Marseille 1-2 Lille, l’analyse tactique

Enfin ! Pour la première fois de la saison, Lille a réussi à venir à bout de l’un des gros de cette Ligue 1 version 2010/2011. Après une grosse première période où Marseille s’en sort miraculeusement avec un seul but de retard, les Nordistes se sont pourtant faits peur après l’égalisation de Rémy. Le spectre du match aller, où l’OM l’avait remporté 3-1 dans des conditions similaires, flottait sur le Vélodrome mais la roue a finalement tourné du côté du jeu avec un but de Frau dans le money-time. Analyse du triomphe du jeu sur le physique.

Les compositions :

Douche froide à la découverte du onze de départ phocéen. Lille est, a priori, autant craint que Manchester United puisque Deschamps reconduit le 4-2-3-1 avec la paire Cissé-Kaboré devant la défense : Mandanda – Fanni, Diawara, M’Bia, Heinze – Cissé, Kaboré – Rémy, Lucho, Ayew – Brandao.

Côté Lillois, c’est le grand classique de Rudi Garcia : le 4-3-3 et les onze titulaires sont présents au coup d’envoi de la dernière étape de l’enchaînement Montpellier-Lyon-Marseille qui décidera du futur du LOSC dans ce championnat : Landreau – Debuchy, Rami, Chedjou, Béria – Mavuba, Balmont, Cabaye – Gervinho, Hazard, Sow.

Première mi-temps :

Mavuba-Lucho. C’est le duel-clé de cette première mi-temps. Schéma oblige, les milieux marseillais et lillois se sont retrouvés calqués l’un sur l’autre : Balmont dans la zone de Kaboré, Cabaye dans celle de Cissé et surtout Mavuba dans la zone du maître à jouer marseillais, Lucho. Côté phocéen, le schéma est simple : réussir à toucher l’Argentin dans l’axe de manière à ce qu’il écarte ensuite le jeu vers Ayew ou Rémy, qui resserre beaucoup dans l’axe, ou, au mieux, qu’il réussisse à se retourner et à trouver la profondeur.

Problème, il ne la trouvera jamais, la faute à un Mavuba excellent (et justement récompensé). Lui restait alors la possibilité de jouer en pivot au sol vers Ayew et Rémy. Mais la rapide ouverture du score de Hazard va chambouler les plans marseillais. Sitôt le but encaissé, Rémy monte d’un cran et s’installe aux côtés de Brandao tandis qu’Ayew navigue d’une aile à l’autre. Le Ghanéen se signale par plusieurs raids en solitaire dans la moitié de terrain lilloise mais sans jamais parvenir à conclure.

Étouffé par Mavuba, sans solution pour permettre à l’OM d’avancer, Lucho traverse la première mi-temps comme une ombre avant de sortir à la pause. Sur blessure a priori… Kaboré et Cissé n’ont pas été au mieux non plus. Leur principale cible cachée par Mavuba, les deux hommes ont souvent été mis sous pression par le duo Balmont-Cabaye. Résultat, plusieurs ballons perdus dans leur propre moitié de terrain et de nombreuses occasions pour le LOSC. Pour ne rien arranger, lorsque l’OM balançait, Brandao ne résistait pas non plus dans les duels, que ce soit face à Rami ou Chedjou.

Hazard-Gervinho. On vient de le voir, l’OM a eu beaucoup de mal à trouver le joueur censé accélérer le jeu dans la moitié de terrain lilloise. La faute à un marquage serré de Mavuba et à un cruel manque de solutions autour de lui. Les Lillois n’ont pas eu ce problème, d’abord parce qu’au lieu de n’avoir qu’un accélérateur, ils en ont deux. Si leurs registres sont bien différents, Gervinho et Hazard opèrent plus ou moins sur la même ligne. Le premier comble tous les intervalles laissés par l’adversaire sur les ailes, et rejoint parfois Sow sur le front de l’attaque. Le Belge travaille lui en priorité dans l’axe, s’excentrant pour combiner avec ses latéraux.

Cette capacité à couvrir toute la largeur du terrain les a rendus très difficiles à marquer pour la défense marseillaise. Leurs courses transversales attiraient forcément l’attention de Kaboré et de Cissé ce qui libérait ensuite des espaces pour Balmont et Cabaye. Ajouter à cela des couloirs bien ouverts pour les latéraux et vous obtenez une animation offensive qui a forcé le bloc marseillais (et ses ailiers) à reculer pour bien défendre… Et a donc laissé Brandao et Lucho (puis Rémy) bien seuls devant, entre Rami, Chedjou et Mavuba.

Deuxième mi-temps :

4-4-2. Deschamps ne perd pas de temps pour rectifier le tir. Dès la reprise, Gignac entre en jeu à la place de Lucho. L’objectif est simple. Avec son 4-4-2, transformable en 4-2-4 sur certaines phases, l’OM veut mettre la défense lilloise sous pression. Même sans maîtrise, la puissance de Gignac, Brandao, Ayew et Rémy peut suffire pour mettre n’importe quelle arrière-garde de L1 hors de position. Face à ce nouveau poids, Lille recule logiquement. Heinze et surtout Fanni peuvent enfin sortir de leur moitié de terrain et obligent les milieux lillois à venir aider à la fermeture des couloirs.

Autre conséquence de cette pression marseillaise, Mavuba doit reculer pour aider et couvrir ses défenseurs. Mais aucun Marseillais n’est en mesure d’en profiter. Lucho sorti, ni Kaboré ni Cissé n’ont les capacités pour se joindre à la pression dans l’axe et l’entrée de Cheyrou n’apporte rien dans cette zone. Le Marseillais est plus proche d’un box-to-box, présent au début et à la fin des mouvements, que d’un relayeur-capable de se muer en meneur pour faire la bonne passe en profondeur dans les 30 derniers mètres adverses. Résultat, Rémy réduit le score sur une mauvaise relance mais l’OM ne prend pas clairement le dessus sur son adversaire…

Contre. (…) D’autant plus que celui-ci continue à menacer le buts de Mandanda. En choisissant de fermer les couloirs en priorité par le biais de ces milieux de terrain, le LOSC conserve toujours un voire deux soutiens à Sow pour contre-attaquer. Si Hazard disparaît un peu de la circulation en deuxième mi-temps, Gervinho se crée plusieurs opportunités dans le dos de Fanni, beaucoup plus entreprenant et donc vulnérable dans son dos. Le LOSC se crée des situations de deux contre deux face à la défense marseillaise qui s’en sort de manière plus ou moins régulière.

Arrive alors le dernier quart d’heure, synonyme de changements pour Rudi Garcia. Emerson a déjà apporté de la fraîcheur côté gauche en remplaçant Béria. Gervinho puis Sow cèdent leurs places à De Melo (73e) et Frau (85e). Coïncidence, les trois hommes prendront part à l’action aboutissant au but de la victoire : Emerson au centre puisqu’il prend le dessus sur Fanni, De Melo dans l’axe à attirer les centraux marseillais au premier poteau et Frau à la finition qui jaillit devant Heinze. Un coaching payant pour Garcia, et ce n’est pas la première période.

Conclusion :

Si Lille peut fêter sa première performance probante face à un gros, ce match symbolise aussi les limites de l’OM version Deschamps. Le champion de France paye là son parti-pris faisant la part belle à la puissance physique au détriment de l’intelligence tactique. Faire reculer l’adversaire c’est bien, mais profiter des espaces qui s’ouvrent à ce moment-là, cela aurait été mieux. Toutefois, n’oublions pas qu’à deux minutes près, Deschamps aurait eu raison… Car quand on aligne Kaboré-Cissé d’entrée, on joue le nul soyons-en sûrs !

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