Malaga 2-4 Barcelone, l’analyse tactique

Malgré une défaite en championnat et une élimination en Coupe du Roi, Malaga a validé son brevet de « grande équipe » à la faveur d’une troisième excellente prestation face au FC Barcelone. Auteur d’une première mi-temps très intéressante, les hommes de Manuel Pellegrini ont finalement craqué au milieu de terrain peu avant l’heure de jeu, abandonnant alors leur sort au réalisme de leurs adversaires. Venus à la Rosaleda avec leur équipe-type, les Catalans n’ont cette fois pas manqué leurs occasions.

Malaga comme à l’aller :

Pour cette troisième confrontation face au FC Barcelone en moins de deux semaines, et malgré le score en sa faveur au coup d’envoi, Manuel Pellegrini a fait le choix de conserver le même système de jeu que lors du dernier match disputé au Nou Camp. Organisé en 4-4-2, son Malaga faisait face à une équipe barcelonaise qui se déplaçait au complet et avec sa formation type, Valdes excepté (Pinto – Alves, Piqué, Mascherano, Alba – Busquets, Xavi, Fabregas – Iniesta, Messi, Pedro).

Concernant le choix des hommes, Pellegrini s’est aussi appuyé sur le match aller de Coupe du Roi en faisant appel à huit des dix joueurs qui avaient terminé la rencontre, Demichelis remplaçant Sergio Sanchez en défense centrale et Joaquin s’ajoutant à la liste pour compléter le onze de départ (Kameni – Gamez, Demichelis, Weligton, Eliseu – Duda, Camacho, Iturra, Seba Fernandez – Joaquin, Santa Cruz). Plus que le système et le choix des hommes, le coach de Malaga a aussi reconduit les préceptes de jeu qui avaient posé les bases de la belle performance des siens à Barcelone.

Les Malaguenos ont une nouvelle fois eu pour objectif d’aller chercher très haut le Barça en s’appuyant sur un bloc de six joueurs (4-2) bien compact et porté vers l’avant. Joaquin et Roque Santa Cruz étaient en première ligne et travaillaient avec leurs quatre milieux de terrain (Duda, Camacho, Iturra et Seba Fernandez) pour tenter de gêner les sorties de balle catalane en encerclant la zone de confort du duo Xavi-Busquets (lorsque le premier décrochait à hauteur du second). A tour de rôle, Iturra et Camacho sortaient sur les Barcelonais dans cette zone afin de soutenir l’effort de Joaquin et Santa Cruz.

Ils pouvaient être aussi soutenus par leurs milieux excentrés (Seba Fernandez, Duda) qui rentraient dans l’axe lorsqu’un adversaire s’y rendait pour créer une situation d’égalité numérique ou de surnombre en faveur du Barça. Au-delà de Busquets et Xavi, Iniesta et Fabregas étaient aussi suivis de près dans leurs déplacements vers l’axe par le bloc milieux-attaquants de Malaga. Ce bloc de six joueurs, Malaga le mettait aussi à contribution pour conserver une pression sur le Barça dans sa moitié de terrain. Les deux lignes (4 milieux et 2 attaquants) se resserraient autour des créateurs du Barça. Juste devant, Joaquin et Santa Cruz soutenaient le travail de leurs milieux de terrain en marquant les solutions de repli adverse (Busquets).

Derrière, les quatre défenseurs évoluaient « sans filet » et couvraient toute la largeur du terrain, tout en héritant du marquage des joueurs qui décrochaient depuis leur zone pour revenir dans l’entrejeu. Comme à l’aller, les défenseurs centraux couvraient ainsi l’axe derrière la paire Iturra-Camacho et suivaient les décrochages de Messi afin de l’empêcher de créer le surnombre au milieu de terrain. Sur les côtés, Jesus Gamez et Eliseu travaillaient à la fermeture de leurs couloirs. Sauf en cas de décrochage de Pedro ou Iniesta, ils restaient en place afin de bloquer la profondeur à Jordi Alba et Daniel Alves lorsque le Barça pénétrait dans leur moitié de terrain.

Les conséquences sur le jeu barcelonais :

La compacité du bloc de Malaga, combinée à l’agressivité de l’ensemble de ses joueurs, a forcé le Barça à jouer sur le nombre pour trouver des solutions. En clair, si le Barça conservait sa configuration tactique habituelle, le porteur de balle venait souvent à manquer de solutions tant les espaces étaient réduits autour de lui. Exemple : là où normalement, Xavi et Busquets suffisent pour sortir un ballon du milieu de terrain, le Barça avait besoin de l’apport d’Iniesta, de Fabregas ou de Messi.

Et ces joueurs, qui devaient intervenir dans les circuits de passes habituels plus tôt que d’habitude, venaient à manquer lorsque le Barça approchait la surface adverse. Xavi et Fabregas ont particulièrement été mis en difficulté par le travail défensif des milieux adverses qui a les a obligés à assurer la conservation de balle dans l’entrejeu au lieu d’aller se positionner aux avants-postes, entre les lignes adverses, pour offrir des relais dans la zone de vérité.

La grande réussite de Malaga en première mi-temps : avoir forcé les créateurs du Barça à "s'aligner" pour conserver le ballon. Sur l'image ci-dessus, Iniesta, Xavi et Fabregas sont face à trois milieux adverses. Busquets est bloqué par Joaquin et Roque Santa Cruz. Devant, Messi et Pedro sont à deux contre quatre. Habituellement, l'un des trois milieux du Barça évoluerait lui aussi entre les lignes adverses (dans la zone jaune) afin d'offrir un dernier relais devant la défense. Les véritables solutions pour le Barça viendront finalement de derrière...

Les lignes resserrées de Malaga ont aussi permis à la formation de Pellegrini de ressortir aisément les ballons, face à des Barcelonais en difficulté dès qu’il s’agissait de presser. Exceptés quelques ballons fraîchement récupérés puis immédiatement perdus par leurs défenseurs, les Andalous sont parvenus à franchir le premier rideau catalan en utilisant notamment le côté droit. Jesus Gamez faisait face à un faux ailier en la personne d’Iniesta. Ce dernier ne se replaçait pas de la même façon que Pedro, préférant se joindre au pressing sur l’axe plutôt que fermer son couloir.

Le latéral droit de Malaga en a profité plusieurs fois pour monter aux avants-postes et apporter une présence qui a permis à son ailier (Duda) de se libérer du marquage de Jordi Alba, pour ensuite repiquer vers l’intérieur et offrir des solutions à la paire Iturra-Camacho, en plus des mouvements de Joaquin. Son pied gauche, associé à la mobilité de l’ex-Valencien, ont crée des problèmes de compensation au sein du milieu barcelonais et ont même permis à Malaga de rapidement revenir au score (11e) après avoir encaissé le but du 1-0 par Pedro (7e).

Le milieu de Barcelone, complètement désorganisé : Fabregas est obligé de compenser la sortie de Jordi Alba sur Duda. Sortie qui n'empêche pas le Portugais de trouver Camacho dans l'intervalle.

La largeur comme solution :

Ce premier but, tout comme celui de Piqué en deuxième mi-temps, est intervenu grâce à l’apport d’un défenseur -en l’occurrence Daniel Alves- sur les extérieurs. Comme le montre la première capture de cette analyse, les deux latéraux du Barça étaient laissés par le bloc des six de Malaga qui se concentraient sur l’axe et les créateurs. Dans l’entrejeu, Jordi Alba et Daniel Alves bénéficiaient donc d’une certaine liberté et offraient des solutions pour porter le ballon jusque dans les 20 derniers mètres adverses, où ils se heurtaient ensuite aux zones couvertes par Eliseu et Jesus Gamez.

L’objectif pour eux était ensuite de pouvoir retrouver un créateur entre les lignes andalouses. En plus d’être passeur décisif sur le premier but, Daniel Alves l’a fait en se retrouvant à la construction. En l’occurrence, il a trouvé Xavi entre les lignes adverses (cf. le triangle jaune dans la première capture), grâce à une feinte de corps de Pedro qui a embarqué Iturra, avant de filer dans la surface de réparation. Le capitaine du Barça a rendu un ballon parfait à son latéral, passé dans le dos d’Eliseu, qui a ensuite tout son temps pour ajuster sa passe.

Deuxième mi-temps :

A la mi-temps, le score de 1-1 était logique tant l’organisation de Malaga avait bousculé le système habituel du Barça. Mais ce dernier a redémarré tambour battant en reprenant l’avantage, et le ticket pour la demi-finale, grâce à un but de Piqué. Alors que le match repartait sur les mêmes bases, avec des créateurs alignés côté catalan, Piqué est venu apporter le surnombre dans la défense sur une montée. Iniesta a profité d’un petit espace pour ajuster un centre en profondeur, inhabituel pour le Barça, qui a pris à défaut la défense adverse.

L'origine du but : à comparer avec la première capture de l'article pour comprendre ce qu'a apporté la présence de Piqué.

Passé ce but, le match n’a plus été le même. Outre la peur d’un troisième but du Barça, qui sonnait comme la fin de leurs espoirs de qualification, les Ciel et Blanc ont baissé de pied physiquement. Les deux premières lignes (4+2) ont perdu en compacité et en présence physique. Camacho et Iturra ont reculé et le duo Joaquin-Santa Cruz ne pouvait plus résister aux sorties de balle barcelonaises.

Tout le jeu du Barça a alors pu reprendre forme. Au lieu d’être trois ou quatre dans la même zone pour se sortir du pressing adverse, les Catalans n’avaient plus besoin que de deux joueurs, libérant les autres pour offrir des relais plus haut dans le camp adverse. Fabregas a enfin pesé sur le jeu, multipliant les courses vers l’avant pour se rapprocher et/ou compenser les déplacements de Messi.

Le positionnement avancé de Fabregas, qui offre un relais supplémentaire pour progresser dans le camp andalou.

De la même façon, si le Barça venait à être bloqué dans le camp adverse, il pouvait désormais revenir en arrière pour se défaire de la pression… puis profiter des difficultés de Malaga au moment de remonter son bloc afin de démarrer un nouveau temps de jeu et accélérer la circulation de balle. Avec cette domination enfin (re)trouvée, le troisième but du Barça ne semblait être qu’une question de temps. L’égalisation de Roque Santa Cruz (68e) aurait pu changer la donne en revigorant les troupes de Pellegrini, mais il n’en a rien été. Un enchaînement Iniesta-Fabregas (en relais devant la défense, voir ci-dessus) a permis à Barcelone de prendre définitivement l’avantage (76e) avant que Messi ne vienne clore lui-même la marque sur un nouveau service de Daniel Alves (80e).

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3 réponses

  1. aziz dit :

    Ce Barça n’as plus le peps. Ce qui m’a marqué c’est la très moyenne récupération de balle dont le barça était pourtant devenu un spécialiste ces dernières années. Le adversaires passent facilement le milieu et arrivent aux 18 mètres là où le Barça est le plus fébrile. La faute d’une part au nouveau rôle de Messi depuis un an: il ne défend plus. Ajoutée à un Fabregas très moyen dans ce domaine et un Xavi souvent fatigué, le système Barça n’est plus très rassurant. Contre le réal ils ont intérêt à faire jouer des travailleurs: Song à la place Fabregas (donc deux récupérateurs avec Bousquet) et Sanchez à la place de Pedro très moyen depuis…qu’il marque. C’est moins fringant mais plus costaud.

  2. RMCF dit :

    Tien je n’avais pas remarqué la vidéo.

  3. RMCF dit :

    @aziz
    Il en est vrai, par le passé le Barça paraissait extrêmement insurmontable et son pressing rendait beaucoup plus fébrile ses adversaires. Cela ce vérifiait par le nombre de buts encaissé par championnat…

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