Lille 0-0 Trabzonspor, l’analyse tactique

Les Lillois étaient le club français le mieux placé avant cette dernière journée. Une victoire face à Trabzonspor et ils étaient qualifiés. Alors que Marseille et Lyon ont sorti de grosses performances, les Nordistes sont restés bloqués. Parfaitement rodés en début de partie, il ne leur a manqué qu’un but pour concrétiser une domination sans partage. Car ensuite, Trabzonspor s’est adapté et les failles se sont faites de plus en plus rares, les Lillois se montrant dans le même temps de moins en moins efficaces.

Les compositions :

Son équipe étant dans l’obligation de l’emporter, Rudi Garcia met en place son organisation la plus offensive. Seulement deux récupérateurs sont au rendez-vous, permettant à Cole, Hazard, Sow et Payet d’être alignés ensemble devant : Landreau (1) – Debuchy (2), Basa (25), Chedjou (22), Béria (18) – Mavuba (24), Balmont (4) – Hazard (10), Cole (26), Payet (7) – Sow (8).

Face à ce 4-2-3-1 très offensif, Senol Günes, qui au passage était l’entraîneur de la Turquie quatrième de la Coupe du Monde 2002, répond par un 4-4-1-1 classique. Il compte évidemment sur les deux lignes de quatre pour calmer les ardeurs lilloises : Zengin (29) – Celustka (28), Kacar (23), Gtowacki (6), Cech (5) – Sercan (30), Colman (20), Zokora (15), Altintop (9) – Alanzinho (25) – Yilmaz (17).

Animation et surnombre :

Comme annoncé, le LOSC prend donc le match par le bon bout d’entrée de jeu et ce, grâce à plusieurs facteurs. Le premier renvoie à son organisation, qui empêche totalement l’adversaire de jouer haut sur le terrain. La relance lilloise se base en effet sur un quatuor, composé des deux stoppeurs et des deux milieux défensifs. Trabzonspor n’opposant que deux joueurs dans l’axe face à eux, et un seul étant vraiment concerné par le pressing (Alanzinho sur Mavuba), les Lillois n’ont pas besoin de joueurs supplémentaires pour venir aider à la relance du ballon dans le camp adverse.

Conséquence directe : d’un côté comme de l’autre, Debuchy et Béria peuvent évoluer très haut dès les premières passes de leurs coéquipiers… Et ils entraînent avec eux leurs adversaires directs, respectivement Altintop et Sercan, qui se retrouvent très bas sur le terrain pour fermer les couloirs. Dès lors, Trabzonspor ne peut imposer de véritable pressing dans l’entrejeu, et souffre d’un manque de soutien important sur ses rares offensives : seul Alanzinho, et son début de match, semble être une menace pour la défense lilloise en contre-attaque.

La domination territoriale acquise, les Lillois doivent désormais construire correctement le jeu dans le camp adverse. Debuchy et Béria occupant les couloirs, le quatuor offensif peut se concentrer sur l’axe pour combiner et tenter de créer des brèches. La majorité des mouvements débutent par un décrochage de l’un des trois créateurs à hauteur de la ligne médiane. Il se défait ainsi de la pression des milieux adverses pour pouvoir mieux les provoquer ensuite. Attiré dans l’axe, il cherche l’un des deux autres créatifs, restés haut dans la zone gardée par Zokora-Colman. Par moments, c’est donc un trois contre deux à l’avantage des Lillois qui se joue devant la défense turque.

A noter aussi qu’en fonction du Lillois qui décroche, celui-ci peut parfois être suivi par un adversaire. Dans ce cas, Sow profite de l’occasion pour aller occuper l’espace laissé libre par ce dernier, Cole se retrouvant alors dans une position d’attaquant de pointe se transformant souvent en faux numéro 9 au moment de ses décrochages pour participer au jeu.

Légende : les duels importants sont signalés en rouge ; les flèches blanches signalent les déplacements des Lillois ; les traits blancs liant les trois créateurs du LOSC sont là pour rappeler que les mouvements et les permutations sont quasi constantes entre eux ; en jaune est signalée la course balle au pied du créateur, redescendu à hauteur de ces milieux pour attaquer ensuite le bloc turc ; en orange sont signalés les conséquences de ce décrochage : Sow occupe l’espace dans le dos du latéral remonté pour suivre Payet (7) et Cole occupe en conséquence la pointe de l’attaque.

Adaptation :

Dominés dans l’entrejeu, les Turcs vont profiter de la blessure de Celustka (33e) pour procéder à une réorganisation tactique. Sentant ses deux milieux de terrain au bord de la rupture, Senol Günes décide d’ajouter un troisième homme dans l’entrejeu en passant en 4-3-3. Milieu droit au coup d’envoi, Sercan (30) recule d’un cran et reprend le poste de Celustka. Attaquant de soutien au départ, Alanzinho glisse lui dans le couloir droit et Mierzejewski, tout juste entré en jeu, se retrouve dans l’axe aux côtés de Colman et devant Zokora, désormais sentinelle devant la défense.

Ce changement tactique va considérablement gripper la belle machine lilloise. Si celle-ci domine territorialement et ne concède plus un seul ballon dans l’entrejeu, elle ne parviendra plus à se montrer aussi dangereuse pour le portier adverse par rapport à son début de partie. Qui plus est, en ajoutant un troisième milieu de terrain, Trabzonspor se soulage du pressing adverse, jusqu’ici étouffant, et réussi à s’offrir quelques temps de répit en conservant le ballon intelligemment, en limitant les risques.

Pas de plan B :

Excepté un Balmont plus porté vers l’offensive, mais sans succès, en deuxième mi-temps, Rudi Garcia n’avait aucun autre atout pour répondre à cette réorganisation très défensive de Trabzonspor. Les entrées de Obraniak pour Cole et de Rodelin pour Payet n’ont pas apporté plus de poids devant. Outre le manque de réussite de son équipe, l’entraîneur du LOSC regrettera peut-être la blessure de Tulio De Melo, qui avec son gabarit aurait certainement pu permettre aux Lillois de varier le jeu en fin de partie alors qu’ils se fatiguaient…

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