Monaco 1-2 Paris SG : l’analyse tactique

Match ouvrant la saison en France, le Trophée des Champions a été le théâtre d’une belle bataille entre l’AS Monaco et le PSG. Si quelques têtes ont changé, les deux équipes nous ont livré un combat dans la lignée de leurs confrontations directes de la saison dernière.

Les compos :

Si le schéma de jeu n’a pas changé, beaucoup de joueurs ont bougé durant l’été sur le Rocher. Mendy, Bakayoko, Bernardo Silva et Germain ont quitté le club, laissant des trous dans le 4-4-2 de Jardim. Contre Paris, deux des recrues de l’été étaient amenés à en boucher certains (Kongolo à gauche, Tielemans au milieu). Côté parisien, l’été a été beaucoup plus calme. Des deux renforts accueillis pendant l’été, Daniel Alves est le seul présent dans le onze de départ au coup d’envoi.

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Les mauvaises habitudes du milieu parisien :

Fin août 2016, le PSG d’Unai Emery avait concédé sa première défaite de la saison en Ligue 1 sur la pelouse de l’AS Monaco (3-1). Ce jour-là, l’équipe de Leonardo Jardim avait sanctionné les mauvaises habitudes de l’entrejeu parisien, déjà composé par Thiago Motta, Adrien Rabiot et Marco Verratti. Trop habitués à redescendre toucher le ballon devant la ligne de pression, les Parisiens avaient subi de plein fouet l’impact du milieu monégasque et de la paire Bakayoko-Fabinho.

Un peu moins d’un an plus tard, ils ont failli retomber dans le même piège. Les premières minutes de la rencontre de samedi ont vu les Parisiens se marcher dessus dans l’entrejeu, notamment Motta et Verratti. Les deux Italiens ont trop souvent évolué et échangé dans les mêmes zones (50 passes entre eux !). Après avoir démarré avec de meilleures intentions, en cherchant à se placer entre les lignes adverses, Rabiot est lui aussi retombé dans les mêmes travers sur quelques séquences.

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A ces soucis de placement, il fallait ajouter en plus une lenteur rédhibitoire dans l’exécution des contrôles ou des passes. Tous ces défauts au moment de conserver le ballon ont considérablement facilité le travail des Monégasques, toujours appliqués et compacts dans l’entrejeu au milieu de terrain. Peu servi entre les lignes, Pastore était en plus bien muselé par Glik ou Jemerson lorsqu’il était servi.

Paris passe par les couloirs : 

En grande difficulté pour verticaliser le jeu, les Parisiens sont du coup passés par les couloirs pour approcher les buts de Subasic. La première occasion parisienne est venue de l’aile gauche, après une incursion et un centre de Rabiot (tir de Daniel Alves, 6e). Le milieu parisien a aussi mené une deuxième attaque dans cette zone, conclue par un centre de Kurzawa vers Cavani après un relais de Pastore (coupé par Jemerson, 14e).

Le flanc droit a lui été plus productif sur attaque placée grâce à la bonne entente Alves-Meunier (et la qualité d’Alves pour combiner…), qui a entraîné plusieurs décalages. Malheureusement pour Paris, il manquait toujours un élément pour finir l’action : qualité du centre ou présence dans la surface, lorsque l’action n’était pas coupée par la bonne lecture de la charnière Jemerson-Glik (10e, 22e, 27e).

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Un affrontement devenu classique : 

Bref, les mois ont passé mais la bataille entre le PSG et l’AS Monaco reste toujours la même au milieu. D’un côté, une équipe parisienne à la recherche de solutions verticales ; de l’autre une équipe monégasque qui sait fermer le milieu de terrain et cherche à contre-attaquer très vite après avoir récupéré le ballon dans cette zone.

Le départ de Bakayoko semble d’ailleurs déjà digéré au vu de la performance de Yuri Tielemans. Arrivé au début de l’été, le Belge s’est parfaitement fondu dans son nouveau rôle. Au-delà de son coffre et de son activité défensive, sa vision du jeu, sa qualité de passes et la variété de sa palette devraient même en faire rapidement une plus-value par rapport à l’ex-compagnon de Fabinho. Son ouverture pour Sidibé sur le but est un parfait exemple de ce dont il est capable (29e). Il aurait même pu en délivrer d’autres sans une charnière centrale parisienne très efficace pour répondre au jeu long de l’ASM.

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Deuxième mi-temps : Paris corrige et s’impose 

A la pause, les Parisiens, menés au score, doivent répondre à deux problèmes. 1/ Ils sont en train de perdre la bataille au milieu de terrain en raison des positionnements hasardeux et de la lenteur de leurs milieux. 2/ Ils manquent souvent de présence dans la surface adverse lorsqu’ils parviennent à faire la différence sur les côtés.

La toute première séquence de jeu de la deuxième mi-temps affiche clairement les corrections opérées par l’équipe à la pause. Paris repart d’Areola et seulement trois Parisiens sont dans leurs 30 mètres (Motta, Thiago Silva et Marquinhos). Verratti et Rabiot sont plus haut et embarquent avec eux les milieux de l’ASM (marquage sur l’homme). En quelques secondes, Motta profite deux fois de l’espace qui lui est offert pour proposer des solutions à ses défenseurs et surtout faire progresser son équipe.

Paris trouve plus de solutions entre les lignes monégasques, mais ces dernières tiennent le choc grâce à l’activité de leurs axiaux (Tielemans-Fabinho, Glik-Jemerson). C’est même l’ASM qui a une première opportunité de 2-0 sur une nouvelle transition (Falcao, 47e). Le match est finalement relancé par Daniel Alves sur coup-franc magistral (1-1, 51e).

Toujours inquiétés par le pressing monégasque (Tielemans, 57e), les Parisiens prennent l’ascendant à l’approche de l’heure de jeu. A la progression plus aisée sur le terrain, l’équipe d’Emery ajoute aussi une présence accrue dans la surface sur les centres. Rabiot obtient une première occasion sur un service d’Alves (60e) avant de donner l’avantage à son équipe sur le deuxième service du Brésilien (63e). Paris passe devant et on voit mal l’ASM revenir, alors qu’il semble en baisse de régime sur le plan physique.

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Monaco : un grand chantier en attaque

Si Monaco a renforcé son entrejeu avec l’arrivée de Tielemans, l’équipe de Jardim est aujourd’hui plus faible dans les autres secteurs. Sur le flanc gauche, il va être compliqué de remplacer Mendy. Que ce soit pour combiner avec Lemar ou pour accompagner une transition rapide, Kongolo est loin d’avoir les qualités du néo-Citizen. A droite, le départ de Bernardo Silva n’a pas non plus été compensé et ce n’est pas le duo Sidibé-Touré qui risque d’être une solution sur la durée. Rony Lopes, Boschilia et Saint-Maximin auront peut-être leur carte à jouer, mais ont-ils une palette aussi variée que l’international portugais ?

Même dans l’axe, malgré la paire Mbappé-Falcao, l’absence de Germain risque de se faire sentir. Toujours dans l’ombre des deux buteurs, le néo-Marseillais restait un joueur très précieux entre les lignes, fluidifiant le jeu et permettant la circulation rapide du ballon. Pour le moment, il n’est pas remplacé : Mbappé évolue dans un registre différent, qui l’amène à couvrir tout le front de l’attaque à la recherche d’espaces à exploiter. A ses côtés, Falcao reste bien un joueur d’axe mais n’a pas la mobilité de son ancien coéquipier.

Après n’avoir été dangereux que sur attaque rapide, l’ASM a obtenu des occasions en fin de match (Carrillo, 80e – Falcao, 88e) grâce au va-tout tenté par Jardim (voir ci-dessous). Le Portugais a haussé le niveau technique dans les couloirs avec les entrées de Lopes (66e) et Saint-Maximin (77e). Un résumé du chantier qui attend le technicien portugais dans les prochains mois, entre la nécessité de conserver ce qui fonctionne (4-4-2 solide au milieu + transitions) tout en reconstruisant une animation offensive digne de ce nom.

Bref, c’est loin d’être une surprise mais ce match confirme que l’AS Monaco, malgré son titre de champion, entame un nouveau cycle. A court terme, l’animation offensive sera forcément moins fluide, ce qui amènera sans doute l’équipe à revenir dans un premier temps à ses fondamentaux de 2015 (transitions, coups de pieds arrêtés) et à ses individualités (Mbappé, Lemar, Tielemans ?) pour faire la différence.

Conclusion : 

En attendant Neymar, ce Trophée des Champions a permis de rappeler que s’il n’était pas le tenant du titre, le PSG restait bien le favori pour la saison à venir. Le scénario du match a été clair à ce niveau : Paris a plombé lui-même son début de match par set l’ASM en a profité. L’équipe d’Emery a rectifié au fil des minutes et a renversé la situation en un quart d’heure après la pause, avant de gérer son avance dans le final.

 

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1 réponse

  1. Leto dit :

    Merci pour cet article ! Le passage sur le changement de tactique du PSG avec plus de présence dans la surface est très instructif.

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