Mexique 1-2 Italie, l’analyse tactique

Depuis le week-end dernier, les champions de toutes les Confédérations se disputent leur Coupe au Brésil, pour une répétition à un an du Mondial. Après la victoire du pays organisateur sur le Japon en ouverture du tournoi, le vice-champion d’Europe italien avait rendez-vous avec le Mexique, représentant de la CONCACAF, pour clôturer la première journée du groupe A. Et les hommes de Prandelli ont plutôt convaincu.

L’Italie contre Giovani :

Alors qu’un 4-2-3-1 était annoncé dans la presse avant la rencontre, c’est finalement en 4-3-2-1 que l’Italie s’est présentée sur la pelouse du Maracana. Derrière un Balotelli seul à la pointe de l’attaque, Giaccherini et Marchisio évoluaient devant le trio habituel composé de Pirlo, De Rossi et Montolivo (Buffon – Abate, Barzagli, Chiellini, De Sciglio – De Rossi, Pirlo, Montolivo – Marchisio, Giaccherini – Balotelli). Face aux vice-champions d’Europe, la Tri opposait un 4-2-3-1 classique avec Giovani en soutien de Hernandez aux avants-postes (Corona – Flores, Rodriguez, Moreno, Salcido – Torrado, Zavala – Aquino, Giovani, Guardado – Hernandez).

Avec trois joueurs devant, l’Italie était en mesure de maîtriser la relance mexicaine. Selon les situations, Giaccherini, Balotelli et Marchisio travaillaient sur une (les trois alignés) ou deux lignes (deux sur les centraux adverses, un en deuxième rideau pour jaillir sur les milieux axiaux mexicains) afin de bloquer les relances axiales de leurs adversaires. Il revenait ensuite aux trois milieux présents dans l’entrejeu de travailler sur la largeur afin de s’opposer aux montées des latéraux, qui héritaient de la plupart des ballons de relance. Sur les côtés, Abate et De Sciglio serraient eux aussi le marquage sur leurs adversaires directs, Guardado et Aquino.

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L’Italie au pressing : Balotelli va au contact des défenseurs et bloque la relation avec les milieux de terrain, eux-mêmes encadrés par Marchisio et Giaccherini. De Rossi et Montolivo peuvent aussi sortir sur ces derniers. Les quatre Italiens sont là pour ralentir voire bloquer la transition adverse (milieux et latéraux), forçant ainsi le jeu long côté mexicain.

Bien en place défensivement, les Italiens ont limité les offensives mexicaines à des attaques rapides, impulsées par les déplacements sur les ailes (et notamment côté gauche) de Giovani. Le meneur de jeu de la Tri a multiplié les appels dans le dos des latéraux italiens, sortis au pressing sur ses partenaires (Guardado ou Aquino). Très souvent, il a dézoné sur l’aile gauche, demandant des ballons dans le dos d’Abate afin de forcer Barzagli à quitter sa position axiale pour combler le décalage. L’ancien milieu du Barça s’est ainsi retrouvé à l’origine de la majorité des offensives mexicains, notamment la première qui s’est terminée par un tir de Guardado sur la transversale de Buffon (12e). Une situation permise par l’absence de repli de Marchisio, alors que Giaccherini faisait l’effort pour soutenir Montolivo et De Sciglio sur le flanc gauche en cas de besoin.

L'Italie en défense : les trois attaquants bloquent l'axe, obligeant le Mexique à passer par les couloirs. Le milieu à trois coulisse ensuite pour enfermer le porteur de balle. Seule issue pour le Mexique, jouer rapidement vers l'avant en profitant des appels de Giovani (ex : dans le dos d'Abate, focalisé sur Guardado).

L’Italie en défense : les trois attaquants bloquent l’axe, obligeant le Mexique à passer par les couloirs. Le milieu à trois coulisse pour enfermer le porteur de balle. Seule issue pour le Mexique, jouer rapidement vers l’avant en profitant des appels de Giovani (ex : dans le dos d’Abate, focalisé sur Guardado).

L’Italie force les ajustements adverses :

Le Mexique forcé de jouer rapidement vers l’avant, c’est évidemment l’Italie qui a mis le pied sur le ballon et maîtrisé le tempo pendant la majeure partie de la rencontre. Comme d’habitude, la capacité de Pirlo et De Rossi à échanger leurs rôles pour assurer la relance a posé d’énormes problèmes à l’organisation adverse. Naturellement présent dans la zone de Pirlo, Giovani ne pouvait gérer tout seul les deux « plaques tournantes » italiennes. Bien décidés à gêner la relance italienne en début de partie, les milieux axiaux mexicains (Torrado) tentaient de le rejoindre afin de bloquer De Rossi. Problème, le pressing était effectué à contre-temps et d’énormes espaces s’ouvraient dans le coeur du jeu. Balotelli était ciblé par ses partenaires et bénéficiait du soutien rapide de Giaccherini et Marchisio autour de lui pour profiter de ses remises.

Pirlo pris par Giovani, De Rossi prend en charge le jeu depuis sa position reculée habituelle.

Pirlo pris par Giovani, De Rossi prend en charge le jeu depuis sa position reculée habituelle. Torrado sort au pressing, ce qui libère un intervalle dans la première ligne mexicaine où Giaccherini et Marchisio peuvent se rendre disponibles. A noter aussi que la largeur s’ouvre pour le porteur de balle : De Sciglio se retrouve sans adversaire côté gauche.

 

Avec trois milieux axiaux et les montées des deux latéraux, l'Italie bénéficie d'un avantage numérique certain dans l'entrejeu, qui lui permet de toujours avoir une solution sur la largeur, pour peu qu'elle soit en mesure de renverser le jeu en cas de nécessité (et c'est le cas avec Barzagli et Chiellini en retrait).

Avec trois milieux axiaux et les montées des deux latéraux, l’Italie bénéficie d’un avantage numérique certain dans l’entrejeu, qui lui permet de toujours avoir une solution sur la largeur, pour peu qu’elle soit en mesure de renverser le jeu en cas de nécessité.

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Au-delà du circuit tournant autour de Balotelli, les déplacements à contre-temps des milieux mexicains pouvaient aussi profiter à Pirlo ou De Rossi. Ici, le milieu de la Juve décide de prendre l’espace afin d’offrir une solution à son coéqupier. Une course bien sentie puisqu’il devance déjà le seul adversaire capable de le stopper. Au départ de l’action, tous les Mexicains sont concernés par un marquage : Torrado-De Rossi, Zavala-Montolivo et Aquino-De Sciglio. Ils devront se réorganiser très rapidement pour reprendre le capitaine des Azzurri dans les 20 derniers mètres.

Il a fallu attendre une dizaine de minutes pour que le Mexique procède à ses premiers ajustements tactiques. Première idée : abandonner l’idée de presser la relance italienne. Plus protecteurs vis-à-vis de leurs défenseurs centraux, Torrado et Zavala restaient désormais en position ; il revenait à Aquino, Guardado, Hernandez et Giovani le soin de perturber la circulation de balle italienne dans l’entrejeu. Au lieu de rester seul devant entre Chiellini et Barzagli, Hernandez est revenu défendre à hauteur de Giovani afin de créer un deux-contre-deux face à Pirlo et De Rossi. Guardado bloquait son couloir gauche face à Abate ; en revanche, les Mexicains connaissaient quelques difficultés pour bloquer le flanc droit. Aquino se retrouvait seul pour défendre à la fois sur Montolivo et De Sciglio dans l’entrejeu.

Le Mexique abandonne le pressing et attend désormais son adversaire dans sa moitié de terrain. Giovani et Hernandez marquent Pirlo et De Rossi afin de permettre à leurs milieux de terrain de se concentrer sur les relais italiens dans les 30 derniers mètres.

Le Mexique abandonne le pressing et attend désormais son adversaire dans sa moitié de terrain. Giovani et Hernandez marquent Pirlo et De Rossi afin de permettre à leurs milieux de terrain de se concentrer sur les relais italiens. Chiellini profite du recul du bloc mexicain pour porter le ballon en espérant forcer la sortie d’un adversaire et libérer un partenaire.

Les problèmes d'Aquino sur le flanc gauche, pris entre la nécessité de bloquer Montolivo dans l'axe et de fermer le couloir à De Sciglio.

Les problèmes d’Aquino sur le flanc gauche, pris entre la nécessité de bloquer Montolivo dans l’axe et de fermer le couloir à De Sciglio. Le latéral milanais bénéficie de beaucoup de champ libre pour approcher les buts de Corona. Plus tard, il sera serré de près par Flores, le latéral droit mexicain, qui devra lui-même compter sur la bonne couverture de Zavala face à Giaccherini pour protéger l’espace dans son dos. De la Torre procèdera à un ajustement tactique en deuxième mi-temps pour régler ce problème.

A défaut de trouver des solutions dans le coeur du jeu, l’Italie a donc commencé à utiliser la largeur pour mettre en place ses actions, d’autant plus que Barzagli et Chiellini étaient en mesure de renverser le jeu d’une aile à l’autre. Aquino se concentrant sur Montolivo, De Sciglio a été le latéral le plus en vue en première mi-temps. Très libre dans son couloir, il forçait Flores à sortir de l’alignement défensif pour venir à sa rencontre. De l’axe, Giaccherini prenait l’espace dans le dos du latéral mexicain afin d’offrir de la profondeur à la construction italienne. Le couloir droit a en revanche beaucoup moins bien fonctionné puisque Abate ne bénéficiait pas des mêmes déplacements de la part de Marchisio.

Deuxième mi-temps :

Au retour des vestiaires, Prandelli a d’ailleurs tenté de rééquilibrer ces forces offensives en faisant passer Montolivo à droite pour combiner avec Abate. De Rossi est passé à la gauche de Pirlo pour se retrouver à l’origine des mouvements de la paire Giaccherini-De Sciglio. Cet ajustement n’a toutefois pas tenu bien longtemps : Montolivo a rapidement retrouvé un rôle plus axial, alors que Marchisio se rendait enfin disponible pour son latéral droit. En face, le Mexique est revenu des vestiaires sur la lancée de sa fin de première mi-temps : Torrado et Zavala ne quittaient plus leurs positions devant la défense centrale, laissant à Giovani et Hernandez le soin de bloquer Pirlo et De Rossi.

Voyant l’Italie très entreprenante sur son aile gauche, De la Torre a décidé de boucler son côté droit en faisant entrer en jeu Mier à la place de Aquino. Le remplaçant a pris le poste de latéral droit, renvoyant Flores au marquage de De Sciglio dans l’entrejeu. Se comportant tel un troisième stoppeur, Mier couvrait le couloir lorsque Giaccherini tentait de prendre l’espace dans le dos de Flores. Avec le soutien de Zavala pour limiter l’influence de Montolivo, le Mexique est parvenu à réduire l’activité du côté fort de l’Italie (53e). Mieux, il a même commencé à se montrer de plus en plus efficace dans ses offensives, toujours grâce aux mouvements de Giovani dans le dos des latéraux italiens (Abate principalement). Avec Guardado et Hernandez en soutien, ils remontaient les ballons dans le camp italien en cherchant à finir côté opposé où ils recevaient le soutien de Flores. Derrière, leurs partenaires ne prenaient aucun risque et restaient en couverture.

De la Torre verrouille son couloir droit : passé milieu de terrain, Flores ne sort toutefois plus sur le porteur de balle italien dans l'entrejeu et se contente de bloquer le couloir (ici au marquage le long de la ligne de touche).

De la Torre verrouille son couloir droit : passé milieu de terrain, Flores ne sort plus aux abords de la ligne médiane et se contente de bloquer le couloir. Entré en jeu en défense, Mier peut lui quitter l’alignement pour marquer Giaccherini, permettant ainsi à son milieu de terrain (Zavala) d’évoluer plus haut pour s’opposer au porteur de balle. Dans le rond central, Giovani et Hernandez ne lâchent pas Pirlo et De Rossi.

En plein milieu du second acte, Prandelli a pris note des difficultés de son équipe : à partir du moment où le Mexique avait bloqué le couloir gauche, l’Italie ne parvenait plus à se montrer dangereuse autrement que sur phase arrêtée. L’entrée en jeu de Cerci à la place de Marchisio (68e) a fait passer l’équipe en 4-4-2, rééquilibrant de fait les armes offensives. Giaccherini et Montolivo se sont partagés l’animation et la défense du couloir gauche avec De Sciglio, celui n’y étant pas se retrouvant en position de deuxième attaquant derrière Balotelli. Cerci a lui offert un point d’appui sur l’aile droite, capable de relayer et de soutenir les montées de Abate. Dans le coeur du jeu, Pirlo et De Rossi étaient toujours à la baguette, désormais secondés par Chiellini et Barzagli ; les deux défenseurs profitaient du recul de Hernandez (à hauteur de Gio) pour porter le ballon dans le camp adverse et donner eux-mêmes le tempo des attaques placées.

Dix minutes après le changement de système, c’est une passe de De Rossi qui a permis à l’Italie de faire le différence plein axe. Bénéficiant d’une plus grande liberté grâce à la présence offensive de Chiellini au départ de l’action, le milieu de la Roma a trouvé Giaccherini entre les lignes adverses. En une touche, celui-ci a pu servir Balotelli, qui a fait la différence physiquement face à la défense mexicaine. Pour sa première grosse opportunité du match, l’attaquant du Milan AC ne s’est pas manqué et a permis à l’Italie de prendre l’avantage. Après ce but, les Azzurri ont géré sans difficulté le dernier quart d’heure, adoptant une « possession défensive » à l’Espagnole afin de tenir le ballon dans des zones non-occupées par leurs adversaires.

Fin de partie, l'Italie mène au score et ne cherche plus véritablement à attaquer. Elle profite de l'absence de pression adverse pour faire tourner le ballon au milieu de terrain grâce aux nombreuses solutions proposées au porteur de balle.

Fin de partie, l’Italie mène au score et ne cherche plus véritablement à attaquer. Elle profite de l’absence de pression adverse pour faire tourner le ballon au milieu de terrain grâce aux nombreuses solutions proposées au porteur de balle.

 

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5 réponses

  1. the teacha dit :

    trés bonne analyse, comme d’hab :)

    Le coach du Mexique à passé son match à répondre au problème tactique posé par l’Italie.
    On peut constater que le 4-3-2-1 reste un super système quand il est bien appliqué, le profil des joueurs de la Squaddra correspondent bien à ce sytème également. Balotelli doit progresser dans son jeu dos au but pour se servir davantage des soutiens qu’il à. Il prendrait moins de coup et s’enerverait moins.
    Je pense que l’ITalie à des chances d’aller en finale.

  2. Bonus67 dit :

    Je pense que Balotelli et l’Italie devront être bien plus percutants offensivement pour pouvoir gagner face au Brésil dans quelques jours…

  3. Ferguson dit :

    J’attendais impatiemment cette rencontre sachant que l’Italie partait favorite mais je ne m’attendais pas à un jeu aussi cohésif de la part du Mexique. L’Italie sort vainqueur mais avec des leçons à retenir.

  4. jAX dit :

    Exactement, The teacha, De la Torre n’a pu que corriger son équipe pour limiter le potentiel offensif tactique de l’Italie. Malheureusement, en face l’équipe était meilleure et il ne pouvait pas prendre le dessus dans le jeu.

    Ses offensifs ne sont pas mauvais, je pense que face au Brésil, il y a largement une carte à jouer. La Seleçao est une équipe trop individualiste aussi bien en attaque et en défense.

  5. RITAL dit :

    Le soucis de l’Italie reste et restera le peu de possession de balle qui les obligent a courir après le ballon et ne leur permet pas de s’économiser pour les phases finales comme face a l’Espagne.

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