Lille 0-0 Marseille, l’analyse tactique

En clôture de la 33ème journée de L1, le LOSC recevait l’OM dans un match qui pouvait coûter cher dans la course au podium. Dominateurs tout au long de la rencontre, les Lillois n’ont buté que sur la défense centrale marseillaise et son gardien, Steve Mandanda. Battus dans les duels, les Marseillais font la bonne opération en sortant du Grand Stade avec 4 points d’avance sur Saint-Etienne, 4ème.

Aucune surprise à signaler dans les compositions des deux équipes. Côté lillois, Rio Mavuba manque toujours à l’appel et est remplacé par Gueye dans l’entrejeu. Suspendu, Digne est remplacé par Béria à gauche de la défense, ce qui ouvre le couloir droit à Sidibé (Elana – Sidibé, Chedjou, Basa, Béria – Gueye, Balmont, Martin – Rodelin, Payet, Kalou). Côté marseillais, Elie Baup aligne son onze-titulaire au coup d’envoi, avec Cheyrou et Romao dans l’entrejeu derrière Valbuena (Mandanda – Fanni, Nkoulou, Lucas Mendes, Morel – Romao, Cheyrou – Kadir, Valbuena, A.Ayew – Gignac). A gauche un  4-1-4-1 avec Gueye devant la défense, à trois un 4-2-3-1 avec Valbuena en soutien de Gignac…

Lille récupère :

Systèmes obligent, le début de partie se résume à une opposition des deux milieux de terrain. Comme d’habitude, les Lillois sont ceux qui prennent l’initiative. Devant Gueye qui suit Valbuena à la trace sur toute la largeur du terrain, Balmont et Martin peuvent sortir très haut pour aller mettre la pression sur Cheyrou et Romao. En bloquant le n°7 marseillais, Balmont limite les solutions pour la relance de Nkoulou et Mendes. A la hauteur de ces derniers, Kalou (ou Rodelin ou Payet) se positionne de manière à empêcher les transmissions latérales. Sur les côtés, Rodelin (ou Kalou) et Payet ferment les couloirs. Bref, la première ligne lilloise bloque la transition marseillaise et force la défense centrale à envoyer de longs ballons vers l’avant, à destination de Gignac ou Ayew notamment.

Le pressing des milieux lillois : Balmont sur Cheyrou et Martin sur Romao tandis que Gueye suit les mouvements de Valbuena. Sur les côtés, Payet et Kalou se replacent de manière à bloquer les montées des latéraux ou couper les trajectoires en cas de transmission au sol le long de la ligne de touche.

A la retombée de ces relances, les Lillois dominent les duels et récupèrent facilement les ballons. Se met alors en place leur système de relance habituel, basé sur cinq joueurs : les deux défenseurs centraux (Basa, Chedjou) et les trois milieux de terrain (Gueye, Balmont, Martin). Ce système permet aux deux latéraux (Béria et Sidibé) de monter et d’aller offrir des solutions dans le camp adverse. Pour empêcher la relance lilloise, l’OM n’oppose que deux hommes dans le camp adverse (Gignac et Valbuena).

Derrière, le reste du bloc est en place dans sa moitié de terrain, organisé sur deux lignes de quatre. Ne pouvant presser efficacement au vu de l’infériorité numérique, Gignac et Valbuena cherchent avant tout à protéger l’axe en restant aux abords du rond central. Il s’agit notamment d’empêcher Payet de récupérer les ballons au niveau du rond central, une zone qu’il affectionne puisqu’il peut ensuite accélérer plein axe.

Logiquement, la relance lilloise passe par les côtés. Balmont -à droite- et Martin -à gauche- s’excentrent pour lancer les mouvements offensifs depuis les zones volontairement laissées par leurs latéraux. Ces derniers peuvent offrir des solutions courtes le long de la ligne de touche ou dans la profondeur. Au coeur du jeu, les trois attaquants multiplient les courses de manière à offrir des solutions entre les deux lignes marseillaises. Une fois la première passe effectuée, Martin et Balmont se projette vers l’avant pour soutenir attaquants et latéraux.

Basa et Chedjou ne sont pas attaqués par Gignac et Valbuena et sont libres de servir Martin et Balmont. Le positionnement des deux attaquants marseillais empêche ces derniers de trouver des solutions à l'intérieur mais il ne peut rien lorsqu'ils vont occuper les couloirs, laissés libres par leurs latéraux montés dans le camp adverse.

Lille construit :

L’axe étant bloqué, la plupart des mouvements du LOSC démarre donc sur les ailes. Martin recherche parfois directement un partenaire en usant de son jeu long, dans la profondeur ou dos au but. La densité lilloise aux avants-postes leur permet d’être présents sur les seconds ballons au cas où les défenseurs marseillais prennent le dessus. Mais le LOSC crée surtout le danger grâce à des combinaisons efficaces sur les ailes. Utilisant leurs latéraux, bien avancés dans  le camp marseillais, Martin et Balmont recherchent les relais de Kalou ou Payet dans le coeur du jeu. Ces mouvements, à trois ou quatre joueurs, forcent les deux lignes marseillaises à coulisser sur un côté pour limiter les espaces et empêcher leurs adversaires de prendre de la vitesse.

A défaut de créer des décalages, les Lillois font reculer le bloc marseillais et ressortent les ballons pour Martin et Balmont qui arrivent de l’arrière. Construisant côté gauche la plupart du temps, ces derniers renversent ensuite le jeu côté droit, la plupart du temps par Martin qui profite à la fois du non-repli de Valbuena et du positionnement très bas de Romao-Cheyrou, forcés de protéger leur défense centrale de Payet ou Kalou. A la retombée de ces changements de jeu, Sidibé arrive lancé et profite des positions de A.Ayew et Morel, dans l’axe au début de l’action, pour créer le danger dans les 20 derniers mètres. S’il ne peut pas y aller en solitaire, il bénéficie souvent du soutien de Balmont pour conserver le ballon et ainsi maintenir la pression sur la défense marseillaise.

Martin envoie le ballon sur l'aile gauche vers Béria. Payet et Kalou travaillent entre les deux lignes marseillaises pour offrir des solutions à leur latéral. De l'autre côté du terrain, Rodelin et Balmont peuvent attirer Morel et Ayew vers l'intérieur du terrain s'ils prennent les espaces ouverts devant eux. Sidibé est prêt à en profiter dans leur dos.

Le ballon est ressorti sur Marvin Martin. Positionné plein axe, Rodelin attire Ayew. Morel a lui suivi sa défense centrale. Balmont se retrouve seul dans le dos de l'ancien Lorientais. Un coup pour rien puisque Martin recherchera Kalou dans la profondeur sur cette situation.

Malgré une domination sans partage, les Lillois butent sur une défense centrale marseillaise toujours sur les trajectoires dans la zone de vérité. Excepté lorsque Martin trouve des solutions dans la profondeur (Rodelin, 19e), Nkoulou et Lucas Mendes ne laissent rien passer et condamnent les Nordistes à tenter leur chance de loin (Payet, 22e, 40e, 45) Et si ces derniers sont battus, c’est Mandanda qui prend le relais pour sauver les siens (tête de Kalou, 21e ; déboulé de Sidibé, 40e).

Deuxième mi-temps :

Souvent battu au milieu de terrain en première mi-temps, l’OM décide de revenir des vestiaires avec l’intention de jouer plus haut afin de perturber la relance lilloise et notamment d’opposer Romao et Cheyrou à Martin et Balmont. Si elle ne peut plus déployer son animation habituelle, la formation de Rudi Garcia continue de créer le danger grâce aux déplacements de ses attaquants. A défaut d’être trouvés dans l’axe comme en première mi-temps, la faute à des Marseillais positionnés plus haut, ces derniers s’excentrent pour aller exploiter les espaces dans le dos des latéraux ou simplement peser dans leurs zones. Kalou et Rodelin permettent ainsi à leurs partenaires de franchir la ligne médiane. Derrière, tout le bloc marseillais est obligé de redescendre et le LOSC retrouve ses habitudes de la première mi-temps.

L'OM joue plus haut pour perturber la relance lilloise qui s'adapte : Béria et Sidibé décrochent pour se rendre disponibles à leurs défenseurs centraux, et les attaquants vont occuper les couloirs délaissés par leurs latéraux.

Les changements opérés par les deux entraîneurs n’ont pas une grande incidence sur la suite de la rencontre. Remplaçant Kadir très rapidement (49e), J.Ayew perturbe une fois l’arrière-garde lilloise en quittant son couloir droit pour aller dans l’axe (Morel, 71e). Avant ça, l’OM s’en était remis à une erreur de Sidibé en début de deuxième mi-temps pour créer le danger (Gignac, 52e). Côté lillois, les entrées en jeu de Origi (pour Rodelin, 74e), Roux (pour Kalou, 85e) et Pedretti (pour Martin, 89e) ne changent rien au dispositif tactique. Le côté droit reste le côté fort pour finir les mouvements mais sans succès, Mandanda est toujours souverain même quand ses défenseurs le mettent à contribution (Lucas Mendes sur centre de Sidibé, 75e). Un duel remporté face à Payet (sur coup-franc, 81e) conclut sa prestation de très haute gamme.

Conclusion :

A défaut de prendre les trois points, les Lillois ont au moins pu confirmer à leurs adversaires directs dans la course au podium qu’ils étaient sur une très bonne pente. Martin et Kalou s’intègrent désormais parfaitement à un collectif qui pratique peut-être aujourd’hui le jeu le plus attrayant parmi les équipes du haut de tableau (avec Saint-Etienne ?). Reste à savoir si c’est ce style qui sera récompensé en fin de saison ou si la palme reviendra à l’efficacité « à la Marseillaise. » Il ne serait pas étonnant que derrière le PSG, la Ligue 1 décide d’envoyer deux équipes aux profils bien différents en Ligue des Champions la saison prochaine. Faites vos jeux !

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2 réponses

  1. alex dit :

    c’était un match décisif, l’Om a montré que même si son jeu n’est pas spectaculaire l’ensemble était solidaire.6 match, 18 points la deuxième place reste possible pour 5 équipes et l’OM n’a pas le calendrier le plus défavorablle mais ça peut le faire le beau jeu on verra peut être la saison prochaine si on est direct en europe…
    Patience et longueur de temps font plus que force nou que rage comme dit le dicton du père BAUP.

  2. TitiHenry dit :

    Mettre un ailier à la place d’un 9, surtout dans le système Lillois a les défauts de ces avantages. Kalou n’est pas pour rien à la bonne forme Lilloise, plus que d’être un 9 pur c’est un vrai ailier dans le style, il participe énormément au jeu Lillois, ce qui rend Lille beaucoup plus dangereux devant avec 3 percuteurs, détonateur, dribbleur. Mais ça manque ensuite d’un vrai tueur pour conclure, malgré les 6 buts en 8 matchs, Kalou à besoin de pas mal d’occasion pour planter on l’a vu hier, ça peut être un problème face à un gardien en mode « sauveur », même si sans lui tu te crées forcément moins d’occasion.

    Bref Lille est au-dessus de toutes les équipes de L1 en ce moment (Paris compris). Je ne vois pas malgré les 6 journées restantes, comment il ne pourrait pas finir sur le podium à la fin de saison, surtout en voyant la concurrence, perso je les vois même finir 2ème devant où Marseille ou Lyon.

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