Saint-Etienne 1-2 Lyon, l’analyse tactique

Au bout du suspense, l’Olympique Lyonnais est allé enlever le derby sur la pelouse de Saint-Etienne. Dans un match très disputé, les collectifs et les défenses ont largement dominé les individualités… Mais il a suffit de deux ou trois éclairs pour que la situation se décante après la pause.

Aucune surprise au coup d’envoi. D’un côté comme de l’autre, les deux équipes étaient dans leurs systèmes de jeu habituels. Lemoine et Zouma suspendus, Cohade et Sall entraient dans le onze de départ par rapport à l’équipe qui avait accroché le PSG il y a deux semaines (Ruffier – Clerc, Sall, Perrin, Ghoulam – Hamouma, Cohade, Clément, Mollo – Corgnet – Brandao).

Dans le camp lyonnais, de nombreux titulaires faisaient leur retour après le turnover opéré en milieu de semaine en Ligue Europa. Le losange était évidemment toujours de la partie au milieu de terrain, avec Grenier et Gonalons dans l’axe (Gorgelin – Miguel Lopes, Bisevac, Umtiti, Bedimo – Gonalons – Malbranque, Fofana – Grenier – Lacazette, Gomis).

L’axe fermé : 

Difficile à suivre pour le spectateur, la première mi-temps s’est résumée à un jeu de gagne-terrain entre deux formations qui ont fait le nécessaire pour contenir la relance adverse. Côté stéphanois, Brandao et Corgnet abattaient comme d’habitude un gros travail en première ligne afin de bloquer la première passe des Gones et notamment Gonalons. Cohade se joignait parfois à ce pressing en montant d’un cran pour bloquer les décrochages de Malbranque ou Fofana.

Leur travail était bien complété par Mollo et Hamouma, qui travaillaient d’abord afin de limiter les solutions dans l’axe et de faciliter le travail de leurs défensifs. En couverture, Clément se retrouvait naturellement dans la zone de Grenier, tandis que les défenseurs contrôlaient les déplacements de Lacazette et Gomis. Sans le ballon, les deux attaquants lyonnais étaient les premiers défenseurs de leur équipe en s’opposant à Sall et Perrin. Derrière eux, Grenier et Fofana se retrouvaient dans les zones de Clément et Cohade.

Saint-Etienne bloque la relance adverse : Hamouma fait face à Umtiti, qui est pressé par Brandao. A ses côtés, Cohade et Clément sont à proximité de Fofana et Grenier. Dans l'axe, Corgnet est dans la zone de Gonalons.

Saint-Etienne bloque la relance adverse : Hamouma fait face à Umtiti, qui est pressé par Brandao. A ses côtés, Cohade et Clément sont à proximité de Fofana et Grenier. Dans l’axe, Corgnet est dans la zone de Gonalons.

Dans les deux cas, les relances étaient soient longues à destination des attaquants (Gomis / Brandao), soient à destination des latéraux. Il n’était donc pas surprenant de retrouver les quatre latéraux parmi les joueurs ayant le plus touché de ballons à l’issue de la rencontre (Bedimo 62, Lopes 65 pour l’OL / Ghoulam 74, Clerc 70 pour Saint-Etienne).

De la même manière, une fois la relance effectuée, les latéraux étaient les seuls joueurs auxquels les adversaires « acceptaient » de laisser des espaces dans le camp adverse. Côté lyonnais, c’est évidemment le losange qui concédait naturellement ces espaces dans l’entrejeu. Côté stéphanois, la liberté accordée aux latéraux lyonnais découlait du positionnement de Hamouma et Mollo, qui évoluaient « près » de Clément-Cohade et laissaient donc des espaces sur la largeur (voir ci-dessus, le positionnement de Hamouma qui laisse Bedimo dans son dos).

Une fois dans sa moitié de terrain, Saint-Etienne défendait en 4-4-1-1, ne laissant que Corgnet et Brandao aux avants-postes, l’un pour bloquer Gonalons, l’autre pour perturber les défenseurs centraux et lancer le pressing sur les passes en retrait lyonnaises. L’OL parvenait toutefois à conserver le ballon dans le camp stéphanois grâce aux décrochages de Malbranque à hauteur de Gonalons.

Une fois le ballon dans le camp stéphanois, l'OL s'appuie sur les décrochages de Malbranque à hauteur de Gonalons afin de le conserver.

Une fois le ballon dans le camp stéphanois, l’OL s’appuie sur les décrochages de Malbranque à hauteur de Gonalons afin de le conserver et d’organiser le jeu depuis la zone du seul Corgnet. De l’autre côté du milieu en losange, Fofana monte afin de faire reculer les milieux stéphanois, ouvrant ainsi le côté gauche pour les incursions de Bedimo. 

L’ancien pensionnaire de Premier League offrait une solution supplémentaire dans la zone de Corgnet, ce qui permettait aux Lyonnais de faire circuler le ballon au milieu de terrain. Cela ne changeait toutefois rien aux problèmes dans les 30 derniers mètres : dans le coeur du jeu, les Stéphanois ont toujours eu le dessus sur les attaquants lyonnais (Perrin et Sall vs Lacazette et Gomis, Clément vs Grenier). Sans point de fixation dans l’axe, difficile de créer des décalages. Symbole de ces difficultés, Grenier a été obligé de s’excentrer pour toucher des ballons dans le camp stéphanois.

Le jeu par les couloirs : 

Et Saint-Etienne était dans le même cas, même si les Verts avaient pour eux une certaine qualité pour ressortir rapidement les ballons après les duels remportés dans leurs 30 mètres. Ils ont ainsi frappé les premiers par Clerc (2e), suite à une sortie de balle couloir gauche facilitée par le déplacement latéral de Corgnet.

Comme face à Paris où il faussait compagnie à Thiago Motta, le meneur de jeu stéphanois a multiplié les déplacements dans les couloirs pour créer des décalages et mettre ses ailiers en bonne position (Mollo-Ghoulam à gauche, Hamouma-Clerc à droite). Mais le manque de justesse technique général a annihilé la majorité des mouvements, d’un côté comme de l’autre, tout au long de la première mi-temps.

Offensivement, les Verts ne parvenaient pas non plus à multiplier les temps de jeu dans la moitié de terrain lyonnaise. La faute au repli défensif de Grenier, qui abattait un gros travail devant ses trois milieux de terrain, chargés de couvrir sur la largeur. Le meneur de jeu de l’OL bloquait ainsi les solutions en retrait de l’ASSE (Clément, Cohade) limitant la construction stéphanoise à un demi-terrain.

Le bloc de l'OL face à la relance stéphanoise : trois joueurs en première ligne pour bloquer le jeu dans l'axe et forcer les Verts à passer par les côtés.

Le bloc de l’OL face à la relance stéphanoise : trois joueurs en première ligne pour bloquer le jeu dans l’axe et forcer les Verts à passer par les côtés. Les milieux doivent ensuite coulisser à trois pour venir en aide à leurs latéraux, tout en comptant sur le repli de Grenier pour bloquer l’axe. C’est là qu’intervient Corgnet, qui s’infiltre entre les milieux pour créer des décalages. 

Qui plus est, Lacazette et Gomis restaient aux avants-postes, ce qui créait une menace qui limitait les latéraux stéphanois dans leurs montées, de peur de laisser Perrin et Sall à deux contre deux face aux attaquants lyonnais. L’OL n’a pas toutefois eu de réelles opportunités en contre-attaque, notamment grâce à l’excellent travail des défenseurs stéphanois lorsqu’ils devaient couvrir leur bloc positionné haut dans le camp lyonnais.

Mais ce sont pourtant les Gones qui ont débloqué la partie en ouvrant la marque très vite après la pause. Très bien rentrés dans leur deuxième mi-temps, avec notamment une excellente phase de pressing sur Clément et Cohade de la part de Grenier, ils ont pris l’avantage grâce à un centre de Bedimo, repris par Gomis puis Lacazette (48e).

A défaut de créer de réels décalages, il a donc suffit d’un centre « de loin » parfaitement travaillé pour prendre à défaut la défense stéphanoise. Après ce but encaissé, les Verts n’avaient plus le choix : il fallait attaquer et mettre toutes les chances de son côté pour revenir au score. C’est ce qu’ils ont fait en multipliant les offensives à droite et à gauche, Cohade se chargeant de faire le lien entre les deux côtés du terrain.

Coaching : 

L’OL tenait le choc tant bien que mal mais son losange subissait complètement au milieu de terrain. Obligés de multiplier les efforts sur la largeur, Fofana et Malbranque ne parvenaient plus à ressortir pour soutenir Grenier et leurs attaquants, qui étaient facilement contrôlés par les Stéphanois restés en couverture.

A partir du moment où Corgnet devance la sentinelle adverse (ici Gonalons), il permet d'utiliser les espaces dans la défense adverse sans avoir à forcément passer par des duels.

A partir du moment où Corgnet devance la sentinelle adverse (ici Gonalons), il permet d’utiliser les espaces dans la défense adverse sans avoir à forcément passer par des duels (ex : Mollo vs Miguel Lopes ici). A noter aussi la position de Grenier sur cette action, revenu afin de bloquer le jeu vers Clément. 

L’OL a tout de même limité tant bien que mal les décalages autour de sa surface de réparation : les deux plus grosses occasions de but stéphanoises (Hamouma pour le but, 65e – Perrin sur la barre, 71e) sont en effet intervenues sur des centres semblables à celui de Bedimo sur l’ouverture du score lyonnaise. Loin d’être un hasard dans un match où les deux blocs-équipes n’ont quasiment rien concédé aux attaquants adverses.

La tête de Loïc Perrin a été la dernière alerte stéphanoise avant que Rémi Garde ne procède à ses changements : Malbranque et Gomis ont cédé leurs places à Gourcuff et Briand. Les Lyonnais sont passés en 4-2-3-1 afin d’opposer aux latéraux stéphanois deux adversaires (Gourcuff à gauche, Briand à droite) et ainsi de mieux contenir les offensives adverses.

Un changement tactique payant puisque les Lyonnais ont rapidement réussi à ressortir de leur moitié de terrain. Capital dans le dispositif offensif stéphanois, Corgnet ne trouvait plus autant d’espaces en raison du milieu de terrain renforcé. Fofana pouvait rester dans le coeur du jeu pour prêter main forte à Gonalons.

Le passage en 4-2-3-1 a permis à l'OL de mieux contenir les offensives stéphanoises au milieu de terrain.

Le passage en 4-2-3-1 a permis à l’OL de mieux contenir les offensives stéphanoises au milieu de terrain.

Petit à petit, l’OL est monté en puissance dans le dernier quart d’heure. Cela s’est d’abord caractérisé par quelques remontées de balle dans le camp des Verts, mettant fin à la longue période de domination stéphanoise. Les décrochages de Grenier, le bon travail dos au but de Lacazette et le soutien de Gourcuff depuis son aile gauche ont permis aux Lyonnais de s’offrir quelques minutes de répit dans le camp adverse, même si l’ASSE a mal négocié une situation très favorable par l’intermédiaire de Gradel (85e).

L’Ivoirien est ensuite réapparu dans le final de la rencontre, perdant le ballon dans le camp lyonnais avant d’être effacé par Gourcuff dans sa moitié de terrain… le laissant ainsi déposer le ballon sur la tête de Briand pour la victoire des Gones (90e+3).

Conclusion : 

Complètement fermé durant le premier acte, ce derby a enfin pu débuter après l’ouverture du score rapide de Lacazette en deuxième mi-temps. Méfiants au moment d’attaquer en première mi-temps, sans doute à cause de la présence lyonnaise devant (Lacazette et Gomis), les Stéphanois ont tout donné pour revenir au score et ont logiquement été récompensés.

Au fond du seau après l’égalisation de Hamouma, les joueurs de Rémi Garde auraient sans doute pu voir la rencontre leur filer entre les doigts si la tête de Perrin avaient fini sa course au fond des filets. Finalement, les changements qui ont suivi cette occasion (passage en 4-2-3-1) leur ont permis de refaire surface dans le dernier quart d’heure pour finalement enlever la victoire sur le fil et s’offrir une belle opération au classement.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. sebtheouf dit :

    Merci pour l’analyse. EN 1ere mi-temps je vois clairement un choix des 2 équipes de contrer. Les verts le font depuis que Galtier est la. C’est moins fréquent pour Garde, d’ailleurs à part allonger devant, l’OL à vite repris son jeu de passe et s’est exposé aux attaques rapides.

    Aubameyang manque grandement aux steph sur ces phases de contre-attaque.

    Une question: le placement des attauquant lyonnais sur la phase de relance adverse: très écarté ,te semble t il être une constante de ce schéma ou une spécificité de Garde?

  2. Fred dit :

    Tu pourrais faire une chronique sur un match marseillais. J’aimerais en savoir plus grâce à tes connaissances sur le jeu actuel produit de Marseille. Moi je pense que c’est la défense qui n’arrive pas à s’aligner en même temps. Et surtout le niveau catastrophique actuel de nos latéraux, selon moi dans les plus mauvais de L1.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *