Milan AC 0-0 Lazio, l’analyse calme

Milan AC – Lazio Rome, le leader du Calcio face au troisième. A priori, l’affiche doit valoir largement le coup, surtout quand on sait que les Laziales ont un coup à jouer et peuvent relancer le championnat en cas de victoire. Au coup d’envoi, les compositions des deux équipes laissent augurer du meilleur : Allegri et Reja ont rendu la même copie et les deux formations se présentent avec un 4-3-1-2 sur le tableau noir. Bref, on se cale tranquillement sur son canapé et on en prend plein la vue. Sauf que… Mais ne gâchons pas le plaisir en parlant de la pauvreté du spectacle : il y a toujours des enseignements tactiques à tirer d’un match.

Les formations :

– Milan AC : Abbiati – Oddo, Bonera, Yepes, Antonini – Thiago Silva – Flamini, Emanuelson – Robinho – Pato, Ibrahimovic.

– Lazio Rome : Musiera – Lichtsteiner, Biava, André Dias, Radu – Brocchi, Ledesma, Gonzales – Hernanes – Sculli, Kozak.

Les organisations des deux équipes étant les mêmes, les duels-clés de la rencontre se distingue très rapidement. Les deux maîtres à jouer, Hernanes et Robinho, se retrouvent notamment dans les zones de Thiago Silva et de Ledesma. Milieux en losange obligent, la première question qui se pose concerne l’apport offensif des latéraux sur les ailes, généralement indispensables pour animer ces systèmes de jeu.

Antonini et la tendance à gauche

Le Milan AC va très rapidement apporter sa réponse. Comme lors de sa sortie face à Bari, la formation d’Allegri penche à gauche, à la fois de part les tendances naturelles d’Ibrahimovic, Robinho ou Emanuelson mais aussi en raison des montées incessantes de Antonini dans son couloir. De l’autre côté du terrain, Oddo (et parfois Pato) participe moins offensivement mais se retrouve à la fin des mouvements. En schématisant, cela donne un Milan qui construit sur le côté gauche pour attirer le bloc laziale et qui, parfois, en ressort rapidement et renverse le jeu vers un Oddo libéré et lancé dans son couloir droit.

Régulièrement mise en danger durant les premières minutes de la rencontre, la Lazio va changer ses plans pour faire face aux montées des latéraux. Placé devant le milieu à trois au coup d’envoi, Hernanes rejoint le premier rideau défensif et la formation de Reja passe à deux lignes de quatre en formation défensive. Cela a deux conséquences. D’abord, le Milan a évidemment moins d’espaces sur les côtés même si, à gauche, la surnombre est souvent crée par les dézonages réguliers des offensifs (Ibrahimovic, Robinho, Emanuelson + Antonini).

La deuxième conséquence est offensive. De part sa position avancée, le premier rôle de Hernanes était de jouer les relais entre le bloc défensif et les attaquants. Un grand classique. Le Brésilien désormais plus bas sur le terrain, la Lazio n’a plus qu’un seul point de fixation devant : Libor Kozak (Sculli n’étant qu’un second couteau chargé de lui proposer des solutions pour enchaîner). Mais aussi imposant soit-il, le Tchèque peine à remporter les duels face à la défense centrale milanaise. Ces derniers se terminent au choix par une faute de sa part, de son adversaire ou un ballon perdu.

En clair, pour renforcer son bloc défensif, la Lazio a sabordé ses envies de contre-attaque. Car lorsque Kozak récupère le ballon, il n’arrive que trop rarement à le lâcher rapidement pour un partenaire qui se retrouverait face au jeu, avec un Milan sur le reculoir et avec du mouvement autour de lui. Bref, ne reste alors plus que les attaques placées. On en revient alors à la première question sur les latéraux. Ni Radu ni Lichtsteiner n’ont pris de risques sur les 90 minutes qu’ils ont passé sur la pelouse. La ligne de quatre est restée très sage et le Milan n’a pas tremblé face à des attaques placées qui s’organisaient autour de deux ou trois joueurs.

Le circuit Hernanes :

Sans véritable machine à monter sur les côtés, la Lazio s’en est remise à des mouvements plein axe, généralement dépendants de la capacité de Hernanes à se défaire du pressing pour lancer le jeu. Repoussé sur les côtés par un Thiago Silva imprenable devant la défense, le Brésilien a souvent joué avec ses latéraux et ses milieux excentrés en phase offensive pour construire ses actions. Le circuit ci-dessous est l’un de ceux qui est revenu le plus souvent durant ce match.

Dans un premier temps, Hernanes tient le ballon. Aucune solution devant et Flamini qui le met sous pression, Milan allant très vite en cas de perte de balle, il écarte sagement sur un côté (ici celui de Radu et Brocchi). Plutôt que de s’arrêter, il propose immédiatement une solution en diagonale en allant dans une zone non-couverte par la défense milanaise. Le trio défensif dans l’axe ne peut a priori pas se permettre de perdre sa supériorité numérique face aux deux attaquants laziales.

Fin du mouvement, Hernanes se retrouve avec le ballon dans l’angle de la surface de réparation. Brocchi est excentré et peut plonger sur l’aile gauche. Les attaquants peuvent croiser les appels plein axe ou le Brésilien peut poursuivre son action. Mais malheureusement pour lui, il sera la plupart du temps suivi de près par son milieu de terrain qui le gênera jusqu’à la dernière passe…

Changement de style :

Au fil des minutes, et plus particulièrement en deuxième période ou le changement sera définitif, la Lazio va glisser de son organisation de départ au bon vieux 4-2-3-1 des familles, idéal quand il s’agit de défendre et de tenir un résultat. Ainsi, Sculli va lâcher son poste de deuxième attaquant pour aller gentiment se replacer dans le couloir gauche et aider Radu. Ce repositionnement envoie Brocchi de l’autre côté du terrain en faire de même devant Lichtsteiner. Mais surtout, Brocchi se retrouve immédiatement dans la zone d’Antonini et arrête le latéral milanais plus haut qu’avant.

Conséquence directe de ce changement, le jeu milanais va beaucoup se concentrer dans l’axe et se résumer à des longs ballons partant du camp rossoneri pour toucher le plus rapidement possible les deux (puis les trois après l’entrée de Cassano) attaquants. L’action qui aboutit à Ibrahimovic frappant les deux montants provient en partie de ce nouveau style : le Milan remonte le plus rapidement possible vers l’avant en espérant dégager des situations d’égalité numérique (voire de deux contre trois) pour ses attaquants qu’il sait capable de faire la différence dans ces cas précis.

Très en vue en première période, Emanuelson n’a plus qu’un rôle de deuxième lame censée apporter le décalage ou terminer le mouvement. Même topo pour Flamini de l’autre côté. Les deux hommes auront d’ailleurs leurs occasions de but, tout comme Robinho qui a énormément travaillé entre les lignes laziales avant de s’installer devant avec Cassano et Ibrahimovic.

Conclusion :

Pour qu’il y ait grand match, il faut deux équipes… Possédant des atouts offensifs capables d’inquiéter l’adversaire. Malheureusement pour elle, et pour l’intérêt de la rencontre, la Lazio a dû rapidement revoir ses plans pour défendre au mieux ses buts. Reja a réussi son coup non sans un brin de réussite. Le passage définitif au 4-2-3-1 en deuxième mi-temps a fini de stabiliser l’équipe sur le plan de l’organisation défensive. Et pourtant, il s’en est fallu de très peu pour que le Milan fasse la différence. Comme quoi, posséder les joueurs de talent, c’est quand même la base pour faire sauter n’importe quel verrou…

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