Manchester United 2-1 Marseille, l’analyse tactique

« Le théâtre des regrets. » Certains (@les3points) ont eu le nez creux sur Twitter (pour me suivre) en anticipant ce titre qui est apparu un peu partout au coup de sifflet final. Oui, l’OM peut avoir des regrets car plusieurs faits de jeu ont été à son avantage. Le forfait de dernière minute de Vidic, la blessure de O’Shea puis celle de Rafael, tout était là pour que les attaquants marseillais puissent bouger une défense mancunienne de fortune. Volontaires, Rémy et Ayew s’y sont employés. Mais ils ont évidemment très loin du rendement de Rooney, Giggs ou Chicharito, toujours aussi réalistes.

Les compositions :

Surprise à la découverte du onze mancunien, Vidic, pourtant annoncé partant, est finalement forfait. Il est supplée par Brown dans l’axe aux côtés de Smalling. Histoire d’assurer le coup, Ferguson préfère alors aligner O’Shea plutôt que Rafael sur le côté droit. Carrick et Nani sont eux bien de retour alors que Hernandez est aligné en pointe au détriment de Berbatov : Van Der Sar – O’Shea, Smalling, Brown, Evra – Nani, Scholes, Carrick, Giggs – Rooney, Hernandez.

Pourquoi Chicharito ? L’avant-match tactique avait passé outre cette possibilité mais la préférence de Ferguson pour le Mexicain à la place de Berbatov peut se comprendre aisément. Plus vif et plus mobile, Hernandez possède un profil beaucoup plus gênant pour des défenseurs comme Diawara ou Heinze que celui du Bulgare, plus lent et souvent en difficulté quand le défenseur montre assez d’agressivité.

Côté Marseillais, Deschamps décide de reconduire dans son intégralité le onze qui est allé s’imposer à Rennes vendredi dernier. Par rapport au match aller, Taïwo, Cheyrou et Gignac remplacent numériquement Cissé, Kaboré et Brandao. Le premier repousse Heinze dans l’axe qui fait avancer M’Bia au milieu de terrain aux côtés de Cheyrou et Lucho : Mandanda – Fanni, Diawara, Heinze, Taïwo – M’Bia, Cheyrou, Lucho – Rémy, Ayew, Gignac.

Une entame cauchemardesque…

… Malgré de bonnes intentions. En effet, l’OM rentre dans son match avec l’envie de gêner un maximum la paire Scholes-Carrick, garante de la distribution dans le système de Ferguson. Plutôt que d’attendre replié dans leur moitié de terrain, les Marseillais font le choix de mettre les deux Anglais sous pression. Cheyrou sur Carrick, Lucho sur Scholes et inversement, les milieux marseillais veulent les forcer à jouer latéralement ou vers l’arrière. Gignac participe même à l’effort défensif en venant se placer entre les deux hommes pour empêcher les transmissions de l’un à l’autre (flèche rouge et double trait blanc).

Malheureusement pour les Phocéens, ce travail du milieu de terrain n’est pas suivi par la ligne de défense qui reste méfiante sur les longs ballons balancés vers Hernandez ou Nani. Résultat, l’espace entre les lignes est assez conséquent et United va en profiter. Rooney décroche dans une zone (en noir) où il n’y a plus que M’Bia et apporte une solution à la relance mancunienne. Sa spontanéité aidant, il endosse temporairement le rôle de la paire Scholes-Carrick et envoie le jeu sur Giggs (6e), profitant de l’absence d’un milieu défensif capable d’intercepter sa passe ou de le contrer (en noir).

Rémy étant sur Evra, comme Ayew et sur O’Shea (double trait rouge), le Gallois a un un-contre-un à négocier face à Fanni (en orange). La course de Rooney (en jaune) entre Fanni et Diawara lui offre une solution de passe sans avoir besoin de déborder. La transmission est parfaite et la suite suit : Diawara est battu, Heinze doit venir compenser et Hernandez est libre au second poteau (en jaune). 1-0.

L’OM en ordre de marche :

Le premier but encaissé, le pire est à craindre alors pour l’OM, d’autant plus que Nani, Chicharito et Rooney (avec Giggs en deuxième rideau) trouvent constamment des intervalles sur les quelques relances rapides qu’ils ont à négocier. Pourtant le deuxième but a mis plus de 70 minutes à venir. Mieux, entre temps, l’OM a développé quelques phases intéressantes, malheureusement gâchées par un manque de poids dans la surface adverse et de lucidité dans le dernier geste. Décryptage du retour de l’OM dans cette partie.

A un but de la qualification, l’OM se doit de prendre des risques et cela se traduit d’abord par de nouveaux déplacements de la part des deux joueurs de couloir (Rémy et Ayew). Opposé à un Evra qui ne se livre que très peu offensivement, Rémy n’hésite pas à se recentrer sur les longs ballons de relance à destination de Gignac. L’ancien Niçois met ainsi une pression supplémentaire sur une défense centrale mancunienne loin d’être impériale (Brown en particulier).

Toute aussi importante, l’activité de Ayew depuis son côté gauche a permis à Lucho et à Cheyrou de se libérer offensivement. En combinant avec ses deux milieux de terrain, le fils de (voir Frères Ayew, sur les traces de Papa) a apporté le surnombre dans l’entrejeu face au duo Scholes-Carrick. Si O’Shea a prêté main forte à ses milieux lors des déplacements de Ayew, Rafael a eu beaucoup plus de mal. Dans les deux cas, les rentrées à l’intérieur du Ghanéen ont aussi ouvert des espaces côté gauche pour Gignac.

Ce surnombre acquis au milieu de terrain, Marseille l’a encore plus bonifié à la reprise en évoluant plus haut. Là où il y avait M’Bia en première mi-temps, on retrouve désormais Diawara et Heinze, le Camerounais évoluant quasiment dans le camp adverse. Lucho et surtout Cheyrou font eux office de piston alors que Rémy et Ayew abattent un travail considérable sur toute la largeur du terrain pour mettre du mouvement et perturber la première ligne mancunienne.

Manchester s’adapte :

Très perturbé par cette renaissance marseillaise (et par son troisième changement à droite avec l’entrée de Fabio à la place de Rafael blessé -un remplacement qui a mis fin aux combinaisons avec latéral-ailier côté droit), Ferguson décide d’assurer le coup en ne conservant que Hernandez en pointe. Rooney glisse côté gauche pour contrer la puissance de Fanni, auteur de déboulés dangereux, et Giggs prend l’axe à la recherche de la bonne relance. Maintenant que les latéraux ne sortent quasiment plus, c’est aussi au Gallois d’aller offrir des solutions de combinaison à ses ailiers.

Arrive alors la 75ème minute. Rémy (si ma mémoire ne flanche pas) adresse un superbe centre en retrait pour Cheyrou qui, dans le fameux rôle du milieu box-to-box, envoie une demi-volée trop molle pour inquiéter Van der Sar. Sur l’attaque qui suit, Valencia fixe la défense marseillaise et décale Giggs côté droit. Couvert par Diawara, ce dernier envoie Hernandez, lâché par Diawara, au doublé. 2-0, c’est plié.

Conclusion :

Deschamps joue le tout-pour-le-tout et remplace M’Bia par Jordan Ayew. Ajouter à l’entrée de Valbuena, l’OM évolue désormais en 4-2-1-3 avec les deux Ayew encadrant Rémy devant Valbuena. La réduction du score une poignée de minutes plus tard refait tomber une chape de plomb sur les épaules de Ferguson. Mais son équipe s’applique ensuite pour ne plus se mettre en danger, de concéder un coup de pied arrêté ou une occasion adverse. Le rythme baisse, les changements côté Marseillais n’ont rien changé à l’affaire et United tient logiquement sa qualification.

Si beaucoup titrent sur les regrets, l’OM n’a pas vraiment à en avoir sur ce match. Après cinq minutes de jeu, il était difficile d’imaginer autre chose qu’une belle valise pour les Marseillais. Mais les blessures à répétition côté Manchester et les réponses apportées face à la paire Scholes-Carrick (Ayew et Cheyrou excellents sur ce match) ont permis à l’OM de faire bonne figure pour son dernier match européen de la saison. De leur côté, les Red Devils retiendront (évidemment) la qualification et l’entente, en constante amélioration, entre Rooney et Hernandez. Avec la vitesse de Nani et la science de Giggs, le cocktail est souvent détonnant…

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2 réponses

  1. Je ne suis pas certain que sur ce match-là, la tactique soit l’angle le plus commode pour commenter. En effet, elle n’explique pas l’absurdité du choix de Gignac de tenter un lob, ni la nullité (c’est-à-dire, l’impact sur le match absolument nul) de Jordan Ayew et de Valbuena. Marseille a parfaitement joué le coup tactiquement. Ils ont réussi à se procurer des occasions sans se jeter comme des bourrins à l’avant ; ils prennent un deuxième but à la con, et finalement, notamment à cause du manque de mordant des remplaçants, il ne parvinrent pas à saisir leurs nouvelles chances, après la réduction du score, de se qualifier en égalisant. Regrettable, en effet.

  2. Pour tout te dire, lorsque MU ouvre le score à la 6ème minute, je suis légèrement dégoûté en imaginant MU dérouler derrière : aucun enseignement ni rien à tirer tactiquement. Là, tu le dis toi-même d’ailleurs, il y a eu le retour de l’OM qui a bien joué le coup donc ça m’a sauvé ^^.

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