Lille 0-1 FC Porto, l’analyse tactique

Non-tête de série pour les barrages de Ligue des Champions, le LOSC avait bénéficié d’un tirage au sort plutôt clément en tombant sur un FC Porto en pleine reconstruction. Mais hier au stade Pierre-Mauroy, les Nordistes n’ont pas pu tenir la comparaison. En contrôle durant toute la partie ou presque, les Portugais et leur nouvel entraîneur, Julen Lopetegui, ont décroché un succès logique. Pour les Lillois, il faudra plus qu’un exploit pour renverser la situation.

Les compositions : 

Par rapport à sa dernière sortie européenne face aux Grasshoppers Zurich, le LOSC a récupéré Mavuba qui a repris sa place devant la défense. Gueye et Balmont l’encadrent comme d’habitude. Devant, le trio est composé de Origi, Kalou et Corchia, qui conserve donc son poste d’ailier droit. Aucun absent n’est à signaler derrière.

Du côté du FC Porto, le mercato a été agité et a notamment vu les arrivées de Martins Indi derrière, Casemiro dans l’entrejeu et Brahimi devant. Les trois recrues sont titulaires, tout comme Oliver Torres qui se retrouve sur l’aile gauche, et le jeune Ruben Neves (17 ans) qui dispute son premier match de Coupe d’Europe à cette occasion.

Lille attend dans l’entrejeu : 

Les premières minutes de la partie permettent de découvrir l’organisation du FC Porto, et surtout son animation offensive. Comme prévu, le LOSC laisse la possession de balle à son adversaire et l’attend au milieu de terrain. Le 4-1-4-1 mis en place par Lopetegui utilise les relais de Herrera, Casemiro ou Ruben Neves dans l’axe pour alimenter les attaquants : Jackson dans l’axe et Brahimi ou Torres sur les ailes, ces derniers étant ensuite soutenus par les montées de Danilo et Alex Sandro.

Face à cette organisation, le LOSC s’appuie sur l’activité de ses milieux de terrain afin de bloquer le trio adverse dans l’entrejeu. Mavuba, Gueye et Balmont répondent aux déplacements de Herrera, Casemiro et Ruben Neves afin de ne pas leur laisse le moindre espace pour jouer vers l’avant. Cela laisse Basa et Kjaer en couverture dans l’axe face à Martinez. Sur les côtés, ce sont des deux-contre-deux qui se jouent entre Corchia-Béria et Alex Sandro-Torres d’un côté, Origi-Souaré et Danilo-Brahimi de l’autre.

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Lille laisse venir le FC Porto en ne pressant pas Martins Indi et Danilo. Tous les autres joueurs sont suivis et se retrouvent sous pression lorsqu’ils tentent d’avancer avec le ballon.

Le manque d’activité de Kalou à la pointe de l’attaque cantonne le pressing lillois au milieu de terrain. Rarement inquiétés lorsqu’ils ont le ballon, Maicon et Martins Indi sont toujours des solutions de repli pour les Portugais. Résultat, ces derniers conservent le ballon et sont très rarement poussés à la faute. Dans l’entrejeu, Casemiro, Ruben Neves et Herrera courent énormément pour offrir des solutions et, dans le même temps, fatiguer leurs adversaires directs. Ils n’hésitent pas à changer de registre, redescendant parfois très bas (Casemiro) ou évoluant très haut (Herrera) en soutien de Martinez.

Face à un adversaire qu’il ne pousse donc à la faute que très rarement, le LOSC se retrouve en manque de munitions pour contre-attaquer. Les offensives ne peuvent dès lors passer uniquement par du jeu construit depuis l’arrière. Or les Lillois pêchent dans ce domaine depuis quelque temps déjà. Le milieu de terrain manque de créativité et il n’y a qu’en jouant directement vers les attaquants que les Nordistes parviennent à créer le danger. Origi se retrouve ainsi à l’origine des actions lilloises les plus dangereuses : par deux fois, il fait la différence côté gauche et met Corchia en bonne position (35e et 45e) mais l’ancien Sochalien ne trouve pas le cadre.

Porto doit trouver la solution : 

Maître du ballon, Porto peine toutefois à trouver la faille dans le bloc lillois. Au fil des minutes, les hommes de Lopetegui tentent plusieurs approches, à chaque fois infructueuses. La première solution est de trouver Jackson Martinez par du jeu direct, en sautant le trois-contre-trois crée par les Lillois dans l’entrejeu. Mais le Colombien est bien pris par Basa et Kjaer, qui bénéficient en plus de soutien rapide de leurs milieux de terrain pour stopper le soutien au cas où leur adversaire prendrait le dessus.

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En possession du ballon, Casemiro est pressé par Balmont. Devant lui, Ruben Neves et Herrera sont pris par Gueye et Mavuba.

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Solution pour le Brésilien, le jeu direct vers Jackson Martinez qui décroche, suivi par Basa. Le Colombien remet le ballon dans la course de Herrera, mais Mavuba suit le Mexicain de près pour empêcher l’action de se poursuivre, quitte à provoquer une faute…

A l’approche du quart d’heure de jeu, c’est au tour de Brahimi et Torres de tenter d’apporter des solutions pour déjouer le pressing lillois au milieu de terrain. Le premier repique dans l’axe pour s’intercaler entre Basa-Kjaer et le trio Mavuba-Gueye-Balmont mais est à chaque fois suivi et bloqué par Souaré. Torres tente lui de décrocher dans sa moitié de terrain afin de récupérer les relances de ses défenseurs, mais là aussi le LOSC réagit de manière efficace : Corchia le suit s’il rentre à l’intérieur, laissant Béria bloquer le couloir face à Alex Sandro.

C’est en utilisant efficacement la largeur que les Portugais ont finalement trouvé des solutions. Le pressing lillois empêchait la progression sur le terrain, mais leur aisance technique leur offrait assez de temps pour orienter le jeu sur la largeur. La plupart des transversales sont ainsi partis de Casemiro, de la gauche vers la droite pour trouver Brahimi sur l’aile opposée. L’ancien Rennais avait alors un peu d’espace pour se lancer face à Souaré, tout en ayant la possibilité de s’appuyer sur les montées de Danilo. C’est en procédant ainsi que le FC Porto a approché les buts d’Enyeama en première mi-temps, en plus de profiter de sa domination territoriale pour obtenir des coups de pied arrêtés dans le camp lillois.

L’entrée de Tello : 

Pourtant à la mi-temps, c’est bien Lille qui s’est crée l’occasion la plus dangereuse. Mais après la pause, Porto revient plus fort et l’entrée de Tello à la place de Brahimi à l’heure de jeu va tout changer. Contrairement à l’ancien Rennais et à Torres, l’ex-joueur du Barça est un joueur de profondeur. Jusque-là, lorsque Brahimi était à la réception d’un changement de jeu, il tentait de prendre le dessus sur Souaré en repiquant dans l’axe (dans la zone où la densité lilloise était la plus importante avec leurs milieux de terrain), avant de chercher un partenaire sur lequel s’appuyer.

A l’inverse, Tello recherche d’abord l’appui d’un coéquipier qui va ensuite pouvoir le lancer dans la profondeur. Et il n’a besoin que de quelques secondes pour faire la différence de cette manière. A la réception d’une énième transversale venu de la gauche, il voit Souaré sortir à sa rencontre. Mais le soutien rapide de l’un de ses milieux lui permet d’éviter le duel, et de prendre le latéral lillois de vitesse grâce à la remise de son partenaire. Le décalage est crée, le centre parfait et seul Enyeama retarde l’échéance en repoussant la tête de Martinez dans les pieds de Herrera (1-0, 61e).

 

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Tello reçoit le ballon sur l’aile droite. Souaré sort de l’alignement défensif afin de le bloquer. Au lieu de repiquer vers l’intérieur comme Brahimi (en blanc), l’Espagnol cherche immédiatement à jouer vers l’avant pour trouver Ruben Neves dans le dos de son adversaire direct.

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Gueye ne parvient pas à bloquer la passe de Ruben Neves. Plus rapide, Tello dépose Souaré et se retrouve lancé sur l’aile droite. Dans la surface, Jackson Martinez et Herrera seront à la conclusion de l’action.

Porto gère :

Une fois ce premier but encaissé, le plan de jeu lillois vole en éclats. René Girard réagit dès la remise en jeu en faisant entrer Lopes à la place de Balmont. Mais le mal est déjà fait et Porto contrôle la dernière demi-heure sans grande difficulté. Herrera et Ruben Neves sont toujours prêts à sortir au pressing lorsque Kjaer et Basa tentent de relancer court ou d’avancer avec le ballon… et sur le jeu long, les défenseurs portugais bénéficient du soutien de Casemiro, qui se positionne en fonction du milieu lillois le plus avancé sur le terrain (en l’occurrence Lopes qui se retrouve en soutien de l’avant-centre).

Si l’écart au tableau d’affichage est minime, la différence de niveau entre les deux formations était beaucoup trop grande pour que le LOSC puisse espérer quoi que ce soit sur ce premier match. Certes, les Nordistes pourront regretter l’énorme occasion manquée par Corchia juste avant la mi-temps, mais celle-ci est d’abord venu d’une différence individuelle réalisée par Origi. En terme de collectif, Porto est largement au-dessus du LOSC… alors que l’équipe débute pourtant un nouveau cycle cette saison. Bref pour Lille, le miracle est possible mais il passera très certainement par ses individualités (et/ou des coups de pieds arrêtés).

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