse (99) – Klose (25).

La Lazio plus forte :

Avec deux buts inscrits au bout de vingt minutes de jeu seulement, la Lazio a réalisé une entame de match phénoménale sur la pelouse de San Siro. Deux facteurs expliquent cette réussite : l’organisation des Romains en phase défensive et le surnombre offensif apporté sur le flanc droit pour répondre à la faiblesse défensive de Aquilani sur la gauche du milieu milanais.

Klose et Cissé alignés ensemble, l’histoire aurait voulu que la Lazio se présente en 4-4-2 avec les deux hommes à la pointe de l’attaque. Reja a finalement préféré conservé son 4-2-3-1 de la saison dernière, exilant Cissé sur l’aile gauche pour laisser Klose en pointe et Hernanes en soutien. A droite, Mauri s’est chargé de faire le quatrième homme devant un duo Brocchi-Ledesma devant une défense à quatre. Face à ce petit monde, le Milan s’est présenté dans son 4-3-1-2 habituel avec un trio offensif formé par Cassano, Ibrahimovic et Boateng. Comme Tottenham la saison dernière, la Lazio a profité de cette organisation pour enfermer le Milan dans l’axe.

Lorsqu’il récupère le ballon dans sa moitié de terrain, le Milan doit en effet avoir le temps de se déployer pour pouvoir s’installer dans le camp adverse. C’est le travail des deux latéraux (Antonini et Abate) qui montent d’un cran pour s’aligner avec leurs milieux de terrain pour créer une ligne de cinq chargée de faire circuler le ballon en attendant de trouver et des combiner avec les trois offensifs. Mais la Lazio répond à ce schéma avec les trois joueurs évoluant en soutien de Klose. Lorsque le Milan est encore en train de remonter le ballon, le trio se replie dans l’axe pour faire face aux trois rampes de lancement et leur fermer la profondeur (flèche rouge).

Le but ici est de forcer l’adversaire à envoyer le ballon dans les couloirs pour l’enfermer en faisant coulisser l’ensemble du bloc. Exemple avec le schéma ci-dessus (flèches blanches) : si le ballon est donné à Antonini, Mauri va lui faire face, Hernanes glisse dans la zone d’Aquilani et Cissé en fait de même pour se retrouver aux alentours du rond central. Ce déplacement permet aux Romains de conserver un six contre trois dans les trente derniers mètres, le duo Brocchi-Ledesma n’ayant pas à compenser et pouvant donc chercher à couper les trajectoires pour les ballons à destinations des trois attaquants. A l’arrivée, le repli laziale libère des angles de passes au milieu de terrain, mais le surnombre derrière lui permet de récupérer beaucoup de ballons (sauf lorsque Ibrahimovic décroche).

La Lazio attaque côté faible :

Une fois les ballons gagnés dans sa moitié de terrain, la Lazio a deux solutions pour remonter les ballons. Côté gauche, Cissé n’est pas avare en déplacement et tente à plusieurs reprises de prendre de vitesse Abate. Mais le manque de soutien rend ses offensives improductives. En revanche, sur l’aile droite, le duo Mauri-Konko fait très mal à l’arrière-garde milanaise. Et pour cause : personne ne travaillant en position avancée sur les latéraux adverses, Konko arrive lancé dans le camp milanais. Il peut ainsi rejoindre rapidement la zone de Mauri, combiner avec lui pour prendre Aquilani (censé être son garde du corps) de vitesse et créer le srunombre face à un Antonini dépassé. Le résultat ne tarde pas : en vingt minutes, Mauri délivre deux passes décisives pour Klose et Cissé grâce, entre autres, à l’activité et aux courses de Konko dans le couloir…

Le Milan se refait une santé :

Dominé à la fois au score et sur le terrain, Allegri ne tarde pas à réagir pour remettre le Milan dans le sens de la marche. Mais avant, il subit un petit coup du sort avec la sortie de Gattuso sur blessure. Le champion du monde 2006 est remplacé par Van Bommel qui s’installe dans l’axe et repousse Ambrosini sur le flanc droit du milieu à trois milanais. Un changement forcé qui réalise une première différence : plus efficace au pressing, Van Bommel n’hésite pas à sortir pour aller gêner Brocchi et Ledesma, censé lancer le jeu de la Lazio.

Mais, plus important, le Milan fait la différence par une meilleure utilisation de la largeur du terrain. Cantonné dans l’axe, pour opérer dans des petits périmètres, le trio formé par Ibrahimovic, Cassano et Boateng s’étire pour s’installer sur toute la largeur. L’un reste dans l’axe quand l’autre offre une solution du côté où est le ballon, le troisième évoluant côté opposé. Le plus souvent, on retrouve Boateng excentré sur une aile avec Cassano en soutien et Ibrahimovic évoluant en pointe à la manière d’un point d’appui. Cette solution excentrée permet de se défaire du bloc en 4+2 (défenseurs et milieux défensifs) de la Lazio : désormais, les milieux ou les latéraux milanais ont une cible a priori libre de tout marquage, excentrée mais bien entre les deux lignes formées par le milieu de terrain adverse.

C’est ainsi que l’on voit Boateng jouer les points d’appui le long de la ligne de touche pour Antonini côté gauche ou Cassano offrir une solution à Abate de l’autre côté. Ce dernier duo est d’ailleurs à l’origine du premier but milanais : Abate servant Cassano qui joue avec Aquilani qui pique un ballon par-dessus la défense pour jouer avec Cassano qui termine le travail en servant Ibrahimovic… Le second but arrive lui sur corner mais on retrouve là aussi à l’origine une accélération et fixation de Boateng côté droit avant que sa frappe ne mettre Bizzarri à contribution pour le corner de l’égalisation. En résumé : les trois offensifs utilisent la largeur. Ils y trouvent des espaces pour travailler avec les latéraux… Ou pour revenir dans l’axe avec les montées des milieux de terrain (Aquilani ou Ambrosini).

Préserver le score :

La réorganisation de l’animation milanaise pousse la Lazio à fermer à double tour ses couloirs. Et oui, avec désormais la présence d’un attaquant supplémentaire, l’ailier doit couvrir les montées du latéral sous peine de se retrouver rapidement dans une situation de surnombre en faveur du Milan AC. Alors que dans le couloir droit, Mauri couvre les montées d’Antonini, la donne est différente sur l’aile gauche : Cissé reste aux avants-postes pour ne pas laisser Klose seul devant et c’est Brocchi qui se charge de défendre sur Abate. Résultat de ces déplacements, des espaces se libèrent dans l’axe et les Milanais en profitent. En première ligne, Ibrahimovic multiplie les décrochages pour récupérer les ballons de relance devant les milieux adverses et orienter le jeu ensuite.

Aux déplacements du Suédois, la Lazio répond en passant en 4-4-2 avec Hernanes censé couvrir le couloir gauche alors que Cissé et Klose restent en pointe. Mais le Brésilien est dépassé à plusieurs reprises par la fougue d’Abate et les déplacements de Ibrahimovic continuent de perturber la paire de milieux défensifs laziale. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises, Ibrahimovic se retrouve face à Brocchi ou Ledesma : l’adversaire direct n’osant pas l’attaquer, il peut envoyer la première passe dans la zone de finition (souvent pour Cassano côté gauche, Boateng se chargeant des appels côté droit). Ces deux derniers travaillent entre les latéraux et stoppeurs adverses, et sont complétés par les montées de Antonini et Abate alors que dans l’axe, Aquilani et Ambrosini viennent apporter une solution supplémentaire.

Très insuffisant face à cette domination milanaise, le 4-4-2 de la Lazio se mue rapidement en 4-4-1-1. A l’opposé du ballon, le milieu excentré évolue à hauteur de la ligne de défense pour ne pas prendre le risque de se faire dépasser sur les extérieurs ; devant, Klose évolue en soutien de Cissé et tente de devancer Van Bommel dans les déviations et le jeu en une touche. Au milieu de la deuxième mi-temps, l’Allemand est remplacé par Gonzales : Hernanes reprend sa place dans l’axe, Gonzales fermant les couloirs avec Mauri. Avec succès. A cinq minutes de la fin, Matuzalem remplace Hernanes pour densifier l’axe en réponse à l’entrée en jeu de Pato (beaucoup plus axial ce qui libère Ibrahimovic en décrochage) à la place de Boateng. Un choix payant puisque plus rien n’est marqué.

Conclusion :

A l’arrivée, Reja et Allegri nous ont gâté avec un gros combat tactique pour démarrer la Série A 2011/2012. Le début de match de la Lazio a tout simplement été parfait, profitant des carences milanaises sur les ailes (déjà entrevues la saison dernière). Mais une fois les plans modifiés côté milanais, la rencontre a basculé à l’avantage des hommes d’Allegri et n’a semblé ne pouvoir basculer que sur un coup du sort provoqué par Klose ou Cissé (particulièrement en forme pour sa première en Série A). Au final, un match très plaisant et qui annonce un Calcio des plus ouverts.

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