Messi, le faux problème de l’Argentine

« Barcelone a volé l’essence historique du football argentin. » Dixit Sergio Batista après le seul succès de ses troupes lors de la dernière Copa America. Certains diront que l’Albiceleste a repris ces fondations aux Colombiens… Toujours est-il qu’après un nouvel échec sur la scène internationale, l’Argentine démarre un nouveau cycle avec Alejandro Sabella. Un cycle qui devra oublier Messi pour se concentrer sur d’autres problèmes…

Messi libéré :

Malgré l’élimination en quarts de finale, Batista pourra toujours mettre cela à son crédit face au bilan de son prestigieux prédécesseur. « El Checho » a su composer avec son effectif pléthorique en attaque pour mettre le double Ballon d’Or dans des conditions convenables. Pour rappel, lors du dernier Mondial, Maradona avait débuté en positionnant Messi en soutien de Higuain dans un 4-2-3-1, devant une paire Veron-Mascherano, avant de mettre sur le banc le vétéran de l’Estudiantes pour pouvoir ajouter un deuxième attaquant de pointe. Si les individualités ont permis aux Argentins d’atteindre les quarts de finale avec ce système, ils ont ensuite explosé face à l’Allemagne, Messi traversant la rencontre comme un fantôme.

Et pour cause. Le travail de pressing des quatre offensifs allemands a complètement bloqué la relance argentine, censée passer par les latéraux et la sentinelle. Dès lors, ces derniers avaient besoin des décrochages de leurs partenaires du milieu de terrain pour pouvoir ressortir proprement le ballon au sol. En deuxième rideau, les Allemands pratiquaient un marquage strict : les latéraux ne lâchant pas les deux joueurs de couloir argentins, et Messi se retrouvant dès lors obligés de décrocher très bas pour remonter lui-même les ballons après s’être remis dans le sens du jeu. Dès lors, il pouvait être d’abord ralenti par les offensifs allemands, présents dans sa zone de départ, avant de se retrouver face au duo Schweinsteiger-Khedira qui avait parfaitement su le contrôler et l’empêcher de se retrouver à pleine vitesse face à la défense centrale.

La suite est connue. L’Argentine déguste une leçon de football et rentre piteusement à la maison. Maradona part à Al-Wasl et Batista débarque avec de nouvelles idées. Juste avant la Copa America, il balance une petite bombe : « «Mon numéro neuf est Lionel Messi (…) L’Argentine ne va pas jouer comme Barcelone, mais je veux que Messi soit dans la meilleure disposition possible.» Le problème, c’est que Messi en numéro neuf, il n’y a que Barcelone pour se le permettre.

Messi, le faux neuf :

Le système mis en place par Guardiola avec Messi en pointe a atteint sa plénitude lors du Clasico comptant pour la demi-finale aller de la Ligue des Champions (remporté 2-0 par le Barça, voir l’analyse tactique). Derrière, même Manchester United n’a pas réussi à le prendre à défaut. Et aucune équipe n’a encore réussi à le faire au passage.

La première différence se fait à la relance. Que ce soit pour répondre ou non au pressing haut de l’adversaire, Xavi redescend à hauteur de Busquets, attirant généralement un adversaire à lui. En ajoutant les latéraux ainsi que Piqué, toujours capable de traverser le premier rideau adverse, cela fait cinq joueurs pour assurer la remontée du ballon. Dès lors, pas besoin d’un Messi pour décrocher. Néanmoins, l’Argentin le fait pour se retrouver dans l’axe, entre les deux lignes adverses et sur la même ligne qu’Iniesta. Accélérateurs de nature, les deux hommes sont généralement les premiers recherchés par la relance catalane afin de lancer les mouvements dans le camp adverse.

S’en suit le déploiement de l’équipe et la préparation de la phase offensive. De chaque côté, les latéraux montent et forment des triangles avec milieux et attaquants. Au moment de passer en phase de finition, Daniel Alves pousse jusqu’à se retrouver en position d’ailier, ce qui permet à l’attaquant (Pedro) de rentrer dans l’axe pour apporter sa présence dans la surface. Le triangle le plus important reste celui formé par Messi, Iniesta et Xavi. Les trois hommes multiplient les échanges en une touche, baladant l’adversaire dans l’axe en attendant la faille, que ce soit dans la profondeur ou par le biais d’un décalage sur l’aile. Bref, ce ne sont pas moins de sept joueurs qui travaillent en phase offensive… Sans compter les moments où Piqué ou Busquets dépassent leurs fonctions. Lorsque ce n’est pas le cas, il ne faut pas non plus oublier que les deux hommes forment, avec Puyol, un trio défensif chargé de couvrir toute la largeur du terrain, notamment pour permettre aux latéraux de rester très haut.

L’Argentine de Batista :

Ce schéma en tête, l’Argentine a donc débuté sa Copa America afin de retrouver ce type d’automatismes. Mais les débuts manqués face à la Bolivie (Messi, Lavezzi, Tevez devant Mascherano, Cambiasso, Banega) et la confirmation des ratés de cette formation face à la Colombie vont pousser Batista à revoir ses plans. Messi doit redescendre au milieu de terrain pour aider à la remontée des ballons et connaît des difficultés pour trouver Tevez et Lavezzi. Lors du troisième match face au Costa Rica, Batista fait donc glisser Messi à droite et aligne Di Maria, Aguero et Higuain à ses côtés.

Excentré, Messi se retrouve logiquement dans une zone moins peuplée en adversaire. Dès lors, ses décrochages pour aider à la relance argentine sont réellement efficaces. Il forme avec Gago et Zabaleta un triangle qui permet à l’Argentine de tenir le ballon au milieu de terrain. Devant, Higuain se charge de combler l’espace laissé par Messi sur l’aile pour y attirer des défenseurs et lui permettre de revenir dans l’axe pour retrouver la position où il est le plus dangereux pour un bloc défensif : face au but entre le rond central et les 20 derniers mètres adverses. A ses côtés, Di Maria tient le même rôle. A ceci près que les sorties de balle à gauche sont plus directes : Aguero restant devant, le Madrilène joue sur ses qualités de dribbles pour tenter des percées dans l’axe. Souvent, il oblige deux adversaires à venir à sa rencontre… Ce qui libère là aussi de l’espace pour Messi qui vient proposer une solution de passe sur la même ligne. Di Maria continuant sa course, Messi peut en plus gagner du champ si les milieux au marquage suivent son coéquipier.

On atteint alors la racine du problème de l’Argentine : le soutien apporté aux attaques. Lorsqu’il joue avec Barcelone, Messi évolue au sein d’une équipe capable de joueur avec sept joueurs dans les 30 derniers mètres en phase de préparation. Au sein de l’Albiceleste, ils ne sont que quatre : les montées des soutiens (latéraux et l’un des milieux axiaux) n’interviennent que lorsque la différence doit être faite. Pour l’expliquer, les hommes en couverture n’offrent pas les mêmes garanties que ceux du Barça et l’équipe n’a tout simplement pas les qualités techniques nécessaires pour organiser des triangles et faire tourner le ballon dans le camp adverse. Conséquence, les attaques sont plus rapides (dans le sens précipitée) ; les échecs sont logiquement plus nombreux et la défense adverse peut s’accorder des moments de répits en évitant les vagues successives.

Projection et conclusion foot-fiction :

S’il n’a pas permis à l’Argentine de réaliser le tournoi de ses rêves, le replacement de Messi à droite lui a clairement été bénéfique. Les statistiques avaient d’ailleurs parlé dans ce sens, Messi offrant trois passes décisives sur les quatre derniers buts argentins. Un constat qui met fin à deux lieux communs entendus sur le double Ballon d’Or et sa relation avec sa sélection : oui, il est au niveau et non, le problème ne vient pas d’une quelconque incompatibilité avec les autres attaquants. Vous l’avez compris, celui-ci vient plutôt de derrière : de joueurs de soutien ne pouvant logiquement pas soutenir la comparaison avec ceux du Barça. La remarque est valable pour les latéraux comme pour les milieux et les joueurs censés travailler en couverture. De toute façon, les automatismes d’une sélection n’atteindront jamais ceux d’un club, a fortiori celui du meilleur de la planète actuellement. Néanmoins, difficile de ne pas se demander ce qu’aurait pu faire Messi s’il était né dix ans plus tôt ; à l’époque où l’Albiceleste pouvait former un milieu avec Simeone, Redondo ou encore Veron et avoir la science du placement d’un Ayala en défense centrale. Si l’Argentine avait la bonne idée de sortir quelques pépites dans ces secteurs de jeu dans les années à venir, peut-être que les choses changeront…

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2 réponses

  1. Paul-Adrien dit :

    Super job.

    A mon sens, ce qui pose aussi problème c’est que Messi est un attaquant. Un attaquant d’une nouvelle forme, mais ça reste un attaquant qui dépend grandement du reste de l’équipe en dépit de son style de jeu qui laisse penser qu’il pourrait faire la difference solo.

    Ta comparaison foot-fiction est intéressante, mais à l’inverse, si on le met dans l’équipe de 1986, à la place de Maradona donc, je pense qu’il s’en sort encore moins.

    J’attends de voir Sabella, parce que même si il y a des lacunes dans le vivier Argentin, on peut remarquer que la liste pour la Copa de Batista est Domenechienne: En défense, Gaby Milito selectionné alors qu’il n’a pas joué cette année (Comme Gago), et pas Otamendi titulaire à Porto vainqueur du doublé liga-europa ligue. Au milieu, Pastore jamais testé. Les petits gars du pays oubliés : Maxi Moralez de Velez qui vient de rejoindre l’Atalanta pour 10 millions. Un vrai latéral gauche type Papa, etc. Son milieu à trois défensif… Lucas Biglia qui joue en Belgique…

    Je pense que ce qui manque également c’est un 10 dans cette génération. Riquelme joue en chausson, D’Alessandro est au Brésil, Aimar sans plus à Benfica. Bref, il en manque un pour la sélection. Quelqu’un qui puisse remplir le role de meneur que Messi ne peut pas occuper et qui déchargerai Messi.

  2. Aymeric dit :

    Je dis ça complètement au hasard, mais ça pourrait pas être intéressant de pousser le « foot-fiction » en imaginant Messi dans d’autres grands clubs ?? … Les problèmes qu’il rencontre en Équipe d’Argentine seraient sans doute les mêmes à l’Inter, Manchester ou Munich car la principale force du FC Barcelone c’est son quintette de l’axe (Piqué-Puyol-Busquets-Xavi-Iniesta qui peuvent être remplacé par Mascherano voire Keita – en attendant Alcantara-) qui lui garantit une qualité dans la relance et dans la préparation des actions … Messi n’est au final qu’un élément (d’immense talent certes) qui reste dépendant du collectif !!!

    Batista a fait l’erreur de vouloir jouer comme le Barça sans en avoir les moyens (c’est sûr que Redondo, Simeone ou Ayala sont un cran ou deux au dessus de Cambiasso, Banega ou Burdisso) mais y’a quand même les moyens de faire une bonne animation car les joeurus argentins sont quand même très bons ^^

    Messi est clairement un attaquant, mais son jeu est particulier car fait de décrochages incessants. Faudrait trouver un autre attaquant, dans le registre du pivot, sur lequel il pourrait s’appuyer. Après c’est une question d’animation, il faut du soutien de la part des milieux et/ou des latéraux et que les combinaisons fonctionnent … vaste chantier ^^

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