Milan AC 0-1 Tottenham, l’analyse du coup des Spurs

Stéphane Guy l’a martelé pendant toute la rencontre, histoire que le téléspectateur fasse lui-même la conclusion à la fin du match : le quatrième de Premier League a battu le leader du Calcio. Plus qu’une simple victoire, c’est avec maîtrise que Tottenham a ramené un 1-0 qui sent bon les quarts de finale de San Siro. Du comportement de l’équipe sans le ballon à ceux de Van der Vaart et Crouch avec, c’est tout un système qui a été mis en place pour battre le Milan d’Allegri. Décryptage.

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Les compositions :

Aucune surprise n’est à signaler au coup d’envoi, que ce soit d’un côté comme de l’autre. Chez les visiteurs, Redknapp fait confiance à Pienaar et Sandro pour remplacer Bale à gauche et Modric dans l’axe aux côtés de Palacios. Du côté d’Allegri, Seedorf débute en position de meneur de jeu derrière Robinho et Ibrahimovic alors que le jeune Abate est titularisé au poste de latéral droit pour apporter le surnombre comme Antonini a l’habitude de le faire à gauche.

De ces deux onzes de départ découlent deux clés très importantes de la rencontre : le comportement des deux ailiers de Tottenham (Pienaar et Lennon) dans leur repli défensif avec, face à eux, deux latéraux qui participent beaucoup au jeu et la gestion du supposé surnombre milanais au coeur du jeu (trois contre deux), surtout quand on connaît la capacité du Milan à faire très mal en contre-attaque lorsqu’il arrive à récupérer le ballon assez haut.

Tottenham, sans le ballon :

Pour bien commencer, voilà une statistique assez révélatrice de la première mi-temps du Milan AC. 31 minutes, c’est le temps qu’il a fallu aux Milanais pour tirer pour la première fois au but lors de cette rencontre. Et ce chiffre, il est à mettre au crédit d’une organisation anglaise très efficace pour prendre à défaut le losange adverse.

Comme beaucoup d’équipes en ce moment, les Spurs se sont repliés autour de deux lignes de quatre avec deux pointes chargées de repousser la relance adverse sur les côtés. Au coeur du jeu, Sandro et Palacios se partagent le marquage de Seedorf et de tous les joueurs qui viendraient s’aventurer aux abords du rond central. De Robinho à Tiago Silva en passant par Seedorf lui-même ou Flamini, ils auront tous l’un des deux Spurs pour les empêcher de se retourner et ainsi orienter le jeu.

Sur les côtés, les deux milieux excentrés sont partagés entre le marquage serré de Flamini (pour Lennon) et la surveillance des montées des latéraux. Dans ce dernier cas, il s’agit d’éviter tout risque de surnombre en faveur du Milan au cas où l’un des attaquants (Robinho, Ibrahimovic) venait à dézoner du côté de leur propre latéral. Sur le schéma ci-dessus, vous avez deux exemples possibles pour fermer le couloir face aux relances milanaises.

La première (en noir) part d’un décrochage du milieu de terrain milanais qui va ensuite chercher son latéral dans le dos de l’ailier londonien. Dans ce cas, ce dernier ne suit pas son adversaire direct et se concentre de fermer au mieux l’angle de passe, tout en sachant que le latéral viendra fermer s’il manque l’interception et que la ligne du milieu de terrain coulissera. Dans le deuxième exemple (en blanc), l’ailier suit la montée de son adversaire direct et tout le bloc suit (le milieu axial se retrouvant dans la zone de l’excentré droit milanais).

Conséquence :

Habitués au surnombre sur les côtés, notamment avec Antonini à gauche, les Milanais sont pris par l’excellent travail des ailiers adverses. Ceux-ci sont aussi très bien aidés par les quatre axiaux (Crouch-Van der Vaart puis Sandro-Palacios) qui ratissent tout ce qui traîne autour du rond central. Il n’y a que lorsque Ibrahimovic décrochera pour tenter de remonter les ballons que le duo axial des Spurs connaîtra de véritables problèmes dans les duels.

Résultat des courses, incapables d’approcher les buts de Gomes en plaçant ses attaques, le Milan s’en remet à des longs ballons à destination de Ibrahimovic. Le Suédois gagne quelques duels intéressants mais, là encore, la défense de Tottenham sera inébranlable. Sandro décroche légèrement lorsque Seedorf traîne autour du Suédois pour éviter tout risque de surnombre dans l’axe… Un risque assez minime : Assou-Ekotto et Corluka n’ayant pas d’adversaire direct sur ces phases de jeu, ils peuvent resserrer la défense autour des trois offensifs du Milan.

Tottenham avec le ballon :

On l’a souvent évoqué ici en parlant du Milan. Il n’est jamais autant dangereux que lorsqu’il vous contre. Et avec l’absence de Modric en rampe de lancement, il était normal d’être un peu inquiet de la qualité de la relance londonienne, Sandro et Palacios n’ayant en plus jamais joué ensemble.

Très vite, on se rend compte que Van Der Vaart n’hésite pas à décrocher et à laisser Crouch seul devant pour venir prêter main forte à ses milieux de terrain et fluidifier le jeu. Dans ce cas, c’est Pienaar qui se rapproche de Crouch alors que Assou-Ekotto monte d’un cran dans le couloir. Evidemment, ses déplacements entraînent une vrai tendance à gauche pour les attaques des Spurs (confirmée par les stats à la mi-temps d’ailleurs). Crouch aussi s’excentre régulièrement de ce côté pour venir disputer des duels avec Gattuso et Abate. Dans les airs, c’est beaucoup plus simple que Nesta et Yepes…

Au total, cela fait donc quatre joueurs (+ Sandro par moments) qui font circuler le ballon sur l’aile gauche… Et vu qu’il n’y pas d’ailier pour venir prêter main forte à Abate et Gattuso, les Spurs sont constamment en surnombre dans cette zone. L’aisance technique aidant, Tottenham peut ainsi faire tourner le ballon dans cette partie du camp milanais… Le temps pour le bloc adverse de coulisser et d’essayer de se refermer sur eux. Mais la capacité de Palacios, Van der Vaart ou Pienaar à changer le jeu en une seule passe permet aux Spurs d’éviter d’être pris par le pressing.

Une fois le changement fait (en jaune), Corluka et Lennon se retrouvent avec un deux-contre-un à négocier face à Antonini en attendant que Flamini ne fasse la course (en orange) pour venir aider son latéral. La première mi-temps a offert plusieurs situations de ce type, la majorité aboutissant sur des situations de centre assez dangereuses pour la défense milanaise. Malheureusement pour les Spurs, leur incapacité à conclure ce genre de phases de jeu durant leur temps fort laisse planer le doute sur leur capacité à tenir 90 minutes à ce rythme.

La suite :

L’entrée de Pato ne laisse pas augurer du meilleur pour les Spurs. Mais alors que l’on aurait pu imaginer le Brésilien s’installe à droite pour occuper et limiter l’apport d’Assou-Ekotto au milieu (Robinho prenant le côté gauche), celui-ci s’installe en pointe aux côtés d’Ibrahimovic, Robinho reprenant le rôle de meneur de jeu de Seedorf. Avec presque le même résultat. Le “presque”, c’est pour les décrochages d’Ibrahimovic (permis par la capacité que possède Pato de tenir seul en pointe) dont les prises de balle à 40 mètres des buts de Gomes poseront des problèmes à des Spurs mis sur le reculoir.

Arrivent alors les premières montées d’Abate, qui réussit enfin à prendre Pienaar de vitesse ; puis le premier corners repris par Yepes et sauvépar Gomes ; puis les semelles de Gattuso et Flamini et la baisse du rythme de la partie après la blessure de Corluka à l’heure de jeu. Les minutes passent et l’organisation milanaise reste toujours aussi stérile dans le jeu. De l’autre côté, Redknapp fait entrer Modric au poste de Van Der Vaart, fatigué par les efforts. Bonne pioche. Sur un ballon intercepté puis donné par Sandro, le Croate met Lennon sur orbite qui part jouer le un-contre-un face à Yepes avant de donner le ballon de la victoire à Crouch.

Le coup parfait. Et une remarque pour Stéphane Guy pour terminer : plus que le niveau général du football italien, c’est certainement ses habitudes tactiques qui ne siéent plus au top niveau européen. A l’heure où les latéraux ont une poids capital dans la construction du jeu et les attaques, il est très important d’avoir les armes nécessaires pour les contrer. Chose que n’avait pas le Milan hier soir.

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