Lyon 2-1 Marseille : l’analyse tactique

Cette fois, les Lyonnais n’ont pas fait de cadeau à leurs adversaires marseillais. Toujours dominateurs, les hommes de Rémi Garde se sont qualifiés pour les demi-finales de la Coupe de la Ligue avec la manière. Efficaces au pressing, ils ont su prendre la mesure d’un milieu marseillais encore trop tendre pour espérer rivaliser. Plus que Valbuena, qui revient petit à petit, c’est sans doute l’énergie d’un André Ayew qui manque aujourd’hui à l’entrejeu phocéen.

Compositions et opposition tactique :

Pas de surprise côté lyonnais pour ce match, Rémi Garde aligne son équipe-type. Au programme, 4-4-2 en losange et retour de Lopes dans les buts lyonnais, lui qui avait manqué la précédente confrontation entre les deux formations en championnat (Lopes – Miguel Lopes, Bisevac, Umtiti, Bedimo – Gonalons, Fofana, Grenier, Gourcuff – Lacazette, Gomis).

Côté marseillais, José Anigo a tiré quelques enseignements de la dernière sortie de son équipe sur la pelouse de Gerland. Fin décembre, les Phocéens avaient arraché miraculeusement le nul (2-2) après avoir été dominés pendant la majeure partie de la rencontre. Le 4-2-3-1 n’a pas survécu à cette performance collective puisque c’est en 4-3-3 que l’OM débute ce quart de finale de Coupe de la Ligue avec Romao, Lémina et Imbula dans l’entrejeu. A signaler aussi, la titularisation de Khalifa aux avants-postes au détriment de Gignac (Mandanda  – Fanni, Nkoulou, Mendes, Morel – Romao, Lemina, Imbula – Thauvin, Payet, Khalifa).

Tactiquement, le changement de système opéré par José Anigo tombe sous le sens au cours des premières minutes de jeu. Avec un milieu de terrain supplémentaire, les Marseillais peuvent contrôler les relayeurs lyonnais (Fofana et Grenier vs Imbula et Lémina) et surtout Gourcuff, suivi de près par Romao. Ce 3 contre 3 dans l’axe est complété par Khalifa, qui s’oppose à Gonalons lorsque l’OL est en phase de relance (ballon dans les pieds de Bisevac ou Umtiti).

Sur les côtés, Thauvin et Payet travaillent aussi défensivement, entre la fermeture des couloirs face aux latéraux lyonnais et l’accompagnement de Khalifa lorsque ce dernier sort au pressing. Si l’avant-centre phocéen décide d’aller perturber Bisevac et Umtiti, l’ailier à l’opposée du ballon quitte son couloir pour récupérer le marquage de Gonalons. Quand le losange lyonnais demande à ses milieux excentrés d’alterner entre défense dans l’axe et sur les côtés, ce sont les deux ailiers marseillais qui ont ce rôle, permettant à Lemina, Romao et Imbula de rester dans l’axe et de protéger leur défense centrale.

om-pressing

Quand Khalifa sort au pressing sur Umtiti (axe gauche), Payet l’accompagne en lâchant Miguel Lopes (latéral droit) pour aller dans la zone de Gonalons. Derrière, les milieux marseillais restent à 3 contre 3 face aux Lyonnais.

khalifa-payet

Un autre exemple de déplacements combinés des attaquants marseillais. Khalifa s’est excentré pour empêcher Umtiti d’avancer, Payet l’a suivi pour se retrouver dans le rond central avec Gonalons. Les problèmes marseillais interviennent ensuite : lorsque l’OL ressort du couloir, il n’y a personne pour empêcher Gonalons de récupérer le ballon dans le camp adverse. Quand son équipe se replie, Payet retrouve sa position.

Le problème, c’est que si cette option peut être viable lorsque l’OL repart depuis ses défenseurs, elle atteint ses limites dès lors que le ballon a atteint milieu de terrain. Or s’ils réalisent une bonne entame sur le plan défensif (en tout cas meilleure que lors du dernier match de championnat), les Marseillais souffrent dès qu’ils doivent mettre le pied sur le ballon.

L’OL prend l’avantage : 

Pourtant, le pressing lyonnais n’a pas non plus changé depuis la dernière confrontation entre les deux formations. Face aux trois milieux marseillais, Gourcuff, Fofana et Grenier répondent par le pressing habituel, bien couverts par Gonalons. Lorsque Imbula et Lémina décrochent à hauteur de Romao, ils se retrouvent sous la pression de Gomis et Lacazette, qui poursuivent ensuite leur pressing jusqu’à Nkoulou ou Mendes. Derrière, sur les longs ballons, Bisevac, Gonalons et Umtiti contrôlent Khalifa sans difficulté, et récupèrent la plupart des ballons lorsque l’OM allonge depuis ses défenseurs.

Etonnamment, les Phocéens n’utilisent que très peu la largeur et leurs latéraux, pourtant sans adversaire direct face au 4-4-2 en losange lyonnais. Recherchant sans doute trop vite leurs attaquants, les milieux perdent beaucoup de ballons sous la pression adverse ; c’est d’ailleurs sur une balle rendue que Romao est poussé à faire la faute qui offre à Grenier le coup-franc à l’origine de l’ouverture du score de Gourcuff (24e).

losange-lyon

L’OL face à la relance marseillaise : Gourcuff s’oppose à Romao. Grenier et Fofana bloquent naturellement Lémina et Imbula au milieu de terrain. Lorsque les deux Marseillais décrochent, ils se retrouvent sous la pression de Gomis et Lacazette. Les attaquants lyonnais poursuivent ensuite leur pressing en cas de passe en retrait vers Nkoulou et Mendes.

En plus de son pressing efficace, qui met à mal la relance marseillaise, l’Olympique Lyonnais s’appuie sur un côté gauche très en verve. Dans les duels d’abord, Bedimo fait à plusieurs reprises la différence en un-contre-un face à Thauvin, créant ainsi le décalage. A ses côtés, Grenier pose des problèmes à Lémina en décrochant à hauteur de Gonalons. Deux conséquences à cela : il permet à ses défenseurs de passer outre le positionnement de Khalifa (face à Gonalons) en l’utilisant comme relais vers les offensifs, et surtout il peut créer des espaces entre les lignes marseillaises en attirant Lémina hors de sa position aux côtés de Romao. Des espaces qui profitent ensuite à Gourcuff, qui s’excentre pour sortir de la zone préférentielle de Romao, ou à Gomis dont le jeu en pivot pose des problèmes à la défense marseillaise en début de partie.

Grâce à ce côté gauche très efficace à la construction, les Lyonnais prennent la rencontre en main et développent ensuite leurs offensives sur toute la largeur. Dès que l’OM doit défendre, l’équipe fait face avec 9 joueurs de champ, laissant Khalifa seul devant. Alors que Lémina et Imbula sont amenés à se replier pour défendre face aux projections de Grenier ou Fofana, les Marseillais n’ont plus personne pour s’opposer dans l’axe aux montées de Gonalons ou aux déplacements de Gourcuff lorsque ce dernier revient au milieu de terrain : l’OL est libre de ressortir la balle dans le camp adverse et de la faire tourner. C’est ainsi que l’on voit plusieurs mouvements partir de la gauche pour finir côté droit avec les incursions de Miguel Lopes.

lyon-grenier

Grenier décroche et se mue en deuxième rampe de lancement pour répondre au travail des Marseillais sur Gonalons. Ici, Lémina fait le choix de sortir au pressing mais est battu sur la passe de son adversaire. Gourcuff, Bedimo et Lacazette sont en situation favorable pour attaquer la défense marseillaise.

Marseille revient en losange : 

Le 4-2-3-1 et le 4-3-3 n’ayant pas fonctionné, José Anigo décide de changer d’approche en deuxième mi-temps en alignant lui aussi un 4-4-2 en losange pour faire face à l’organisation lyonnaise. Payet joue le rôle du n°10 opposé à Gonalons derrière Thauvin et Khalifa, tandis que Lémina et Imbula se chargent désormais de courir après les latéraux lyonnais (Bedimo, Miguel Lopes) et les milieux de terrain (Grenier, Fofana). Pour rappel en première mi-temps, ce sont Thauvin et Payet qui faisaient ce travail « entre-deux », entre les latéraux et la relance lyonnaise (Gonalons, Bisevac, Umtiti).

Et il faut reconnaître que ce changement de système permet à l’OM de rééquilibrer les débats en début de deuxième mi-temps. Les Phocéens parviennent à défendre plus haut et à moins subir les assauts adverses, notamment sur ce fameux côté gauche où Bedimo semble moins en vue. L’heure des changements arrive et l’OM fait entrer successivement Valbuena (n°10 à la place de Payet dans le losange) et Gignac (à la place de Khalifa) pour tenter de revenir au score (65e et 69e).

L'OM de retour en losange après la pause : Imbula et Lémina alternent entre les latéraux et les milieux lyonnais. Payet se retrouve face à Gonalons, derrière Thauvin et Khalifa. A noter le déplacement intelligent de Fofana, qui se défait du marquage d'Imbula en décrochant, alors que ce dernier doit bloquer Miguel Lopes dans le couloir.

L’OM de retour en losange après la pause : Imbula et Lémina alternent entre les latéraux et les milieux lyonnais. Payet se retrouve face à Gonalons, derrière Thauvin et Khalifa. A noter le déplacement intelligent de Fofana, qui se défait du marquage d’Imbula en décrochant, alors que ce dernier doit bloquer Miguel Lopes dans le couloir.

Malheureusement pour les Marseillais, ce mieux ne se concrétise pas offensivement et l’OL ne concède que très peu de situations dangereuses pour Lopes. Censés être libérés offensivement grâce à la présence de Romao en couverture, l’apport de Lémina et Imbula est notamment trop insuffisant pour mettre à mal les Lyonnais. Et ce sont ces derniers qui font finalement le break à l’entrée du dernier quart d’heure (74e). En se calquant sur l’organisation lyonnaise, l’OM s’est aussi enlevé toute sécurité en cas de duel perdu. Il a suffit que Lacazette fasse une différence côté droit pour se retrouver à l’origine du but, bien relayé par une combinaison parfaite avec Gourcuff et Gomis à la finition.

Conclusion : 

Pour ce deuxième affrontement en l’espace d’un mois, l’OL a confirmé son avantage sur l’OM sur le plan collectif. Le losange lyonnais est aujourd’hui bien rôdé et maîtrisé. En face, Marseille se cherche encore une identité et a surtout pêché par manque de créativité au milieu et d’accompagnement des attaques (milieux et latéraux). Dans les duels aussi, les Phocéens ont majoritairement subi, malgré un léger mieux en début de deuxième mi-temps. Le « tournant » présumé du match (la faute de Lopes sur Khalifa) aurait certes pu peser sur le résultat final. Mais les enseignements auraient été les mêmes. Aujourd’hui, même s’il est encore en retrait au classement, l’avenir des Lyonnais semble plus radieux que celui des Marseillais. Reste à savoir si les retours de Mathieu Valbuena et André Ayew sauront relancer la machine côté phocéen.

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3 réponses

  1. nicky dit :

    Bravo, Florent!

    Comme toujours votre analyse tactique du match est idéale! Comment vous pensez – si Gourcuff actuel dans la sélection de la France sera utile?
    Où Deschamps pourrait l’utiliser ?

  2. the teacha dit :

    Tout est dit. Belle analyse

    Grenier et Fofana font un boulot énorme dans la largeur du terrain en situation de replacement défensif. Le losange est effectivement bien maitrisé et je pense que Lyon peut faire une 2eme belle partie de saison.
    Par contre, le jeu marseillais est super inquiétant, je n’ai vu aucun enchainement, aucun triangle, aucune mobilité. Les marseillais sont dans l’attente d’une action individuelle de Thauvin ou Payet, ca craint.
    Anigo n’à pas réussi à contrer le losange au milieu et tactiquement, il a vraiment perdu ce match.

  3. Eric dit :

    Etant jeune photographe sur Paris, j’ai été engagé pour justement pouvoir prendre des clichés de ce match. Si ça vous intéresse je peux même vous dévoiler des clichés des coulisses dans les vestiaires.

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