Le pragmatisme à la bordelaise

Des six représentants français en Coupe d’Europe, les Girondins de Bordeaux sont certainement les plus pragmatiques dans leur approche tactique. Depuis le début de la saison, Francis Gillot a présenté son équipe dans trois schémas de jeu. Elle a ainsi commencé le championnat en 4-2-3-1 avant d’alterner dernièrement entre le 4-4-2 en losange et les schémas à trois défenseurs centraux. A Lyon dimanche soir, c’est grâce à un 5-3-2 qu’elle a pu repartir avec les trois points de la victoire, et surtout ses cages toujours inviolées après quatre déplacements.

Le système :

Gagner à domicile, ne pas perdre à l’extérieur. La formule peut paraître simpliste mais c’est peut-être celle qui résume le mieux le choix de Bordeaux de se déplacer généralement avec une défense renforcée. De Paris à Belgracde en passant par Valenciennes, les Girondins n’ont pas encaissé de but dans ces conditions. Même s’il avait laissé plané le doute en conférence de presse vendredi, Francis Gillot avait reconduit son système à trois défenseurs centraux dimanche soir à Gerland. Ciani parti, Marange récupérait le poste laissé vacant dans l’axe aux côtés de Planus et Henrique. Mariano et Trémoulinas occupaient les flancs, comme à leur habitude. Dans l’entrejeu, Obraniak et Plasil encadraient Sané tandis que Gouffran évoluait en soutien de Diabaté devant. Dans ce système, les deux hommes étaient d’ailleurs associés pour la première fois de la saison, Gillot préférant les aligner aux côtés d’un joueur capable d’être le relais entre le bloc défensif et la véritable pointe (Jussiê ou Maurice-Belay).

Bordeaux fébrile derrière :

Les 45 premières minutes de la partie ont été très difficiles pour les Bordelais pour plusieurs raisons. La première tenait dans l’animation offensive lyonnaise. Du 4-2-3-1 sur le papier et en phase défensive avec un double pivot Malbranque-Gonalons, les Lyonnais passaient en 4-3-3 une fois en possession du ballon. Malbranque se retrouvait sur la même ligne que Grenier, laissant à Gonalons la charge d’orienter le jeu d’une aile à l’autre si nécessaire. Pour les Bordelais, cela signifiait que les trois milieux de terrain devait être attentifs aux déplacements de deux joueurs dans leur zone, au lieu d’un seul. Autre conséquence, Grenier et Malbranque offraient des solutions dans les intervalles entre les milieux bordelais.

L’image ci-dessus, origine de la première occasion de la partie, résume bien le problème. Lacazette vient de récupérer le ballon sur l’aile droite et décide de rentrer dans l’axe avec le ballon. Habituellement, deux solutions existent pour l’arrêter : le latéral (Trémoulinas) peut sortir sur lui et le presser dès qu’il reçoit le ballon, ou l’axial gauche (Obraniak) peut coulisser avec ses partenaires du milieu de terrain. Sur l’image, Trémoulinas est aligné avec ses défenseurs pour fermer le couloir à Réveillère. Obraniak est lui éliminé par le dribble intérieur de Lacazette, tout comme Diabaté qui avait fait l’effort pour venir soutenir ses coéquipiers côté gauche. Lyon peut accélérer et utiliser ses deux créateurs, parfaitement positionnés dans les intervalles : Malbranque héritera du ballon entre Obraniak et Sané tandis que Grenier se rendra disponible suite à une course entre Sané et Plasil. L’espoir de l’OL expédiera ensuite le ballon au-dessus.

Cette action était symptomatique du mal bordelais en début de partie. Par son positionnement entre les lignes, Malbranque gênait le bon déplacement des milieux bordelais lorsqu’ils devaient aider à la fermeture des couloirs. Ce souci a sans doute entraîné le comportement de Trémoulinas, qui a dû être recadré par son entraîneur parce qu’il sortait trop de la ligne défensive. En s’ajoutant à ses trois milieux, le latéral bordelais espérait sans doute diminuer la disponibilité de Malbranque et Grenier dans l’axe. Problème, cela entraînait des situations de un-contre-un entre Marange et Lacazette, l’un des ces duels aboutissant d’ailleurs à la première frappe cadrée de la partie (signée Grenier). Autre souci pour les Girondins en début de partie, la liberté de Gonalons permettait aux Lyonnais de tenir le ballon dans le camp bordelais et de faire courir leurs trois milieux sur la largeur. Le côté gauche pouvait par exemple faire une première approche, avant de ressortir le ballon sur Gonalons qui renversait le jeu côté opposé. Pour y remédier, le bloc défensif bordelais a bénéficié du repli de Gouffran et Diabaté qui se sont positionnés de manière à gêner et ralentir cette circulation latérale.

L’intérêt du repli des attaquants bordelais : empêcher le renversement de jeu vers Réveillère, pour le moment sans opposition, et qui pourra servir Lacazette présent devant lui avant que les milieux bordelais n’aient le temps de coulisser correctement. A noter aussi le positionnement évident de Malbranque et Gonalons, dans l’axe entre les milieux girondins.

Bordeaux sous pression :

Si le repli des attaquants a payé défensivement, il a un peu plus compliqué les affaires des Girondins lorsque ces derniers récupéraient le ballon. Evoluant dans un véritable 5-3-2, les Girondins pouvaient très facilement être mis sous pression par le milieu de terrain lyonnais. Dans un tel schéma, l’objectif est généralement de se sortir du pressing en utilisant les latéraux sur les côtés, généralement libres au moment de remonter le ballon dans la moitié de terrain adverse. Récemment, la Juventus avait usé de ce système, et de la relation Vucinic-latéraux, pour lancer ces mouvements et s’installer dans la moitié de terrain de Chelsea, en Ligue des Champions. Mais dimanche soir, à cause d’un bloc très bas et de latéraux alignés avec la défense adverse au moment de la récupération du ballon, ce circuit a eu beaucoup de mal à fonctionner.

Trois solutions s’offraient aux Girondins. La première, normalement privilégiée, consistait donc à sortir le ballon dans l’axe en passant par Sané, Obraniak et Plasil puis à écarter le jeu vers Trémoulinas ou Mariano lancé dans les couloirs aux abords de la ligne médiane. Les Lyonnais, qui s’attendaient à ce circuit, ont répondu par un important pressing sur les deux créateurs bordelais qui ont eu beaucoup de mal à peser sur le jeu durant le premier acte. Deuxième solution : jouer immédiatement dans les couloirs, vers Mariano ou Trémoulinas et compter, à l’inverse, sur les projections des axiaux. Mais là aussi, le pressing lyonnais pouvait rapidement réagir en enfermant les Girondins et en marquant les solutions qui s’offraient au porteur de balle. Par ailleurs, il est toujours plus risqué de se découvrir dans l’axe que dans les couloirs. Troisième et dernière solution : jouer long en espérant que Gouffran ou Diabaté remportent leurs duels devant. L’attaquant à la réception devait alors résister à la pression du trio défensif (Gonalons, Lovren, Bisevac) en attendant le soutien, dans l’axe ou sur les côtés.

Le renouveau bordelais :

En deuxième mi-temps, plusieurs éléments ont permis le renouveau des Girondins et leurs quelques attaques. Le premier a concerné l’équipe de Gillot qui a réglé certains problèmes d’organisation entrevus lors des 45 premières minutes. Plutôt que de continuer à coulisser sur la largeur du terrain, le milieu à trois a concentré son activité sur l’axe lyonnais. Il s’est détaché de sa défense afin de former avec les deux attaquants un ensemble visant à reprendre possession de la partie haute du camp bordelais. Il en a résulté quelques ballons gagnés et des remontées de balle intéressantes. Côté lyonnais, les latéraux en ont profité en bénéficiant d’une certaine liberté dans les couloirs. Mais comme derrière, la défense à cinq ne sortait pas de ses 20 mètres, ces derniers n’ont quasiment jamais pu créer de décalages. Quand ils s’y déplaçaient afin de créer le surnombre, il n’était en plus pas rare de voir un attaquant bordelais faire l’effort de décrocher pour empêcher le décalage sur l’aile sans découvrir l’axe.

Deuxième mi-temps : le positionnement plus haut des deux premières lignes bordelaises (3-2) oblige l’OL à passer sur les ailes, repoussant Malbranque (sans doute fatigué) loin des zones dangereuses. Les latéraux ont du champ libre et peuvent facilement trouver leurs ailiers, mais ces derniers se retrouvent vite pris par les défenseurs bordelais qui jaillissent efficacement de la troisième et dernière ligne pour jouer les duels.

C’est d’ailleurs pour cela que la plupart des actions dangereuses de l’OL en deuxième mi-temps ont été lancées depuis les couloirs, via des centres en profondeur ou des passes bien senties qui ont percé le double rideau des Girondins. Au-delà des retouches bordelaises, les Lyonnais ont aussi perdu en efficacité dans leur pressing par rapport au premier acte. Les milieux bordelais ont donc pu trouver leurs latéraux pour ensuite approcher les buts de Vercoutre : par la gauche via Trémoulinas et Obraniak (pour les deux buts) et par la droite via Mariano et Plasil (centre du Tchèque pour la tête de Diabaté, sauvée par Vercoutre). Et comme l’efficacité a été au rendez-vous, l’OL a fini par payer son incapacité à profiter de sa large supériorité en première mi-temps.

Conclusion :

Au final, les Girondins ont sans doute gagné le match qu’ils ont le moins maîtrisé défensivement (par rapport à leurs précédentes sorties avec trois défenseurs centraux). L’orage a duré une grosse trentaine de minutes, avant de se calmer au fil de l’essoufflement des Lyonnais à la récupération. Par la suite, les Bordelais ont certes continué à concéder des occasions mais sont apparus plus solides collectivement, les tentatives lyonnaises résultant plus d’accélérations individuelles et de duels remportés (Gomis par exemple) que de véritables attaques placées. Limitant les risques dans leurs sorties dans le camp lyonnais, les hommes de Francis Gillot ont fait preuve d’une grande application en deuxième mi-temps, terminant leurs rares offensives par des tirs (et donc des arrêts de jeu, leur offrant assez de temps pour se replacer). La réussite dans leur camp, deux ont suffit pour faire la différence et prendre les trois points.

1 réponse

  1. Aghahowa dit :

    Excellente analyse, on en veut encore !

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