Lyon 1-1 Real Madrid, l’analyse tactique

Le match paradoxal par excellence. Le petit Lyonnais s’est mis au niveau du gros Madrilène ; il a réussi à le faire déjouer pendant 45 minutes… Mais jamais sans véritablement l’inquiéter autrement que sur un contre où Casillas a sorti un arrêt de grande classe face à Gomis. Quarante-six secondes après son entrée en jeu, c’est au tour de Benzema d’être classe et d’ouvrir le score. Dominés depuis la reprise, on pouvait penser les Lyonnais assommés. Mais, à l’instar d’Arsenal, ils seront remis dans la course en fin de match sur un but inespéré de Gomis au bout d’un coup-franc de Gourcuff. Ca c’était pour le résumé. Maintenant on analyse.

N’oubliez pas non plus que la review de la soirée européenne de ce mardi est en ligne ici.

Compositions et premières minutes :

4-2-3-1 vs 4-2-3-1. C’était l’une des questions au coup d’envoi : Gourcuff allait-il rester en position avancée et soutenir Gomis ? Les premières minutes de la rencontre apportent une réponse par l’affirmative. L’international français retrouve le poste (et la zone bleue) qui était le sien lors de la campagne bordelaise de la saison dernière. Ce rôle de deuxième attaquant est compensé par deux ailiers très travailleurs (Delgado et Bastos) qui décrochent souvent pour défendre et participer à la remontée du ballon.

Côté Madrilène, c’est le contraire. Di Maria et Ronaldo démarrent la rencontre assez haut sur le terrain et c’est Özil qui, par ses décrochages, est censé offrir des solutions propres aux défenseurs. Problème, l’Allemand est très bien chassé : par Kallström pour ses déplacements dans la profondeur (décrochages jusque dans le camp madrilène) et Toulalan pour ceux sur la largeur (dans le camp lyonnais la plupart du temps). Ajouter au marquage strict de Reveillère et Cissokho sur Ronaldo et Di Maria et le Real se retrouve rapidement sans solution si ce n’est balancé sur un Adebayor qui a du mal à avancer.

Les deux phases du Real :

Au bout d’une vingtaine de minutes, le Real commence à mettre le pied sur le ballon et à le faire tourner dans la première moitié de terrain lyonnaise. Face à eux, l’OL est replié sur deux lignes de quatre joueurs avec un Gourcuff venant s’ajouter à la deuxième ligne en cas de besoin. Seul Gomis semble déchargé d’une partie du travail défensif. Comment le Real a réussi une première fois à avancer dans le camp lyonnais ? Comme ceci.

Özil bien pris par les deux milieux lyonnais, les relanceurs étaient condamnés à faire tourner le ballon entre eux (en blanc) en attendant de pouvoir allumer un long ballon vers Adebayor. Surveillé de près par Cissokho et Reveillère, même en cas de déplacements dans l’axe du terrain, Di Maria et Ronaldo ont commencé à décrocher pour toucher des ballons (jaune). En revenant à hauteur de leurs milieux de terrain, ils se sont défaits du marquage strict des latéraux lyonnais et ont offert des solutions supplémentaires aux relanceurs.

Une fois la possession assurée et les Lyonnais repliés dans leur camp, Di Maria, Xabi Alonso, Khedira et Ronaldo pouvaient faire tourner le ballon plus haut en attendant de pouvoir accélérer (jaune et orange). A ce moment-là, deux solutions s’offraient à eux : la recherche d’un point d’appui dans l’axe en la personne (Özil ou Adebayor) ou le décalage d’un latéral, libéré de la charge de faire circuler le ballon, sur l’une des deux ailes. Marcelo laissé sur le banc, les Madrilènes (Ronaldo et Di Maria en tête) se sont entêtés dans l’axe en première mi-temps. Sans succès, les Lyonnais étant souverains aux abords de l’arc de la surface de réparation de Lloris.

Au retour des vestiaires, l’animation madrilène change une nouvelle fois. Complètement éteint en première mi-temps, Özil va être au centre du renouveau du Real. L’Allemand modifie ses déplacements et réussit à fausser compagnie à ses deux gardes du corps.

Le meneur de jeu du Real quitte la zone complètement fermée par l’OL pour aller aider à l’animation des côtés et ainsi créer des situations de surnombre en faveur des Madrilènes. Ainsi, comme sur le schéma ci-dessus, en se déplaçant sur le côté droit, il crée une situation où le Real peut combiner à quatre contre deux (en attendant que Gourcuff s’en mêle et que le bloc lyonnais coulisse). Il permet surtout à son ailier de rester plus haut sur le terrain là où précédemment il devait décrocher pour aider à la circulation de balle. A noter aussi que lorsque Özil dézone, l’autre ailier vient prendre sa place au coeur du jeu pour occuper l’axe lyonnais.

Comme par hasard, Özil est à l’origine de l’ouverture du score madrilène grâce à un ballon gagné sur l’aile et ramené dans l’axe après quelques dribbles de très grande classe. Jusqu’à l’entrée de Benzema, il lui manquait un attaquant de qualité dans les petits périmètres pour pouvoir enchaîner. Il a suffi d’une quarantaine de secondes au Français pour apporter ce qu’il manquait jusqu’ici au Real.

La suite ?

Les Lyonnais ne se démontent pas mais ont de plus en plus de difficultés derrière. Puel change logiquement ses ailiers qui ont beaucoup couru et joue son va-tout avec l’entrée de Pjanic à la place de Kallström. Conséquence directe de ces changements, outre la réponse défensive de Mourinho (Diarra pour Khedira, Marcelo pour Özil), les ailiers madrilènes ont plusieurs situations en contre malheureusement pour eux mal négociées (3 contre 2 gâché par Benzema notamment). Plus grave pour les Lyonnais, la sortie de Delgado ralentit la remontée de balle.

L’égalisation de Gomis (83e) apparaît comme inespérée tant les Lyonnais semblaient sans solution sur cette deuxième mi-temps. A l’arrivée, on retiendra donc la grosse prestation défensive de l’OL, qui a poussé le Real à revoir son animation à plusieurs reprises avant de trouver la solution sur une action exceptionnelle, à trois contre six sur un petit périmètre. Principal souci pour les Lyonnais, après ce résultat, il faudra absolument marquer à Bernabeu sans s’incliner. Au vu de ce match aller, et aussi efficaces fussent-ils défensivement, une telle performance relève à l’heure actuelle du très improbable.

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1 réponse

  1. Pakito dit :

    Ce qui m’a aussi frappé, c’est l’alignement lyonnais, jamais limite : il y a eu quelques hors jeux madrilènes, mais c’était à chaque fois d’un bon mètre minimum.

    La seule passe longue de Xavi Alonso a été d’une vingtaine de mettre lors d’une montée d’Arbeloa, chose rare.

    Ils m’ont fait peur ces lyonnais, aucun intervalle dans le jeu cours, très solide dans le jeu aérien, bien alignés, remontant proprement la balle. Et quel Gourcuff. J’ai d’ailleurs pesté qu’il retrouve ses jambes à ce match là, même s’il y a avait du mieux depuis quelques semaines.

    D’ailleurs, j’attendais le duel entre ce dernier et Xavi Alonso, et ça a été vraiment magnifique : physique mais correct, de l’opposition, des sauvetages de dernière minutes de la part du basque (notamment sur le centre de Réveillère en première, ou sur quelque corners du breton).

    Donc un match fermé ouais, mais agréable à regarder. Au final, une égalisation méritée vue la première mi-temps que les lyonnais ont livré. (j’essaie d’être objectif…)
    Mais l’obligation de marquer à Barnabeu devrait donner lieu à un match beaucoup plus ouvert dans 15 jours.

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