Milan AC 2-0 Barcelone, l’analyse tactique

Magnifiquement organisé et d’un réalisme redoutable, le Milan AC a écrit la plus belle page de sa saison en triomphant logiquement d’un Barça amorphe. Peu inspirés et fébriles derrière, les Barcelonais ont pris une leçon collective et ont désormais trois semaines pour tirer les enseignements de cette quatrième défaite de la saison, la deuxième en 2013.

Sans surprise, le Barça s’est présenté à Milan avec son équipe-type. Busquets, Xavi, Fabregas et Iniesta étaient associés dans l’entrejeu (Valdes – Alves, Piqué, Puyol, Alba – Busquets, Xavi, Fabregas – Iniesta, Messi, Pedro). Côté milanais, Massimiliano Allegri faisait lui aussi dans le classique avec un onze de départ organisé autour d’un milieu à trois composé de Montolivo, Ambrosini et Muntari. Devant, la ligne d’attaque occupait toute la largeur avec Boateng à droite, El-Shaarawy à gauche et Pazzini dans l’axe (Abbiati – Abate, Zapata, Mexès, Constant – Montolivo, Ambrosini, Muntari – Boateng, Pazzini, El-Shaarawy).

Un Milan à multiples visages

Comme prévu, les Barcelonais ont rapidement mis le pied sur le ballon. Première étape pour eux, franchir la ligne médiane et le premier rideau milanais avec. Pour rappel, la relance du Barça s’organise autour du trio défensif formé par Puyol, Busquets et Piqué, auquel vient s’ajouter un milieu de terrain (Xavi la plupart du temps) qui décroche à leur hauteur. Face à ce système à quatre têtes, les Milanais ont décidé de se concentrer sur les deux dernières (Xavi et Busquets), laissant la plupart du temps Piqué et Puyol sans adversaire. Positionné en pointe de l’organisation mise en place par Allegri, Pazzini s’opposait à Busquets. Son travail était complété par les sorties de Muntari (à sa gauche) et Montolivo (à sa droite), qui suivaient respectivement les décrochages de Xavi et Iniesta (ou Fabregas). Sur les côtés, Boateng et El-Shaarawy se déplaçaient eux en fonction des latéraux barcelonais. L’objectif premier était d’empêcher ces derniers de trouver des solutions à l’intérieur du terrain.

Cette organisation permettait au Milan de conserver deux joueurs pour protéger la défense centrale quelles que soient les situations proposées par le Barça. Exemple 1 : si Xavi décrochait dans la zone de Pazzini, Muntari le suivait et laissait le duo Montolivo-Ambrosini en couverture. Exemple 2 : si Iniesta ou Fabregas décrochaient côté gauche, Montolivo sortait à son tour et le duo Ambrosini-Muntari assurait la protection de la défense. Avec ces deux joueurs, le Milan pouvait contrôler les déplacements au coeur du jeu de Messi, Iniesta ou Fabregas tout en conservant deux joueurs pour gêner les lancements de jeu. Un système qui, bien que différent, se rapprochait de l’organisation du Real Madrid lors du dernier Clasico.

Xavi a décroché à hauteur de Busquets. Muntari le suit pour compléter le travail de Pazzini. Sur les ailes, El-Shaarawy et Boateng se positionnent en fonction des latéraux barcelonais.

Xavi a décroché à hauteur de Busquets. Muntari le suit pour compléter le travail de Pazzini. Sur les ailes, El-Shaarawy et Boateng se positionnent en fonction des latéraux barcelonais.

Au tour d'Iniesta de décrocher à hauteur de Busquets : Montolivo sort à son tour pour empêcher son adversaire direct de se mettre dans le sens du jeu. Pazzini est lui toujours au contact de Busquets. Derrière, Muntari se replace à hauteur d'Ambrosini.

Au tour d'Iniesta de décrocher à hauteur de Busquets : Montolivo sort à son tour pour empêcher son adversaire direct de se mettre dans le sens du jeu. Pazzini est lui toujours au contact de Busquets. Derrière, Muntari se replace à hauteur d'Ambrosini.

Au lieu d’évoluer dans un véritable 4-2-3-1 comme les Madrilènes, les Milanais avaient fait le choix de se replier en 4-5-1 afin de limiter les possibilités pour Busquets, Piqué ou Xavi de briser la première ligne sur une passe. Avec trois joueurs dans l’axe (Montolivo, Muntari, Ambrosini), les chances de voir le premier rideau milanais percé en plein coeur étaient considérablement réduites. Cette densité dans l’axe a permis aux Rossoneri de laisser jouer Piqué et Puyol, économisant au passage les forces d’un Pazzini qui n’a quasiment pas eu à presser en phase défensive. C’est à partir du 4-5-1 que se mettait en place l’organisation précédemment décrite, concernant les sorties de Muntari et Montolivo en réponse aux déplacements des milieux barcelonais.

Le 4-5-1 milanais. Pazzini toujours dans la zone de Busquets mais Puyol et Piqué libre de toute pression. A noter que sur l'image, Messi est redescendu dans l'entrejeu pour demander le ballon. Logiquement, Boateng s'est resserré dans l'axe afin de permettre à Montolivo de prendre l'Argentin en récupérant Fabregas. Mais des espaces existent du coup côté gauche avec un Alba libre en haut de l'image et un Iniesta dans l'espace.

Le 4-5-1 milanais. Pazzini toujours dans la zone de Busquets mais Puyol et Piqué libre de toute pression. A noter que sur l'image, Messi est redescendu dans l'entrejeu pour demander le ballon. Logiquement, Boateng s'est resserré dans l'axe afin de permettre à Montolivo de prendre l'Argentin en récupérant Fabregas. Mais des espaces existent du coup côté gauche avec un Alba libre en haut de l'image et un Iniesta dans l'espace.

Un Milan intelligent avec le ballon

Le Barça a mis quelques minutes pour trouver la solution au milieu de terrain. Celle-ci s’est mise en place grâce aux décrochages « synchronisés » des milieux catalans. Lorsqu’ils revenaient en même temps à hauteur de Busquets, Xavi et Iniesta n’étaient plus suivis par Muntari ou Montolivo. Un comportement logique pour ces derniers, puisque l’objectif était avant tout de conserver au moins deux joueurs devant la défense centrale (Ambrosini et un soutien). Le Milan acceptait donc de reculer, laissant le Barça se heurter à ses trois milieux de terrain, toujours bien placés et présents sur les lignes de passes… Il ne restait alors plus que la solution individuelle mais, Iniesta excepté, les Catalans n’étaient pas particulièrement inspirés ce mercredi soir.

Fabregas redescend participer à la relance avec Puyol, Busquets, Piqué (hors-champ et Xavi). Montolivo ne sort pas au marquage et Muntari se replace afin de reformer le milieu de terrain.

Fabregas redescend participer à la relance avec Puyol, Busquets, Piqué (hors-champ et Xavi). Montolivo ne sort pas au marquage et Muntari se replace afin de reformer le milieu de terrain.

Bien regroupé dans ses 40 mètres, le bloc milanais se modifiait au gré des mouvements adverses. L’équipe pouvait passer du 4-4-2 au 6-3-1 en passant par le 4-5-1 en fonction des positions des latéraux et des milieux de terrain adverses. Un point commun à toutes les configurations : le superbe travail d’Ambrosini, qui s’est concentré sur la coupure des transmissions dans l’axe afin de protéger sa défense centrale. Le milieu défensif a livré un match exceptionnel, brisant les tentatives de combinaisons barcelonaises dans les 30 derniers mètres. On l’a notamment vu intervenir pour empêcher Iniesta ou Messi, partis depuis les couloirs, de trouver des relais dans l’axe après avoir attaqué et quasiment franchi le premier rideau milanais.

Evidemment, en défendant à 11 derrière, les Milanais pouvaient facilement subir le pressing adverse. Dans l’exercice, le Barça s’organisait sur deux lignes dans le camp milanais. En pointe, Messi et Fabregas étaient censés travailler face aux défenseurs centraux milanais (Mexès et Zapata). Derrière eux, Xavi suivait Ambrosini tandis que Iniesta et Pedro complétaient le travail en se positionnant dans les zones de Montolivo et Muntari. Derrière, Busquets était seul en couverture devant une défense qui devait composer avec Boateng, El-Shaarawy et Pazzini.

Le pressing barcelonais : Messi et Fabregas face aux centraux milanais, Xavi sur Ambrosini, Iniesta et Pedro entre latéraux et relayeurs et Busquets en couverture.

Le pressing barcelonais : Messi et Fabregas face aux centraux milanais, Xavi sur Ambrosini, Iniesta et Pedro entre latéraux et relayeurs et Busquets en couverture.

Mais devant, Messi et Fabregas n’ont que très rarement fait les efforts pour gêner la relance milanaise. Non-pressées, les premières passes envoyaient le jeu dans les couloirs où Abate et Constant se chargeaient ensuite de rechercher Boateng ou El-Shaarawy. Dominant Alba physiquement, Boateng a été le relais privilégié côté droit : avec Montolivo en soutien dans sa zone, ils cherchaient à envoyer rapidement le jeu côté opposé afin d’offrir des situations de un-contre-un à El-Shaarawy face à Daniel Alves ou de centrer directement dans la surface en espérant que Pazzini ou El-Shaarawy soient à la réception.

Une défaite du Barça

Au-delà de l’excellente prestation d’ensemble du collectif milanais, la contre-performance du Barça est aussi venu de son entêtement en phase offensive. Comme souvent, les Catalans ont insisté dans l’axe, comme si le jeu allait forcément finir par tourner en leur faveur s’ils conservaient les mêmes habitudes. Déjà évoquées précédemment, leurs actions sur les côtés n’ont servi qu’à faire reculer le bloc milanais pour tenter d’ouvrir des brèches dans l’axe.

A aucun moment, ils n’ont tenté de créer des décalages sur les ailes. Côté gauche, Fabregas, Iniesta et Alba ont pourtant souvent combiné. Mais ce triangle finissait toujours par ressortir le ballon du couloir pour revenir dans l’axe et retrouver la paire Xavi-Busquets. Côté droit, Pedro et Daniel Alves n’ont eux quasiment pas eu d’occasions de combiner puisqu’aucun « créateur » ne s’est aventuré assez longtemps dans leur zone. Positionné plus haut et évoluant sur la largeur, Fabregas semblait pouvoir être ce joueur au retour des vestiaires. Mais l’ancien Gunner s’est rapidement éteint et a finalement été le premier remplacé (par Sanchez, 62e).

Ce changement a permis au Barça de retrouver son 4-3-3 véritable, avec deux ailiers de rupture (Pedro, Sanchez) et le trio Xavi-Busquets-Iniesta dans l’axe. Restant au contact de Abate ou Zapata sur le côté gauche, le Chilien offrait un relais pour les projections de Alba ou Iniesta sur l’aile. Mais une nouvelle fois, ni l’un ni l’autre n’ont insisté à cet endroit. Replié dans son camp, le Milan AC offrait aussi une certaine liberté aux milieux de terrain barcelonais descendant à hauteur de Busquets. Xavi a attendu le dernier quart d’heure pour en profiter en tentant de trouver Sanchez ou Pedro par la voix des airs, évitant ainsi la densité du premier rideau milanais.

Xavi peut profiter d'une plus grande liberté au milieu de terrain pour ajuster des passes lobant le milieu milanais, maintenant que Pedro et Sanchez offrent des solutions devant la défense.

Xavi peut profiter d'une plus grande liberté au milieu de terrain pour ajuster des passes lobant le milieu milanais, maintenant que Pedro et Sanchez offrent des solutions devant la défense.

Le Milan évoluant assez bas pour bloquer la profondeur, le gabarit des deux hommes servi dos au but n’était pas un problème pour la défense milanaise. En revanche, la même connexion avec Piqué à la réception a été beaucoup plus difficile à contenir dans les arrêts de jeu. Finissant la partie en position de n°9, le défenseur barcelonais a immédiatement modifié le rapport de force, apportant sa présence dans la surface de réparation… mais il était beaucoup trop tard pour un Barça déjà mené 2-0.

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16 réponses

  1. aziz dit :

    Très bonne analyse! Mais comment fais-tu en si peu de temps??
    Sinon, c’est sûr la méforme physique de beaucoup de joueurs et l’effet fin de cycle a rendu les joueurs du Barça amorphes. Ils n’arrivent plus à changer de rythme quand l’adversaire élève son niveau. L’organisation du Milan même si remarquable reste pour moi un remake du chelsea 2012 ou inter 2010. On sait que ça marche quand le Barça n’est pas à fond. Mais il y a en plus de la méforme un autre point important : l’entraineur (si on peut appeler le Jordi comme ça) n’a rien apporté en termes de tactique et de coaching.
    Finalement, je voudrais insister comme ce point que tu as soulevé : la manie du Barça à jouer dans l’axe même quand ça ne passe pas. Tout ça parce qu’ils n’ont pas d’ailiers de débordements (il n’y a qu’ Alba -un latéral- qui déborde!!), ils repiquent toujours dans l’axe -Alves, Pédro, Iniesta Messi…- Pourtant c’était un principe sacro-saint de Cruyff quand il a établi les principes du jeu du Barça. Utiliser toute la largeur du terrain signifiait pour lui attaquer de partout et le Barça de Guardiola du début (l’époque faste) jouait avec deux attaquants qui débordaient (Henry à G et Messi à D). En ne jouant plus comme ça, le jeu du Barça a perdu de sa diversité et donc de sa capacité à surprendre.

  2. Je suis tout à fait d’accord sur ce point.

  3. anto86 dit :

    très bonne analyse sur ce match. pour moi, par contre on ne parle pas assez du travail d’ambrosini au milieu, pour couper les passes et empêcher les milieux de se retourner!!! le pressing milanais a fonctionné grâce à l’intelligence tactique de ces milieu axiaux. montolivo a lui aussi fait son travail défensif mais il a surtout su garder le ballon et diriger le jeu quand milan en avait besoin, pour laisser souffler un peu l’équipe!!! Bref, pour moi milan a été plus performant que chelsea l’année dernière car ces milieux ont su garder un minimum le ballon.

  4. nesta dit :

    je pense que le système du jeux du milan était ce lui de jose mourinhio avec l’inter donc il y a que mou qui a réussi a décrypter le jeux du barca et l’équipe qui veut battre le barca doit jouer comme l’inter mais il faut une application stricte des consignes . et une présence physique et mental impeccable pendent 90 minutes

  5. fouad dit :

    Bravo pour ta rubrique. Elle très intéressante.
    Juste une remarque par rapport au match d’hier que j’ai trouvé très triste. Face à une équipe qui joue et une autre qui défends à 11: les tacticiens comme toi ont dû prendre leurs pieds. N’est ce pas.
    Mais moi je me suis fais Ch…en regardant les interistes de mourinho, les chelsea de 2012 et maintenant les milanais de Allegre. je me dis que face à une équipe qui défends à 11 et qui utilise les contre-attaque. N’importe quelle équipe joueuse comme Le Barça sera désarmée et perdra à coup sûr.Dommage que le foot soit ainsi devenu: une affaire d’argent.
    Le Palmarès au détriment du beau jeu.
    A ce jeu là, Le Barça va encore perdre.
    Que c’est triste!

  6. RMCF dit :

    Le Barça ne sort plus autant du lot qu’avant,..
    J’étais vraiment surpris de voir autant de difficultés de leur part à percer la défense milanaise, ou le milieu plutôt.
    Quand à Milan bravo à eux, ils ont su se battre et tenir tête face à la meilleur équipe du monde, vivement le match retour qui risquerait d’être d’avantage explosif côté barcelonais.

  7. Toto dit :

    Excellent travail, j’ai compris beaucoup de choses et le commentaire d’Aziz complètent ton analyse, j’espère que le Barça retiendra la leçon en essayant le jeu sur les ailes au Camp Nou mais depuis la saison 2009-2010, ils ne jouent que dans l’axe…

  8. François dit :

    Encore très concret Florent, merci !

    Le foot italien représente ce qu’il y a de plus rentable dans ce sport. On joue pour le résultat et pas pour mettre 10 goals par matches.

  9. Houssem dit :

    Moi, se que je trouve triste dans certains commentaires, l’idéalisation du Barça et le rabaissement des autres équipes, la science tactique fait aussi partie du football, bien défendre fait aussi partie du football, chaque équipe rentre sur le terrain avec ses armes, les armes du Barça c’est un milieu et une attaque comme nul autre, les armes du Milan était une rigueur tactique a tout épreuve et une défonce de fer.

  10. Leomaestro dit :

    Il ne faut pas tout confondre. le milan de mercredi n’a rien a voir avec chelsea. Chelsea a refusé le jeu. Milan c’etait catenaccio mais sur phases d’attaques (et il y en avait) ils etaient bons et maitrisaient le barca. donc bravo a milan mais chelsea j’espere ne plus jamais revoir ca en LDC.

    Le barca n’etait pas la physiquement tout simplement, et il a manqué adriano je pense qui plusieurs fois cette année les a libéré par des tirs de loin, ce qu’il fallait pour faire sortir les milanais mercredi

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