Manchester United 2-3 Athletic Bilbao, l’analyse tactique

L’affiche était très alléchante, elle est allé au-delà de toutes les espérances. Venue sans complexe à Old Trafford, la jeune équipe de Marcelo Bielsa est allée chercher un succès qui restera longtemps dans les mémoires, surtout si elle confirme la semaine prochaine à San Mamès. Retour sur l’un des plus beaux matchs de cette saison 2011/2012.

Les compositions :

Malgré quelques cadres laissés sur le banc de touche (Carrick, Nani, Ferdinand…), Manchester United s’est présenté sur la pelouse avec une équipe capable d’inquiéter n’importe quel adversaire. Rooney est associé à Hernandez devant. Le duo Jones-Giggs a lui été choisi pour organiser le jeu des Red Devils. Derrière, Smalling et Evans formaient la défense centrale : De Gea (1) – Rafael (21), Smalling (12), Evans (6), Evra (3) – Jones (4), Giggs (11), Park (13), Young (18) – Rooney (10), Hernandez (14).

Du côté de Bilbao, l’équipe qui a débuté la rencontre était quasiment identique à celle qui avait fait l’objet d’une précédente analyse à l’occasion d’un déplacement sur la pelouse du Real Madrid. Un seul changement est à signaler, l’entrée de Aurtenetxe au poste de latéral gauche à la place de Amorebieta : Iraizoz (1) – Iraola (15), Javi Martinez (24), San José (6), Aurtenetxe (3) – Iturraspe (8), Ander Herrera (21), De Marcos (10) – Muniain (19), Susaeta (14), Llorente (9).

Le pressing de l’Athletic :

Organisé dans son habituel 4-3-3, l’Athletic Bilbao a débuté la rencontre dans le plus pur style des équipes de Bielsa. D’entrée, la pression a été mise sur la relance adverse, et particulièrement sur les quatre joueurs de transition du 4-4-2 mancunien. Muniain et Susaeta sortaient à pleine vitesse sur Rafael et Evra dès qu’ils recevaient le ballon. Dans l’entrejeu, De Marcos et Ander Herrera ne laissaient pas le moindre pouce de terrain à Jones et Giggs. Derrière, les défenseurs suivaient leurs adversaires directs au cas où ceux-ci décrochaient : se trouvant dans sa zone, Iturraspe se chargeait de suivre Rooney et les latéraux de l’Athletic en faisaient de même avec Park (à gauche) et Young (à droite).

Petit à petit, Manchester United s’est néanmoins défait de l’emprise de son adversaire, grâce aux déplacements combinés de ses joueurs de couloir. Seuls joueurs laissés libres par le pressing adverse, Evans et Smalling se sont chargés de la première passe (en jaune). Giggs et Jones étant marqués et sous pression, Manchester étaient dans l’obligation de chercher directement son quatuor offensif.

Par des courses latérales, Rooney a ainsi libéré la zone derrière la première ligne adverse, entraînant Iturraspe avec lui (en blanc). Park et Young ont eux repiqué dans l’axe, attirant naturellement les latéraux de l’Athletic. Conséquence, des espaces se sont ouverts dans les couloirs pour les montées des latéraux (en orange). Tout se jouait alors sur la capacité de ces derniers à enchaîner malgré le repli des ailiers adverses. Evra a ainsi devancé à plusieurs reprises Susaeta en début de partie, permettant à Manchester de pénétrer dans les trente derniers mètres adverses. Autre possibilité, Park et Young rentraient aussi dans l’axe pour offrir un appui afin de faire reculer le milieu adverse et remiser ensuite pour Giggs et Jones qui se retrouvaient face au jeu et avec un peu plus de champ libre.

Bilbao conserve la maîtrise du jeu :

De cette manière, Manchester United a réussi sa première mission : calmer les envies de pressing de son adversaire. Le temps de quelques minutes, car au-delà de leur travail défensif, les Basques ont surtout impressionné de par leur maîtrise technique et leur capacité à tenir le ballon dans le camp adverse. Excepté en fin de rencontre (voir par ailleurs), Manchester United n’a jamais réussi à étouffer son adversaire comme il peut en avoir l’habitude.

Premier élément d’explication, le très grand match de Llorente à la pointe de l’attaque de l’Athletic. Dès le début de la partie, l’international espagnol a pris la mesure de ses adversaires directs (Smalling et Evans) et les a dominés dans les airs. Si le jeu le nécessitait -un côté bien fermé par United par exemple-, Bilbao pouvait ainsi varier jeu court et jeu long en usant de la relation Javi Martinez-Llorente. Le milieu défensif, reconverti défenseur central par Bielsa, profitait alors de l’absence de pressing dans sa zone (Manchester n’alignant que Hernandez en attaque) pour faire parler sa qualité de relance et Llorente finissait le travail en bénéficiant des soutiens de Muniain ou De Marcos, deux joueurs toujours prompts à suivre les seconds ballons.

A l’instar de Lyon face à l’APOEL hier, le milieu de Manchester a dû prendre en compte la domination de Llorente dans les airs et a donc reculé pour protéger sa défense. Résultat, le bloc mancunien n’a jamais été en mesure de s’installer dans le camp adverse, d’autant que pendant presque la moitié de la rencontre, l’équipe a avant tout cherché à conserver ses cages inviolés, limitant par conséquent les prises de risques. Bilbao a donc pu relancer tranquillement au sol et, comme il le fait habituellement, trouver ses latéraux pour lancer ses mouvements dans le camp adverse.

De la relance à la construction, Bilbao change de phase lorsque le latéral reçoit le ballon. Dans un 4-3-3 traditionnel et conservateur, trois joueurs restent à l’arrière et les latéraux montent à hauteur des deux milieux de terrain relayeurs (en blanc ci-dessus). Mais Bilbao procède différemment et l’a confirmé à Old Trafford. Sitôt l’équipe en position, deux joueurs changeaient de zone. Dans le cas montré ci-dessus, De Marcos quitte l’alignement pour offrir une solution derrière l’axial gauche -Giggs- de Manchester United (en orange). Ce dernier se retrouve alors encadré par deux adversaires (en rouge). Depuis son aile gauche, Muniain rentre dans l’axe pour aller évoluer dans la zone de l’axial droit (en orange), l’empêchant ainsi de couvrir son partenaire sous peine d’ouvrir une brèche plein axe (en rouge). Un carré se crée sur l’aile droite à partir duquel le jeu peut se développer grâce à la technique des Basques, transformant le milieu gauche de MU en un simple toro.

La plupart du temps, le joueur libéré se trouvait être le milieu axial resté en position (ci-dessus, Ander Herrera). C’est autour de lui que s’organisaient ensuite la fin de l’attaque. Venu de l’arrière, un joueur venait en soutien à ses côtés (ci-dessus, Iturraspe) au cas où le jeu avait besoin d’être réorienté ou renvoyé vers les défenseurs. Devant, trois joueurs au minimum -cinq au maximum- étaient susceptibles d’offrir des solutions : les latéraux -ou Susaeta- pour déborder et centrer, Llorente, Marcos ou Muniain dans la profondeur ou pour jouer entre les lignes en attendant de trouver la faille. Dernier joueur capable d’apporter dans la surface, le latéral à l’opposé de l’action suivait parfois les mouvements pour terminer au second poteau. Iraola s’y est essayé à plusieurs reprises lorsque Bilbao passait par le côté gauche. Dans ce couloir, la plupart des lancements de jeu était l’oeuvre de la paire Aurtenetxe-Muniain, comme sur le plus beau but de la soirée.

En faisant un arrêt sur image sur le début de l’action, il est possible de parfaitement voir l’animation de l’Athletic : deux joueurs sur la même ligne au départ de l’action puis -ici- cinq en mouvement entre les lignes adverses. Ensuite, c’est la finesse technique de l’équipe qui fait la différence, avec la merveille de passe de Ander Herrera et la finition signé De Marcos.

Le dernier plan de Manchester :

Paradoxalement, ce second but est intervenu alors que la maîtrise de Bilbao n’en finissait plus de s’étioler. L’entrée de Anderson à l’heure de jeu avait en effet entraîné une modification du système de jeu mancunien qui a posé des soucis à la relance de l’Athletic. Manchester United est alors passé dans un système bien adapté à l’Athletic, mêlant 4-5-1 et 4-4-1-1. Premier élément très important, l’entrée en jeu de Carrick a permis aux Red Devils d’évoluer avec une sentinelle capable de diminuer l’influence de Llorente sur les longs ballons.

Cette présence pour protéger l’axe de la défense mancunienne a ensuite permis aux milieux de se livrer et de se montrer plus agressif. Ainsi, Anderson est sorti au pressing, allant perturber le trio chargé de la relance (Iturraspe en tête) avec Hernandez. Les défenseurs de l’Athletic ont alors perdu plusieurs ballons dangereux au niveau de la ligne médiane. Mais l’explosivité n’était pas au rendez-vous du côté des Red Devils et très peu sont ceux qui ont abouti sur une action compliquée à négocier pour Iraizoz, la faute aussi à un excellent repli défensif des milieux de terrain basques.

Conclusion :

Après la victoire de Naples face à Manchester City en Ligue des Champions, voilà certainement la seconde performance de très haut niveau d’un underdog face à un favori cette saison. L’Athletic Bilbao a réalisé une véritable démonstration de force à Old Trafford face à des Red Devils qui n’ont jamais su véritablement se mettre au niveau. Après avoir encaissé le but tant craint en première mi-temps, on aurait pu les croire capable de revenir avec plus d’ambitions à la reprise. Ils en ont tout simplement été empêchés par une très grande équipe. Le match retour s’annonce d’ores et déjà grandiose, car après avoir tenu le ballon et placé ses attaques, Bilbao pourra retrouver son autre grand amour : le contre.

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5 réponses

  1. erick dit :

    l’équipe est venue sans complexe comme tu dis, l’équipe a été incroyablement généreuse et pas avare d’effort. Ca me rappelle le match d’arsenal contre milan mais en plus discipliné. Je suis fan de cet équipe depuis la présence de Bielsa!!!

  2. jojofoot225 dit :

    Encore une fois tout cela prouve que ceux qui pensent que l’Europa ligue est une compétition pour équipes de seconde zone se trompent énormément.
    J’ai particulièrement apprécié le travail de fixation de Llorente.Celui là est un grand tant physiquement que tactiquement. N’ es-ce pas Mr Toniutti?

  3. aziz dit :

    Je pense que cet Athletico est vraiment costaud. ça combine bien. ça sera dur pour le Barça en finale de copa del Rey.

  4. erick dit :

    tu as raison jojo à propos de llorente, grosse prestation en pointe, dommage que brandao n’a pas son niveau lol (pro-marseillais)

  5. jojofoot225 dit :

    erick ..lol vraiment dommage pour les marseillais.je le vois bien comme attaquant titulaire de l’Espagne à l’Euro.Même si Soldado beaucoup plus plus remuant sera peut être choisis par le coach

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