Ligue 1 / Expected Goals : le point après 8 journées

Comment s’inscrit le début de saison du PSG dans l’histoire récente ? Derrière le club parisien, la bataille pour la 2ème place va-t-elle vraiment être la chasse gardée de Monaco ? Faut-il s’inquiéter pour l’OL ? Caen et Nantes peuvent-ils être les surprises de la saison ? Qui peut mieux faire ? Alors que les regards se tournent vers l’équipe de France, il est temps de faire un premier point statistique sur la Ligue 1 2017-18.

Sources : cotestats.fr et understat.com.

Le poids du calendrier  

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, il faut s’arrêter en compte le calendrier. Toutes les équipes n’ont pas été logées à la même enseigne sur ces 8 premières journées. Certains ont connu des parcours plus faciles que d’autres et le tableau ci-dessous permet d’avoir un aperçu de la difficulté du début de saison de chacun.

La méthode de calcul est assez simple, voire simpliste. Nous avons additionné les classements en fin de saison dernière des adversaires de chaque formation, les trois promus étant classés 18ème (Strasbourg), 19ème (Amiens) et 20ème (Troyes). Puis nous en avons fait une moyenne afin de déterminer le « classement moyen » des adversaires rencontrés par chaque équipe.

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Avant même de rentrer dans les chiffres, on peut déjà dégager une première piste pour expliquer les très bons classements de Nantes (4ème) et Caen (5ème) : les deux formations s’en sont tirés avec les calendriers a priori les plus aisées de ce début de saison. Même chose pour l’AS Saint-Etienne, qui occupait la 3ème place à l’issue de la 6ème journée avant de reculer depuis deux semaines.

A l’autre bout du graphique, on constate que Guingamp ne s’en sort pas si mal avec sa 11ème place et ses 10 points pris, autant que Nice malgré un programme présenté comme plus difficile. Toulouse et surtout Angers, qui suivent l’En Avant au classement, peuvent aussi espérer un calendrier plus clément dans les prochaines semaines.

Enfin, évoquons le cas de Montpellier, qui reste sur deux matchs nuls face au Paris Saint-Germain (0-0) et l’AS Monaco (1-1). Ce qui ressemblait à première vue à deux superbes opérations pose en vérité quelques questions quant au véritable potentiel de l’équipe héraultaise. Jusque-là, elle n’avait pas su profiter d’une séquence largement à son avantage (et nous chercherons à voir pourquoi un peu plus loin).

Les chiffres des huit premières journées (cliquez sur l’image pour l’agrandir) : 

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Le PSG en route vers les records 

Avec 22 points pris sur 24 possibles, 27 buts marqués et 5 buts encaissés, le PSG réalise l’un des meilleurs débuts de saison de l’histoire. En tout cas, il s’agit du meilleur depuis le retour de la Ligue 1 à 20 clubs lors de l’exercice 2003-04. Seul l’Olympique Lyonnais 2006-07 rivalise en terme de nombre de points, mais il est déjà loin du compte sur le plan de la différence de buts (+22 pour Paris, +14 pour l’OL).

Au niveau des Expected Goals, c’est offensivement que la différence se creuse par rapport à la saison dernière. Avec 19,76 xG.pour en 8 journées, Paris est sur un rythme qui l’amènerait aux alentours des 94 xG.pour en mai prochain. La saison dernière, l’équipe avait à peine dépassé la barre des 80 xG, terminant tout de même en tête de ce classement de la meilleure attaque virtuelle.

Mais au-delà de cette progression dans la production, le PSG s’est surtout armé pour faire mieux que ce qu’annonce le modèle. Dans le trio d’attaque, Neymar et surtout Mbappé sur-performent à la finition depuis le début de saison, à l’inverse d’un Cavani qui « marque ce qu’on lui donne », comme le confirme le classement ci-dessous (source : cotestats.fr).

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En résumé, ce début de saison du PSG est celui d’une équipe qui tourne déjà très fort en attaque (plus de 2xG/match en moyenne), tout en faisant preuve d’une réussite et/ou d’un talent insolents devant le but. Leur performance à la finition est pour le moment digne de celle de l’AS Monaco champion la saison dernière et auteur d’une saison incroyable de ce point de vue.

Pour rappel, les hommes de Jardim avaient terminé la saison avec 107 buts au compteur. Ce chiffre semble aujourd’hui largement à portée des Parisiens. Pour eux, le vrai challenge serait même d’aller chercher le RC Paris, meilleure attaque de l’histoire sur une saison avec 118 buts marqués en 1959-60. Avec 27 buts en 8 journées, ils sont dans les temps…

Le PSG pourrait aussi (re)faire tomber le record de la meilleure différence de buts, établi par la version de Laurent Blanc en 2015-16 (+83). La défense étant (légèrement) moins performante pour l’instant, cela passera très certainement par le maintien du rythme en attaque. A l’heure actuelle, la projection sur 38 journées met le PSG à 128 buts pour (94,91 xG.pour), 24 contre (26,36 xG.contre) et une différence de +104.

Monaco en travaux 

Toujours sur les talons du PSG, l’AS Monaco semble pourtant moins souverain que la saison dernière. Le contre-performances face à Nice (0-4), Porto (0-3) et Montpellier (1-1) ont mis en lumière quelques limites dans le jeu monégasque mais des chiffres annonçaient aussi la couleur depuis quelques semaines.

L’ASM a débloqué plusieurs matchs en début de saison grâce à son efficacité sur coups de pied arrêtés. Pour preuve, derrière Falcao et ses 12 buts sur 13 tirs cadrés, Glik et Jemerson sont les deuxième et troisième meilleurs buteurs de l’équipe avec 2 réalisations chacun. Les coups de pied arrêtés représentent aujourd’hui près d’un tiers (32%) de la production offensive de l’équipe et 45% des buts marqués. La saison dernière, ces pourcentages dépassaient à peine les 20% et 30% (ci-dessous, l’ASM en tête du classement des buts sur coups de pieds arrêtés après 8 journées – Squawka.com).

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Au fil des matchs, les adversaires ont pris en compte cette menace et su la réduire. Monaco a depuis connu deux performances en-dessous du 1 xG.pour face à Nice (0-4) et Montpellier (1-1), chose qui ne leur était arrivé qu’à quatre reprises sur toute la saison dernière (Aller : Nantes, Toulouse – Retour : PSG, Bordeaux).

Dans le même temps, la défense ne convainc pas forcément puisque l’ASM concède souvent des occasions de qualité (0,122 xG.tir et 1,5 BigChance.match, c’est plus que Bordeaux, Lyon ou Nice). Des chiffres qui ne font que confirmer le début d’un nouveau cycle sur le Rocher. Les nombreux départs ne pouvaient avoir que des conséquences.

Falcao et les coups de pied arrêtés ont pour l’instant permis de les masquer puisque, malgré ses limites, Monaco est sur le même rythme de points pris que la saison dernière. Les rencontres à venir face à Lyon (13 octobre) et Bordeaux (28 octobre) vont sans doute permettre d’y voir un peu plus clair quant au véritable potentiel de l’ASM : toujours un cran au-dessus des autres derrière le PSG ou de nouveau à la lutte pour le podium ?

Bordeaux : la surprise ? 

Sixième du classement suite à la claque reçue au Parc des Princes (6-2), Bordeaux n’en reste pas moins l’équipe possédant la deuxième meilleure différence de xG depuis le début de la saison (+6,08). Loin derrière le PSG et son +13,68, mais devant Monaco (+4,8), Nice (+4,16) et Lyon (+4).

Avec ses nombreux coups d’éclat depuis le début de la saison, Malcom a attiré la lumière mais c’est aussi la qualité défensive des Girondins qui permet d’expliquer ce très bon chiffre. Certes, cela peut paraître paradoxal alors qu’ils viennent d’en prendre 6 au Parc des Princes mais Bordeaux possède bien l’une des meilleures bases défensives du championnat (4ème avec 8 xG.contre).

En vérité, la différence vient plus du milieu de terrain que de l’arrière-garde. C’était l’un des grands chantiers de l’été en Gironde avec les arrivées de Lerager et Otavio. Aujourd’hui, si Bordeaux défend bien, c’est avant tout parce que l’équipe concède peu de tirs/match (9,3). Traduction : le travail défensif des milieux semble permettre à l’équipe de moins subir qu’auparavant (12 tirs concédés la saison dernière).

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Attention quand même : seulement 8 matchs ont été joués et les Bordelais ont bénéficié de circonstances favorables pour cette statistique dans les plus importants. Lyon a joué à 10 pendant plus d’une heure et le PSG a plié sa rencontre en 20 minutes. Bref, ces progrès, surtout visibles contre les plus petites équipes, attendent confirmation face à Monaco (fin octobre) et Marseille (mi-novembre).

Offensivement, la Malcom-dépendance est évidente mais elle porte quand même ses fruits. Bordeaux se crée en effet près de 3 grosses occasions par match (2,90), soit autant que l’AS Monaco. L’équipe ne peut toutefois pas s’appuyer sur un avant-centre du calibre de Falcao pour convertir : Nicolas De Préville sous-performe et se retrouve même sous la menace d’un Alexandre Mendy plus en réussite. Concurrence à suivre.

L’OL plombé par des « détails » ? 

Après un début de saison réussi (2 victoires en 2 journées), l’Olympique Lyonnais est au ralenti. Les Gones n’ont remporté qu’une seule rencontre depuis la mi-août (face à Guingamp, 2-1), concédant 6 nuls et 1 défaite toutes compétitions confondues.

Surtout, à l’exception du 0-0 face à Nantes, l’OL a toujours mené avant de se faire rejoindre. Face à Bordeaux et Angers, il a même eu 2 buts d’avance avant d’être repris alors qu’il était en infériorité numérique. Comment expliquer ces points perdus et surtout les 13 buts encaissés alors que les chiffres défensifs semblent plutôt bons : 8,64 xG.contre (5ème), 1 grosse occasion concédée (3ème) et 0,087 xG.contre.tir (4ème) ?

La raison se trouve peut-être dans le changement de projet de jeu opéré pendant l’été, qui se ressent négativement sur d’autres chiffres. L’OL tient moins le ballon que les années précédentes (50,1%) et sa différence de tirs/match a fondu, passant de +4,2 tirs la saison dernière à seulement +1,6 (voir l’évolution ci-dessous).

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En clair, et c’est volontaire, les Lyonnais subissent plus qu’avant. Sans le ballon, ils positionnent leur bloc plus bas afin d’être plus compacts. Mais défendre plus bas, c’est aussi se retrouver à la merci de certains détails qui peuvent autant faire basculer des rencontres que des problèmes d’équilibre dans le camp adverse : tirs de loin, csc, coups de pied arrêtés…

Et surprise ! L’OL a déjà concédé plus de la moitié de ses buts sur coups de pied arrêtés (5 + 2 penaltys), auxquels il faut ajouter 3 csc (2 contre Paris, 1 contre Angers) et 2 penaltys concédés. Pour avancer, Lyon va absolument devoir se régler sur ces détails, sous peine de vivre une nouvelle saison à la poursuite du podium sans jamais pouvoir l’accrocher.

Car offensivement, on voit mal comment l’OL pourrait faire mieux en restant dans le même projet de jeu, qui mise en grande partie sur les exploits individuels de Traoré, Fekir, Mariano ou Depay. Sur les 4 joueurs, 3 sont en effet en sur-performance par rapport à ce que prédisent les Expected Goals. Bref, la marge de progression n’est pas forcément de ce côté du terrain… si la philosophie reste la même.

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Marseille : à la recherche d’une référence 

Le podium, l’OM s’y est installé à l’issue de la 8ème journée. Une 3ème place obtenue à la faveur d’une très belle victoire à Nice (4-2)… mais attention au trompe-l’oeil. Car si Marseille est plutôt performant devant (4ème xG.pour), la défense a encore besoin d’un match-référence (15ème xG.contre).

Certes, le 4-2-3-1 a marqué des points face à Amiens, Toulouse et Nice. Mais les Expected Goals poussent à la nuance. Amiens et Toulouse font partie des 5 pires équipes du championnat en terme de production offensive alors que Nice a quand même dépassé les 2,00 xG.pour face aux Phocéens, qui s’en sont surtout remis aux exploits de Mandanda (9 arrêts) pour arracher les 3 points.

Bref, si Marseille a relevé la tête après avoir touché le fond face au Stade Rennais, la vigilance doit être de mise pour éviter une rechute. Si Strasbourg (14ème xG.pour) est à sa portée, la défense olympienne passera un second gros test une semaine plus tard face… au Paris Saint-Germain.

Nantes et Caen : vrais potentiels ou tubes passagers ? 

Au pied du podium après 8 journées, Nantes et Caen sont les surprises de ce début de saison. Point commun, les deux équipes sont d’abord performantes défensivement. Néanmoins, comme nous l’avons mentionné en tout début d’article, leurs chiffres doivent être nuancés en raison des adversaires affrontés.

Nantes n’a croisé la route que d’une seule équipe du TOP 5 xG.pour (Marseille). Son adversaire moyen cette saison est sur une moyenne de 1,16xG.pour (11ème place). Les Canaris ont surtout eu beaucoup de réussite. Pour preuve, l’équipe de Ranieri est la seule du premier tiers du classement à avoir une différence.xG négative (-1,52). Rappelons qu’avec Leicester en 2015-16, le technicien italien avait terminé avec le 7ème xG.contre, le 2ème xG.pour et une différence.xG de +23…

De son côté, Caen n’a pas encore affronté d’attaque du top 5 et a un adversaire moyen qui pointe à 1,06xG.match en attaque (15ème place). Néanmoins, leur 5ème place est moins surprenante du fait de leur défense, qui s’est révélée très efficace face à des adversaires directs pour le maintien. Pour les Normands, les mois d’octobre et novembre vont être révélateurs puisqu’ils vont affronter Monaco, Nice, Marseille et Bordeaux entre les 10ème et 14ème journées.

Tous ces chiffres garantiraient à ses deux formations un retour à la normale dans les prochaines semaines. Mais la dynamique positive du début de saison peut aussi les faire mentir : en étant en avance sur leur tableau de marche, elles vont peut-être jouer plus libérées et là, qui sait…

En vrac :

  • On en a déjà parlé longuement dans cet article : le LOSC de Marcelo Bielsa est dans le rouge dans presque toutes les catégories. On retiendra surtout la dernière place en xG.pour/tir (0,060), qui symbolise parfaitement l’impuissance de l’équipe en attaque. Petit rappel en guise d’espoir, l’Athletic Bilbao s’est surtout mis en route en octobre-novembre lors de la première saison de l’Argentin dans le Pays Basque.
  • Scotché en milieu de tableau, l’OGC Nice est lui appelé à remonter au classement dans les prochaines semaines. Sa différence.xG la place dans le premier tiers du classement entre Monaco et Lyon. Habitué à faire mentir les prédictions des Expected Goals, Lucien Favre découvre la vie de l’autre côté de la barrière (5ème xG.pour – 5ème xG.contre mais 10ème place).
  • Avec seulement 6,72 xG.contre après avoir affronté le PSG et Monaco, Montpellier s’est posé comme l’une des meilleures défenses du championnat pour le moment. Problème, l’absence de joueurs performants (ou en réussite) aux avants-postes scotche l’équipe dans la 2ème partie du classement avec seulement 5 buts marqués pour 9,12 xG.pour. Le départ de Mounié, qui mettait ses occasions à l’instar de Cavani à Paris, n’a pas été comblé.
  • La saison dernière, Dijon avait réussi le pari de se sauver par le jeu. Loïs Diony et Pierre Lees-Melou sont partis mais le projet n’a pas changé et l’équipe bourguignonne est toujours performante avec le ballon (11,68 xG.pour – 7ème attaque). Les dirigeants dijonnais ne se sont d’ailleurs pas trompés en allant chercher Xeka, Saïd, et Sliti qui sont trois des quatre plus gros contributeurs de l’équipe en terme de xG (avec Kwon). La défense laisse par contre toujours à désirer…

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1 réponse

  1. Massto dit :

    Article très intéressant
    Merci

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