Lille 0-1 Bayern Munich, l’analyse tactique

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Comme la saison dernière, le LOSC s’apprête déjà à dire au revoir à la Ligue des Champions. Sans surprise, les Lillois ont encaissé un troisième revers consécutif face au Bayern Munich. Tellement dominés dans l’entrejeu qu’ils ont dû le laisser aux Bavarois, les Nordistes ont une fois de plus manqué de justesse technique pour inquiéter leurs adversaires. Ces derniers n’ont pas eu à forcer leur talent, gérant sereinement le match après avoir ouvert le score sur penalty.

Les conséquences du pressing bavarois :

Comme souvent, la bataille du milieu de terrain a une fois encore été la clé principale de cette partie de Ligue des Champions. Les deux équipes s’avançant dans leurs schémas de jeu habituels, les deux milieux de terrain se sont retrouvés calqués l’un sur l’autre : au coeur du jeu, Kroos se retrouvait naturellement dans la zone de Pedretti tandis que la paire Schweinsteiger-Javi Martinez était au marquage du duo Martin-Balmont. Plus ambitieux dans leur pressing, les Bavarois ont travaillé dans le camp lillois de manière à ralentir les transmissions entre les trois joueurs à vocation défensive (Pedretti, Béria et Chedjou). Mandzukic et Kroos étaient en première ligne ; le reste du bloc suivait le mouvement en cas de décrochage de Martin (Schweinsteiger) ou Balmont (Javi Martinez).

Cette pression du Bayern a forcé le LOSC a modifié son circuit de relance. Comme face à l’OL, les milieux lillois ont abandonné l’axe pour rejoindre et aider leurs trois défensifs. Martin et Balmont se sont positionnés dans les couloirs et ont fait office de rampes de lancement pour les duos excentrés, composés des ailiers et des latéraux présents dans le camp adverse (Digne-Kalou à gauche, Sidibé-Roux à droite). La paire installée dans le couloir gauche a été à l’origine de quelques mouvements intéressants mais les centres de Digne ont tous été renvoyés, tout comme ceux de Sidibé à droite. Les Nordistes souffraient de toute façon d’un manque de présence dans la surface adverse, Roux et De Melo ne suffisant pas pour perturber la défense allemande.

Le Bayern et la relance lilloise : Kroos et Mandzukic travaillent face au trio défensif lillois. Dans le rond central, Schweinsteiger est au contact de Martin puisque ce dernier reste dans l’axe. En revanche, Javi Martinez ne suit pas Balmont qui se retrouve excentré et sans adversaire direct dans le couloir gauche.

Au-delà des problèmes de finition, les Lillois ont aussi été mis en difficulté par cette organisation du Bayern. Le travail de Kroos et Mandzukic dans l’axe empêchait les lancements de jeu depuis cette zone. Dès lors, la circulation de balle latérale obligatoire (vers Balmont ou Martin) permettait à la ligne de quatre adverse de coulisser pour limiter les espaces dans les couloirs. Les milieux excentrés bavarois pouvaient faire opposition aux deux relanceurs adverses si ces derniers tentaient de porter le ballon. Si, au contraire, les Lillois tentaient d’allonger, Ribéry et Muller se repliaient pour aider leurs défenseurs. A la retombée des passes de Balmont et Martin, les joueurs de couloir du LOSC n’avaient aucun droit à l’erreur dans leurs transmissions, sous peine de voir les Bavarois récupérer rapidement le ballon.

Le Bayern, maître de la possession de balle :

Le manque d’impact des Lillois dans le camp adverse a rapidement permis au Bayern de prendre possession du ballon et du milieu de terrain. Sitôt les Allemands dans le sens du jeu, les Lillois se repliaient dans leur moitié de terrain dans leur 4-1-4-1 habituel. Les milieux retrouvaient leurs adversaires directs : Pedretti évoluait dans la zone de Kroos tandis que Balmont et Martin bloquaient la profondeur à Schweinsteiger et Javi Martinez, tout en suivant leurs projections vers l’avant. Seul le premier cité en effectuait régulièrement, Javi Martinez préférant rester en retrait avec ses défenseurs centraux. Il se retrouvait alors dans la zone couverte par De Melo. Sans solution dans la profondeur, il a laissé à ses défenseurs centraux le soin de lancer les mouvements offensifs.

A tour de rôle, Dante et Boateng sont venus à hauteur de leur milieu de terrain afin de réaliser ces fameuses premières passes vers l’avant. Leurs principales cibles étaient positionnées entre les deux lignes lilloise. Il s’agissait notamment de trouver Mandzukic ou Kroos en appui, dans la zone gardée par les défenseurs centraux lillois et Pedretti. Dante a aussi trouvé à plusieurs reprises les intervalles pour pouvoir servir Ribéry sur l’aile gauche. Le milieu de terrain français rentrait parfois à l’intérieur du terrain pour récupérer les passes de son défenseur. Badstuber complétait ses déplacements dans le couloir et lui offrait un soutien. A plusieurs reprises, les transmissions directement venues de ses défenseurs ont permis au Français de se retrouver dans des situations de un-contre-un dont il a su profiter face à un Sidibé, rapidement averti.

Le dépassement de fonction des défenseurs du Bayern : tous les milieux lillois (ici dans une position plus avancée qu’habituellement) conservent leurs marquages quoiqu’il arrive. Dès lors, Dante peut avancer sans risquer d’être attaqué par un adversaire sorti au pressing. Deux solutions se présentent à lui ensuite : jouer avec Ribéry sur l’aile gauche ou chercher l’appui de Mandzukic au contact de la défense centrale lilloise.

Après quelques montées des stoppeurs du Bayern, De Melo a été obligé de réagir et a commencé à suivre ces adversaires dépassant leurs fonctions habituelles. Un travail malheureusement insuffisant puisque sur le penalty obtenu par Lahm a justement suivi une relance de Boateng, qui tentait d’alerter son latéral dans la profondeur. La domination territoriale a aussi permis au Bayern de mettre le LOSC sous pression : jusqu’à ce que le bloc lillois soit en place (signalé par le positionnement des latéraux dans le camp adverse), les Bavarois pressaient la relance. Avant que le Bayern n’ouvre le score, Lille s’était surtout signalé par des sorties de balle bien négociées après des coups de pied arrêtés concédés dans ses 30 mètres. Mais les contre-attaquants manquaient cruellement d’explosivité pour vraiment créer le danger.

Les réactions lilloises :

Sitôt l’ouverture du score encaissée, le LOSC a changé de disposition dans l’entrejeu. Balmont s’est retrouvé en pointe du milieu de terrain, derrière De Melo et devant la paire Martin-Pedretti. Le n°4 lillois avait désormais pour tâche de se jeter sur tous les ballons que le Bayern pouvait faire tourner au milieu, entre Schweinsteiger, Kroos et Javi Martinez. Son engagement lui a permis d’en gratter quelques-uns avant la pause, mais le déchet technique était trop important pour espérer prendre le Bayern en contre. Le LOSC a terminé le premier acte en touchant un peu plus le ballon, du fait du choix de son adversaire de gérer son avantage, mais n’a pas su en profiter pour approcher les buts de Neuer. En obligeant les milieux lillois à s’excentrer, le 4-4-2 du Bayern pouvait largement maîtrise les débats dans son camp, face à un LOSC coupé en deux.

Au retour des vestiaires, rien n’a changé dans l’animation lilloise jusqu’aux entrées de Payet (56e) et Mendes (78e). A la mi-temps, la sortie de Ribéry au profit de Shaqiri a modifié le jeu du Bayern, désormais beaucoup plus direct et recherchant Mandzukic. Le remplaçant suisse et Muller ont tenté de se rapprocher de leur attaquant de pointe pour peser sur l’axe lillois mais celui-ci a su tenir. Le Bayern a moins tenu le ballon et laissé venir son adversaire, l’attendant dans son 4-4-2 habituel jusqu’au coup de sifflet final. A son entrée en jeu, Payet s’est positionné dans un rôle plus axial que Kalou, décrochant devant la première ligne bavaroise (entre un axial et un excentré – ex : Javi Martinez et Muller) afin de permettre à ses milieux de terrain de poser le jeu au sol.

Mais les décrochages dans cette zone du terrain ont surtout mis les Lillois sous la pression du milieu adverse. Comme Martin et Balmont en début de partie, Payet subissait le pressing de Javi Martinez ou de Schweinsteiger dans son dos dès qu’il tentait de proposer un relais juste devant leur zone de jeu (voir ci-dessus). Mendes a lui réussi à faire des différences en résistant à cette pression. Cette envie de jouer au sol était plus risquée pour les Nordistes, puisqu’une perte de balle dans cette zone offrait une vraie munition pour les Allemands en contre-attaque. Offensivement, le LOSC a aussi perdu ce qu’il avait pu créer en première mi-temps sur les côtés : les décrochages des ailiers laissant les latéraux seuls dans les couloirs, les possibilités de décalages sur les ailes s’en retrouvaient très limitées (sauf Mendes en un-contre-un).

Conclusion :

Parfois, le score peut être large mais trompeur quant au réel écart entre deux formations. Hier soir, c’était l’inverse : petit score mais grand écart. Le Bayern a affiché une très grande sérénité et a contrôlé la majeure partie de la rencontre après avoir profité de la première grosse erreur individuelle des Nordistes. En face, le LOSC a fait avec les moyens qui sont les siens depuis le début de la saison. Alors qu’il avait été sacré champion en 2011 en partie sur ces qualités, le LOSC est aujourd’hui très loin du niveau technique requis pour exister offensivement dans une compétition telle que la Ligue des Champions.

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