Lorient 1-1 Bordeaux, l’analyse tactique

Les locaux avaient crée la sensation en allant battre le PSG lors de la première journée ; les visiteurs s’étaient inclinés face à Saint-Etienne. Lorient et Bordeaux se sont séparés sur un score nul qui va laisser un goût amer dans la bouche des Merlus. Mais, à en regarder la physionomie de la rencontre, le partage des points est des plus logiques. Retour sur un match intéressant d’un point de vue tactique.

Les compositions :

Les certitudes ramenées du Parc des Princes permettent à Christian Gourcuff de reconduire exactement le même onze de départ. Les recrues Pedrinho et Mareque sont sur les deux côtés de la défense, Quercia et Monnet-Paquet devant : Audard (16) – Pedrinho (3), Bourillon (6), Ecuelé Manga (5), Mareque (12) – Jouffre (8), Mvuemba (7), Romao (4), Coutadeur (10) – Quercia (27), Monnet-Paquet (22).

Du côté des Girondins, Francis Gillot change certains joueurs après la défaite contre Saint-Etienne. Chalmé, Traoré et Modeste en font plus ou moins directement les frais ; Henrique, Sertic et Gouffran en profitent pour rentrer dans le onze : Carrasso (16) – Sané (6), Henrique (3), Ciani (2), Trémoulinas (28) – Nguemo (7), Plasil (18), Sertic (26) – Jussiê (10), Maurice-Belay (19), Gouffran (9).

Adaptation bordelaise :

Laminés 5-1 la saison dernière, les Bordelais s’adaptent aux forces lorientaires. Même si Gameiro et Amalfitano ne sont plus là, la défense girondine craint toujours d’être prise de vitesse dans la profondeur. Il faut donc au choix jouer bas ou offrir des soutiens à cette défense qui se replieront rapidement pour éviter toute possibilité de supériorité numérique en faveur des attaquants lorientais.

Pour faire face au 4-4-2 lorientais, Francis Gillot décide donc de démarrer avec un milieu de terrain en losange. Premier point important de ce choix, la charnière centrale bordelaise (inédite cette saison, Henrique-Ciani) n’est plus laissé à l’abandon grâce à la présence de Nguemo devant elle. Lorsque l’équipe est en phase de repli, selon la position du ballon, les latéraux resserrent dans l’axe et l’espace laissé dans le couloir est complété par l’un des deux milieux relayeurs (Plasil ou le plus souvent Sertic). Cette mécanique permet aux Bordelais d’éviter de se retrouver pris à défaut lors des phases souvent répétées par les Lorientais la saison dernière, à savoir fixer le bloc adverse d’un côté dans un petit périmètre avant de renverser de l’autre. Il n’est ainsi par rare de retrouver une ligne de cinq en défense côté bordelais, Sertic complétant à gauche de Trémoulinas pour anticiper les possibles changements de jeu de Coutadeur.

Toutefois, pour permettre ce repli défensif, les Bordelais ont besoin du travail sans ballon de leur trio offensif pour gagner du temps. En se concentrant dans l’axe, Jussiê, Maurice-Belay et, dans une moindre mesure, Gouffran qui reste devant, perturbent la relation directe entre les milieux et les attaquants lorientais, forçant Mvuemba ou Romao à passer par les côtés pour rentrer dans la moitié de terrain bordelaise. C’est d’ailleurs ce qu’ils vont faire (voir plus loin). Lorsque les Girondins ont le ballon, Jussiê est le premier joueur ciblé par la relance. Devant lui, Maurice-Belay et Gouffran ont pour rôle de provoquer la défense adverse ou de prendre la profondeur. Evoluant plus haut que face à Saint-Etienne, le premier se retrouve ainsi beaucoup plus facilement dans des conditions idéales pour son jeu, lancé sur des un-contre-un dans les derniers mètres côté gauche. A Plasil, Sertic (et Trémoulinas) d’apporter ensuite le soutien pour terminer les actions ou s’installer dans le camp adverse.

Adaptation lorientaise :

Après quelques ballons chauds à négocier, les Lorientais adaptent leur organisation pour couper la relation entre la relance bordelaise et les attaquants évoluant entre les lignes dans l’axe (Jussiê et Maurice-Belay). Le milieu à quatre lorientais se resserre dans l’axe pour couper les solutions de passes verticales et obliger les Girondins à écarter vers Plasil ou Sertic le long de la ligne de touche. Ne reste alors plus au bloc lorientais à coulisser pour enfermer leurs adversaires dans le couloir et repartir de l’avant ensuite.

Concentrés sur le repli défensif, les milieux de terrain girondins (Plasil, Sertic, Nguemo) laissent du champ aux Lorientais. Au bout de quelques minutes de jeu, ces derniers parviennent à passer outre le travail défensif des trois attaquants bordelais. Les latéraux lorientais (Pedrinho et Mareque) n’ayant aucun adversaire direct (le milieu bordelais étant replié dans son camp le plus souvent à hauteur de l’ailier de Lorient), ils héritent du travail de relance. Les triangles formés avec le milieu axial et l’excentré le plus proche permettent de pénétrer au sol dans le camp bordelais, libérant le plus souvent le milieu axial plein axe (Romao ou, le plus souvent, Mvuemba). A celui-ci ensuite d’enchaîner.

Sur l’aile, les latéraux ont poursuivi leurs mouvements vers l’avant, créant ainsi des deux contre deux à jouer face aux paires bordelaises chargés de couvrir les couloirs. Côté gauche, le duo Coutadeur-Mareque bénéficie à plusieurs reprises des appels en profondeur de Quercia pour tenter de créer le surnombre et le décalage. Très mobile, l’ancien attaquant d’Auxerre pose beaucoup de problèmes à la défense bordelaise. Outre ces appels sur les ailes, sa vivacité lui permet de semer ses adversaires directs lors de ses décrochages dans la zone de Nguemo, déjà occupé à aider à la fermeture des couloirs et à faire face aux incursions des milieux bretons. Du coup, Quercia touche quelques ballons dangereux et est même tout près d’offrir l’ouverture du score à Monnet-Paquet qui bute sur Carrasso (26e).

Réadaptation bordelaise :

Après avoir vécu une fin de première mi-temps difficile, les Bordelais reviennent des vestiaires dans une nouvelle organisation de jeu. Fini le losange, Jussiê évolue désormais en soutien de Gouffran dans l’axe. Maurice-Belay retrouve un rôle plus conventionnel dans son couloir gauche. Sertic glisse à droite et Plasil revient dans l’axe aux côtés de Nguemo.

Conséquence de ce changement, les Bordelais retrouvent une certaine sérénité au milieu de terrain. La présence de Plasil aux côtés de Nguemo offre une solution de soutien supplémentaire pour les milieux bordelais enfermés dans les couloirs par l’organisation lorientaires. La maîtrise technique aidant, les Girondins sont désormais en mesure d’évoluer sur la largeur du terrain, ressortant par exemple du côté droit pour aller jouer des deux contre deux sur le flanc gauche. Si Trémoulinas était déjà actif offensivement en première mi-temps, cette réorganisation pousse ainsi Sané à forcer ses montées pour venir jouer les cinquième homme dans le milieu bordelais, celui généralement libéré face au premier rideau défensif adverse. Néanmoins, le manque de poids des deux attaquants et l’expulsion de Sertic en fin de partie limitent l’efficacité de ce changement tactique au milieu de terrain.

Les buts pour conclure :

Si intéressantes soient-elles, toutes ces évolutions tactiques n’auront aucune influence directe sur les deux réalisations de la rencontre. Sur l’ouverture du score, Jouffre profite du marquage à l’élastique de Trémoulinas (qui défend sur le pied droit de son adversaire gaucher, allez savoir…) pour rentrer dans l’axe et ajuster sa frappe avant que Plasil ne puisse fermer la porte. L’égalisation de Bordeaux dans les arrêts de jeu ne devra rien à personne si ce n’est aux Lorientais qui ont joué le hors-jeu sans compter sur la capacité de l’arbitre de touche à ne pas les signaler. A l’arrivée, un match nul plaisant et très intéressant ; Lorient continue sur les mêmes bases que la saison dernière. Bordeaux a encore beaucoup de travail mais affiche déjà une capacité d’évolution intéressante pour la suite.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *