Marseille 3-0 Borussia Dortmund, l’analyse tactique

« Men against boys, part. II. » Après avoir découvert la compétition des Grands face à Arsenal, le Borussia Dortmund a complètement coulé à Marseille. Face à un OM avant tout taillé pour bien défendre, le champion d’Allemagne a encore une fois manqué d’efficacité dans son jeu d’attaque. Mais surtout, à l’inverse de sa première sortie européenne de la saison, il a été puni par sa propre défense, auteur d’erreurs inadmissibles à ce niveau.

Les compositions :

Pour cette deuxième sortie européenne de l’année, l’OM doit composer sans Fanni, suspendu. Didier Deschamps relance donc Azpilicueta dans le couloir droit et installe Nkoulou en défense centrale aux côtés de Diawara : Mandanda (30) – Azpilicueta (2), Diawara (21), Nkoulou (3), Morel (15) – Diarra (4), Kaboré (12) – Valbuena (28), Lucho (8), Ayew (20) – Rémy (11).

Du côté du champion d’Allemagne en titre, Jurgen Klopp décide de reconduire exactement la même équipe qui avait concédé le nul sur sa pelouse face à Arsenal. Malgré son retour dans le groupe, Barrios est sur le banc : Weidenfeller (1) – Piszczek (26), Subotic (4), Hummels (15), Schmelzer (29) – Kehl (5), Bender (22) – Götze (11), Kagawa (23), Grosskreutz (19) – Lewandowski (9).

Première mi-temps :

La rencontre début par un round d’observation qui aboutit à un gros combat au milieu de terrain. Plus vif et mieux organisé, comme face à Arsenal, Dortmund remporte vite la possession de balle. Les deux ailiers (Götze et Grosskreutz) s’occupent des latéraux, Kagawa et Lewandoski gênent les relanceurs axiaux avec, parfois, l’aide de Kehl. Premier relais recherché par les Marseillais, Lucho est lui marqué par Bender et perd énormément de ballons. Résultat des courses, l’OM décide rapidement de limiter les risques et les ballons perdus dans son camp et allonge ses ballons de relance jusqu’à Rémy en pointe ou Ayew et Valbuena sur les côtés.

Servi aux abords de la ligne médiane, les deux excentrés de l’OM réussissent à faire des différences face à leurs adversaires directs. Juste devant, Rémy profite aussi des duels qui se jouent sur ces deux côtés pour aller chercher des espaces et de la profondeur sur les côtés. Exemple : quand Valbuena décroche, il est marqué par Schmelzer. Derrière, le couloir est ouvert : Rémy s’y décale pour demander un long ballon et se retrouve à jouer un duel avec Hummels, le défenseur central.


Petit saut dans le temps : c’est d’ailleurs ce qui arrive sur le second but marseillais.

Maîtres du ballon, les joueurs du Borussia reprennent l’une des recettes utilisées face à Arsenal. Redoutant de se faire mettre hors de position, le milieu de terrain marseillais ne sort que très peu et se déplace en fonction des éléments adverses les plus dagenreux. Sur les côtés, Ayew et Valbuena sont aussi poussés à défendre par les montées incessantes de Piszczek et Schmelzer pour occuper les couloirs. Résultat, face à une relance organisée autour de trois défenseurs (Subotic, Hummels et Kehl), il n’y a qu’un seul Marseillais, en l’occurence Rémy.

Résultat, Dortmund peut évoluer très haut. Les trois joueurs chargés de la première relance évolue quasiment dans le camp adverse. Devant, leurs partenaires évoluent entre les lignes marseillaises, dans des espaces très resserrés, le milieu de terrain marseillais resserrant les espaces avec sa défense selon leurs déplacements. L’intérêt est double pour Dortmund ici : avoir plusieurs joueurs dans une même zone pour pouvoir enchaîner une fois le ballon réceptionné et surtout, pouvoir mettre immédiatement la pression sur le porteur de balle adverse en cas de ballons perdus.

Problème, les longs ballons envoyés par les défenseurs allemands retombent en majorité sur des têtes ou des pieds marseillais. Chargé de jouer les points d’appui, Lewandowski se fait manger par la défense centrale marseillaise tandis que la présence physique de Diarra et Kaboré fait la différence sur les seconds ballons. Il n’y a que lorsqu’elle est prise dans son dos que la défense marseillaise sera mise en danger (cf. occasion de Götze, voir la capture). Souvent, cela viendra de ballons relancés d’un côté, lorsque le bloc marseillais tente de presser pour enfermer ses adversaires le long de la ligne de touche (Diarra et Kaboré plus haut, la défense n’est plus protégée, n’a plus de repères devant elle).

Mais dans la majorité des cas, l’OM maîtrise le jeu dans son propre camp et Dortmund a du mal à approcher les cages de Mandanda (4 tirs dont 2 cadrés et une grosse occasion malgré 60% de possession de balle et une grosse domination territoriale). Comme face à Arsenal, les Allemands se font punir de leur manque d’efficacité : sur un ballon remontée par Valbuena côté droit, Rémy profite d’une glissade de Subotic pour décaler Ayew dont la frappe des 20 mètres trompe Weidenfeller. L’OM mène et change son dispositif :  Lucho évolue plus bas, formant une première ligne avec Kaboré devant un Diarra qui retrouve son poste de prédilection.

L’ex-capitaine de l’équipe de France se retrouve ainsi dans la zone de Kagawa. Il est aidé par Kaboré qui veille aussi à couper les transmissions qui pourraient arriver dans son dos lorsque Götze rentre au coeur du jeu pour demander des ballons. Fort de ce duo, l’OM termine la première mi-temps avec sérénité. Dortmund ne semble n’avoir que les côtés pour lancer proprement le jeu dans le camp adverse (notamment via Piszczek…).

Deuxième mi-temps :

Et c’est justement sur ce côté droit que le Borussia décide d’insister au retour des vestiaires. Souvent servi en première mi-temps, Piszczek manquait de solutions. Mis à part Götze devant lui ou à ses côtés, personne ne venait s’aventurer dans cette zone. Le milieu Diarra-Kaboré coulissant et Ayew se repliant, le duo de Dortmund se retrouvait rapidement sans solution et Morel pouvait passer une soirée tranquille. Ce problème de soutien , Jugen Klopp le corrige à la reprise.

Tout est explicable par la capture ci-dessus, révélateur même s’il ne s’agit que d’une remise en jeu. Au lieu du seul Götze, ce sont désormais trois joueurs qui viennent occuper les zones autour du porteur du ballon : l’un en retrait jouant les soutiens pour ressortir et changer le jeu, l’autre sur la même ligne pour proposer une solution courte et un troisième en électron libre, capable de plonger si besoin dans le dos du latéral adverse. Reste alors six joueurs de champ allemands hors de cette zone pour compléter cette nouvelle animation offensive de l’équipe.

Le premier, c’est le second milieu de terrain. Hors-champ sur l’image, il profite de l’espace laissé par Marseille dans la première moitié de son propre camp (la zone marquée par la croix entre Valbuena et l’autre milieu du Borussia). Profitant du positionnement très bas de Lucho, ce joueur venu de l’arrière (Kehl le plus souvent) se retrouve ainsi dans une position idéale pour réorienter le jeu si nécessaire, offrant une solution courte après la sortie du couloir droit. A plusieurs reprises, il viendra ainsi dans cette zone pour renverser le jeu sur le flanc gauche où Grosskreutz (puis Perisic) reçoivent le soutien de Schmelzer venu de l’arrière.

Deuxième point très important de cette réorganisation : le positionnement des deux joueurs à vocation offensive qui ne participent pas à la préparation de l’action côté droit. Sur l’image ci-dessus, Lewandowski et Grosskreutz sont en effet tous les deux au second poteau, ce qui crée une situation d’égalité numérique dans la surface marseillaise. Pour peu que les centres arrivent au second poteau, le danger peut y être mis aussi. Construction d’un côté avant renversement du jeu de l’autre pour des joueurs lancés, voilà la recette de Dortmund qui troublera énormément l’OM dans cette deuxième mi-temps. Jusqu’à ce que Hummels ne fasse une énorme erreur défensive et ne laisse filer Rémy au but.

Conclusion :

Mis à part les trois points, que tirer de cette rencontre pour les Marseillais ? D’abord, une certaine cohérence défensive symbolisée par un très gros match de la paire Diarra-Kaboré. Ensuite, l’efficacité des attaquants dans l’exploitation des erreurs de l’adversaire, un indispensable pour faire mal en Coupe d’Europe aujourd’hui. Et enfin, le fait que le prochain adversaire des Marseillais se nomme Arsenal qui, au vu du match de Dortmund d’hier soir, est une sorte de Borussia 2.0 à l’échelle européenne, capable de faire des cadeaux à son adversaire, sur le jeu comme sur coup de pied arrêté. A une différence près : avec des contre-attaquants comme Gervinho ou Walcott et des joueurs précis dans leurs passes comme Van Persie, Ramsey ou Arteta, les pertes de balle des Marseillais dans leur propre camp seront clairement à proscrire, sous peine de voir les occasions, et peut-être les buts, défiler.

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