Rennes 0-1 PSG : l’évolution de Marco Verratti

L’animation offensive est le grand chantier de la première saison d’Unai Emery aux commandes du Paris Saint-Germain : comment reconstruire celle-ci après qu’elle ait perdu celui qui était sa pierre angulaire depuis 2012 : Zlatan Ibrahimovic ? Avant-centre mais aussi n°10, le Suédois prenait une place considérable dans le collectif de Laurent Blanc.

Solution n°1 des Parisiens en attaque, il était le go-to-guy dans le coeur du jeu lorsqu’il s’agissait de construire. Son départ a laissé un vide énorme entre les milieux de terrain et l’attaque. Un vide qui devait, sur le papier, être comblé par les relayeurs parisiens, dont Marco Verratti. Sauf que pendant 4 ans, l’Italien avait enfilé un autre costume, très confortable car peu exposé, dans l’ombre de son leader.

En tout début de saison, un match avait symbolisé la nécessité pour le PSG de voir l’Italien changer son jeu, ou tout du moins l’adapter au nouveau contexte : la défaite (3-1) sur la pelouse de Monaco. Ce jour-là, Unai Emery avait choisi de faire de Verratti son numéro 10. Après la rencontre, le technicien espagnol avait sans doute pu mesurer l’écart qui existait entre les habitudes de jeu de son nouveau joueur et son souhait de voir des milieux parisiens plus tournés vers l’avant.

Depuis, le PSG a travaillé et tous les protagonistes ont appris à se connaître. Le déplacement du PSG à Rennes samedi dernier (1-0) a été l’occasion de voir que les choses vont dans le bon sens. Verratti est clairement en train de faire sa mue, passant d’un registre de deuxième rampe de lancement à celui d’un milieu plus tourné vers l’avant, vrai relayeur, capable de proposer des solutions entre les lignes et surtout d’accompagner les mouvements jusque dans la surface adverse.

Cette position plus haute de Verratti sur le terrain ne serait rien sans les initiatives de Marquinhos à la relance. Avec le ballon, le défenseur brésilien ne se « cache » plus derrière ses milieux et prend ses responsabilités. On l’a même vu s’insérer jusqu’au niveau des milieux adverses avec le ballon, couvert à ce moment-là par Thiago Silva et Thiago Motta.

La différence est claire par rapport à ce que l’on avait pu voir lors de notre dernier point sur le PSG après le 0-0 face à l’Olympique de Marseille.

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En jouant plus haut, Verratti offre une solution supplémentaire dans une zone où jusqu’ici, des joueurs comme Lucas ou Di Maria étaient très esseulés lorsqu’ils recevaient le ballon. S’ils avaient toujours les latéraux sur lesquels s’appuyer, repiquer dans l’axe venait à tenter sa chance en solitaire. Le seul point d’appui présent dans la zone, Edinson Cavani, n’est en effet pas un attaquant fiable avec lequel combiner.

Contre Rennes, Lucas a enfin pu trouver un allié solide techniquement dans le coeur du jeu sur lequel s’appuyer : Marco Verratti. Le Brésilien a d’ailleurs failli se retrouver en très bonne position dans la surface rennaise après avoir sollicité un relais de son milieu de terrain (cf. vidéo suivante).

Car en plus de se positionner plus haut, Verratti a aussi été beaucoup plus tourné vers l’avant et le but adverse. Que ce soit avec le ballon dans les pieds ou pour accompagner ses coéquipiers, notamment sur des transitions, l’Italien n’a pas hésité à se projeter. Plus d’une fois, il s’est même retrouvé en très bonne position dans la surface (sans être servi).

Au-delà de son cas personnel, symptomatique de la progression collective du PSG, il y a aussi ce qu’il se passe autour de lui. On a déjà parlé de Marquinhos, qui prend la charge de la relance et lui permet de jouer plus haut. Mais d’autres joueurs ont aussi changé certaines habitudes en réponse à ses déplacements.

Les vidéos ci-dessus ont volontairement mis l’accent sur les nouvelles positions et les nouveaux déplacements de Verratti. Mais contre Rennes, ce dernier a aussi passé du temps dans sa position préférentielle de l’ère Laurent Blanc, « à l’extérieur » du bloc adverse. Le PSG se retrouvait alors dans la même situation que durant la phase aller, à savoir avec un énorme « no man’s land » entre les lignes et le seul Lucas pour les combler.

Mais certaines séquences ont aussi montré que les lignes bougent à ce niveau. Cela s’est notamment vu lorsque le PSG se retrouvait sous pression, et que Verratti devait décrocher pour faciliter les sorties de balle. On le retrouvait alors sur la même ligne que Thiago Motta, formant un double pivot légèrement excentré côté droit. Pour compenser le décrochage de Verratti, c’est Matuidi qui se transformait en n°10 et allait se placer entre les lignes.

Ces mouvements, s’ils se passent loin du but adverse, sont peut-être les prémices d’une vraie évolution dans le milieu parisien. A terme, Emery privilégiera peut-être des milieux polyvalents, capables d’opérer en n°6, n°8 ou n°10 avec le ballon afin de pouvoir répondre efficacement à toutes les situations qui peuvent se présenter lorsque l’équipe a le ballon.

A ce niveau, il sera intéressant de surveiller ce que fera le club parisien au moment de choisir le successeur de Thiago Motta. Cherchera-t-il un « copié-collé » de l’Italien, d’abord grand passeur mais peu tourné vers l’avant, ou privilégiera-t-il un profil plus polyvalent, capable d’assurer les sorties de balle en n°6 mais aussi de se transformer en n°8, voire en n°10 sur certaines séquences (à la recherche du futur Toni Kroos) ?

Une nouvelle débauche d’énergie à encaisser

En attendant, revenons au cas de Marco Verratti. Au fil des minutes contre le Stade Rennais, l’Italien a clairement baissé de rythme sur le plan physique. Un long aller-retour en tout début de 2ème mi-temps (visible à la fin de la 2ème vidéo) a eu raison de ses petites jambes.

Après cette course, longue de plus d’une centaine de mètres (d’abord du rond central aux 6m rennais, puis jusque dans sa surface), on a retrouvé le Verratti de la saison dernière, plus dans la conservation et la gestion de la possession que dans l’attaque du but adverse. Les maps de ses ballons touchés en 1ère et 2ème mi-temps illustrent clairement ce changement.

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L’Italien a sans doute senti qu’il atteignait ses limites du moment sur le plan physique et a préféré gérer ses efforts. Il s’est concentré sur les tâches défensives dans un match où l’adversaire sentait au fil des minutes qu’il avait peut-être un coup à jouer. Illustration immédiate dans les chiffres : sur les 8 tacles qu’il a effectués dans le match, 6 ont eu lieu en deuxième mi-temps et 4 dans les 10 dernières minutes.

Et maintenant ? 

S’il poursuit sur cette voie, difficile de mettre une limite à l’évolution de Verratti. Jusque-là, son principal défaut tenait dans son manque d’apport dans les 30 derniers mètres. On l’a déjà écrit ici, mais on va le répéter (peut-être pour la dernière fois, qui sait…) : s’il ressemblait à Xavi, c’était plus à celui en fin de carrière qu’à celui qui a porté le Barça de la grande époque. En ce début d’année 2017, il semble enfin sur la bonne voie pour se rapprocher de l’Espagnol lorsqu’il était à son meilleur niveau.

Reste pour cela à noircir un peu plus les feuilles de stats. Il a déjà donné une passe décisive à Draxler samedi, mais c’est aussi à la finition des actions qu’il est attendu. Mais à partir du moment où il se projette plus, il y aura plus de chances qu’il se retrouve dans les bonnes zones pour faire trembler les filets (cf. vidéo de Jurgen Klopp ci-dessous à propos d’Adam Lallana). Et si celui qui a mis 5 buts en 4 ans au PSG en mettait autant sur l’année 2017 ? Qui prend le pari ?

https://twitter.com/SFR_Sport/status/819628591117959169

Bonus : 

L’évolution du PSG et de Marco Verratti, on en parle aussi dans le dernier épisode de « Vu du Banc, le Podcast du Jeu ». Ca se passe dans le lecteur ci-dessous, à partir de 33 minutes et 2 secondes (33’02).

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4 réponses

  1. favro laurent dit :

    Bonjour,moi aussi j’espère faire ce commentaire pour la dernière fois….si VERRATTI ne se projette pas plus souvent c’est pour l’équilibre de l’équipe il peut/doit sortir du pressing adverse par le dribble; ce que Motta est incapable de faire ( ce dernier le charge le plus souvent de le faire à sa place). Je parlerai pas des autres « fonctions »que Motta demande aux autres de faire à sa place.

  2. Edouard dit :

    Bonjour Florent, encore un super article comme d’habitude, merci !
    Sur ton paragraphe sur le profil des futurs milieux du PSG, Rabiot correspond à la description non ? Et que penses-tu de l’éventuel recrutement d’un Tolisso par exemple, il a le profil pour jouer ce type d’actions non ? (Même si Jean-Michel Aulas ne le vendra jamais au PSG…)
    Merci

  3. Rabiot reste quand même beaucoup dans un certain confort. Il a les qualités pour monter, mais le fait trop rarement pour l’instant. Ca va peut-être venir à force.

  1. 23 janvier 2017

    […] L’animation offensive du PSG étant le gros chantier d’Unai Emery, le milieu de terrain italien a évolué depuis le début de saison. Au point de se muer parfois en vrai numéro 10, comme l’analyse Chroniques Tactiques. […]

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