Malaga 1-3 Barcelone, l’analyse tactique

Six mois après sa prise de fonction, Tito Vilanova a donc vu son Barça entrer dans l’histoire de la Liga hier soir. A la faveur de leur victoire à Malaga, les Blaugranas ont réalisé la meilleure phase aller depuis la création du championnat (55 points pris sur 57 possibles). Pourtant, les Boquerones se sont bien défendus en se montrant ambitieux au milieu de terrain. Mais à la première erreur, les Catalans n’ont pas pardonné. Retour sur le plan de Malaga et la réaction du Barça.

Malaga ambitieux :

Pour ce déplacement à la Rosaleda, Tito Vilanova aligne les meilleurs.  Valdès dans les buts, une charnière Piqué-Mascherano encadrée de Daniel Alves et Jordi Alba, un entrejeu avec Busquets, Xavi et Fabregas, Iniesta à gauche, Messi dans l’axe et Pedro en attaquant de rupture côté droit. Pour contrer ce système, Malaga s’avance aussi dans son organisation habituelle : un 4-2-3-1 avec Isco en soutien de Santa Cruz devant. De retour de blessure, Toulalan forme le double pivot avec Camacho dans l’entrejeu ; les deux hommes, encadrés par Joaquin et Eliseu, protègent une défense composée de -gauche à droite- Monreal, Weligton, Demichelis et Sergio Sanchez, qui pallie au forfait de Jesus Gamez. 4-3-3 contre 4-2-3-1, soit une histoire de duels au milieu de terrain. A priori…

Car les premières minutes de la partie permettent de le constater. Lorsque le Barça doit repartir de ses 30 mètres et se retrouve avec le ballon dans l’axe, les marquages sont évidents : Isco est sur Busquets, Toulalan est sur Xavi et Camacho suit Fabregas. A cela, il faut ajouter le travail bien spécifique de Joaquin, positionné milieu droit par Pellegrini : l’ancien Valencien évolue toujours plus haut que ses partenaires du milieu de terrain, notamment si on compare son placement à celui d’Eliseu côté opposé. En plus de densifier la première ligne de Malaga (avec Isco et Santa Cruz), Joaquin joue dans cette position ainsi afin d’empêcher la première relance du Barça d’atteindre la zone d’Iniesta.

Quand l’adversaire est bien en place dans l’axe, la relance du Barça peut en effet mettre à contribution son n°8, celui-ci décrochant pour demander demander les ballons dans sa zone, côté gauche. En même temps, Jordi Alba prend le couloir pour embarquer avec lui un adversaire (le latéral en cas de zone, le milieu excentré en cas d’individuelle). Quoiqu’il en soit, Iniesta n’a alors qu’un seul adversaire à gérer et se contente le plus souvent de couvrir le ballon pour le ramener à l’intérieur du jeu et servir ses milieux axiaux (Xavi, Busquets, Fabregas). En positionnant son milieu droit haut (voir ci-dessus), Pellegrini coupe la ligne de passe de l’axe (Mascherano) vers Iniesta : il empêche alors la possibilité de dédoublement, avec la montée coordonnée de Jordi Alba. Par ailleurs, au cas où le latéral gauche hérite du ballon à ressortir, Joaquin peut aller au pressing, laissant le soin à Sergio Sanchez (latéral droit) et Camacho (axial droit) de serrer le marquage sur leurs adversaires directs (Iniesta et Fabregas). Dans l’axe, Toulalan est en couverture dans le rond central.

Barcelone s’en sort :

Le côté d’Iniesta étant bloqué et Malaga résistant bien dans l’axe, Barcelone est naturellement amené à envoyer le jeu côté opposé où Daniel Alves devient un relais intéressant pour remonter les ballons. Le Brésilien profite du champ laissé libre par Eliseu, qui évolue plus bas que Joaquin, pour atteindre la ligne médiane. Si besoin, Pedro participe aussi au jeu en décrochant pour offrir un point d’appui et remettre le ballon à ses milieux de terrain. Mais l’homme-clé lorsque le ballon est dans cette zone reste Lionel Messi. Quand un adversaire du Barça, comme Malaga, se présente avec un double pivot au milieu de terrain, ses décrochages sont toujours un casse-tête. A partir du moment où les défenseurs adverses ne suivent pas l’Argentin lorsqu’il descend dans l’entrejeu, son seul positionnement crée des brèches qui profitent à ses partenaires.

Exemple frappant ci-dessus. Piqué sert Daniel Alves côté droit. Il efface ainsi la première ligne adverse, composée de Santa Cruz, Isco qui est au marquage de Busquets et Joaquin côté opposé. Au coeur du jeu, le milieu de Malaga est en place avec Toulalan au marquage de Messi et Camacho dans la zone de Fabregas. En cas de montée de Busquets, Isco décrochera pour aider ses partenaires. Seul problème : la liberté de Xavi, qui va logiquement suivre le mouvement pour offrir une solution à Daniel Alves entre les deux premières lignes de Malaga. Santa Cruz ne se repliant pas, un surnombre se crée en faveur du Barça. Et avec la maîtrise technique qui caractérise cette équipe, un seul joueur libre suffit pour lancer un mouvement grâce aux déplacements coordonnés de tous les autres.

Messi, Busquets, Xavi et Fabregas travaillent donc ensemble dans l’entrejeu, et font tourner la balle autour des trois axiaux de Malaga (Isco, Camacho, Toulalan). Devant, la positionnement axial de Pedro empêche tout pressing de la part des défenseurs : Demichelis et Weligton n’ayant pas la vitesse pour point fort, ils ne peuvent se permettre de se livrer et de briser la ligne de quatre. Santa Cruz reste devant, Eliseu et Joaquin doivent eux fermer les couloirs face aux montées de Daniel Alves et Jordi Alba. Iniesta se joint à son tour à la construction au milieu de terrain. La défense de Malaga se resserre sur l’axe, afin de se protéger de toute tentative en profondeur ou de percée en solitaire.

Dans le dos de Sergio Sanchez :

Qu’à cela ne tienne, le Barça trouve des solutions sur les extérieurs. Ses deux premières occasions de but proviennent de l’aile gauche, suite à des appels de Iniesta (7e) puis Fabregas (26e) qui ont tous les deux profité d’un Sergio Sanchez attiré par l’intérieur pour se retrouver libres sur l’aile. Les deux décalages ont abouti à des tentatives de Messi et Iniesta, repoussées par Caballero. Deux minutes après la deuxième occasion, Messi profite d’une énorme erreur de Camacho pour ouvrir le score après un duel gagné face au portier adverse (27e). Barcelone est désormais en contrôle. La maîtrise du milieu de terrain permet aux hommes de Vilanova de mettre en place leur pressing dans le camp adverse. Excepté Messi, tout le monde travaille sitôt le ballon perdu ; en couverture, Busquets se charge d’éteindre Isco et la paire Piqué-Mascherano repousse Santa Cruz sur les côtés.

Dominateur à la mi-temps, Barcelone revient encore plus fort après la pause grâce à une petite modification tactique qui propulse Fabregas en attaque lorsque l’équipe est en possession du ballon. Au lieu de rester sur son aile, Iniesta rentre dans l’axe dès la phase de relance, permettant au Barça de conserver l’avantage du nombre dans cette zone (voir-ci-dessus). Devant, Fabregas devient l’équivalent de Pedro sur la partie gauche du terrain. L’ancien joueur d’Arsenal n’a besoin que de cinq minutes pour faire le break dans cette position ; sur un service parfait de Messi, il plonge dans le dos de Sergio Sanchez -encore une fois- et ajuste Caballero malgré l’angle fermé (voir le but ici). Il reste 40 minutes à jouer mais le match est déjà terminé. Après avoir affronté ses 19 adversaires en championnat, le Barça n’est qu’à deux points du sans-faute.

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2 réponses

  1. Bravo dit :

    Tout d’abord bravo pour la qualité, encore, de cette analyse.

    Je me demandais si, au vu de votre suivi et votre compétence apparente, vous seriez en mesure de proposer une solution tactique au schéma changeant et variable du Barça (peut-être cela a-t-il déjà été fait, ou alors ne le voulez-vous pas, ou tout simplement ne le pouvez pas, ce qui serait on ne peut plus normal) ? Je ne parle pas d’un remède miracle, mais de points d’analyse qui pourraient se révéler déterminants.

    Je ne travaille pas du tout pour le Réal Madrid, je me demande juste si votre connaissance tactique est purement analytique.

    PS : pourquoi qualifiez-vous Malaga de club insulaire ?

  2. Emile dit :

    Pas mal, la vidéo. Peut-être bientôt, des séquences avec les vraies images enrichies de vos tracés.

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