Lille 1-0 Marseille, l’analyse tactique

Au-delà du « retour » de Florian Thauvin dans le nord, ce choc de la 16e journée opposait surtout deux équipes aspirantes à la troisième place qualificative pour la Ligue des Champions en mai prochain. D’un côté le 4-2-3-1 immuable de l’OM, qui a fondé son succès sur sa solidité lors du précédent exercice. De l’autre, le 4-4-2 en losange des Lillois qui espère bien faire le même coup cette saison.

Les équipes et opposition initiale :

Martin à peine de retour dans le groupe, René Girard a reconduit Rodelin en attaque aux côtés de Kalou et Roux. Derrière, il devait faire face à la suspension de Béria, expulsé à Valenciennes. L’homme à tout faire de l’arrière-garde lilloise était remplacé par Sidibé sur le flanc droit de l’arrière-garde (Enyeama – Sidibé, Kjaer, Basa, Souaré – Mavuba – Balmont, Gueye – Rodelin – Roux, Kalou). Côté marseillais, c’est le onze du moment qui se retrouvait sur la pelouse lilloise, avec Diawara en défense et Cheyrou dans l’entrejeu aux côtés de Romao (Mandanda – Abdallah, Nkoulou, Diawara, Morel – Romao, Cheyrou – Thauvin, Valbuena, Payet – Gignac).

Les Marseillais ont été les premiers à mettre le pied sur le ballon. Une situation qui a rapidement permis de voir le bloc lillois à l’oeuvre en phase défensive. En première ligne, Roux et Kalou encadraient Rodelin qui se positionnait entre Romao et Cheyrou afin de couper la relation entre les deux hommes. Les deux « attaquants-ailiers » bloquaient eux les diagonales à destination des couloirs. Dans l’entrejeu, Balmont et Gueye s’opposaient à Romao et Cheyrou. Derrière, Souaré, Mavuba et Sidibé serraient de très près leurs adversaires directs – Thauvin, Valbuena et Payet, laissant Basa et Kjaer au marquage de Gignac.

Le ballon est dans les pieds de Diawara. Balmont sort au pressing sur le milieu axial le plus proche du défenseur marseillais.

Le ballon est dans les pieds de Diawara. Balmont sort au pressing sur le milieu axial le plus proche du défenseur marseillais (Cheyrou). Souaré et Sidibé laissent Mavuba et les défenseurs à trois contre deux face à Valbuena et Gignac afin de suivre les déplacements de Thauvin et Payet

romao-gueye

Même mouvement de l’autre côté alors que Nkoulou est en possession du ballon : c’est au tour de Gueye de sortir sur Romao. A noter le positionnement à l’intérieur de Sidibé, conditionné par celui de Payet, et qui ouvre des espaces dans le couloir gauche.

Mavuba domine Valbuena :

Joueur-clé de l’animation marseillaise lorsque celle-ci est cantonnée aux couloirs, Valbuena a été complètement éteint par Mavuba. Le capitaine du LOSC a rapidement pris le dessus devant sa défense, si bien que son ancien compère du centre de formation girondin n’avait aucun impact dans sa zone favorite, celle qui lui permet notamment de mettre ses ailiers dans le sens du jeu en relayant ses milieux de terrain. Payet et Thauvin ont ainsi dû jouer la majorité de leurs ballons dos au but, sous la pression de leurs adversaires directs. Et Valbuena a rapidement dû se muer en deuxième attaquant, attaquant plus la profondeur que travaillant entre les lignes, ce qui n’est pas son registre favori. De quoi rendre encore plus surprenant son remplacement par Imbula après sa blessure alors que l’OM avait quelques joueurs d’espace sur son banc de touche (voir par ailleurs) .

Cantonné à son aile droite, Thauvin a obtenu quelques coups-francs. De son côté, Payet a tenté de varier ses courses en rentrant à l’intérieur ou en décrochant pour demander le ballon et attirer Sidibé hors de sa position habituelle. Ses mouvements ont ouvert le couloir pour les montées de Morel, qui n’était pas toujours suivi par un attaquant (Roux, Kalou), et pour les appels vers l’extérieur de Gignac ou Valbuena. A défaut de peser dans l’axe, les deux attaquants phocéens s’excentraient sur les côtés, afin de profiter des espaces provoqués par le pressing lillois (Sidibé et Souaré sur Payet et Thauvin, Balmont et Gueye devant eux).

Mais ils étaient la plupart du temps bien contrôlés par Kjaer, Basa ou Mavuba (qui accompagnait Valbuena dans ses courses sur les ailes). Le repli rigoureux du LOSC (Balmont, Gueye en tête) venait ensuite couper les solutions courtes. En manoeuvrant assez rapidement, les Marseillais ont toutefois pu renverser le jeu côté opposé, où les paires latéral-ailier bénéficiaient de quelques espaces.

Les opportunités dans le dos des latéraux lillois se distinguent très vite. Ici, le déplacement de Payet dans l'axe attire Sidibé, ce qui ouvre tout le couloir à Morel, complètement oublié par Kalou.

Les opportunités dans le dos des latéraux lillois se distinguent très vite. Ici, le déplacement de Payet dans l’axe attire Sidibé, ce qui ouvre tout le couloir à Morel, complètement oublié par Kalou.

Un autre exemple

Un autre exemple d’utilisation des espaces dans le dos des latéraux lillois. Ici, Balmont laisse assez d’espaces à Cheyrou pour ajuster sa passe. Valbuena fait l’appel dans le dos de Sidibé, toujours concentré sur le marquage de Payet. Morel aussi semble prêt à démarrer. Mais Kjaer et Mavuba accompagnent ensemble la course du meneur de jeu de l’OM.

Lille et le jeu direct :

Avec le ballon, les Lillois se basaient sur les décrochages de Mavuba entre Basa et Kjaer pour répondre à la première ligne opposée par l’OM et formée par le duo Gignac-Valbuena. L’objectif des Nordistes étaient de relancer court depuis Enyeama, puis d’arriver jusqu’aux abords du rond central. Depuis cette zone, deux solutions étaient possibles. Jouer court en construisant grâce aux décrochages de Rodelin et aux relais de Balmont et Gueye. A ce niveau, les Lillois devaient toutefois rester vigilants en cas de perte de balle, notamment du côté de Romao qui était dangereux par son pressing. D’ailleurs, la plupart de leurs actions construites se sont développées côté droit, autour des montées de Sidibé et Balmont, qui profitait du comportement plus « conservateur » de Cheyrou pour trouver son latéral et lancer les offensives.

Mais au-delà de ces échanges au milieu de terrain, qui ont pour la plupart fini sur des débordements de Sidibé, les Lillois ont surtout recherché Roux et Kalou dans la profondeur. Sitôt le ballon remonté au milieu de terrain, les deux hommes prenaient les espaces, principalement sur les ailes dans le dos des latéraux marseillais (Morel et Abdallah). En complément, Rodelin (ou Gueye ou Balmont, en fonction des joueurs qui avaient participé à la remontée du ballon) effectuait les fausses pistes pour tenter de faire sortir la défense marseillaise.

Le problème pour les Lillois résidait dans l’efficacité de Roux et Kalou aux avants-postes. Souvent hors-jeu, rarement à leur avantage dans les duels, ils n’ont pas assez pesé sur la défense marseillaise pour permettre aux Nordistes de réellement s’installer dans le camp adverse. Les coups-francs et corners obtenus n’ont en plus quasiment rien donné, si ce n’est des ballons de contre pour des Marseillais qui se projetaient efficacement dans cet exercice.

La relance du LOSC met à contribution tous les joueurs axiaux : Mavuba décroche entre ses défenseurs centraux et crée le surnombre face à la première ligne marseillaise. Dans l'entrejeu, Gueye, Rodelin et Balmont travaillent ensemble pour forcer Romao et Cheyrou à reculer au lieu de presser.

La relance du LOSC met à contribution tous les joueurs axiaux : Mavuba décroche entre ses défenseurs centraux et crée le surnombre face à la première ligne marseillaise. Dans l’entrejeu, Gueye, Rodelin et Balmont se déplacent ensemble afin de gêner le pressing de Romao et Cheyrou. Martin sera encore plus présent dans cet exercice en deuxième mi-temps.

Une fois le ballon arrivé au niveau du rond central, les milieux lillois cherchent le jeu rapide : ici, Gueye (avancé sur la capture précédente) décroche pour attirer Nkoulou hors de l'alignement défensif, ouvrant ainsi un espace pour l'appel de Rodelin qui accompagne Kalou, lancé sur l'aile gauche.

Une fois le ballon arrivé au niveau du rond central, les milieux lillois cherchent le jeu rapide : ici, Gueye (avancé sur la capture précédente) décroche pour attirer Nkoulou hors de l’alignement défensif, ouvrant ainsi un espace pour l’appel de Rodelin qui accompagne Kalou, déjà lancé sur l’aile gauche.

Deuxième mi-temps :

Après la pause, la physionomie de la rencontre est restée la même. L’OM est toutefois mieux revenue dans le match et a su se créer quelques occasions de but, notamment grâce à des attaques venant de son aile gauche. Souvent oublié par Roux ou Kalou, Morel a pris son aile et pu créer le décalage dans la défense lilloise (58e, 64e). Depuis sa position axiale, Mavuba a évité les décalages en coulissant… Quand il n’était pas là, c’est Enyeama qui se chargeait d’écarter les tentatives de Thauvin et Gignac. Les autres opportunités phocéennes sont venues de corners lillois, bien repoussés par la défense. L’équipe explosait ensuite en contre-attaque, cherchant à aller plus vite que le repli adverse pour attaquer un Mavuba toujours seul en couverture sur ces phases de jeu.

En face, le LOSC a continué sur la lancée de sa première mi-temps : une relance efficace jusqu’à la ligne médiane, malgré le pressing de Romao, mais un déchet important dès lors qu’il fallait entrer dans les 40 derniers mètres marseillais. Beaucoup de hors-jeu pour Roux et Kalou notamment, et quelques imprécisions techniques pour Rodelin qui a été le premier à quitter le terrain au profit de Martin (62e). De retour de blessure, l’ancien Sochalien a permis au LOSC de tenir un peu plus le ballon au milieu de terrain, revenant travailler avec Gueye, Balmont et Mavuba pour ensuite envoyer le jeu vers ses attaquants ou ses latéraux. Il est d’ailleurs de la construction du but puisqu’il décale Balmont sur l’aile, auteur du service victorieux pour Roux dans les arrêts de jeu (90e+2).

L'idée du jeu lilloise poussée à bout : l'objectif est de passer le plus rapidement possible de la relance à la finition. Le jeu ne passe que très peu dans la première moitié du camp adverse : la plupart des passes effectuées dans cette zone sont latérales (vers les latéraux) ou en retrait de manière à libérer un partenaire capable d'effectuer la passe vers l'avant.

L’idée du jeu lilloise poussée à bout : l’objectif est de passer le plus rapidement possible de la relance à la finition. Le jeu ne passe que très peu dans la première moitié du camp adverse : la plupart des passes effectuées dans cette zone sont latérales (vers les latéraux) ou en retrait de manière à libérer un partenaire capable d’effectuer la passe vers l’avant.

Le coaching d’Elie Baup :

Côté marseillais, le coaching a lui aussi eu un poids dans la fin de rencontre. La sortie sur blessure de Valbuena (70e) a offert à Elie Baup l’opportunité de modifier un système où le meneur marseillais peinait à exister en raison de la présence de Mavuba. Mais le coach phocéen a préféré faire entrer en jeu Imbula poste pour poste. Sur le papier, conserver une présence avancée au milieu de terrain n’était pas une mauvaise option en soi, notamment pour perturber les transmissions entre les milieux lillois et plus particulièrement gêner Mavuba. En revanche offensivement, l’ancien Guingampais se retrouvait dans une position loin d’être idéale pour lui, l’obligeant à négocier la plupart de ses ballons dos au but.

La sortie de Payet au profit de Khalifa (78e) a aggravé ce problème : alors que le premier décrochait souvent au milieu de terrain pour offrir des solutions (et au passage ouvrir le couloir à Morel ou ses attaquants), le second travaillait dans la profondeur et s’éloignait de ses partenaires chargés de la relance. Or, ses transmissions n’aboutissaient généralement à rien pour l’OM, Lille contrôlant facilement les prises de balle du Tunisien grâce à l’accompagnement de Sidibé et au repli des milieux de terrain. Imbula apparaissait donc comme la seule solution « courte » lorsque le ballon devait repartir du côté gauche de la relance marseillaise. Une solution unique et donc facile à cibler pour le pressing lillois. Sur le but, c’est lui qui perd la balle, pressé efficacement par Gueye qui sert Martin, auteur ensuite du décalage vers Balmont. Un alignement défaillant côté marseillais a ensuite permis à Roux de finir le travail d’une belle tête décroisée.

Conclusion : 

Ce n’est une surprise pour personne : le collectif lillois est très difficile à manoeuvrer. L’énorme activité de Mavuba à la récupération permet d’équilibrer un système extrêmement difficile à prendre à défaut au milieu de terrain mais qui laisse des espaces dans la profondeur. L’OM a eu les opportunités pour prendre l’avantage mais a buté sur un Enyeama toujours parfait dans ses cages. Loin d’être un coïncidence, les sorties de Valbuena puis Payet ont mis fin à la domination phocéenne sur la deuxième mi-temps, après un premier acte équilibré. A nouveau équilibré, le match aurait sans doute pu se terminer sur un score nul s’il n’y avait pas eu cette perte de balle d’Imbula parfaitement exploitée par les Lillois. Réalistes, ces derniers creusent l’écart au classement en attendant de se rendre au Parc des Princes juste avant la trêve.

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7 réponses

  1. Shinji dit :

    Le marquage élastique d’Abdallah sur Roux et aussi scandaleux. D’ailleurs, on voit sur le ralenti qu’il a toujours encore le bras levé suite à la position de hors jeu d’Hamsik à Naples.

    Magnifique capture en tout cas sur le positionnement des lillois en phase d’attaque avec la relance à trois et les 10 autres joueurs de champs collés à la ligne de défense olympienne.

    Lille n’a vraiment pas montré grand chose dans le jeu. L’OM de l’année dernière produisait plus de jeu dans sa période 1-0 avec beaucoup de centres et de frappes de loin comme c’est toujours le cas cette année, du déchet dans la finition. Par contre, des q’un but était marqué, l’OM était dans la gestion alors que vu le déroulement du match, Lille aurait pu se contenter du nul, mais ils ont continué à jouer vers l’avant.
    Cependant, je ne pense pas que Lille soit capable de tenir ainsi jusqu’en Mai, ils n’ont pas cet impact player qu’avait Montpellier avec Belhanda ou Cabella.

  2. Défensivement, ça restera fort tant que Mavuba sera là. Et une équipe qui n’encaisse pas de but en L1 peut aller très loin. Y’en a toujours une comme ça par an. Après offensivement, j’attends/espère qu’il y aura une amélioration avec le retour de Marvin Martin. C’est quand même une énorme plus-value au poste de n°10 par rapport à Rodelin sur le papier. Ca fait une belle marge de progression pour le collectif.

  3. Sacha dit :

    Super article encore une fois. J’ai aussi eu l’impression que Romao et Cheyrou restaient trop souvent alignés devant la défense et aucun ne se projetait vers l’avant pour essayer d’aider Valbuena, qui ainsi se trouvait esseulé et plus facile à stopper pour les Lillois.

  4. TitiHenry dit :

    Encore un superbe article, simple, précis et efficace, bravo et continue. Ta dernière capture pour illustrer le plan de jeu Lilloise est superbe.

  5. LeoRR dit :

    Merci pour cet article ultra riche en info, ça m’aide vraiment à mieux comprendre le jeu des équipes en France!

  6. toto dit :

    super blog, je l’ajoute à mes favoris! (pour l’anecdote, je l’ai découvert en tapant « couverture des lateraux par mavuba » dans google ;) on dirait que personne ne parle vraiment tactique dans les médias du foot oO)

  7. apx dit :

    Chapeau et merci pour ces analyses, qui sont un plaisir à lire.

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