Manchester United 3-0 Tottenham, l’analyse tactique

A peine deux journées disputées et déjà les deux clubs de Manchester prennent les devants en Premier League. Ce lundi, United a parfaitement répondu à la victoire de City à Bolton. Opposés à Tottenham qui a joué en Ligue Europa pendant la semaine, les Red Devils ont dû patienter une mi-temps pour pouvoir gagner la bataille du milieu de terrain. Ceci fait, ils ont déroulé et dominé des Spurs qui n’ont que très peu de choses à regretter, si ce n’est quelques opportunités très mal négociées.

Les compositions :

Privé de Ferdinand et de Vidic, tous les deux blessés face à West Brom, Sir Alex Ferguson fait confiance à la très jeune paire composée par Evans et Jones en défense centrale. Samlling est reconduit à droite, tout comme Cleverley dans l’entrejeu et Welbeck devant pour épauler Rooney. Les deux hommes sont encadrés par Young et Nani sur les côtés : De Gea (1) – Smalling (12), Jones (4), Evans (6), Evra (3) – Anderson (8), Cleverley (23), Nani (17), Young (18) – Rooney (10), Welbeck (19).

Du côté des Spurs, Harry Redknapp doit faire avec l’absence de son maître à jouer, Modric, a priori partant. Le Croate est remplacé par son compatriote, Kranjcar, qui se retrouve aux côtés du jeune Livermore au milieu de terrain. Autour, c’est du classique. A noter la présence de Walker qui avait brillé lors de l’Euro Espoirs, à droite de la défense : Friedel (24) – Walker (28), Kaboul (4), Dawson (20), Assou-Ekotto (32) – Livermore (29), Kranjcar (21), Lennon (7), Bale (3), Van der Vaart (11) – Defoe (18).

Schémas calqués :

Organisée toutes les deux dans leur 4-4-2 habituel, les deux équipes se neutralisent au cours d’une première mi-temps très rythmée. Calqués l’un sur l’autre, les deux schémas de jeu ne laissent que peu d’espaces et seules les dézonages et autres dépassements de fonction permettent de libérer des positions d’attaque intéressantes.

Des deux côtés, cela se passe sur le côté gauche. Dès les premières secondes de jeu, Rooney passe dans le dos de Walker, au pressing sur Young. Attirant Dawson à lui, il remet dans l’axe à Young qui prend de vitesse son adversaire direct en plein repli pour aller centrer. United développe plusieurs attaques du même type durant le premier acte, Evra montant aussi pour créer des triangles avec ses deux partenaires. Cette activité sur le flanc gauche oblige le milieu des Spurs à s’adapter pour ne pas découvrir sa défense. Ainsi, Livermore évolue plus en retrait que Kranjcar pour pouvoir prêter main forte au duo Lennon-Walker lorsque cela est nécessaire. Ce recul permet de libérer Cleverley qui se montre plus entreprenant offensivement que Anderson en premi!re mi-temps.

Dans l’autre camp, les Spurs penchent aussi à gauche en première période. Si Assou-Ekotto occupe un rôle beaucoup plus prudent qu’à l’accoutumée, il se charge des premières relances sur Kranjcar, Bale ou Van der Vaart qui évolue comme d’habitude entre les deux lignes adverses. Décidés à éviter toute possibilité de démarrage de Bale, Ferguson colle Smalling à ses basques lorsqu’il décroche et Anderson lorsqu’il tente de rentrer au milieu de terrain. S’il démarre, les Mancuniens tentent de l’arrêter à deux. Van der Vaart est lui suivi comme son ombre par Jones. A l’instar de Cleverley côté mancunien, Kranjcar a plus souvent l’opportunité de monter aux avants-postes. Malheureusement pour les Spurs, il ne sera que très rarement trouvé dans les 30 derniers mètres.

La différence Rooney :

Au cours du premier acte, les deux formations livrent en fait bataille pour remporter le milieu de terrain et forcer l’adversaire à reculer. Car si les milieux adverses reculent, c’est tout le bloc qui peut monter et se déployer dans le camp adverse. Et dans ce cas, les montées des latéraux obligent le repli des ailiers, éloignant ces derniers de leurs attaquants qui se retrouvent en général esseulés…

Très actif sur l’aile gauche en début de partie, Rooney change la physionomie de la rencontre lorsqu’il commence à travailler plus bas, avec le duo Cleverley-Anderson (voir le chalkboard). A l’inverse de Manchester United qui met Van der Vaart sous pression à chacun de ses décrochages, la ligne de défense de Tottenham reste sur la même ligne, peu importe les déplacements verticaux de Rooney. Il faut dire que les automatismes de MU dans ce domaine sont rôdés. Lorsque Rooney décroche, les ailiers évoluent naturellement plus haut : la construction est assurée par Rooney, Cleverley et Anderson dans l’axe, qui bénéficient des appuis de Evra et Smalling sur les côtés. Plus fort physiquement, les Mancuniens mettent le pied sur le ballon grâce à cette configuration.

Une fois dans le camp adverse, les automatismes se mettent en place pour faire reculer le bloc des Spurs. Rooney, Cleverley et Anderson sont chargés de prendre les intervalles dans l’axe. Côté gauche, Young évolue très haut et fixe Corluka sur l’aile alors que Evra tente de percer le premier rideau adverse en rentrant dans l’axe. A droite, c’est l’inverse. Nani évolue généralement plus bas que Smalling et dans un registre attiré par l’axe du terrain. Ses tentatives dans le dos des milieux adverses poussent ces derniers à reculer et son adversaire direct à resserrer dans l’axe. Conséquence, la plus grosse menace en contre pour United, Bale, se retrouve à plusieurs reprises en position de cinquième défenseur afin de fermer le couloir face à la présence quasi-constante de Smalling dans la zone.

Suite et fin :

Condamné à reculer, le bloc de Tottenham se fait logiquement punir par les milieux mancuniens, désormais plus proches de leurs attaquants et libérer de toute pression adverse. Cleverley a ainsi assez de temps pour ajuster un centre parfait pour Welbeck ; puis Anderson combine parfaitement avec le jeune attaquant anglais pour faire le break. Comme un symbole (dédicace), c’est le troisième membre du triangle axial décisif dans la prise en main de ce match qui clôt le score (Rooney sur un centre de Giggs).

Complètement éteint en fin de rencontre, les Spurs ont, en plus de la bataille tactique perdue, payé les efforts réalisés en semaine face aux Hearts of Midlothian. Leur première mi-temps avait été annonciatrice de ce qui les attendait. Pratiquant habituellement un jeu très direct et gourmand en énergie, ils s’étaient signalés par de longues phases de possession de balle, semblant préférer faire tourner et contrôler que se livrer et risquer de le payer. A partir du moment où ils n’ont plus eu les joueurs devant pour faire office d’appuis et organiser ensuite la circulation, ils ont très rapidement plongé sur le plan physique.

Extra – Les Chalkboards du match :

L’analyse étant assez classique s’agissant de Manchester United, voilà quelques liens vers des chalkboards pour l’illustrer et la rendre peut-être plus évidente pour certains.

1 / Tottenham qui penche à gauche en première mi-temps : cliquer ici
2/ Les passes effectuées par Manchester – Première (en haut) et deuxième mi-temps (en bas) : cliquer ici
3/ Les passes effectuées par Wayne Rooney – Deuxième et première mi-temps : cliquer ici
4/ Les zones d’action de Ashley Young – Deuxième et première mi-temps : cliquer ici
5/ La participation au jeu de Chris Smalling – Deuxième et première mi-temps : cliquer ici

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