Liverpool 3-0 Manchester City, l’analyse tactique

Décidément, Liverpool aime Manchester. Il y a quelques semaines, les Reds avaient triomphé de Manchester United, grâce à un tandem Suarez-Kuyt déchaîné (voir Liverpool 3-1 Manchester United, l’analyse tactique). Un peu plus d’un mois plus tard, c’était au tour de Manchester City de se rendre à Anfield pour y défier ses pensionnaires. Dépassés dès les premières minutes, les Citizens ont sombré en première mi-temps, encaissant trois buts en 35 minutes, dont deux coup sur coup. Un naufrage qu’ils n’ont pas été capables de rectifier en deuxième mi-temps, incapable de produire quoi que ce soit offensivement après avoir perdu Tevez sur blessure (18e).

Les compositions :

Pour les spectateurs et supporters d’Anfield, ce match est l’occasion de voir Carroll et Suarez associés pour la première fois de la saison. Les deux hommes sont encadrés par Meireles et Kuyt. Derrière eux, on retrouve le jeune Spearing et l’inamovible Lucas. Derrière, le jeune Flanagan est plongé dans le grand bain au poste de latéral droit : Reina – Flanagan, Carragher, Skrtel, Aurélio – Kuyt, Lucas, Spearing, Meireles – Suarez, Carroll.

Côté City, Mancini associe Tevez et Dzeko et se retrouve avec une attaque au profil assez similaire de celle des Reds. Les deux hommes sont soutenus par Milner et Johnson sur les ailes alors que la paire Touré-Barry tient le milieu de terrain. Derrière, c’est du classique avec une ligne de stoppeurs (et Kolarov) pour protéger Hart : Hart – Boyata, Kompany, Lescott, Kolarov – Johnson, Touré, Barry, Milner – Tevez, Dzeko.

Liverpool, façon United :

4-4-2 vs 4-4-2, deux paires d’attaquants aux profils similaires… En début de partie, la différence s’est plus faite sur les critères de mobilité des joueurs et d’engagement mis par chacun d’entre eux que sur les organisations tactiques pures et dures. Et à ce petit jeu de l’entrain, Liverpool parti évidemment avec un coup d’avance en jouant devant son public, quelques minutes après la commémoration de la tragédie de Hillsborough.

Principal responsable de l’énorme début de partie des Reds, Luis Suarez navigue entre le front de l’attaque aux côtés de Carroll et le milieu de terrain où il vient semer le trouble entre le duo Barry-Touré. Dévoreur d’espaces, on le retrouve aussi sur les côtés en fonction des déplacements de Meireles et Kuyt qui n’hésite pas à rentrer à l’intérieur pour venir occuper les brèches créées par les déplacements de l’Uruguayen. Depuis son poste d’avant-centre, Carroll se mêle lui aussi à cette animation, abandonnant parfois l’axe pour aller offrir un appui sur un côté et permettre ainsi à Suarez ou Kuyt d’occuper la pointe.

Cette animation, qui entraîne dézonage et occupation des espaces entre les quatre offensifs, rappelle fortement celle de Manchester United lorsque celui-ci évolue en 4-4-2. Au coeur de ce système, Suarez est absolument parfait dans le rôle qui incombe habituellement à Rooney. Et le parallèle apparaît de plus en plus pertinent lorsque Flanagan ou Aurélio s’élancent dans leurs couloirs pour apporter le surnombre lorsqu’il s’agit de terminer les actions. Dernier exemple, la paire Lucas-Spearing est exactement dans le même registre que Carrick-Scholes, distribuant le jeu de manière à occuper au mieux la largeur du terrain.

Les problèmes de City :

Battus dans l’entame de match et déjà menés au score, les Citizens connaissent un énorme coup dur à la 18ème minute avec la sortie sur blessure de Tevez. Censé donné faire le lien entre le milieu de terrain et Dzeko, l’Argentin est remplacé par un Balotelli qui n’a aucun impact entre les lignes des Reds et reste très proche du Bosnien. City se retrouve donc avec un 4-4-2 à l’animation extrêmement rigide avec, pour espérer faire la différence, les exploits de Johnson ou Milner sur les côtés, voire de Balotelli ou Dzeko devant.

Depuis son aile gauche, Milner tente de prendre les choses en main en rentrant dans l’axe pour participer à la construction et occuper la zone laissée par Tevez et oubliée par Balotelli. Il tente ainsi de combiner avec Touré ou Johnson pour apporter un surnombre sur le côté gauche de Liverpool. Sans grand succès, Aurélio restant solide et la défense renvoyant la plupart des tentatives. Lorsqu’il quitte son couloir, Kolarov monte pour occuper le poste et envoie quelques ballons à destination de Dzeko et Balotelli. Sans succès là non plus, les deux attaquants étant la plupart du temps dominés dans les duels et Kuyt le suivant de près.

Plus grave, ce besoin de dézoner de Milner pour créer des solutions déstabilise complétement le bloc de City. Les Skyblues sont incapables de former une ligne de quatre qui pourrait, au mieux, gêner la relance de Liverpool. Aucun des quatre offensifs n’est en mesure de défendre dans ces conditions et, sans ce soutien, le duo Barry-Touré est condamné à subir et à reculer pour essayer de contenir les assauts. Qui plus est, en montant, Kolarov offre des espaces dans son dos pour les appels de Suarez, Kuyt ou Carroll. Bref, le choix de Balotelli s’est avéré désastreux. Et pas uniquement sur la performance en elle-même de l’Italien…

Le 3-0 encaissé, Mancini revoit d’ailleurs ses plans puisque Milner est définitivement replacé dans l’axe aux côtés de Touré, Barry évoluant un peu plus bas pour être en mesure de soulager sa défense face aux déplacements de Suarez. Balotelli glisse lui à gauche pour devenir le pendant de Johnson en phase défensive. A partir de là, les attaques des Reds se feront moins tranchantes et la deuxième mi-temps sera d’ailleurs beaucoup plus calme de ce point de vue.

Suite et conclusion :

Ce rééquilibrage opéré dans l’organisation de City, la deuxième mi-temps est plus calme. Mancini essaie tour à tour de mettre Touré ou Silva (remplaçant de Milner, 59e) en soutien de Dzeko mais la défense des Reds domine le Bosnien dans les duels. En face, Liverpool gère et cherche désormais à prendre son adversaire en contre en profitant des appels à la limite de Suarez, l’Uruguayen étant soutenu ensuite par les arrivées de Meireles et Kuyt… Puis des latéraux si l’action n’est pas encore terminée. Mais plus rien ne sera marquée.

Trente-cinq minutes de bonheur, Dalglish a vraiment de quoi capitaliser en vue de la saison prochaine. Aidés par la mauvaise gestion de la sortie prématurée de Tevez, les Reds ont réalisé une entame de match phénoménale dans le registre habituel de son rival de Man United. Suarez a été flamboyant. Reste à savoir si ce 4-4-2 et l’Uruguayen auront de quoi pousser la comparaison le week-end prochain face au 4-3-3 qui offrira, a priori, un surnombre aux Gunners dans l’entrejeu. Si l’enjeu ne sera pas forcément au rendez-vous pour les Reds, le jeu devrait en dire long sur ses ambitions dans un futur proche. On en salive déjà.

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