Luxembourg 0-2 France : De l’importance de la relance

En attendant, peut-être, une opposition plus intéressante mercredi face à la Croatie, les Français se sont contentés du strict minimum face au Luxembourg vendredi soir (voir Pas du Luxe et Le conseil de classe). Laurent Blanc avait pourtant aligné une formation des plus offensives, avec Gourcuff, Ribéry, Nasri, Malouda et Benzema dans le onze de départ. Mais s’il suffisait d’associer les noms sur la feuille de match pour produire du jeu, ça se saurait… Face à des Luxembourgeois repliés dans leur moitié de terrain, les Bleus ont eu de très gros problèmes dans l’animation. Décryptage.

La France sans solution :

Comme toute équipe qui se résout à défendre, le Luxembourg s’organise de telle manière à empêcher les Bleus d’emballer le jeu. Un peu comme les Espoirs français face au milieu espagnol la veille (voir France 3-2 Espagne, l’analyse tactique), les hommes de Luc Holtz s’organisent défendent sur deux lignes de quatre joueurs. Devant la première, on retrouve l’avant-centre (Joachim) et un joueur supplémentaire chargé de suivre les décrochages des Français venus aider à la relance.

Véritables révélateurs du positionnement du bloc luxembourgeois, les deux hommes font face aux relanceurs français et se retrouvent le plus souvent face à M’Vila et Gourcuff. Concernant ces deux-là, il s’agit de les empêcher de se retourner et de ne pas se faire éliminer pour qu’ils puissent jouer vers l’avant. Parfois, ils se retrouveront face à Mexès et Rami : dans ce cas, ils ne vont pas au pressing mais s’attachent à bloquer la passe vers l’avant. Quelquesoit le Français en possession du ballon, les deux Luxembourgeois sont là pour le forcer à jouer sur les côtés (latéraux) -où le reste du bloc cherchera à enfermer les joueurs de couloir dans un trois contre deux- ou à balancer devant (Mexès vers Benzema).

Symbole de l’inaptitude offensif des Français face au bloc luxembourgeois, Nasri est forcé de redescendre jusque dans sa propre moitié de terrain pour toucher des ballons -exactement comme Canales face aux U21 Français la veille. Conséquence directe, Benzema est complètement esseulé sur le front de l’attaque mis à part sur quelques situations où il se retrouve soutenu par l’un de ses ailiers, venu à l’intérieur. En résumé, excepté lorsque les paires dans les couloirs arrivent à se trouver (Sagna-Ribéry notamment), la France ne produit rien. Et doit s’en remettre à un coup de pied arrêté pour ouvrir le score à la demi-heure de jeu (Nasri pour Mexès, 1-0), mais c’est une autre histoire.

Réorganisation :

Face à un dispositif défensif aussi rigoureux, la solution provient très souvent, pour ne pas dire tout le temps, de la qualité de la première relance. M’Vila et Gourcuff gênés par les Luxembourgeois, les défenseurs français ont dû se résoudre à en récupérer la responsabilité. C’est ainsi que les quatre garants de la possession de balle dans le camp français se sont réorganisés pour se défaire des deux adversaires qui traînaient dans leur zone.

Dès la fin de la première mi-temps -le schéma perdurera ensuite pendant une bonne partie de la deuxième-, les Français passent de deux lignes de deux relanceurs devant le bloc luxembourgeois à une ligne de trois. Rami recule pour couvrir en cas de perte de balle tandis que M’Vila s’excentre légèrement côté droit et Mexès en fait de même à gauche. Désormais plus haut, Gourcuff évolue derrière les deux harceleurs adverses et navigue sur la largeur du terrain pour proposer des solutions en appui. Cette réorganisation de la relance force les deux Luxembourgeois à courir davantage et les fatigue plus vite. Ceci fait, les Français pourront relancer à leur guise et arriver plus rapidement sur la première ligne adverse.

Au passage : Les U21 espagnols sont eux aussi passés par là jeudi soir. Leurs deux milieux de terrain étouffés par le pressing des Français, Ayala et Bartra ont dû prendre des risques et évoluer plus haut sur le terrain pour assurer eux-mêmes la relance. Seule différence, ils n’avaient personne pour assurer la couverture et le pressing de Griezmann et Rivière les a poussés à limiter les risques la plupart du temps en envoyant le ballon sur les ailes.

Manque de percussion :

Le problème des deux Luxembourgeois éludés, les Français se sont heurtés à un autre. Comment trouver nos quatre offensifs entre deux lignes extrêmement resserrées ? Même lorsque Gourcuff, Sagna ou Evra ont apporté offensivement, le repli adverse était tel que les situations de surnombre ont été très rares pour les Bleus. Pour y remédier, il aurait fallu que les trois défensifs de cette équipe prennent plus de responsabilités.

C’est en effet une habitude prise par toutes les équipes qui ont l’habitude d’évoluer face à des formations repliées dans leur moitié de terrain. Généralement, celles-ci ont une première ligne très resserrée dans l’axe, les ailiers faisant l’effort de s’excentrer lorsque le latéral adverse est appelé à prendre le couloir. Dès lors, et on l’a vu hier soir, Sagna et Evra étaient très souvent libre de tout marquage lorsqu’ils étaient au niveau de la ligne médiane. Ce n’est qu’une fois le ballon reçu que leur adversaire direct venait à eux. A partir de là, le jeu aurait voulu que le passeur glissant le ballon au latéral suive le mouvement et propose une solution sur la même ligne ou vers l’avant pour qu’il puisse libérer rapidement. Comme ceci pour vous donner un exemple.

Le milieu anglais est pris et revient vers l’arrière. Terry (Mexès) est excentré côté gauche et sert Cole (Evra). Plutôt que de rester derrière et d’attendre que le ballon revienne (ce qu’ont surtout fait les Français hier), Terry prend ses responsabilités et prend immédiatement l’intervalle ouvert par le déplacement de l’ailier adverse vers Cole. L’aisance technique aidant, le latéral lui remet dans la course. Le décalage est crée, Young est servi dans l’axe et obtient le penalty du 1-0 pour les Anglais. Sans la montée du capitaine anglais, il n’y aurait rien eu de tout cela et, dans le meilleur des cas, les hommes de Capello aurait conservé le ballon en repassant par l’arrière.

Outre Terry avec les Three Lions, ce type d’apport offensif venu de l’arrière est une arme souvent utilisée par les équipes ayant l’habitude de dominer et de maîtriser le ballon. Pour donner deux exemples, Piqué à Barcelone et Koscielny à Arsenal sont des spécialistes dans ce domaine. Reste à avoir des points d’appui à solliciter assez forts techniquement pour libérer le ballon dans de bonnes conditions, car la perte de balle dans ce genre de cas peut être fatale si l’adversaire s’y prend bien. Heureusement, à Arsenal comme à Barcelone, il n’y a aucune question à se poser à ce niveau-là : les latéraux comme les possibles relais dans l’axe ont les qualités pour offrir des relais à leurs relanceurs.

Conclusion :

Après la rencontre, Laurent Blanc a insisté sur les insuffisances de ces cinq offensifs : « Quand je dis que les joueurs à vocation offensive auraient dû être meilleurs, effectivement que j’inclus Malouda, Benzema, Gourcuff, Ribéry et Nasri. C’est clair, net et précis. Ces cinq joueurs-là vendredi auraient dû mieux faire. » Un constat loin d’être faux mais qui passe sous silence ce problème de l’apport du surnombre par les défenseurs face à des formations regroupées. Un souci qui poursuit Laurent Blanc depuis ses débuts avec Bordeaux où, déjà, ses défenseurs ne se risquaient jamais (sauf tentatives individuelles la tête dans le guidon) à poursuivre une action pour créer des brèches dans la moitié de terrain adverse.

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1 réponse

  1. The teacha dit :

    Esperons que la leçon sera retenue ( un peu en retard le post ;) ]

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