Manchester City 0-1 Chelsea, l’analyse tactique

Le choc était attendu et il a bien eu lieu. Dans un match intense, Chelsea a envoyé un message à ses concurrents dans la course au titre en allant s’imposer à l’Etihad Stadium. Après 20 premières minutes difficiles, les Blues ont redoublé d’activité, notamment défensive, pour éteindre l’armada des Citizens. En tête peu après la demi-heure de jeu, ils ont ensuite contrôlé le reste des débats, touchant à trois reprises les poteaux.

Si cela ne doit en rien réduire la performance des Blues hier soir, il faut tout de même signaler que trois titulaires manquaient à l’appel côté Manchester City : Fernandinho dans l’entrejeu, Nasri à la création et Aguero en attaque. Les trois hommes étaient respectivement remplacés par Demichelis, Jesus Navas et Dzeko, qui évoluait aux côtés de Negredo devant (Hart – Zabaleta, Kompany, Nastasic, Kolarov – Jesus Navas, Demichelis, Touré, Silva – Dzeko, Negredo). Du côté de Chelsea, Matic – recrue hivernale des Blues – était titularisé pour la première fois dans l’entrejeu aux côtés de David Luiz. Devant, le quatuor offensif était composé de Eto’o, Willian, Hazard et Ramires, préféré à Oscar et positionné sur le flanc droit (Cech – Ivanovic, Cahill, Terry, Azpilicueta – David Luiz, Matic – Ramires, Willian, Hazard – Eto’o).

Très intenses, les premières minutes de la rencontre ont rapidement annoncé la couleur : d’un côté comme de l’autre, les attaquants n’allaient pas lésiner sur les efforts pour perturber la relance adverse. A la moindre passe en retrait vers les défenseurs centraux, Eto’o et Willian d’un côté, Dzeko et Negredo de l’autre sortaient sur ces derniers afin de les mettre en difficulté et les forcer à jouer long. A ce jeu-là, c’est City qui a pris l’avantage grâce à son système de jeu qui voyait Yaya Touré accompagner ses deux attaquants : avant de retourner à un 4-4-2 à plat en phase défensive, les Skyblues ont en effet pour habitude d’utiliser la puissance de Touré en pointe du pressing, le milieu formant un losange derrière les deux attaquants.

Le 4-4-2 de City se transforme en losange face à la relance de Chelsea. Touré sort en pointe du pressing sur le milieu "côté ballon".

Le 4-4-2 de City se transforme en losange face à la relance de Chelsea. Touré sort en pointe du pressing sur le milieu axial le plus proche du ballon et accompagne la pression de ses deux attaquants sur les quatre « défensifs » axiaux de Chelsea (Cahill, Terry, David Luiz et Matic). En couverture, Demichelis reste dans la zone de Willian et protège sa défense centrale. A noter que Navas peut aussi rejoindre le trio Dzeko-Negredo-Touré lorsque Chelsea tente de passer par son côté.

Le travail de Negredo et Dzeko sur la relance de Cahill ou Terry est capital pour l'équilibre de l'équipe. Car sans eux pour "

Le travail de Negredo et Dzeko sur la relance de Cahill ou Terry est capital pour l’équilibre de Manchester City lorsque l’équipe presse. Ici, l’attaquant enferme le porteur de balle sur l’aile ; cela permet à Touré de ne pas subir la supériorité numérique de la paire David Luiz-Matic. Demichelis reste toujours plus bas pour contrôler les déplacements de Willian.

Grâce à cette première ligne très active, City a pris l’ascendant durant les 20 premières minutes de jeu. Même Demichelis, pourtant aligné à un poste qui n’était pas le sien, a réussi à limiter l’impact de Willian dans le coeur du jeu. Sans liant au milieu de terrain, les Blues s’en sont remis à du jeu long, ciblant Ivanovic sur l’aile droite pour envoyer le jeu dans le camp adverse. Mais généralement, les Mancuniens mettaient le pied sur les seconds ballons et repartaient ensuite de l’avant.

Offensivement, le jeu des Skyblues a largement penché sur l’aile droite en raison des profils alignés par Pellegrini : Navas évoluait comme à son habitude dans un registre d’ailier pur, tandis que Silva, initialement positionné sur le flanc gauche, a rapidement dézoné pour se rendre disponible dans l’axe. City se retrouvait donc dans une situation de trois-contre-trois dans l’entrejeu avec Demichelis, Silva et Touré face à Willian, David Luiz et Matic. La liberté accordée à l’Espagnol et à l’Ivoirien a posé beaucoup de problèmes au bloc des Blues en début de partie, alors que celui-ci ne parvenait pas à empêcher les remontées de balle mancuniennes.

Pour rentrer dans le camp de Chelsea justement, City utilisait là encore son couloir droit et la paire Zabaleta-Navas. L’ailier espagnol décrochait, se défaisait du marquage d’Azpilicueta et profitait de l’absence de pressing de Hazard pour tenir le ballon avant de le libérer vers ses milieux de terrain axiaux. Grâce à ce relais aux abords de la ligne médiane, City faisait reculer le bloc de Chelsea, s’ouvrant le terrain pour construire ensuite ses mouvements autour de Silva et Touré. En phase défensive, les Blues devaient répondre aux déplacements des deux hommes ainsi que des deux attaquants (Dzeko-Negredo), qui pouvaient décrocher ou s’excentrer pour aider Navas et Zabaleta dans le couloir. Willian redescendait très bas afin de permettre à ses milieux défensifs d’aller au duel sur les côtés tout en conservant une protection de la charnière Cahill-Terry.

Le jeu de City fait la part balle à l'aile droite, animée par la paire Jesus Navas-Zabaleta. Les deux hommes reçoivent le soutien d'un axial (Silva, Touré, Dzeko...) qui force le déplacement d'un milieu adverse pour venir en aide à Hazard et Azpilicueta. Afin de compenser ce déplacement, Willian redescend très bas pour compléter l'entrejeu. Cela permet à City de ressortir les ballons dans l'axe pour envoyer le jeu de l'autre côté si le décalage ne peut se créer sur cette aile.

Le jeu de City penche à droite, autour de la paire Jesus Navas-Zabaleta. Les deux hommes reçoivent le soutien d’un axial (Silva, Touré, Dzeko, Negredo…) qui force le déplacement d’un adversaire pour aider Hazard et Azpilicueta (ci-dessus, Matic face à Touré). Afin de compenser ce déplacement et de conserver une protection dans l’axe, Willian redescend. City doit faire la différence dans les duels pour progresser… ou utiliser Demichelis en retrait pour ressortir les ballons et renverser le jeu. 

Grâce au repli sérieux de Willian, Chelsea n’a concédé aucune situation dangereuse dans le coeur du jeu. Cahill et Terry n’ont que très rarement été mis à découvert et en difficulté. La majorité des tentatives des Citizens sont passées par les flancs, grâce aux débordements de Navas-Zabaleta et de Kolarov. Souvent esseulé sur son côté gauche, le Serbe se retrouvait à la fin de certains mouvements : City fixait à droite, ressortait le ballon par Demichelis puis envoyait le jeu de l’autre côté du terrain pour l’appel du latéral gauche. Entre la 10e et la 20e minute, les Skyblues auraient pu ouvrir la marque, plusieurs centres aboutissant à des situations dangereuses dans la surface (10e, 16e, 18e).

Mais passée cette période, ce sont bien les Blues qui ont lentement mais sûrement pris le dessus. Hazard a été le premier à sonner la charge, partant dans le dos d’un Zabaleta actif aux avants-postes côté Manchester. Le Belge a beaucoup profité du travail sans ballon de Willian, qui embarquait Demichelis dans ses courses vers les ailes et ouvrait ainsi le coeur du jeu à son coéquipier. Peu avant la demi-heure de jeu, le Brésilien s’est retrouvé à l’origine de la plus grosse occasion londonienne : suite à un coup de pied arrêté en faveur de City, il a faussé compagnie à Demichelis, lançant un contre à quatre contre un en faveur de Chelsea (Ramires, Eto’o, Hazard et Willian). Une  situation gâchée par Ramires mais annonciatrice de la suite.

Car les Blues ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Dans les minutes qui ont suivi cette occasion, José Mourinho a procédé à son premier ajustement tactique : Eto’o a laissé la pointe de l’attaque à Hazard, qui s’est retrouvé dans l’axe aux côtés de Willian. Cette nouvelle disposition n’a duré que quelques minutes, mais elle a marqué la rencontre puisque c’est dans celle-ci que les Blues ont ouvert le score (31e). Hazard et Willian évoluaient en première ligne, à hauteur de Demichelis. A tour de rôle, Matic et David Luiz les rejoignaient en fonction des déplacements de Touré et Silva. Ramires et Eto’o bloquaient les couloirs face aux latéraux adverses, tandis que Ivanovic et Azpilicueta se montraient beaucoup plus agressifs face aux déplacements de Jesus Navas et Dzeko ou Negredo depuis leurs zones.

Matic et David Luiz suivent les mouvements de Touré et Silva. Ceux de l'Ivoirien sont particulièrement ciblés puisque c'est lui qui redescend généralement chercher les ballons. Avec Ramires et Eto'o pour bloquer les couloirs,

Matic et David Luiz suivent les mouvements de Touré et Silva. Ceux de l’Ivoirien sont particulièrement ciblés puisque c’est lui qui redescend chercher les ballons à hauteur de Demichelis. Avec Ramires et Eto’o qui bloquent désormais les couloirs, les latéraux peuvent se montrer plus agressifs : ici, Ivanovic sort sur Negredo afin d’aller dans l’intervalle laissé libre par David Luiz et Matic (qui restent au contact des deux créateurs de Manchester City). Chelsea limite ainsi le rayonnement de ces derniers, et s’en remet à l’efficacité de ses défenseurs dans les duels pour empêcher les décalages. Pendant l’heure de jeu restante, Ivanovic et Azpilicueta mais aussi Cahill et Terry prendront majoritairement l’ascendant sur leurs adversaires directs, limitant les situations dangereuses. 

Un petit comparatif statistique sur la première mi-temps, qui sépare le temps fort de City (à gauche) et celui de Chelsea (à droite).

Un petit comparatif statistique de la distribution des passes de Manchester City en première mi-temps, séparant son temps fort (à gauche) de celui de Chelsea (à droite). La différence est assez nette : le renouveau de Chelsea est passé par la fermeture quasi totale du flanc droit. Cela est notamment passé par un marquage beaucoup plus serré d’Azpilicueta sur Jesus Navas. Une fois le couloir droit bloqué, City n’avait plus de solution « simple » pour libérer ses milieux, qui ont subi la pression de Willian, David Luiz et Matic. 

Passé le premier but, Chelsea a retrouvé son organisation classique : Hazard est revenu à gauche, Eto’o en pointe. Les Blues ont en revanche conservé l’agressivité qui leur a permis de prendre le dessus. Il était désormais beaucoup plus difficile pour City de pénétrer dans les 30 derniers mètres. Résultat, beaucoup moins d’occasions de mettre la pression sur la relance et, surtout, des ballons de contre qui ont mis en exergue le repli défaillant de Touré et Silva, souvent très loin des actions et en retard par rapport à l’accompagnement du reste du bloc de Chelsea. Le seul but de la partie est d’ailleurs assez symptomatique sur ce point.

La deuxième mi-temps s’est déroulée sur cette dynamique. Chelsea a poursuivi sur les mêmes bases, et les Citizens n’ont pas réussi à trouver la solution. Les rares décalages obtenus sur les ailes ont abouti à des centres facilement renvoyés par une défense bleue intraitable au sol comme dans les airs. L’entrée de Jovetic (57e) à la place de Negredo a tout de même donné un second souffle à l’animation des Skyblues : se positionnant entre les lignes, comme Silva, l’ancien joueur de la Fiorentina offrait une 3e solution à Touré et Demichelis, permettant de créer le surnombre face à Matic, Willian et David Luiz. Le joker de Pellegrini est même passé tout près de l’égalisation en milieu de deuxième mi-temps (67e). En face, Chelsea répliquait par le jeu rapide de son quatuor offensif, emmené par un Hazard en pleine forme. Malgré trois montants touchés, le score n’a pas bougé.

Conclusion : 

Evidemment, il s’agit d’abord de saluer la grande performance de Chelsea, qui a réussi à éteindre une attaque qui avait jusqu’ici toujours réussi à trouver le chemin des filets dans son stade. Si la réussite était avec les Blues lors des 20 premières minutes, les 70 minutes restantes ont été maîtrisées, exceptée une petite période de flottement causée par le positionnement de Jovetic entre les lignes. Tous impliqués défensivement, les hommes de José Mourinho ont récité une partition qui a pu rappeler à certains l’Inter Milan façonné par le « Happy One » entre 2008 et 2010. La présence d’une facteur X tel que Hazard, libre comme Ronaldo l’était au Real Madrid, est sublimée par l’activité du reste de l’équipe, et notamment par le sacrifice des autres joueurs à vocation offensive (Willian en tête hier soir).

Du côté des Citizens, outre la défaite, ce match sonne comme une piqûre de rappel avant la reprise de la Ligue des Champions dans une dizaine de jours. Plutôt bons dans le pressing en début de partie, les Skyblues ont en revanche affiché d’énormes lacunes dans le repli, qui contrastaient lourdement avec la cohésion des Londoniens. Touré et Silva ont souvent abandonné leurs partenaires, et Demichelis n’a pu qu’encaisser les vagues bleues qui s’écrasaient ensuite sur sa défense. Offensivement, les absences de Fernandinho et Aguero ont pesé lourd dans la balance : le premier aurait certainement pu exploiter le champ libre que lui laissait Willian en revenant défendre dans ses 30 mètres. Le second aurait sans doute apporté d’autres solutions en attaque par rapport à Negredo et Dzeko, notamment en attaquant la profondeur (dans le dos des latéraux qui quittaient l’alignement défensif) et en jouant sur sa vivacité pour perturber Matic et David Luiz au milieu de terrain.

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3 réponses

  1. Vincent dit :

    « Chelsea {…} s’en remet à l’efficacité de ses défenseurs… »

    Un sacerdoce

  2. un tres bon match
    deux notion de football
    une èquipe qui joue l attaque placè et la possession du ballon( MAN CITE) et l autre joue le contre attaque rapide et la transition dèfence attaque et vice verca(CHELSEA) a partir d une dèfence solide

  3. Je n’aime pas le football mais vos images m’attiré à fin de lire vos articles c’est formidable ce match j’ai bien aimé que tu as écrit bravo.

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