Ligue 1 (season finale) : les buteurs en chiffres

Après les gardiens (à lire : Ligue 1 (season finale) : les gardiens en chiffres), place à la deuxième étape de notre analyse chiffrée pour boucler la saison 2016-17 de Ligue 1 : les attaquants et leur réussite devant le but.

Cet article a été réalisé grâce aux données de Whoscored et de Cotestats.fr. Ont été prises en compte les données des joueurs ayant disputé plus de 900 minutes de jeu en Ligue 1 cette saison.

Le « vrai » classement des buteurs : 

Derrière ce sous-titre racoleur se cache simplement le classement des meilleurs buteurs de la saison… en ôtant les penaltys. Que les adeptes du Penalzette en profitent, après ce tableau ils auront plus d’une raison de revoir leur jugement sur l’attaquant de l’Olympique Lyonnais.

ligue1_plusde10buts

Avec 10 penaltys convertis sur ses 28 buts marqués, Alexandre Lacazette est en effet le joueur qui perd le plus de terrain dans ce tableau. S’il reste le deuxième meilleur buteur derrière Cavani, son avance sur ses premiers poursuivants se réduit. Ceux qui profitent de ça pour le mésestimer font toutefois fausse route. Les deux autres chiffres du tableau prouvent son efficacité puisqu’il a le 4ème ratio (buts/90min) du championnat derrière Mbappé, Falcao et Cavani (sans compter les penaltys) et le 3ème meilleur taux de conversion.

Lorsque l’on compare le Lacazette de cette saison avec celui des autres années, on se rend même compte que le Lyonnais vient de réaliser le meilleur exercice de sa carrière en terme d’efficacité. Plus que jamais, il est prêt pour s’envoler vers un plus grand club que l’OL… à lui de ne pas se tromper maintenant alors que l’Atletico, sa priorité selon les rumeurs, a été interdit de recrutement.

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Le premier tableau permet aussi de voir une partie de l’énorme performance de Kylian Mbappé sur un peu plus d’une demi-saison. Des membres de ce top 16 (joueurs à 10 buts et +), il est celui qui termine avec le meilleur ratio (0,90 buts / 90 min) devant Cavani (0,85) et Falcao (0,79). Son efficacité dans la surface adverse -nous y reviendrons- y a été pour beaucoup, même s’il n’a pas terminé avec le meilleur taux de conversion, devancé par le Bastiais Enzo Crivelli.

Ce dernier, qui avait brillé avec l’équipe de France U20 lors du Festival de Toulon 2015, avait fait le pari de quitter Bordeaux pour s’assurer du temps de jeu ailleurs. Un choix payant puisqu’il a été le seul joueur du Sporting régulièrement décisif malgré la descente du club. Une question se pose pour lui désormais : saura-t-il reproduire une performance de ce niveau ailleurs, lui qui avait terminé sa première saison en Gironde à seulement 10,7% de réussite devant le but adverse.

Qualité des tirs et taux de conversion : 

Comme pour les gardiens avec les tirs qu’ils subissent, la performance d’un attaquant doit être jugée en fonction de la qualité des tirs pris. Le moment est venu de refaire appel aux Expected Goals en visualisant le taux de conversion (ordonnée) en fonction de la qualité moyenne des tirs (xG.tir) pris par l’attaquant (abscisse).

Minimum : 1 tir/90min. Note : cette fois, les données proviennent de cotestats.fr, qui ne prend pas en compte les coups-francs directs en plus de penaltys. Cela peut expliquer les différences chez certains joueurs au niveau du taux de conversion.

xgtir_conversion

En un coup d’oeil, ce premier nuage de points permet de comprendre l’efficacité d’Enzo Crivelli. En moyenne, le Bastiais a été le joueur de Ligue 1 qui a obtenu les meilleures positions de tir (0,232xG.tir = 23,2% de chances de marquer par tir). En terminant la saison à plus de 30% de réussite, il se retrouve dans la moyenne haute en terme de performance et on peut se demander jusqu’où pourrait-il aller dans une équipe capable de lui offrir plus d’opportunités (seulement 1,38 tir/90min avec Bastia).

Deuxième joueur à avoir eu les meilleures positions de tir, Edinson Cavani ne ressort pas indemne de cette étude. La saison à 28 buts (hors penalty) de l’Uruguayen est clairement plus due à sa capacité à se créer beaucoup d’occasions qu’à son efficacité lorsqu’il s’agit de les convertir. En terminant la saison avec seulement 19,11% de réussite alors qu’il a en moyenne 21,6% de chances de marquer par tir (0,216xG.tir), il sous-performe légèrement. Peut-être une explication à la rumeur Aubameyang ?

Beric : « the fox in the box » ? 

Arrivé en 2015 à Saint-Etienne en provenance de Maribor, Robert Beric a vécu une première saison quasi-blanche à cause d’une rupture des ligaments croisés. Sur le dernier exercice, il est apparu une vingtaine de fois sur les pelouses de Ligue 1 pour 1451 minutes de jeu et 6 buts marqués. Pas suffisant pour être mis en lumière et pourtant…

Le Slovène est bel et bien l’attaquant le plus efficace du championnat sur cet échantillon avec 31,53% de réussite. La particularité qui explique en partie sa réussite ? Il a pris l’intégralité de ses tirs à l’intérieur de la surface adverse. Son xG.tir révèle toutefois un vrai talent de finisseur puisqu’il a terminé à plus de 30% de réussite alors qu’il avait en moyenne 17% de chances de marquer sur ses tentatives.

Capable d’être aussi que Crivelli mais dans des positions plus difficiles, Beric s’est toutefois heurté au même souci que le Bastiais : il n’a pas eu assez d’opportunités (1,11 tirs/90 min). Evidemment, savoir se créer des occasions fait partie des qualités principales d’un attaquant ; c’est d’ailleurs LE point fort de Cavani. Mais à Saint-Etienne, le mal venait peut-être plus de l’expression collective de l’équipe que du seul joueur. A voir l’évolution de Beric la saison prochaine dans une équipe que les dirigeants stéphanois espèrent plus offensive…

Le fil rouge Mbappé : 

Pour finir, un dernier mot sur la performance de Kylian MbappéPlus tôt dans la saison, nous avions vu que l’attaquant de l’ASM savait choisir ses tirs malgré son jeune âge et ne tentait quasiment sa chance qu’à l’intérieur de la surface adverse. Cela s’est confirmé sur la fin d’exercice puisqu’il n’a pris au total que 2 tirs sur 53 en dehors des 16m.

Mais à cette capacité à trier ses tentatives, le Monégasque y ajoute un talent exceptionnel qui lui permet de marquer dans des positions plus difficiles que les autres (14,5% de chances de marquer en moyenne). Il s’est notamment fait une spécialité de marquer malgré des angles fermés. Son incroyable capacité à cadrer ses frappes en fait un joueur d’une toute autre classe que ses concurrents directs en championnat. Avec 65,6% de tirs cadrés, il est le n°1 en Ligue 1 (loin devant le n°2, Balotelli et ses 60,3%) et dans les 5 principaux championnat.

Expected Goals et buts marqués : 

Après avoir vu le taux de conversion en fonction de la qualité moyenne du tir, ce nouveau tableau intègre la quantité de tirs pris par l’attaquant durant 90 minutes. En abscisse, on retrouve le xG.90min (addition des valeurs de tous les tirs pris sur 90 minutes) et en ordonnée, les buts marqués.90min. C’est le même procédé que dans notre article sur les gardiens : plus les joueurs sont au-dessus de la ligne bleue, plus ils ont été efficaces.

expectedgoals_buts_Ligue1

Pas besoin d’aller plus loin pour illustrer la réussite monégasque. En flirtant avec la barre des 0,5xG/but marqué, Mbappé et Falcao ont tous les deux réalisé un exercice exceptionnel sur le plan de l’efficacité. Le Colombien a rappelé cette saison qu’il était capable de répéter ce genre de perfs. On attendra confirmation pour Mbappé la saison prochaine, mais le graphique précédent ne peut que mettre en confiance sur sa capacité à affoler les compteurs. A ces deux-là, il faut en plus ajouter l’efficacité de Lemar et Bernardo Silva.

 

Dans la zone intermédiaire, la position de Cavani confirme sa saison moyenne malgré son statut indiscutable de meilleur buteur. Solution n°1 des Parisiens à la finition, son volume de tirs pris fait la différence puisqu’il pointe à plus de 3,6 tirs/90 min alors que ses premiers poursuivants sont à 3,24 (Pléa), 3,23 (Falcao) et 3,06 (Mounié). Ce qui n’est pas problématique au quotidien vu la domination parisienne le devient toutefois dans les plus grands matchs de championnat et en Ligue des Champions… lorsque l’adversaire concède moins d’occasions.

Marseille : Valère Germain, un pari pour remplacer Gomis ? 

Du côté de Marseille, Gomis a fait un saison très correcte avec ses 20 buts. Le graphique permet toutefois de comprendre pourquoi le club phocéen cherche un autre n°9 pour franchir un cap dans son Champions Project. Les quatre attaquants qui se détachent dans la section supérieure (Balotelli, Lacazette, Mbappé, Falcao) sont en effet les meilleurs buteurs de 3 des 4 équipes qui ont devancé l’OM cette saison.

Annoncé proche de l’OM depuis quelques jours, Valère Germain est-il de cette trempe ? Difficile de le penser aujourd’hui : en terme de performances, les deux hommes ont d’ailleurs fini l’exercice très proches l’un de l’autre (xG/but marqué).

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Reconnaissons quand même les contextes très différents : Germain n’était pas l’option n°1 à Monaco et a eu des positions de tirs plus compliquées que Gomis (xG.tir). Son arrivée sur la Canebière resterait toutefois un gros pari pour l’OM : peut-il franchir un tel palier à 27 ans ? S’il fait le chemin jusqu’à Marseille, la solution viendra plutôt de la production offensive de l’équipe : si elle augmente, il aura forcément plus d’occasions de s’illustrer (à la Cavani…). D’ailleurs, sa capacité à participer à la construction peut contribuer à cette amélioration.

Les « sleepers »

Parmi les joueurs à moins de 900 minutes de jeu, on aurait pu citer Guido Carrillo, fauché par une blessure alors qu’il participait lui aussi à la fête de la réussite sur le Rocher avec un taux de conversion à 35%. On aurait aussi pu évoquer les cas de Casimir Ninga ou Prejuce Nakoulma, qui a contribué au redressement de Nantes pendant l’hiver.

On a finalement choisi de s’arrêter sur le cas du Niçois Anastasios Donis. Prêté par la Juventus, le jeune attaquant grec était très loin dans la hiérarchie niçois au début de la saison. Entre les blessures de Pléa et les absences de Balotelli, il est d’abord apparu dans la rotation avant de finalement prendre quelques titularisations en fin de saison. Au total, 5 buts en 440 minutes de jeu, soit 1,02 but/90min avec un taux de conversion supérieur à 25%.

Ce qui a été très intéressant, c’est sa capacité à produire beaucoup malgré un temps de jeu généralement réduit. Il a terminé la saison à 3,9 tirs/90min dont 2,8 dans la surface de réparation (cadrés à plus de 50%) et 1 passe-clé. Une inconnu demeure néanmoins : sa capacité à reproduire la même chose en tant que titulaire régulier. A Nice ou ailleurs, la question reste en suspens. Mais si le Gym passe son tour, il y a peut-être un coup à faire en prêt pour un autre club de L1…

Et la créativité dans tout ça ? 

Dans notre prochain article, nous nous attaquerons au cas des « créateurs » et de la « production offensive » (passes-clés et tirs). En guise d’avant-goût, penchons-nous sur les à-côtés du job d’attaquant car pour certains, marquer ne suffit pas : il faut aussi créer pour les autres. Et de bonnes occasions si possible.

Le tableau ci-dessous détaille les passes-clés et les tirs des attaquants de Ligue 1 (toujours sur 90 minutes de jeu). De haut en bas, on retrouve les attaquants qui délivrent le plus de dernières passes avant un tir (passes-clés), la qualité moyenne de celles-ci (xA.passes-clés) étant indiquée au bout de chaque barre bleue. Viennent ensuite les tirs en rouge avec leur qualité moyenne (xG.tir, déjà étudié plus haut).

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Parmi les attaquants à plus de 4 actions par 90min, deux profils sortent du lot. Sans surprise, il s’agit de Mbappé (n°1) et Lacazette (n°3), qui sont les attaquants les plus complets du championnat : finisseurs mais aussi passeurs. Le Monégasque réussit même le tour de force d’être l’un des derniers passeurs les plus efficaces de la saison : ses passes-clés donnent en moyenne 18,8% de marquer à leur destinataire. Parmi les joueurs à plus d’1 passe-clé par 90min, seul Morgan Sanson fait mieux avec 19,1% (mais on en parlera plus en détails dans notre prochain article).

Parmi les attaquants qui font jouer les autres, on retrouve d’autres profils d’attaquants de 4-4-2 avec le Nantais Stepinski (1,15 passe-clé à 18,3%) et le Dijonnais Diony (1,5 passe-clé à 13,3%). Seul en pointe à Bordeaux, Gaëtan Laborde s’en est lui aussi bien tiré dans ce registre (1,12 passe-clé à 13,4%). Une créativité qui explique peut-être pourquoi le Girondin était (parait-il) suivi par l’Olympique Lyonnais à l’époque où le club cherchait une doublure à Alexandre Lacazette.


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4 réponses

  1. Damien dit :

    Excellent article. Très intéressant. Bravo

  2. Candido Sorin dit :

    Salut Flo, une fois de plus, merci pour le gros boulot. ^^
    Questions noobs : est-ce que tu sais s’il existe des stats de convertion-ratio sur la première demi-heure au niveau européen ? Le nombre de key passes par équipe ? Le ratio de tirs pris par un joueur comparativement à la somme des key passes de son équipe ?

  3. Ca doit exister, mais pas pour le public.
    Pour la seconde, oui c’est sur Whoscored. Idem pour un joueur, ça peut se calculer via les données whoscored.

  4. Mario dit :

    Personnellement, j’ai été très impressionné par la performance de Cavani lors de la saison 2015-2016. Ayant toujours été dans l’ombre de Zlatan Ibrahimovic par le passé, je ne pensais pas qu’il était aussi doué.
    A+

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