Quelques enseignements sur France Allemagne (2-0)

Un match qui ne va pas laisser de trace dans l’histoire du sport, mais qui a quand même permis aux Bleus de poursuivre sur leur lancée vers l’Euro 2016. Petit retour sur ce France-Allemagne côté terrain, en attendant le second test face à l’Angleterre ce mardi soir.

Les compositions : 

Didier Deschamps avait annoncé une rotation réduite pour ce rassemblement de novembre et c’est donc sans surprise qu’il a aligné une équipe ressemblant beaucoup à un onze-type… absences de Valbuena et Benzema exceptées. Blessé le mois dernier, Pogba fait son retour dans l’entrejeu aux côtés de Matuidi et Diarra.

Du côté de l’Allemagne, beaucoup plus de surprises à signaler à commencer par le système de jeu choisi par Joachim Löw. Le sélectionneur champion du monde présente en effet une équipe en 5-4-1 au coup d’envoi. Le jeune Rudiger en profite pour débuter dans l’axe aux côtés de Boateng et Hummels. Devant, Gomez fait lui aussi son retour sous le maillot de la Mannschaft.

France vs Allemagne - Football tactics and formations

La relance au révélateur du 5-4-1 allemand : 

Ce système de jeu mis en place par les Allemands a le don de perturber les circuits de jeu développés par les Français depuis la rentrée. La fameuse passe verticale des défenseurs centraux à destination des attaquants entre les lignes adverses est beaucoup moins facile à effectuer. En cause, des espaces considérablement réduits entre les lignes allemandes et beaucoup d’adversaires autour des destinataires (Griezmann, Giroud…).

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Les défenseurs des Bleus cherchent toujours des points de fixation entre les lignes allemandes…

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Mais la densité du 5-4-1 empêche souvent les enchaînements.

A défaut de pouvoir mettre de la vitesse à partir de ces premières transmissions, les Bleus s’en remettent aux changements de rythme permis par Anthony Martial et ses qualités de percussion. Avec un Griezmann en liberté entre l’aile droite et l’axe, le couloir gauche du Mancunien devient le côté fort des Français. Ses fixations sont accompagnés par les projections de Evra et Matuidi, qui posent des problèmes à Ginter et Rudiger.

Autre solution pour les Français, le jeu long dans le dos de la défense allemande. S’ils bloquent les relances courtes de Lloris grâce aux montées de Khedira pour épauler ses attaquants, les Allemands laissent ensuite des espaces aux Français dans leur moitié de terrain. Assez pour voir certains d’entre eux (Pogba, Varane) rechercher des solutions dans le dos de la défense allemande, qui a des soucis d’alignement (sans doute dues aux manques d’automatismes entre les trois défenseurs).

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A l’origine du premier but français, une ouverture de Pogba pour Martial, auteur ensuite d’un exploit individuel pour servir Giroud (46e).

Un pressing efficace… en début de partie :  

Depuis la rentrée, les Bleus sont beaucoup plus convaincants défensivement car impliqués collectivement. Ce match face à la force de frappe allemande était un excellent test et, même si la Mannschaft était loin d’être au complet, les Français ont été plutôt efficaces sans le ballon. Certes, Muller et Gomez ont eu des situations dans la surface de Lloris en première mi-temps, mais le portier de Tottenham n’a pas eu le moindre arrêt à faire (positions de tir excentrées pour les Allemands), signe d’une prestation d’ensemble réussie.

Celle-ci est d’abord passée par une bonne entame face à une équipe d’Allemagne assez passive. Le 5-4-1 de la Mannschaft pousse les joueurs de Löw à attendre la relance française dans leur moitié de terrain, ce qui permet aux Bleus de s’installer dans le camp adverse pour gêner leur relance. Laissant les défenseurs s’emparer du ballon, Giroud, Griezmann et Martial attendent ces derniers à la sortie de leurs 30 mètres. Objectif, les empêcher d’approcher le milieu de terrain pour trouver leurs attaquants.

Dans le coeur du jeu, Pogba et Matuidi se retrouvent face à Schweinsteiger et Khedira et ne leur cèdent pas de terrain. Devant sa défense, Diarra est présent pour éviter les surnombres que peuvent créer Muller ou Draxler lorsqu’ils décrochent. Seuls les latéraux allemands sont laissés libres sur ces séquences, l’objectif des Bleus étant d’orienter la relance allemande sur les côtés afin de l’enfermer (3 contre 2 sur les ailes).

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En première ligne, un trois contre trois pour s’opposer à la défense allemande. Dans l’entrejeu, des milieux fixés sur Schweinsteiger et Khedira et capables de coulisser sur les côtés pour aller bloquer les latéraux.

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Sur cette séquence, Matuidi abandonne Khedira pour bloquer Ginter. Résultat, Diarra sort à sa hauteur afin de récupérer le marquage.

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Muller décroche pour tenter d’offrir une solution supplémentaire. Evra laisse Diarra récupérer le marquage.

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En phase de repli, les Bleus cherchent à repousser l’Allemagne sur les côtés pour mieux l’enfermer. 

En position basse, une charnière solide : 

Au fil des minutes, l’Allemagne s’est toutefois mise au niveau des Bleus en se montrant bien plus entreprenante au milieu de terrain. Dans la foulée de Khedira, c’est tout le bloc allemand qui joue plus haut dans la deuxième moitié de la première mi-temps. Un repositionnement qui a le don de gêner les sorties de balle françaises ; celles-ci deviennent de plus en plus dépendantes du jeu de corps de Martial (appui dos au but) ou des remises de la tête de Giroud.

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En position plus avancée, l’Allemagne bloque les trois milieux français et s’appuie sur Draxler et Muller pour stopper la progression de Varane ou Koscielny.

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Ce travail en position plus avancée demande aux défenseurs d’être beaucoup plus proches des attaquants français.

Les Français ont moins de temps pour s’installer dans le camp allemand et la Mannschaft peut à l’inverse enfin développer son jeu à partir des premières passes de Hummels ou Boateng. Elle insiste particulièrement sur le flanc gauche en raison du positionnement plus bas de Griezmann (par rapport à Giroud et Martial), qui laisse souvent le champ libre au défenseur de Dortmund. Les Bleus se retrouvent à onze derrière… et les Allemands à onze dans le camp adverse sur certaines séquences.

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L’opposition des deux blocs : une France compacte et une Allemagne qui essaye d’exploiter au maximum la largeur pour trouver des solutions.

Les joueurs de Didier Deschamps tiennent bon malgré quelques enchaînements adverses efficaces (Müller 33e, Gomez 42e). En couverture, Varane et Koscielny se montrent à leur avantage sur les quelques séquences qui voient le reste du bloc dépassé. Dans l’axe, Diarra joue très bien son rôle d’« aide » par rapport à ses partenaires en signant 10 interceptions (sur 31 au total pour les Bleus) aux quatre coins de sa moitié de terrain. Dans les duels, les Bleus répondent aussi présents (74% de tacles réussis).

Conclusion : 

Les Bleus ont repris leur marche vers l’Euro 2016 là où ils l’avaient laissé. Face à une équipe supérieure à toutes les autres rencontrées jusqu’ici, bien que n’étant pas à son meilleur niveau, ils ont livré une prestation sérieuse et décroché une victoire qui leur permet d’engranger de la confiance. En attaque, Martial a confirmé qu’il risquait de peser lourd dans les mois à venir, tandis que derrière Diarra et Koscielny ont une nouvelle fois marqué des points pour leurs performances défensives.






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