Marseille 0-0 Saint-Etienne, l’analyse tactique

Deuxième grand match de la saison et deuxième bonne opération pour les Stéphanois de Christophe Galtier. Conservant le schéma conservateur qui a fait leur force à Bordeaux, les Verts n’ont presque pas tremblé face à des Marseillais limités en phase offensive. Analyses des deux organisations et de quelques-uns des manques côté marseillais pour faire plier le bloc stéphanois.

Les compositions :

Assez discret depuis le début de la saison, Cheyrou reste sur la touche pour ce troisième match. Didier Deschamps lui préfère Kaboré pour densifier l’entrejeu aux côtés de Diarra et Lucho. Derrière, Azpilicueta semble être repassé devant Fanni alors que Diawara fait son retour en défense centrale  : Mandanda (30) – Azpilicueta (2), Diawara (21), Nkoulou (3), Morel (15) – Diarra (4), Kaboré (12), Lucho (8) – Valbuena (28), Ayew (20), Rémy (11).

Côté Stéphanois, Christophe Galtier titularise Batlles pour la première fois de la saison. Le milieu de terrain remplace numériquement Bergessio parti à Catane, Sinama-Pongolle héritant du poste à la pointe de l’attaque laissé vacant par l’Argentin. Perrin fait son retour à droite de la défense : Ruffier (1) – Perrin (24), Marchal (5), Mignot (12), Ghoulam (13) – Guilavogui (19), Clément (11) – Aubameyang (7), Batlles (10), Sako (26) – Sinama-Pongolle (14).

Le projet stéphanois :

Après avoir puni Bordeaux lors de la première journée, le bloc stéphanois a appliqué les mêmes recettes que lors de ce déplacement réussi en terres girondines. En phase défensive, les espaces sont réduits au minimum dans leur moitié de terrain. A la relance, aucun risque n’est pris ; l’équipe cherche à lancer le plus rapidement possible ses deux accélérateurs sur les ailes.

Lorsque les Verts n’ont pas le ballon, ils appliquent donc un repli défensif très rigoureux dans leur 40 mètres. Devant la défense, c’est une ligne de quatre joueurs qui se forme avec le repli de Sako et Aubameyang à hauteur de Clément à Guilavogui. Ces quatre joueurs ont a priori des adversaires directs bien définis : le retour des ailiers est fait pour fermer les couloirs face aux montées des latéraux adverses et le trio axial (Batlles, Guilavogui, Clément) est calqué sur le milieu marseillais. Guilavogui se retrouve dans la zone de Kaboré, Clément dans celle de Lucho. Devant eux, Batlles et Sinama-Pongolle forment une troisième ligne fixée dans l’axe et qui se place devant Diarra. Le but ici est d’empêcher toute possibilité de jouer vers l’avant au coeur du bloc stéphanois.

Conséquence de cette organisation, la mise en place des attaques marseillaises est repoussée sur les côtés. Les latéraux sont alors forcés de participer au jeu : récupérant généralement la charge de relancer, le déplacement sur la largeur du bloc stéphanois les obligent à poursuivre leurs actions pour créer des situations d’égalité numérique dans les couloirs (exemple à droite avec Azpi, Lucho et Valbuena face à Sako, Clément et Ghoulam). On touche là le point-clé du projet de jeu des Verts. Si le latéral adverse participe aux attaques, il se découvre forcément. Et à la course, ils ne sont que très peu en L1 à rivaliser avec Aubameyang et Sako. Une fois le ballon récupéré, la relance stéphanoise cherche le plus directement possible ses deux relais devant (Batlles et Sinama-Pongolle). Ces derniers ont alors la charge de libérer le ballon dans les couloirs, leurs ailiers, plus rapides, ayant pu se rendre disponible avant le repli des latéraux adverses.

Réaction marseillaise :

Bien décidé à se rassurer défensivement après deux matchs à deux buts encaissés, les Marseillais et leurs latéraux jouent la carte de la prudence. S’ils restent en soutien et posent la première pierre à la construction, Morel et Azpilicueta ne se livreront que très peu, uniquement sur de rares situations où le décalage sera crée dans l’axe.

Pour parvenir à des situations favorables, l’OM doit d’abord franchir le premier rideau formé par Batlles et Sinama-Pongolle. En passant par les côtés, les Marseillais trouvent plus de solutions en passant par la droite avec les automatismes existant depuis plusieurs saisons maintenant entre Lucho et Valbuena. Les deux hommes échangent leurs positions, Lucho se transformant en relais rapide pour un Valbuena entre les lignes adverses. Deuxième solution, réussir à franchir l’axe Batlles – Sinama-Pongolle pour pouvoir enchaîner ensuite face au duo Clément-Guilavogui. Première chose à faire : offrir un soutien à Diarra afin de dégager des angles de passes vers l’avant. C’est ainsi que Lucho et Kaboré décrochent à tour de rôle à hauteur de leur milieu récupérateur.

Deuxième tâche : offrir des solutions au porteur qui peut désormais atteindre la ligne du milieu de terrain stéphanois. Les ailiers adverses repliés, les deux latéraux sont disponibles. Dans l’axe, les déplacements de Valbuena et Kaboré ou Lucho fixent Clément et Guilavogui. Lorsque Kaboré décroche, Lucho et Valbuena se déplacent dans les zones des deux milieux de terrain stéphanois (en jaune). Lorsque Lucho décroche, Valbuena repique aussi dans l’axe tandis que Kaboré rentre dans les 30 derniers mètres pour traîner sur les seconds ballons qui pourraient être gagnés par Rémy au cas où l’Argentin décide de sauter le milieu adverse. C’est d’ailleurs sur l’une de ses actions que l’international français frappe le poteau de Ruffier en première mi-temps.

Ajustements et coaching :

Au coeur de la première mi-temps, Christophe Galtier fait permuter Batlles et Sako lorsque Saint-Etienne doit relancer ; un choix vraisemblablement fait pour donner du répondant à Diarra dans l’axe sur le plan physique, Batlles poursuivant son rôle de relais en position excentré, travaillant avec Sako repartant sur les extérieurs ou avec Ghoulam monté aux avants-postes (Valbuena ne redescendant pas ou très peu). Côté droit, Guilavogui en fait de même avec quelques raids de la droite vers le centre du terrain peu avant la mi-temps pour tenter d’attirer les milieux à lui et libérer des espaces pour Aubameyang ou Sinama-Pongolle.

Constatant l’animation marseillaise, Saint-Etienne resserre son milieu de terrain à la reprise. Aubameyang et Sako se rapprochent de leurs milieux défensifs et les six joueurs (avec Batlles et Sinama-Pongolle) tentent d’enfermer les quatre Marseillais présents dans leur zone pour récupérer les ballons plus hauts et contre-attaquer. Quelques ballons sont gagnés et si Mignot doit sauver les meubles sur un centre d’Ayew, les Verts sont tout près d’ouvrir le score sur un débordement d’Aubameyang conclu sur la barre par Sako. Le coaching conservateur des deux équipes combiné à la fatigue physique générale fera chuter inexorablement le rythme du match à partir de l’heure de jeu, les seules actions dangereuses résultant de phases arrêtés en faveur des Marseillais.

Conclusion :

Même si ce nul de l’OM apparaît comme une nouvelle mauvaise opération, il faut reconnaître que l’AS Saint-Etienne présente une formation extrêmement difficile à jouer quand elle se déplace. Simple, le projet de jeu n’en reste pas moins très efficace défensivement (les joueurs répondant présents dans les duels) et dangereux car poussant l’adversaire à découvrir les zones de prédilection des joueurs-clés des Verts lorsqu’ils ont le ballon. Un Ayew moins discret à la construction ou la présence d’un Amalfitano capable de créer le surnombre dans l’entrejeu aurait peut-être pu permettre aux Marseillais de mieux négocier ce match. Mais qu’ils se rassurent, d’autres se casseront les dents sur ce bloc vert pendant la saison…

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *