Manchester United 3-2 Manchester City, l’analyse tactique

Pour les férus de signes, cela augure du meilleur pour les hommes de Ferguson. Manchester United a remporté dimanche après-midi son quatrième Community Shield en cinq ans. Menés 2-0 par des Citizens très bien en place, les Red Devils ont renversé la vapeur grâce aux changements opérés à la mi-temps. Analyse avant/après.

Les compositions :

Si Aguero n’est pas sur la pelouse côté City, Alex Ferguson lance dans le grand bain ses deux principales recrues de l’été : David de Gea et Ashley Young, titularisé côté gauche. Chicharito absent, Welbeck est préféré à Berbatov aux avants-postes : De Gea (1) – Smalling (12), Ferdinand (5), Vidic (15), Evra (3) – Nani (17), Anderson (8), Carrick (16), Young (18) – Rooney (10), Welbeck (19).

De son côté, Roberto Mancini aligne une formation qu’il aurait pu composer avec son effectif de la saison dernière. Milner est associé à Touré et De Jong dans un milieu à trois. Devant, Balotelli et Silva doivent soutenir Dzeko en pointe : Hart (1) – Richards (2), Kompany (4), Lescott (19), Kolarov (13) – De Jong (34), Touré (42), Milner (7) – Balotelli (45), Silva (21) – Dzeko (10).

City : les forçats de l’axe

D’entrée de jeu, Manchester City fait le choix d’évoluer avec un milieu de terrain extrêmement densifié dans l’axe. Lorsque Manchester United relance, tous les joueurs sont derrière le ballon et participe à l’effort défensif. Le pressing n’est pas très intense, excepté sur quelques sorties de Yaya Touré. Tout est surtout fait pour enfermer le duo Anderson-Carrick dans l’entrejeu.

Dans cette optique, le premier travail d’importance est opéré par les trois attaquants. Lorsque Manchester United repart de derrière, Balotelli et Silva se replient dans l’axe pour se rapprocher de Dzeko et ainsi former une ligne de trois capable de couper la transmission entre Ferdinand-Vidic et Anderson-Carrick dans l’entrejeu. Si l’un de ces deux derniers décroche, il est alors suivi et pressé par Milner ou Touré qui ne lâchent pas le marquage. Ces sorties sont aussi permises par la présence de De Jong en couverture. Derrière, Kompany et Lescott se partagent le marque de Rooney et Welbeck, ne leur laissant aussi que très peu d’espaces en cas de décrochages.

City va ainsi gagner plusieurs ballons dans le camp adverse en première mi-temps, notamment grâce à Yaya Touré, très fort dans ce domaine. Malheureusement, si la participation de toute l’équipe à l’effort défensif permet de dominer l’axe, il empêche aussi la formation de Mancini d’enchaîner une fois le ballon récupéré. Lorsqu’un ballon est gagné par un joueur dans le camp mancunien, les seules solutions qui s’offrent à lui sont latérales : il manque un appui devant pour pouvoir enchaîner rapidement.

MU prend les ailes :

S’il n’inquiète pas vraiment la défense mancunienne, ce gros travail dans l’axe des Citizens oblige Ferdinand et Vidic à relancer de très bas pour ne pas risquer de perdre un ballon très dangereux sans que personne ne puisse couvrir derrière. L’axe bouché, United va prendre les couloirs pour remonter le terrain et construire ses attaques.

Ainsi, Smalling et Evra n’hésitent pas à évoluer très haut dans le camp adverse. Ferdinand et Vidic allongent les passes pour les atteindre. Derrière, l’enchaînement de l’action dépend de combinaisons avec les ailiers (Nani avec Smalling, Young avec Evra) puis avec les attaquants. La plupart des attaques en première mi-temps viendront du duo Evra-Young côté gauche, soutenu par Rooney ou Welbeck. Une fois le ballon arrivé dans les 30 derniers mètres, Manchester United tente ensuite de revenir dans l’axe grâce aux déplacements dans les intervalles de son quatuor offensif. Ainsi, Nani se retrouve à plusieurs reprises dans l’axe à la finition de mouvements démarrés côté gauche.

Malgré quelques frayeurs, la défense de City tient le choc. La maîtrise de l’entrejeu permet à Mancini de libérer Milner aux alentours de la demi-heure de jeu. Jusqu’ici, en phase offensive, les milieux de City n’avaient pas fait le moindre appel, laissant le travail de prendre la profondeur à leurs latéraux (Richards et Kolarov). Le but était ici de conserver quoiqu’il arrive l’organisation dans l’entrejeu pour bloquer immédiatement United en cas de perte de balle. Le dernier quart d’heure de la première mi-temps voit Milner se joindre à Silva et Balotelli en soutien de Dzeko, Touré restant aux côtés de De Jong. L’ancien joueur d’Aston Villa obtient le coup-franc entraînant l’ouverture du score (Silva pour la tête de Lescott).

L’entrée de Cleverley :

Dzeko ajoutant un second but juste avant la mi-temps, Sir Alex Ferguson doit revoir ses plans. S’ils permettent de construire des triangles intéressants sur les ailes, Rooney et Welbeck n’ont aucune influence dans l’axe, évoluant sur la même ligne, coincés entre Kompany-Lescott et le milieu adverse. Chicharito absent, Berbatov n’offrant pas le travail en profondeur qui pourrait faire reculer la défense adverse, Ferguson décide de changer ses relanceurs. Ferdinand et Vidic sont remplacés par Evans (23) et Jones (4) tandis que Cleverley (35) prend la place de Carrick.

Prêté à Wigan la saison dernière, Cleverley va complètement changer la donne au milieu de terrain. Plus mobile que Carrick, il évolue dans le même registre que Anderson. Si, en première mi-temps, le milieu de City a pu museler le Brésilien, la présence d’un second joueur au rôle similaire le désunit complètement. Capable de se projeter vers l’avant et de suivre les actions, à la manière d’un Fletcher ou d’un Scholes, Cleverley apporte notamment des solutions côté droit, évitant ainsi le dézonage forcé d’un attaquant pour venir combiner. Logiquement, il est suivi par son adversaire direct, ce qui libère un intervalle dans l’axe pour le décrochage d’un attaquant qui permettra ensuite de poursuivre le mouvement.

Dans l’axe, Anderson profite des espaces provoqués par l’entrée de Cleverley. Désorganisée, le premier rideau défensif de City laisse des failles dans lesquelles Manchester United peut s’engouffrer à coups de une-deux et autres échanges en une touche de balle. Derrière, la couverture est assurée par trois défenseurs : Evra puis Rafael sont plus sur la défense que Smalling, Evans et Jones sortent eux tour à tour pour ratisser les ballons dégagés par la défense adverse et jouer les duels avec Dzeko pour annihiler les possibilités de contre de City. Le second se montre d’ailleurs particulièrement doué dans cet exercice. En un quart d’heure, Manchester United revient au score grâce à cette réorganisation.

Barry écope, Nani achève :

Quelques secondes après l’égalisation, Mancini fait sortir Balotelli au profit de Barry. Un changement qui ajoute un joueur supplémentaire aux côtés de De Jong, permettant de voir venir plus sereinement les attaques mancuniennes. Les Citizens passent en 4-2-3-1 avec Touré en soutien direct de Dzeko. Mais l’Ivoirien doit aussi assurer le travail de relance avec Silva ce qui esseule le Bosnien seul devant, en faisant une proie facile pour Evans et Jones. Les entrées de Johnson et de Clichy (pour animer le côté gauche, Silva repiquant constamment dans l’axe) ne permettent pas à City de ressortir la tête de l’eau. Manchester United maîtrise son sujet pendant la dernière demi-heure… Mais a désormais des difficultés pour prendre à défaut les six joueurs à vocations défensive de City.

Il faudra une mésentente entre Clichy et Kompany pour permettre à Nani d’aller marquer le but de la victoire au bout des arrêts de jeu. Un succès logique pour la formation d’un Sir Alex Ferguson encore une fois très bien inspiré alors que son équipe était dos au mur.

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2 réponses

  1. Virgile dit :

    Belle analyse
    j’ai noté deux points intéressants lors de cette rencontre: le boulot incroyable et incessant d’Anderson, absolument partout au milieu et les montées de Smalling. D’ailleurs un petit schéma pour m’expliquer comment il se retrouve plusieurs fois dans le dos de Kolarov m’intéresserait.

  2. Merci du compliment. Pour les montées de Smalling, sans aller jusqu’à faire un schéma, on peut les expliquer par le marquage de Kolarov sur Nani. Balotelli ne suivant pas Smalling jusqu’à s’aligner avec la défense, celui-ci s’est souvent retrouvé en liberté sur l’aile.

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