Ligue 1 (season finale) : les gardiens en chiffres

La Ligue 1, c’est terminé pour cette saison. Et après un podcast pour faire le Grand Bilan, la trêve qui commence est l’occasion de s’arrêter sur les statistiques marquantes de cet exercice 2016-17. On commence cette semaine avec une longue plongée dans le monde si difficile des gardiens de but.

Toutes les données utilisées pour cet article ont été généreusement offertes par cotestats.fr et Julien Assunçao (@Birdace). Merci à lui !

Pourcentage de tirs arrêtés : Carrasso, seul rescapé au-dessus des 80% 

Pour commencer, penchons-nous la statistique la plus utilisée quand on parle des gardiens de but : le pourcentage de tirs arrêtés. A l’issue de la phase aller (+ une journée), 4 joueurs se détachaient au sommet de la hiérarchie en étant au-delà de la barre des 80% de réussite : Trapp, Ruffier, Carrasso et Cardinale.

De cette liste, un seul portier s’est maintenu au-dessus à ce niveau sur la deuxième partie de saison… Cédric Carrasso termine en tête de ce classement avec 81,06% de tirs arrêtés, suivi par Kevin Trapp (79,71%) et Yoan Cardinale (78,53%). Au pied du podium, on retrouve deux des plus fortes progressions de la saison avec Alban Lafont (75,62%) et Yohann Pelé (75,51%), qui ne faisaient que flirter avec la moyenne générale à l’issue de la phase aller.

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En terme de quantité d’arrêts à effectuer, il n’est pas surprenant de retrouver Thomas Didillon (4,82 tirs subis/90 minutes) et Baptiste Reynet (4,49) aux avants-postes en tant que derniers remparts des deux équipes ayant concédé le plus de tirs cette saison (15,6 et 14,6/match).

Un peu plus surprenant, la seconde place de Benjamin Lecomte qui s’intercale entre les deux hommes (4,63) alors que Lorient n’est que la 11ème équipe du championnat en terme de tirs concédés (12/match). L’explication se trouve peut-être au niveau de la défense lorientaise, souvent pointée du doigt pour son manque d’agressivité. Un défaut qui permet forcément aux attaquants adverses de cadrer plus facilement.

Expected Goals : Pelé en forte progression 

Depuis que les Expected Goals ont fait leur apparition dans le monde du football, nous savons que tous les tirs ne se valent pas. Il est forcément plus simple d’approcher les 80% de tirs arrêtés avec le PSG qu’avec Dijon. Pour mieux mesurer la performance des gardiens sur leur ligne de but, il faut donc prendre en compte la qualité des tirs qu’ils doivent stopper.

Le nuage de points ci-dessous permet de distinguer en un coup d’oeil les gardiens les plus performants de la saison. En abscisse, on retrouve le nombre de buts encaissés ; en ordonnée, le nombre de buts qui « auraient dû » être encaissés (addition des valeurs de tous les tirs subis par le gardien : total xG subis). Plus un gardien est au-dessus de la ligne verte, plus il a été performant… et inversement pour la ligne rouge.

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A l’issue de la phase aller, six joueurs étaient dans le vert : Carrasso, Cardinale, Trapp, Ruffier, Johnsson et Pionnier. Seuls Carrasso, Cardinale et Trapp y sont restés… et encore une fois, c’est le Bordelais qui a réalisé la meilleure performance sur l’ensemble de la saison (1,35 xG/but encaissé). Depuis 2013, seuls deux gardiens ont fait mieux : David Ospina (Nice) et Vincent Enyeama (Lille) lors de la saison 2013-14 (1,39 xG/but encaissé).

Quatrième homme dans le vert, Yohann Pelé a lui réalisé la plus belle progression sur la phase retour. En janvier dernier, le portier marseillais oscillait entre les zones rouge et bleue, le voilà avec les meilleurs (1,10). Lafont, Subasic et Enyeama ont eux aussi fortement progressé sur la phase retour.

Dans l’autre sens, la chute la plus importante est à mettre à l’actif de Karl-Johan Johnsson (Guingamp), passé du vert au rouge en l’espace de quelques mois. Ruffier et Pionnier se retrouvent eux dans la zone intermédiaire à l’issue d’une phase retour plus compliquée pour eux. Enfin, Anthony Lopes est carrément passé du mauvais côté du tableau durant la phase retour après une phase aller déjà moyenne.

Qui a fait mieux : la défense ou le gardien ? 

On vient de le voir : la saison d’un gardien de but n’est pas forcément linéaire. Souvent, elle va même dépendre de la forme de l’équipe. Si la défense traverse une mauvaise passe, il se peut que le gardien l’accompagne puisqu’il doit alors faire face à des tirs plus difficiles à négocier. A l’inverse, si la défense s’améliore, il peut aussi en profiter et paraître meilleur.

Le nuage de points ci-dessous met ainsi en relation le pourcentage de tirs arrêtés par le gardien de but et la qualité moyenne des tirs subis par ce dernier (xG par tir subi). Chaque point correspond à une demi-saison d’un gardien de Ligue 1. En liant les phases aller et retour pour chacun d’entre eux, on peut vite avoir un début d’explication sur l’évolution de leur saison. Prenons quatre exemples en guise d’illustration : Yohann Pelé, Alban Lafont, Danijel Subasic et Yoan Cardinale.

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Commençons par le cas le plus intéressant, celui de Yohann Pelé. L’ancien Manceau sort tout simplement d’une deuxième partie de saison exceptionnelle. Malgré une difficulté moyenne des tirs en hausse (xG par tir subi en hausse = flèche vers le haut), son pourcentage de tirs arrêtés a augmenté de manière sensible (71,62% sur la phase aller > 79,01% sur la phase retour). Bref, si l’OM est 5ème et européen, il le doit aussi à son gardien de but.

Alban Lafont et Yoan Cardinale ont eux vécu deux phases retour opposées. Le gardien toulousain a accompagné l’amélioration de sa défense (flèche vers le bas) et haussé son pourcentage de tirs arrêtés (flèche vers la droite). Cardinale n’a en revanche rien pu faire face à la très forte hausse de la qualité des tirs adverses (flèche vers la gauche), son pourcentage d’arrêts chutant lourdement (87,32% > 69,57%).

Dernier exemple, le meilleur gardien de la saison selon ses pairs : Danijel Subasic (Monaco). Le portier de l’ASM s’était révélé assez décevant lors de la première partie de saison (68,33% de tirs arrêtés et 0,88 xG/but encaissé). Alors que la défense monégasque n’a pas vraiment fait mieux collectivement, il s’est montré bien plus performant sur la phase retour en dépassant la barre des 80% de tirs arrêtés (83,72%) et en réalisant la meilleure marque en terme de xG/but encaissé (1,67).

Ci-dessous, le tableau complet (attention les yeux…).

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Big Chances : la surprise Chernik 

Après cette vision d’ensemble, intéressons-nous à un type d’occasion précis : les big chances. Il s’agit d’actions sur lesquelles les tireurs sont supposés prendre le dessus sur le gardien (un-contre-un, tirs de près etc…). Depuis 2013, le portier qui détient le meilleur pourcentage dans ce domaine se nomme Vincent Enyeama : lors de la saison 2013-14, il était sorti vainqueur de ces situations dans 72,7% des cas (16 arrêts sur 22 big chances subies).

Cette saison, le portier de Nancy Sergey Chernik s’en approche (66,7%) mais avec un temps de jeu (1459 minutes contre 3420) et un échantillon (8 sur 12) bien plus faibles. Derrière lui, on retrouve deux des gardiens les plus performants de la saison avec Kevin Trapp (55,6% à 5/9) et Cédric Carrasso (50,0% à 9/18).

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Pour aller plus loin… 

Terminons enfin par rappeler que tous ces chiffres ne suffisent pas non plus pour avoir une idée complète de la qualité d’un gardien de but. Cet article se concentre sur les arrêts mais un gardien complet peut aussi faire la différence grâce à ses sorties aériennes, sa lecture du jeu ou ses qualités techniques (jeu au pied ?).

A défaut de pouvoir tout reprendre dans le détail, Squawka.com permet d’introduire deux nouvelles données pour achever l’analyse : l’efficacité du gardien dans ses sorties et les erreurs défensives qu’il a pu commettre.

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Ce dernier tableau permet de constater que Sergey Chernik ne semble pas être un « gardien en bois » (pour reprendre les propos de Pablo Correa à son encontre après Nancy-Lorient). En plus d’avoir été très efficace sur les Big Chances adverses (66,7%) et de flirter avec l’équilibre (0,97 xg/but encaissé), le gardien nancéien a été en réussite dans ses sorties (100%) et n’a pas fait de grosses erreurs.

Autres enseignements à tirer, la sûreté de Baptiste Reynet, Stéphane Ruffier et Yohann Pelé, qui ont fait un sans-faute dans leurs sorties alors qu’ils font partie des gardiens qui se livrent le plus. On retiendra aussi la saison sans boulette de Kevin Trapp, qui en avait réalisé 4 la saison dernière, toutes sanctionnées par des buts encaissés.

La récap’

A l’arrivée, un gardien sort du lot et il s’agit de Cédric Carrasso. Le portier girondin a surfé sur une première moitié de saison exceptionnelle (1,92xG/but encaissé), à l’époque où il devait justement prouver qu’il avait encore l’étoffe d’un n°1. Son efficacité dans les buts a assez logiquement baissé après la trêve, mais le natif d’Avignon s’est tout de même maintenu dans le top 5 sur la phase retour (derrière Subasic, Pelé, Ndy Assemblé et Enyeama).

En fin de contrat avec Bordeaux, sa saison devrait lui ouvrir pas mal de portes. Les clubs qui s’intéresseront à lui devront toutefois composer avec sa fragilité puisqu’il a manqué plus de 40% des matchs de L1 sur les deux dernières saisons. Reste à savoir si son futur s’écrira en n°1 (Montpellier ? Nantes ? Strasbourg ?) ou en n°1-bis (Monaco ?), l’homme n’étant « clairement pas un n°2 » pour reprendre les propos de Jocelyn Gourvennec. D’ailleurs, ce serait du gâchis que de le laisser sur le banc après un tel exercice (même s’il est impossible de savoir s’il sera capable de le reproduire).

Evoquons le futur maintenant avec Alban Lafont. Après une saison 2015-16 que l’on qualifiera de moyenne pour un gardien de son âge (0,79 xG/but encaissé), le portier toulousain a terminé sa deuxième saison dans les buts des Violets en approchant l’équilibre (0,98xG/but encaissé). Le point le plus positif de sa saison concerne sa progression face aux big chances, passant son pourcentage de réussite de 12,5 à 35,7%.

A l’autre bout de la hiérarchie, la déception de la saison est sans aucun doute Anthony Lopes. Le gardien de l’OL sort d’une saison très moyenne (0,85xG/but encaissé), qui l’a repoussé loin des autres gardiens du Top 6 (Subasic : 1,09 – Trapp : 1,17 – Cardinale : 1,28 – Pelé : 1,10 – Carrasso : 1,35). Il a été plombé par une deuxième partie de saison proche de la catastrophe pour un gardien de son statut, terminant à hauteur de Vercoutre, Johnsson ou Didillon (qui ferme la marche).

Plus inquiétant, son exercice 2016-17 suit déjà une saison 2015-16 où il était moins efficace sur sa ligne de but. Depuis son explosion en 2014-15, Lopes a du mal à retrouver son meilleur niveau. Il est aujourd’hui très loin du modèle de régularité qu’est Stéphane Ruffier (1,16 – 1,19 – 1,15 – 1,09 sur les 4 dernières saisons) ou de portiers comme Danijel Subasic ou Vincent Enyeama qui sont parvenus à reproduire plusieurs fois des saisons de très haut niveau.

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2 réponses

  1. Louis dit :

    Raah ces stats c’est de l’or, mais pourquoi on a pas ça dans Football Manager??

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