Lille 4-5 Marseille, l’analyse tactique

Les trois dernières éditions du Trophée des Champions avait offert des matchs amicaux améliorés avec un trophée à la clé. Cette saison, Lille et Marseille ont livré un spectacle plutôt agréable et intéressant avant un final parfait pour les diffuseurs. Une apothéose rendue possible par la brutale chute des Lillois sur le plan physique.

Les compositions :

Côté lillois, les principales recrues de l’été sont alignées d’entrée par Rudi Garcia. Basa remplace Rami, Pedretti remplace Cabaye et Payet remplace Gervinho. Le schéma ne bouge pas et l’organisation est déjà bien rôdée : Landreau (1) – Debuchy (2), Basa (25), Chedjou (22), Béria (18) – Mavuba (24), Pedretti (17), Balmont (14) – Hazard (26), Payet (7), Sow (8).

Dans l’autre camp, Didier Deschamps intègre lui aussi trois recrues dans le onze de départ : parmi elles, Morel remplace Taïwo et Diarra reprend le poste laissé vacant par Cissé. Amalfitano remplace lui Valbuena, blessé : Mandanda (30) – Fanni (24), Diawara (21), M’bia (17), Morel (15) – Diarra (4), Cheyrou (7) – Amalfitano (19), Lucho (8), Ayew (20) – Rémy (11)

Les dix minutes marseillaises :

Contrairement à ce qui aurait pu être imaginé, l’OM ne profite pas de la présence de Diarra pour évoluer en 4-1-4-1/4-3-3. D’entrée de jeu, Cheyrou évolue à hauteur de l’ancien Bordelais pour former le milieu d’un 4-2-3-1 au sein duquel Lucho évolue en pointe haute dans l’axe derrière Rémy. Conséquence de cette organisation, le numéro 7 marseillais est le joueur chargé de la relance. Il est couvert/soutenu par les trois défensifs (M’bia, Diawara, Diarra), formant ainsi un quatuor axial qui permet aux latéraux de monter pour proposer des solutions.

Principal pourvoyeur de ballons, Cheyrou est logiquement ciblé par le pressing lillois. Particulièrement bon dans l’exercice, Balmont se charge de sortir du trio qu’il forme avec Mavuba et Pedretti pour aller gêner le milieu marseillais. Lorsqu’il se porte ainsi vers l’avant pour récupérer un ballon, Balmont doit ensuite avoir des partenaires devant lui pour pouvoir enchaîner en cas de duels gagnés. Ainsi, Hazard ou Payet, présents dans le couloir le plus proche, restent à l’avant en début de partie. De fait, aucun Lillois n’est en mesure de suivre les montées de Jérémy Morel. La donne est la même pour Rod Fanni de l’autre côté, ce qui permet aux Marseillais de créer le surnombre facilement et d’être dominateurs dans les couloirs.

Balmont ramène le LOSC :

Après quelques occasions marseillaises en guise d’alerte, Rudi Garcia change rapidement ses plans. Désormais, les ailiers doivent effectuer le repli défensif afin de fermer le couloir aux latéraux marseillais. Hazard et Payet s’exécute de part et d’autres du terrain. Bien aidés par l’ouverture du score quasiment obtenue sur leur première incursion dans le camp marseillais, les Lillois sont désormais en position d’attente. Prêts à stopper et contrer la machine phocéenne. Joueur-clé au moment de presser, Balmont n’en est que plus important au moment de relancer, ses décrochages créant des espaces dans le bloc marseillais.

Même s’il maintient la pression dans son camp (dans ce cas-là, il se retrouve couvert par le duo Mavuba-Pedretti qui se recentre), Balmont est au centre de tout le travail de relance lillois. Lorsque les Nordistes récupèrent le ballon, il n’hésite pas à décrocher dans le couloir droit, à hauteur de ses défenseurs. Ainsi, il attire à lui Ayew, normalement au marquage de Debuchy. Ce dernier peut ainsi monter d’un cran. Dans le même temps, Hazard se recentre pour offrir une solution dans l’axe dans la zone gardée par Cheyrou (Lucho étant aux avants-postes pour faire le pressing). Dès lors, cela ne laisse que le seul Morel pour arrêter Debuchy dans le couloir. L’ancien Lorientais doit donc sortir de sa défense pour venir prendre le Lillois à la réception du ballon. Il laisse ainsi d’énormes espaces dans son dos. La qualité technique du triangle Balmont-Debuchy-Hazard fait le reste pour remonter les ballons, Sow se chargeant des appels dans le dos de Morel pour mettre la pression sur la défense centrale marseillaise.

Cette organisation, et animation lilloise, continue jusqu’à ce que l’équipe lâche prise physiquement en milieu de deuxième mi-temps. Au retour des vestiaires, Rudi Garcia tiendra des propos très intéressants, regrettant que seul Sow joue les ballons en profondeur. Peu avant l’heure de jeu, il est imité par Hazard qui profite d’un service dans le dos de Morel. Profitant de la course de Sow dans l’axe, le Belge s’amusera avec Diawara avant d’inscrire le but du 2-0. Une animation qui marche à ce moment-là de la partie.

Le va-tout marseillais :

Menés 2-0 à une demi-heure de la fin, les Marseillais n’ont plus d’autre choix que de se ruer à l’attaque. Avant même le but du break, Didier Deschamps avait demandé à André Ayew de quitter son couloir gauche en phase offensive pour se rapproche de Rémy et Lucho, l’Argentin se retrouvant alors à la pointe d’un losange avec Cheyrou et Amalfitano en soutien. Défensivement, Morel corrige aussi son placement en limitant ses sorties pour être bien certain de fermer son couloir. A l’heure de jeu, les entrées de Kaboré et J.Ayew à la place de Cheyrou et Amalfitano font passer l’OM dans une autre configuration.

Alors que le premier de la fratrie Ayew évolue au coeur de bloc défensif lillois (Mavuba, Chedjou, Basa), le second se place sur l’aile droite, en rival direct de Béria. Conséquence, ce ne sont donc plus deux mais trois Marseillais qui évolue sur le front de l’attaque, cherchant les duels avec les défenseurs lillois. Leur insistance dans l’axe (Ayew + Rémy) pousse Mavuba à lâcher le marquage de près de Lucho pour soutenir sa défense centrale. Désormais, l’Argentin peut décrocher mais surtout se retourner et trouver des solutions en profondeur. C’est de cette manière qu’il délivre le ballon du 2-1 pour Ayew (71e).

Car derrière, les soutiens aux attaques marseillais utilisent parfaitement la largeur du terrain pour étirer le milieu lillois. Diarra et Kaboré cherchent constamment des solutions latérales (Morel et Fanni) qui font courir le premier rideau défensif lillois (Payet puis Obraniak, Hazard, Balmont, Pedretti). Les points de fixation offerts par Ayew ou Rémy devant permettent aussi d’aboutir à des décalages sur les ailes (Morel, côté gauche notamment). Bref, les changements opérés par Didier Deschamps sont des réussites : Ayew pèse sur Béria à droite et la circulation dans l’entrejeu utilise parfaitement la largeur du terrain, obligeant les Lillois à se dépenser.

Alors que le score est encore de 3-1 en faveur du LOSC, Rudi Garcia fait sortir Hazard pour ajouter un milieu de terrain travailleur, Gueye. Ce changement sonnera la fin des sorties du LOSC dans le camp adverse. Les dix dernières minutes sont entièrement à l’avantage des Marseillais : Lille n’a plus l’organisateur pour fédérer les attaques et les mouvements autour de lui. La suite se résume à un joyeux hourra-football duquel les Phocéens sortiront vainqueurs.

Conclusion :

Un match dingue il est vrai, mais qui, au final, a opposé deux formations qui ont conservé les acquis de la saison dernière. Malgré trois départs, et pas des moindres, Lille reste la même équipe : très bien en place collectivement, elle peut presser comme attendre son adversaire avec, en symbole, un Balmont toujours au rendez-vous. Sa dernière demi-heure n’est pas inquiétante, Rudi Garcia concédant que son équipe était cramée en fin de partie. Côté marseillais, si l’apport de Morel s’est fait sentir en début de partie, il en a aussi subi les conséquences par la suite. Néanmoins, la fin de match a montré que cette équipe était toujours présente lorsqu’il fallait arracher un résultat. Comme l’année de son dernier titre en somme. Reste à savoir si Lucho, ô combien important sur deux des trois buts inscrits dans le jeu, sera toujours là fin août. Si personne n’a impressionné, personne ne semble s’être affaibli par rapport à la saison dernière. A confirmer dans dix jours.

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