Saint-Etienne 3-0 Lyon, l’analyse tactique

Vingt ans après son dernier succès, l’AS Saint-Etienne a enfin connu la victoire dans son antre de Geoffroy-Guichard face à son rival lyonnais. Un succès que les Verts sont allés chercher en mettant énormément d’intensité dans les duels pour faire déjouer leurs adversaires. Complètement dépassés pendant le quart d’heure précédant l’ouverture du score, les Gones ont ensuite buté sur un bloc adverse positionné plus bas mais toujours maître du tempo de la partie grâce à son agressivité et sa capacité à défendre en avançant.

Les compositions : 

Alors qu’il n’y a pas eu de surprise dans la composition lyonnaise (4-4-2 en losange), Christophe Galtier a décidé de changer de système et de revenir au 3-5-2 qui lui avait permis d’aller chercher les trois points à Gerland l’an passé. Comme au Parc des Princes, c’est Pogba qui a profité de ce choix tactique pour débuter en défense aux côtés de Perrin et Sall. Devant, Gradel était associé à Van Wolfswinkel.

Saint-Etienne met la pression : 

Si l’OL est certes bien entré dans la partie, Saint-Etienne a très vite su mettre l’intensité nécessaire pour prendre l’ascendant. C’est une fois que le ballon est passé dans le camp lyonnais que les difficultés ont débuté pour les Gones. Non pas en raison d’une quelconque maîtrise technique stéphanoise en terme de possession de balle, mais surtout en raison du pressing effectué par l’ensemble du bloc de Christophe Galtier. Couverts par Perrin, Sall et Pogba, qui évoluaient à trois contre deux face à Fekir et Lacazette, tous les Stéphanois ont eu pour objectif de défendre en avançant afin d’empêcher les sorties de balle lyonnaise.

En première ligne, Gradel et Van Wolfswinkel faisaient ainsi les efforts afin de repousser la relance adverse le plus possible vers les côtés. Leur travail permettait aux trois milieux (Lemoine, Cohade et Clément) de se positionner afin de mettre la pression sur les trois solutions axiales lyonnaises présentes côté ballon (Gonalons + le relayeur côté ballon + Malbranque en n°10). La fermeture des couloirs revenait ensuite aux latéraux, qui laissaient les trois centraux en couverture.

A l’opposée, le latéral stéphanois évoluait lui aussi très haut afin de sortir sur son homologue en cas de longue passe latérale (souvent l’oeuvre de Gonalons dans cette zone du terrain). Les Verts laissaient donc des espaces côté opposé, mais l’intensité mise sur le porteur de balle adverse et les solutions autour de lui était telle que ce dernier n’avait généralement pas le temps de prendre la moindre information pour orienter correctement le jeu. Au final, seul le relayeur à l’opposé de l’action bénéficiait (un peu) d’espaces pour se mettre dans le sens du jeu. Lorsque le ballon lui arrivait, les Stéphanois relâchaient le pressing et replaçaient leur bloc au milieu de terrain (voir plus bas).

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Lorsque Gradel et Van Wolfswinkel vont chercher les défenseurs lyonnais, les trois milieux de terrain resserrent côté ballon, accompagnés par le latéral concerné. A l’opposée, ils sont même suivis par le second latéral (ici, Théophile-Catherine peut ainsi sortir en cas de renversement de jeu sur Bedimo), qui compte sur ses trois défenseurs centraux pour maîtriser Fékir et Lacazette.

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Deuxième séquence quasi-identique à la première, si ce n’est que cette fois, Pogba s’ajoute à l’ensemble au milieu de terrain afin de répondre au décrochage de Lacazette.

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Sur les touches, il était possible de distinguer très nettement la mise en place sur « demi-terrain » des milieux stéphanois : sur cette remise en jeu de Bedimo, Cohade laisse Ferri pour aller dans la zone de Gonalons (+ Lemoine-Tolisso et Clément-Malbranque).

Après le but, le contrôle de l’axe :

Ce pressing haut, l’ASSE a su le faire fructifier en ouvrant le score rapidement grâce à un corner de Gradel repris par Sall (18e). Au vu de l’intensité proposée durant le quart d’heure le précédant, il ne fait aucun doute que ce but a été un tournant dans l’approche stéphanoise. Car assez rapidement ensuite, les Verts ont repositionné leur bloc au milieu de terrain, laissant plus de marge de manoeuvre aux Lyonnais pour ressortir, mais sans toutefois perdre l’agressivité qui faisait leur force.

Positionné aux abords du rond central, Gradel et Van Wolfswinkel avaient désormais pour objectif d’isoler Gonalons par rapport à Bisevac et Umtiti. Lorsqu’un défenseur lyonnais était en possession du ballon, l’un des deux attaquants sortait à sa rencontre et laissait le second dans la zone du capitaine lyonnais. Si la balle allait vers l’autre défenseur, l’attaquant sorti revenait dans la zone de Gonalons et le second sortait à son tour. Ce travail se poursuivait aussi dans leur propre camp puisqu’ils restaient dans la zone du milieu lyonnais lorsque son équipe parvenait à progresser vers les buts de Ruffier.

Cela permettait aux trois milieux de terrain de se focaliser sur leurs adversaires directs : Cohade-Ferri, Lemoine-Tolisso et Clément-Malbranque. L’ASSE a ainsi verrouillé l’axe, forçant même Ferri à s’excentrer afin de pouvoir se mettre dans le sens du jeu en fin de première mi-temps. Problème, les Verts s’appuyaient ensuite sur leur « défense à cinq » (une fois repliés dans leur camp) pour déclencher le pressing sur les côtés (à la manière de la Juventus).

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Cinq Stéphanois pour répondre au losange lyonnais : des milieux de terrain qui se retrouvent à trois contre trois et deux attaquants qui alternent entre marquage de la pointe basse adverse et sortie sur le défenseur porteur du ballon.

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Une fois replié, Saint-Etienne isole Gonalons grâce à ses attaquants et verrouille le coeur du jeu grâce à ses milieux de terrain… sans oublier les défenseurs qui continuent de suivre les décrochages de Fékir ou Lacazette. Le pressing est ensuite déclenché par Tabanou ou Théophile-Catherine, qui sortent de l’alignement défensif pour aller chercher les latéraux lyonnais et les forcer à jouer en retrait (des transmissions qui sont évidemment suivies par la remontée des milieux et attaquants stéphanois).

Gradel en accélérateur : 

Au-delà de leur énorme travail à la récupération du ballon, les Stéphanois se sont aussi appuyés sur la disponibilité de Gradel en phase offensive pour poser des problèmes à l’arrière-garde lyonnaise. Afin d’éviter le pressing adverse, les Verts cherchaient la plupart du temps à renvoyer le plus rapidement possible le ballon dans le camp adverse. Sur les relances (longues) de Sall, Perrin ou Pogba, l’Ivoirien évoluait en soutien de Van Wolfswinkel afin de récupérer les deuxièmes ballons et de mettre la pression en cas de récupération lyonnaise.

Mais son véritable apport était sur les côtés. Face au losange lyonnais, le 3-5-2 stéphanois – une fois déployé dans le camp adverse – offrait beaucoup de solutions sur la largeur grâce à la disponibilité de Tabanou et Théophile-Catherine. Gradel entrait en scène à l’approche des 30 derniers mètres, soit en position d’ailier pour chercher le duel avec le latéral adverse, soit en passant dans le dos de ce dernier pour créer un décalage dans l’arrière-garde lyonnaise. Il a ainsi obtenu le corner conclu par Sall (18e) avant d’offrir le break à Van Wolfswinkel quelques minutes plus tard (40e).

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A gauche, la distribution des passes stéphanoises, à droite celles de Gradel.

Sur le plan tactique, la disponibilité de Gradel – et son excellente performance individuelle – ont aussi permis à Saint-Etienne de rentrer très vite dans les 30 derniers mètres lyonnais en passant par les ailes. Or cette zone, les Stéphanois parvenaient ensuite à la quadriller grâce à l’agressivité de leurs milieux de terrain (comme cela a été montré précédemment). Un pressing récompensé par le troisième but de Cohade, qui a su profiter d’une grosse erreur de Tolisso dans sa surface (68e).

Conclusion : 

Sur cette partie, les Lyonnais ont tout simplement pris une leçon d’intensité et d’agressivité (d’humilité ?). L’équipe qui a accompli le plus d’efforts a été logiquement récompensée sur ce match. Si Gradel a brillé aux avants-postes, les Verts n’auraient certainement pas pu évoluer à un tel niveau sans l’excellente prestation de ses trois défenseurs centraux, qui ont complètement éteint les deux individualités lyonnaises (Fékir et Lacazette). Sans cette performance de très haut niveau de Perrin, Pogba et Sall, jamais les Verts n’auraient pu étouffer aussi efficacement leurs adversaires.

 

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3 réponses

  1. Daniel Constance dit :

    Salut,
    Je dois avouer que j’en apprends des choses en lisant tes analyses. Qui aurait crû que Lyon serait actuellement deuxième, surtout après cette défaite ?

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