Angers 0-0 PSG : l’analyse du système défensif du SCO

Avec 9 buts encaissés en 16 rencontres, le SCO d’Angers est aujourd’hui la deuxième meilleure défense de Ligue 1 juste derrière le PSG. Les joueurs de Stéphane Moulin ont d’ailleurs passé avec succès le crash-test face au champion de France en titre, arrachant un 0-0 au goût de victoire. Retour sur cette performance et analyse de leur organisation défensive, qui a mis fin à une série de 26 matchs d’affilée avec au moins un but inscrit pour le PSG.

Petit rappel sur les deux équipes au coup d’envoi de cette rencontre. Côté Angers, Stéphane Moulin pouvait s’appuyer sur une équipe au complet. Laurent Blanc avait lui choisi de laisser Ibrahimovic sur le banc. Le Suédois a cédé sa place à Lucas, permettant à Cavani d’évoluer en pointe. Dans l’entrejeu, Rabiot débutait lui aussi le match en lieu et place de Verratti, toujours absent.

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Le 4-5-1 et le rôle de l’attaquant de pointe : 

Yoann Andreu l’a confié après la rencontre : Stéphane Moulin n’avait pas préparé son match en fonction du PSG. Le coach voulait que ses joueurs « se concentrent sur eux-mêmes ». Pas d’adaptation tactique donc, le SCO est rentré dans ce match comme il a abordé les précédents. A 0-0, l’équipe ne s’aventure quasiment pas dans la moitié de terrain adverse. La priorité est de se replier afin de former un 4-5-1 derrière le seul Ketkeophomphone en pointe.

En face, les défenseurs centraux bénéficient du coup d’une grande liberté : mardi soir, Thiago Silva et David Luiz ont pu remonter le ballon jusqu’au niveau de la ligne médiane sans la moindre adversité. Seul problème, le travail de l’avant-centre angevin, Billy Ketkeophomphone : son rôle est de couper la relation entre les deux défenseurs et leur n°6, Thiago Motta. Une tâche qu’il a su accomplir plutôt efficacement, lui qui avait réalisé le même travail à Marseille pour isoler Lassana Diarra.

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Le 4-5-1 d’Angers face à Thiago Silva, avec le rôle de Ketkeophomphone par rapport au positionnement de Thiago Motta.

Résultat, avec un Motta isolé du reste de l’équipe, sauf lorsqu’il revient entre ses défenseurs, la relance parisienne devait être prise en charge par David Luiz, Thiago Silva, Rabiot ou Matuidi. Au-delà de son rôle sur le regista parisien, Ketkeophomphone est aussi là pour repousser ces relanceurs hors du rond central. Il les amène ainsi dans des zones où les relayeurs (Ndoye et Mangani) peuvent prendre le relais.

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Ketkeophomphone coupe la ligne de passe à destination de Motta alors que Rabiot redescend offrir une solution à David Luiz dans le rond central.

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L’attaquant angevin laisse Motta et se charge d’aller mettre la pression sur le Français afin de le pousser hors du rond central.

Les relayeurs pour cadrer le porteur : 

Après ce travail de l’attaquant de pointe, ce sont donc les milieux qui entrent en scène en sortant de la ligne de cinq (évidemment à tour de rôle). Ndoye et Mangani sont chargés de « cadrer » la première passe vers l’avant de l’adversaire. Très important pour eux, il ne faut surtout pas se faire éliminer, sous peine de mettre en difficulté le reste de l’équipe. En début de match face au PSG, les Angevins ont souffert parce que le deux milieux étaient trop loin des « premiers passeurs » parisiens.

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Ci-dessus, Ndoye est trop bas par rapport à David Luiz qui a le temps d’avancer et de lever la tête pour trouver une solution.

Au bout de quelques minutes… et quelques consignes données par Stéphane Moulin depuis son banc de touche… les deux milieux de terrain ont enfin commencé à défendre en avançant. Quand ils sortent cadrer le porteur aux abords de la ligne médiane, celui-ci se retrouve avec trois solutions s’il veut rester du même côté : écarter vers le latéral, jouer dans le dos du relayeur ou trouver une passe à l’intérieur pour ramener le ballon dans le rond central.

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Alors que Ndoye sort vers lui, David Luiz a 3 solutions : la passe vers Maxwell (latéral), le jeu dans le dos ou la passe vers l’axe.

A chaque transmission, le SCO a une réaction : le jeu vers le latéral n’est pas le chemin le plus simple en raison de la densité proposée par Angers dans l’entrejeu. Sur l’image ci-dessus, si David Luiz venait à servir Maxwell, ce dernier se retrouverait face à Sunu et le bloc angevin aurait vite fait de mettre beaucoup de densité côté ballon (repli de Ndoye + présence de Saiss en couverture).

La passe intérieure (retour dans le rond central) est coupée par le travail de Ketkeophomphone. Mardi soir, lorsque David Luiz ou Thiago Silva cherchaient à revenir dans le coeur du jeu, l’attaquant d’Angers n’était jamais très loin pour couper la ligne de passe et les forcer à trouver une autre solution. Généralement, cela passait par une passe latérale à destination d’un milieu à l’opposée (cf. images 2 et 3 ci-dessus : passe de David Luiz vers Rabiot).

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Ndoye sort sur David Luiz alors que Saiss est embarqué par un appel de Matuidi. Thiago Motta tente d’en profiter en occupant l’intervalle.

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Ketkeophomphone revient et ferme la porte vers Thiago Motta. David Luiz n’a pas d’autre choix que de jouer à l’opposée vers Rabiot. Cette passe latérale permet à Angers de retrouver sa forme initiale.

Saiss et les zone-press : 

Ne reste donc plus qu’une seule solution pour l’adversaire qui souhaite aller de l’avant : trouver l’intervalle dans le dos du relayeur (Ndoye ou Mangani). Et évidemment, c’est dans cette zone que les Angevins attendent pour déclencher leur pressing. Car le destinataire de la passe se retrouve alors coincé entre plusieurs joueurs : il y a d’abord Saiss dans l’axe, dont le rôle est de venir fermer l’axe dans le dos de son milieu de terrain.

Mais il y a aussi l’ailier (Sunu ou Camara) qui revient défendre intérieur afin d’accentuer la pression. Les deux joueurs reçoivent ensuite le soutien du relayeur qui se replace. Ils peuvent aussi être accompagnés par la sortie au pressing du latéral adverse si le destinataire de la passe est son adversaire direct (voir ci-dessous).

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Lucas offre une solution à Rabiot dans le dos de Ndoye.

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Camara et Saiss viennent fermer la porte au Brésilien, tandis que Ndoye va empêcher la passe en retrait.

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Même chose quelques minutes plus tard, toujours avec Lucas pris cette fois entre Andreu, Saiss et Ndoye.

Au-delà de ces exemples face au Paris Saint-Germain, quelques statistiques illustrent ce plan de jeu. Saiss et Ndoye font partie des milieux de terrain qui manquent le moins de tacles depuis le début de la saison : sur les milieux à plus de 8 matchs joués, ils sont respectivement 31ème et 32ème sur 42.

Angers est d’ailleurs une équipe qui tacle peu (26,2 tacles/match – 17ème/20 en Ligue 1) et réalise peu d’interceptions (13,9/match – 20ème/20). Deux chiffres qui symbolisent une défense non pas basée sur les duels mais sur le bon positionnement du bloc-équipe.

Néanmoins, et parce qu’il faut bien récupérer le ballon à un moment donné, certains joueurs doivent aller au charbon. Si Mangani est le joueur le plus agressif (4,2 tacles/match), les 2,9 tacles de Ketkeophomphone sont là pour rappeler son rôle de « nettoyeur » dans le rond central.

Face au Paris Saint-Germain : 

Face au PSG, les Angevins ont parfaitement appliqué ce plan en première mi-temps. Dangereux dans les premières minutes, les Parisiens ont ensuite eu du mal face à l’organisation du SCO, qui a verrouillé l’axe et les a obligés à jouer plus long que d’habitude. Sans profondeur, les joueurs de Laurent Blanc ont eu beaucoup de déchet, même si Di Maria a su profiter d’une ouverture de Cavani pour toucher le poteau de Butelle.

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En orange, tacles et interceptions d’Angers en première mi-temps. En bleu, ballons perdus par le PSG en première mi-temps.

En face, Angers a aussi eu des occasions mais a manqué de lucidité devant. Les ballons récupérés au milieu de terrain ont offert des situations de contre, pas souvent bien menées (une marge de progression ?). Solide défensivement aussi sur coups de pied arrêtés, notamment grâce à la présence de Ndoye, le SCO a eu une énorme balle de 1-0 avec un 4 contre 1 à jouer. Une opportunité gâchée par Sunu (25e), qui a ensuite manqué de réactivité dans la surface parisienne quelques minutes plus tard, alors que Ndoye avait remis le ballon devant le but de Trapp (42e).

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Paris tente de jouer plus long pour trouver Maxwell, mais Sunu intercepte le ballon.

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Dans la foulée, Angers se projette en nombre dans le camp parisien.

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La situation de 4 contre 1 gâchée par Sunu en milieu de première mi-temps.

Comment Di Maria a fait reculer Angers : 

Le SCO aurait pu regretter ces occasions manquées en deuxième mi-temps, car le PSG a trouvé des solutions après la pause. Qu’il ait été forcé par la blessure de Matuidi ou souhaité par Laurent Blanc, le repositionnement de Di Maria dans le coeur du jeu a posé beaucoup de problèmes à l’organisation de Stéphane Moulin. Car l’Argentin et sa qualité de dribbles représentaient une plus grande menace pour Ndoye et Mangani dans leur travail de cadrage.

Di Maria a surtout offert une deuxième solution intérieure au premier passeur parisien. Il n’a d’ailleurs eu besoin que d’une petite minute pour se mettre en évidence à ce nouveau poste, cherchant Lavezzi dans la profondeur après s’être crée lui-même la possibilité de passe.

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Avec Di Maria dans le coeur du jeu, David Luiz a une nouvelle solution pour jouer vers l’avant.

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Avec le ballon, Di Maria résiste à la pression de Ketkeophomphone et peut se lancer vers le but adverse.

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Il ne lui faut que quelques secondes pour s’ouvrir une ligne de passe en profondeur pour Lavezzi, finalement bloquée par Manceau.

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Ses mouvements permettent aussi de fluidifier le jeu sur la largeur. Ici, il s’intègre dans le « losange » d’Angers au milieu de terrain.

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En quelques secondes, il peut renverser à l’opposée et dans la course de Maxwell, qui a le champ libre devant lui.

L’entrée d’Ibrahimovic en milieu de mi-temps a accentué la domination parisienne, le Suédois apportant naturellement une solution intérieure supplémentaire pour déjouer l’organisation défensive angevine. Avec une première passe enfin efficace, les Parisiens ont réussi plusieurs enchaînements pour approcher la surface. Mais l’arrière-garde noire et blanche a tenu, s’en remettant à Butelle en dernier recours (3 arrêts).

La domination parisienne s’est surtout ressentie de par la disparition de situations de contre à jouer pour le SCO. Après la pause, les Parisiens ont perdu 10 ballons (contre 12 en première mi-temps), mais ils les ont perdus beaucoup plus haut dans le camp angevin, limitant de fait leur dangerosité pour David Luiz et Thiago Silva en couverture Angers a tout de même eu une dernière opportunité consécutive à un coup de pied arrêté parisien. Situation là encore gâchée par Bouka-Moutou, même si le repli parisien a été plus efficace que sur l’action de Sunu en première période.

Angers en phase défensive : 

Si Butelle a dû s’employer à trois reprises, le SCO a aussi eu l’occasion de montrer sa capacité à bien défendre dans ses 30 mètres. Que ce soit dans le jeu ou sur coups de pied arrêtés, l’équipe a renvoyé les nombreux centres parisiens. En plus des défenseurs centraux Thomas et Traoré, le bon jeu de tête de Ndoye et Saiss a permis de dégager plusieurs ballons chauds. A noter que s’ils taclent peu, les deux milieux sont dans le top 3 des milieux les plus efficaces dans ce secteur (3 et 2,5 dégagements/match).

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Au fil de la deuxième mi-temps, Angers accepte de reculer (Camara au marquage de Maxwell).

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Derrière Karanovic, remplaçant de Ketkeophomphone, les Scoïstes font bloc à 10 autour de leur surface de réparation.

Conclusion : 

Le SCO d’Angers pourra-t-il rester dans le premier tiers du classement jusqu’en mai prochain ? Difficile à dire. Ce qui est sûr en revanche, c’est que l’organisation tactique de Stéphane Moulin ne dépend pas forcément d’un ou plusieurs joueurs. En cela, les Angevins diffèrent des Caennais, autre équipe en forme en ce moment mais qui semble plus dépendante de certaines individualités, notamment offensivement (Féret, Delort).

Un bémol toutefois en attaque, le jeu d’Angers semble assez pauvre : l’équipe fait avec les moyens du bord et les 65% de buts inscrits sur coups de pied arrêtés sont là pour en témoigner. Le jeu de tête de Ndoye pèse énormément sur l’animation, tant pour remonter le terrain que pour finir rapidement les actions en envoyant le ballon dans la surface adverse. Solide derrière et réaliste devant, le SCO peut rappeler ces « petits » qui ont réussi à s’incruster dans la course à l’Europe il y a quelques saisons (Nancy, Auxerre…).

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3 Responses

  1. Marwen dit :

    Très bonne analyse comme d’habitude même si je pense que ce n’est pas tant l’organisation angevine qui a posé des difficultés au PSG qui s’est créé les grosses occasions en 1ère mi temps. Avec de la réussite, on aurait eu beaucoup de mal à voir Angers revenir, comme l’essentiel des équipes de L1 d’ailleurs.

  2. Cedrick dit :

    Belle analyse vraiment juste. Il manque à Angers un kodjia en attaque comme on avait l’année dernière et un bon meneur pour améliorer la qualité des contre-attaques

  3. Thibaut dit :

    Il manque a Angers un vrai attaquant pour aider Ndoye.

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